Ichi the Witch : la nouvelle pépite du Shonen Jump
C’est un nom que l’on n’espérait plus revoir dans le monde du manga. C’est pourtant en s’associant à Osamu Nishi, l’autrice de la série Iruma à l’école des démons, éditée chez nobi nobi!, que Shiro Usazaki a pu faire son grand retour. Et quel retour ! Lancé en 2024 au Japon, Ichi the Witch est largement présenté comme LA nouvelle pépite du célèbre Shônen Jump. Une série qui s’annonce comme la nouvelle locomotive de la maison d’édition Ki-oon qui a mis les petits plats dans les grands pour en annoncer la sortie.

Ces dernières années, le marché du manga a vu plusieurs séries importantes se terminer. Entre Vinland Saga, Jujutsu Kaisen ou encore My Hero Academia, difficile d’anticiper ce que l’avenir nous réserve. D’autant que, les tendances éditoriales laissaient relativement peu de place à de nouveaux concepts pour voir le jour. D’un côté, nous avions des récits sombres et violents. Et de l’autre, des shônen ultra-efficaces, construits autour de concepts immédiatement identifiables.
Mais toutes les tendances sont vouées à se renouveler et il se pourrait bien que ce soit prochainement le cas. Car Ichi the Witch fait effectivement figure d’exception dans l’écosystème éditorial auquel nous avons été habitués dernièrement. En proposant un shônen d’aventure centré sur l’exploration, la curiosité et la montée en compétence par l’expérience, ce nouveau titre pourra t-il tenir ses promesses et dessiner un retour aux sources pour le Shônen Jump ? À l’occasion de la sortie simultanée des deux premiers tomes, nous avons eu le plaisir d’échanger avec Estelle Abrial, éditrice au sein de la maison d’édition Ki-oon qui a bien voulu nous en dire davantage sur cette nouvelle aventure éditoriale.
Mais, avant de lui laisser la parole, voici notre retour sur ces deux premiers tomes.

Ichi the Witch, le shônen qui refuse les étiquettes
Si vous aimez les récits d’aventure, Ichi the Witch pourrait bien être fait pour vous. Le postulat est relativement simple : dans cet univers, la magie est une affaire de femmes. Il n’y a qu’elles qui peuvent utiliser le mana, l’énergie magique. Ichi, un jeune chasseur pragmatique et totalement étranger à ce monde, va pourtant devenir sorcière après avoir « capturé » le roi Uroro, un majik particulièrement convoité par les sorcières. Le jeune homme se retrouve alors contraint de se plier à des règles qui n’ont jamais été pensées pour lui.
Et c’est précisément là que réside l’un des grands points forts de ce nouveau manga : Ichi ne choisit pas la magie, il la subit. L’histoire ne repose pas sur une quête de pouvoir ou de reconnaissance, mais bien sur une adaptation forcée à un système qui échappe à notre héros. Dès les deux premiers tomes, Ichi se retrouve donc à prouver qu’il n’est pas une simple anomalie et qu’il peut offrir une véritable valeur ajoutée au monde des sorcières.

Et scénaristiquement, ça marche. Parce que les deux premiers tomes posent extrêmement bien les bases de l’histoire et nous donnent un maximum d’éléments pour comprendre ce qu’il se passe. L’humour y est d’ailleurs très présent, ce qui permet d’éviter, pour le moment, un récit trop sérieux qui serait susceptible de plaire à un public moins large. D’autant plus que les dessins de Shiro Usazaki sont à couper le souffle. Que ce soit dans le détail des tenues, les nombreux personnages que l’on rencontre ou simplement les décors, la dessinatrice nous prouve une nouvelle fois qu’elle est très certainement l’une des plus talentueuses du Shônen Jump.
Cette sensation de solidité narrative et de fraîcheur n’est par ailleurs pas un hasard. Elle rejoint précisément la lecture qu’en fait l’équipe de la maison d’édition Ki-oon, pour qui Ichi the Witch s’impose comme une oeuvre unique dans le paysage actuel du Weekly Shônen Jump, que ce soit par son approche de la magie ou par son identité graphique.
Une vision que l’éditrice du titre a accepté de détailler.
Quand Osamu Nishi et Shiro Usazaki redessinent les contours du shônen
Journal du Japon : Bonjour Estelle, et merci de bien vouloir échanger avec nous. Qu’est-ce qui vous a le plus séduit dans cette collaboration entre Osamu Nishi et Shiro Usazaki ? Est-ce un projet que vous suiviez dès son annonce au Japon ?
Estelle Abrial : Ahmed Agne, le directeur éditorial de Ki-oon, est toujours resté très attentif à l’activité de Shiro Usazaki, et ce depuis Act-age, dont la prépublication a commencé en 2018 au Japon. Il était donc au courant avant même que le premier chapitre ne sorte.
Il avait été séduit par la finesse du trait de l’autrice à l’époque, et c’est avec beaucoup d’entrain qu’il l’a retrouvée dans le Shônen Jump avec une œuvre très différente. La nouvelle était d’autant plus réjouissante quand on sait ce que l’autrice a dû traverser à la suite de la polémique autour d’Act-age. C’est un réel retour en force qui montre que les éditeurs du Jump lui ont donné une nouvelle chance.
Le combo Osamu Nishi et Shiro Usazaki a créé un beau mélange : on a un récit d’aventure et d’exploration, ce qui est plutôt rare dans le Jump, et un graphisme délicat qui se démarque également du reste. C’est une vraie rupture avec ce qu’on a l’habitude de voir dans ce magazine… et on ne peut qu’être séduit !

Au-delà du prestige des auteurs, quel a été l’élément déclencheur (le « clic ») qui vous a convaincu que cette série avait sa place dans le catalogue Ki-oon ?
Encore une fois, c’est un shônen qui sort du lot ! Osamu Nishi, influencée par des séries comme Pokémon ou encore Card Captor Sakura, a créé un univers avec des créatures magiques à dompter, les majiks, pour en acquérir les pouvoirs. C’est un concept très intéressant puisqu’il ouvre tout un panel de possibilités d’exploration de l’univers, et apporte énormément de richesse à l’intrigue.
Le dessin de Shiro Usazaki est très fin et expressif. Comment décririez-vous l’alchimie visuelle de ce titre par rapport aux standards actuels du shônen de dark fantasy ?
Tout d’abord, il ne s’agit pas d’une œuvre de dark fantasy !
Avec Ichi the Witch, on a une réelle rupture graphique avec les autres séries du Jump, et c’était d’ailleurs déjà le cas au temps d’Act-age, issue du même magazine. La série correspond bien aux standards du Jump dans le fond, mais on voit qu’il y a eu une volonté des éditeurs du magazine d’apporter de la diversité à tous les niveaux, d’autant plus que Shiro Usazaki est une dessinatrice, et ces dernières ne sont encore que très peu publiées dans le Jump.
La série revisite le thème des sorcières. Selon vous, quelle est la petite touche d’originalité qui permet à Ichi de se démarquer de séries comme L’Atelier des Sorciers ou Burn the Witch ?
L’originalité d’Ichi the Witch réside dans la manière dont la magie s’acquiert. On n’apprend pas un sort en lisant un grimoire, d’autant plus que pour espérer maîtriser la magie, il faut avant tout être une femme ! Ensuite, il faut accomplir un rituel propre à chacun des majiks afin d’en récupérer le pouvoir, ce qui laisse un large éventail de possibilités quant à l’utilisation de la magie. Le rituel va parfois consister en un simple combat, mais c’est souvent une énigme qu’il faut résoudre, et qui implique par conséquent son lot d’échecs. Cette réflexion stratégique sur l’acquisition de la magie est originale et bien menée.

Ichi the Witch est l’un de vos titres phares de l’année. Quelle importance revêt cette licence pour Ki-oon en 2026 ?
Ichi the Witch c’est même plus que ça, c’est LE titre phare de l’année, notre lancement le plus important depuis My Hero Academia. C’est un gros investissement pour Ki-oon, comme pour toutes les séries du Jump, car elles impliquent un engagement sur le long terme.
À cet égard, ce sont les séries les plus difficiles à choisir, d’autant plus qu’il faut être sûr d’être prêt à parler de la série pendant plusieurs années sans se lasser… ! C’est pour cela qu’Ichi n’est que la quatrième série du Jump au catalogue Ki-oon.
À qui s’adresse prioritairement ce manga ? Cherchez-vous à toucher les fans de la première heure d’Usazaki ou un public plus large, amateur de pur shônen d’aventure ?
Le but n’est pas de toucher une niche de fans, bien au contraire. C’est un manga qui peut aussi bien parler aux fans de Pokémon qu’à ceux d’Harry Potter, ou de manière plus large à des jeunes lecteurs en quête d’un récit autour de la magie. C’est pour cette raison que notre communication vise le très grand public, et prévoit notamment une campagne publicitaire sur TF1. Nous pensons qu’Ichi the Witch peut toucher tous les âges, qu’on soit lecteur régulier de manga ou pas !
Pouvez-vous nous raconter votre réaction (ou celle de l’équipe) lors de la première lecture des chapitres ? Y a-t-il eu un moment « Wow » immédiat ?
Lire les premières pages d’Ichi the Witch a suscité pas mal d’émotions pour Ahmed, car c’était retrouver après plusieurs années Shiro Usazaki, une autrice coup de cœur, et voir qu’elle était parvenue à surmonter les épreuves du passé. Il y a eu effectivement un « Wow » dès les premières pages en constatant sa progression en matière de qualité du dessin, dessin qu’elle adapte par ailleurs avec brio à un tout nouvel univers. On retrouve dans Ichi the Witch le même travail autour des yeux qu’on a pu noter dans Act-age : chaque personnage a une signature graphique dans le regard, ce qui permet de les reconnaître seulement à leurs yeux !
Au final, Ichi the Witch nous donne réellement l’envie de continuer l’aventure. Ses deux premiers tomes ne cherchent pas à impressionner le lecteur à tout prix, mais bien à installer un monde, ses règles et un héros définitivement à part. Si la suite parvient à exploiter pleinement ce que ces débuts semblent nous promettre, alors ce manga pourrait bien s’imposer comme l’un des meilleurs titres de ces prochaines années.
Remerciements à Estelle Abrial pour avoir répondu à nos questions.

