Les concerts J-music en France : le bilan 2025

Le marché de la J-music est l’un des plus prospères au monde : les CD se vendaient encore très bien, jusqu’à il y a peu. Néanmoins, le Japon se retrouve dans une période complexe : sa population est vieillissante et, même si le marché intérieur est encore très actif, la popularité de la K-pop dans le monde entier reste en travers de la gorge des maisons de disques japonaises. De plus, l’épidémie de COVID-19 a laissé des traces et l’industrie musicale au Japon a souffert de cette période. Si le marché de la J-music a repris des couleurs et que les concerts et tournées s’enchaînent, pourquoi ne pas tenter de gagner des fans en dehors du pays ?

État du marché japonais

Le Japon est le deuxième marché de la musique derrière les États-Unis, et le premier d’Asie, et ce, malgré le succès de la Corée avec la K-pop. Son écosystème est si bien rodé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale qu’il est très compliqué de rivaliser sur son terrain. Le support CD est encore prospère grâce à des fanbases prêtes à dépenser beaucoup d’argent pour acquérir le support physique. Les magasins Tower records ont fermé dans le monde entier en 2006, mais la filiale japonaise perdure encore 20 ans plus tard (All Things Must Pass sur Netflix).

Tout est fait pour que la musique garde une place primordiale au Japon : le marketing (publicités, émissions télé, génériques d’anime ou de drama), l’accessibilité de l’apprentissage d’instruments pour les jeunes, tous les styles de musiques représentés, les multiples salles de concerts, ainsi que les salles de répétitions, les studios d’enregistrement, les nombreuses tournées, etc. Encore frileux il y a quelques années, le streaming représentait 30% du chiffre d’affaires en 2023. Impensable il y a 10 ans mais, aujourd’hui, les derniers hits sont disponibles partout dans le monde, le jour même de la sortie, sur Spotify, Youtube music, Dizzer ou Apple music. C’est grâce à Spotify et iTunes que le streaming a vraiment commencé à se démocratiser en 2017.

Mais, paradoxalement, le marché de la J-music est en si bonne santé que cela ne lui a jamais vraiment donné envie de s’ouvrir. Certains tentent leur chance, mais ce n’est pas une priorité. Or le Japon peine à sortir d’une longue période de récession. Malgré le retour des vinyles et de la K7 audio, ce marché doit se réinventer et pourquoi pas s’exporter. La Corée a montré que c’était possible. Il devient important de regarder ailleurs. Et cet ailleurs, c’est l’Asie et les États-Unis, deux marchés réceptifs.

2025, une année qu’il fallait savourer

L’année 2025 restera sans aucun doute l’année la plus riche en concerts que nous ayons connue, depuis fort longtemps. Les artistes les plus bankables du moment ont fait des tournées internationales qui ne se limitaient pas à l’Asie comme Kenshi Yonezu (notre compte rendu) ou Fujii Kaze. Ils ont respectivement rempli le Zénith et l’Olympia. Une nouvelle génération d’artistes que nous n’aurions jamais espérée voir un jour en France.

Fujii Kaze à l'Olympia © Tatiana CHEDEBOIS – Tous droits réservés
Fujii Kaze à l’Olympia © Tatiana CHEDEBOIS – Tous droits réservés

Quant à Ado, elle a fait la plus grosse tournée mondiale d’un(e) artiste japonais(e) à ce jour, et ce fut la première chanteuse japonaise à poser son micro à l’Accor Arena… au nez et à la barbe de ONE OK ROCK, qui fera vibrer cette même salle quelques mois plus tard. Ils n’ont pas démérité pour autant, car c’est le premier groupe de rock japonais à faire des concerts dans des zéniths de province, à Nantes et à Strasbourg. 

Nous voyons que la musique japonaise tente de s’exporter, mais avec un train de retard sur la Corée, grâce à TikTok et aux génériques d’anime. Ça ne fonctionne pas toujours mais, au moins, ils tentent. Nous pouvons par exemple citer, dans les contre-performances, Hitsujibungaku qui cartonne pourtant au Japon, mais qui a eu bien du mal à remplir l’Alhambra. Mais c’est Be:First qui a eu l’échec le plus retentissant en finissant par brader les places au Bataclan. Le boys band japonais remplit le Tokyo Dome (50 000 places) au Japon mais n’aura pas réussi à remplir la moitié du Bataclan. C’est dommage car leur prestation était de qualité et l’ambiance bon enfant, rafraîchissante. D’autres artistes comme WEDNESDAY CAMPANELLA ont préféré la sécurité en performant dans de toutes petites salles comme le Petit Bain.

Des musiciens, groupes et chanteurs d’univers différents ont réussi à jouer à guichet fermé à Paris comme Kikuo, Ichiko Aoba ou encore SHING02. Puis, il y a eu des habitués comme BABYMETAL au Zénith, Man with a mission et FLOW à la Salle Pleyel, Coldrain au Trabendo ou encore HYDE de retour au Bataclan en fin d’année. Un peu fou pour les anciens fans de J-music, le groupe de rock ELLEGARDEN était en concert à l’Alhambra avec le groupe anglais Feeder. Une chance unique qu’il ne fallait pas laisser passer tant l’événement semblait irréel. 

De l’autre côté de la Manche, ça bouge aussi avec les concerts à l’OVO Arena Wembley du duo YOASOBI, mais aussi de Kyary Pamyu Pamyu ou Centimillimental

YOASOBI à Londres © Tatiana CHEDEBOIS – Tous droits réservés
YOASOBI à Londres © Tatiana CHEDEBOIS – Tous droits réservés

Si les concerts à JAPAN EXPO n’ont plus l’ampleur qu’ils avaient auparavant, d’autres conventions en Europe ont repris le flambeau comme Manga Barcelona avec la venue de Aina The end (elle a cartonné cette année avec le générique de Dandadan : Kakumei Douchuu), mais aussi AnimagiC (en Allemagne) qui envoie du lourd tous les ans avec une line up très riche. Le boys band MADKID est annoncé pour 2026.

Et, en 2026, c’est quoi le programme ?

Après deux années très riches en concerts J-music, nous pouvions nous attendre à une certaine continuité en 2026. Pourtant ce n’est pas le cas, enfin pour le moment. Certes, B7Klan annonce un festival de visual kei au Arena Grand Paris les 11 et 12 juillet 2026 : le B7klan j-rock fest. Mais n’est ce pas 20 ans trop tard ? La nostalgie saura-t-elle faire bouger les amateurs du genre ? Nous aurons la réponse bientôt. Les artistes attendus sur les deux jours du festival sont : Kizu, JILUKA et AZAVANA, D’espairsRay, LM.C, An Cafe, MUCC, Moi dix mois et Versailles. Il se déroulera donc le week-end de JAPAN EXPO et vous pourrez y aller à pied depuis la convention !


Les autres annonces sont timides et avec des artistes déjà venus l’année dernière comme PALEDUSK, Kikuo et Ichiko Aoba. Mais il y aura aussi un retour attendu, celui d’Anna Tsuchiya. Mise à part ça, c’est le calme plat.

Que se passe-t-il ? Dans un contexte inflationniste et une géopolitique incertaine, les tournées européennes sont chères et peu rentables. Dès lors, les artistes semblent se concentrer sur l’Asie… Peut-être juste une pause avant de belles choses pour 2027 ? Ça ne coûte rien de rêver !

L’avenir, mais pas en Europe ?

Sanae Takaichi, Première ministre japonaise depuis peu, a convoqué des artistes de tous genres pour discuter de la manière dont ils pourraient, ensemble, faire grandir encore plus le soft power japonais. Étaient présents à cette entrevue Mamoru Oshi, Takashi Murakami ainsi que plusieurs acteurs du monde musical : Demon Kakka, Tetsuya Komuro, Awich et Kocchi no Kento. Que va-t-il en ressortir ? Bonne question. Il est encore trop tôt pour le savoir.

Les relations dégradées avec la Chine qui a annulé tous les concerts des artistes japonais en décembre dernier est un couac politique. Mais il faut bien comprendre que l’objectif est avant tout de faire fructifier le marché en Asie en général et aux États-Unis. Les maisons de disques se basent beaucoup sur les écoutes au travers des plateformes de streaming. Or, aux États-Unis il y a un véritable boom musical, alors qu’en Europe c’est assez épars et différent selon les pays. 

Baromètre de la popularité de la J-music outre-Atlantique, le 16 mai 2025 aura lieu Zipangu aux USA. C’est le plus important festival de J-music en dehors du Japon avec une capacité de 30 000 personnes. Au programme : Ado, Atarashii Gakko!, Chanmina, HANA, Man with a mission, Yuki Chiba (KOHH) et 10-FEET. C’est inimaginable en Europe et pourtant certains de ces artistes sont venus individuellement, parfois plusieurs fois, comme Ado ou MWAM. Un peu de jalousie et de frustration pour nous qui avons accueilli la J-music à bras ouverts depuis plus de 20 ans alors que les US étaient encore très frileux il y a peu de temps. Le développement des anime, de youtube et des plateformes de streaming ainsi que des producteurs investis ont changé la donne.

Nous espérons très fort que les artistes japonais ne nous oublient pas et qu’ils auront toujours envie de venir poser leurs valises en Europe. Ne laissez jamais passer l’occasion daller applaudir vos artistes préférés. Il faut les soutenir pour leur montrer que l’Europe et la France veulent les voir et les revoir sur scène. Car il n’y a rien de mieux que d’apprécier ses artistes favoris en live !

Source : Japon : étude de marché
Japon : entre le marteau de l’inflation et l’e marteau de l’enclume des tarifs.

Tatiana Chedebois

Tatiana Chedebois, plus connue sous le nom de plume "Tanja", écrit sur la J-music, les mangas et les anime depuis plus de 25 ans. Tombée très tôt amoureuse du Japon, elle est rédactrice depuis 1997 dans différents fanzines, magazines (Japan Vibes, Rock one), webzines (JaME, Journal du Japon) ainsi que sur son blog (Last Eve). Avec son groupe de visual kei français elle fait en 2004 la première partie de Blood premier groupe de vk à venir en France. En 2019, elle cocrée le podcast du BL Café pour parler de Boys' love aux plus grand nombre. Puis en 2022, elle intègre la team du Cri du mochi pour parler manga et anime généraliste sur Twitch.

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