Last Samurai Standing : baroud d’honneur ou chant du cygne des samouraïs ?

Le premier tome du roman Last Samurai Standing (イクサガミ Ikusagami) de Shôgo Imamura est sorti en octobre dernier aux éditions Callidor. Un mois plus tard, les abonnés à Netflix ont pu découvrir sur la plateforme la première saison (6 épisodes) de l’adaptation en série. Derrière ce jeu mortel, nous verrons qu’il se cache plus qu’un Battle Royale se déroulant à l’ère Meiji, époque de modernisation du Japon !

Last Samurai Standing ©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix
©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix

Un roman crépusculaire

Kyôto, an 11 de l’ère Meiji [1878]

Un article étonnant paraît dans un quotidien peu connu : « À tous les maîtres en arts militaires. Le 5 mai à venir, minuit. Rassemblement au temple Tenryûji de Kyôto. 100 000 yens à gagner. » Deux cent quatre-vingt-douze guerriers, ex-samouraïs, anciens rônins et combattants en tout genre venus des quatre coins du Japon répondent à l’appel. Mais ils sont bien loin d’imaginer ce qui les attend. Bientôt, le Tenryûji devient le théâtre d’un tournoi mortel.

Last Samurai Standing ©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix
©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix

Le résumé de Last Samurai Standing pourrait repousser des lecteurs pensant trouver un énième Battle Royale. Il faut faire confiance à l’expérience et au talent de son auteur Shôgo Imamura qui est un habitué des récits mêlant histoire japonaise et aventure. Après son seinen Sengoku – Chronique d’une ère guerrière (4 tomes chez Pika éditions), se déroulant à l’époque des provinces en guerre, le passionné d’histoire change de période et choisi le 19e siècle pour son nouveau récit d’action sanglant avec pour héros Shujiro Saga, preux samouraï au passé touchant. Et ce choix ne doit rien au hasard car il est à la jonction entre deux mondes et deux époques qui s’entrechoquent, le début d’une nouvelle ère de modernisation pour le Japon et la fin du temps des samouraïs.

Resituons donc le contexte historique qui suit la Restauration de Meiji, une décennie après la Guerre de Boshin (1868-1869), et seulement une année après la rébellion de Satsuma (1877). Mécontents de la signature des traités inégaux par le shogunat, obtenus sous la menace des « bateaux noirs » (黒船 kurofune) américains du commodore Matthew Perry, les nobles et des samouraïs de l’ouest de l’archipel, en particulier des domaines de Chôshû, Satsuma et Tosa, s’allient pour renverser le pouvoir des Tokugawa sous le slogan « révérer l’empereur, expulser les barbares » (尊王攘夷 sonnô jôi). Les troupes shogunales modernisées et entraînées par la mission militaire française de Napoléon III sont défaites par l’armée du camp impérial dont la modernisation est alors plus aboutie. L’occidentalisation à marche forcée du Japon à l’ère Meiji entraîne un déclassement social des samouraïs et la fin de leurs privilèges. Inaptes et inadaptés, anachronismes vivants d’un ancien temps, nombreux tombent dans la pauvreté. Ces grands basculements dans leur vie en si peu d’années poussent à la révolte Saigô Takamori et son armée de 25 000 à 40 000 samouraïs désespérés dans un baroud d’honneur en 1877. L’armée impériale mate la rébellion dans le sang : c’est la fin de l’époque des samouraïs !

Last Samurai Standing ©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix
©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix

Là où l’auteur est habile, c’est qu’il ne base pas uniquement l’intrigue sur de simples duels de sabres… Le choléra (虎狼狸 korori) occupe une place importante car la maladie est la raison de la participation à ce jeu mortel pour le héros Shujiro Saga et Futaba Katsuki qui rappelle au samouraï sa fille décédée à cause de l’épidémie et qu’il aide à rester en vie et passer les points d’étapes. Pour guérir du choléra, le remède est très coûteux : un mélange d’eau, de sel et de sucre. Or, à cause de la guerre du Sud-Ouest (rébellion de Satsuma), les prix ont flambé. Sans argent et en désespoir de cause, pour sauver sa mère malade, la jeune Futaba tente le tout pour le tout dans ce jeu de la mort. Avec le personnage de Kamuykocha, l’auteur permet d’aborder la colonisation japonaise de l’île des aïnous, Ezo (« terre barbare ») rebaptisée Hokkaidô (« chemin de la Mer du Nord ») à la Restauration de Meiji en 1869 sous l’angle de vue du peuple autochtone.

Last Samurai Standing ©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix
©Shôgo Imamura / Kodansha / Netflix

Le style d’écriture de Shôgo Imamura est fluide et le premier tome de 400 pages est vite terminé. L’auteur sait entretenir l’intérêt du lecteur en mêlant des combats sans se répéter, des dialogues bien écrits et des flashbacks qui permettent de mieux comprendre le passé des personnages et leurs motivations à venir au Tenryûji. En lisant le roman avant de regarder la série sur Netflix, on constate qu’il s’agit d’une bonne adaptation. En s’adaptant à son médium, vous pourrez relever les modifications apportées.

Une adaptation en série réussie

Même si cet article ce concentre sur le livre, il était impossible de ne pas dire quelques mots sur l’adaptation Netflix. Les fans de films de sabre chambara ont de quoi être satisfaits avec de nombreux duels aux chorégraphies travaillées avec une mise en scène dynamique et innovante à chaque fois pour rendre unique chaque affrontement. L’acteur principal Jun’ichi Okada, qui incarne le héros Shujiro et qui est en plus chorégraphe en chef des combats, est pleinement impliqué dans la série et campe parfaitement bien son rôle de samouraï. La série offre de beaux plans-séquences et une magnifique reconstitution d’un ancien Japon entre traditions et modernité sans recherche d’un exotisme hollywoodien… Le fil rouge ainsi que la bonne dose d’action et de calme tiennent en haleine le public qui n’attend qu’une chose : une saison 2 !

Avec Last Samurai Standing, Shôgo Imamura démontre qu’il est encore possible d’écrire un récit avec un jeu mortel tout en apportant de la nouveauté au genre. Fin connaisseur de l’histoire japonaise, l’auteur a choisi une période charnière comme cadre temporel à son roman pour décrire les bouleversements subis par les samouraïs et l’occidentalisation de la société japonaise. Il donne à voir plus que de simples duels au sabre avec les épidémies de choléra qui font des ravages dans le pays mais aussi la colonisation d’Hokkaidô et la destruction du mode de vie des aïnous. Vivement la sortie du deuxième et dernier tome le 27 février 2026 ainsi que la saison 2 sur Netflix !

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et de l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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