Manga : il va y avoir du sport !

Au sein de la galaxie shônen, le sport reste une indémodable thématique du manga, et sait se présenter de mille et une façons : compétition, abnégation, amitié et même parfois du drame ou de la romance quand le sport est juste un enjeu ou un terreau scénaristique sur lequel poussent des héros en tous genres.

Alors, à l’approche des beaux jours, on a eu envie de prendre un peu l’air et d’aller faire du sport avec une sélection de huit mangas à savourer sans modération !

Ace of Diamond de Yuji Terajima aux éditions Mangetsu

Ace of Diamond Mangetsu

Synopsis : « Eijun Sawamura, passionné de base-ball et capitaine de l’équipe du collège Akagi, vient de perdre son dernier match ainsi que l’occasion d’atteindre les championnats nationaux. Il se promet alors de prendre sa revanche au lycée en compagnie de ses camarades.

Cependant, le jeune homme est repéré pour son talent en tant que lanceur par une grande école de Tokyo qui souhaite le recruter. D’abord réticent à quitter ses anciens acolytes, Eijun accepte finalement de s’inscrire au lycée Seidô pour perfectionner son jeu et un jour atteindre les plus hauts sommets du base-ball ! »

Le sport dans Ace of Diamond : Ace of Diamond, publié dans le Weekly Shônen Magazine de Kodansha, a tout du shônen sportif nekktusu classique, et le sport ne manque donc pas à l’appel. Le base-ball, sport roi au Japon, y es suivi de près pour ses compétitions lycéennes et son légendaire Koshien (si cher à Mitsuru Adachi, mais ça on en reparle après !). Le héros occupe le poste star, celui du lanceur, et il a tout du diamant brut, que la série va prendre un malin plaisir à polir petit à petit, chapitre après chapitre. Eijun, c’est son nom, est un lanceur doué de manière innée mais n’ayant pas la moindre idée des différentes techniques qui s’offrent à lui. C’est l’occasion, pour ceux qui l’observent et vont le voir évoluer, de parler des balles rapides ou cassantes, de décomposer un lancer… Et il en ira de même pour les points clés des différents postes au sein d’une équipe de base-ball : + 1 pour le réalisme, donc.

Ace of Diamond met aussi en avant l’esprit d’équipe avec un héros solaire qui va, progressivement, rallier à lui son nouvel entourage, chacun admirant aussi bien son potentiel que sa détermination sans faille.

Pourquoi on vous en parle : Parce que c’est un classique encore méconnu en France. Amitié, adversité, technicité et climax sportif : c’est un récital du shônen sportif, mais tout à fait efficace, surtout pour les amateurs du genre. Ace of Diamond a rencontré le succès au Japon avec 45 millions d’exemplaires écoulés depuis ses débuts en 2006. Comme tout titre du genre, c’est un bon paquet de tomes, 47 pour être précis, qui nous attend… mais les éditions Mangetsu ont eu la clairvoyance d’adapter la parution en volume double de 384 pages, depuis septembre 2024. Le 7e opus arrive prochainement, le 20 mai. Un acte II, toujours au lycée et en 34 tomes, existe au Japon mais son avenir en France dépendra, on suppose, de la réussite de la première partie. La nouvelle saison animée, la 4e, a débarqué au mois d’avril, sur Crunchyroll.

Golden Goal de Guillaume Main et Weijun Ni aux éditions Paquet

Couverture de golden goal. Un garçon aux cheveux noirs en pétard shoot dans un ballon au point qu'il prenne feu, derrière lui, on distingue un homme portant un costume blanc et deux voitures entrant en collision

Synopsis : « Naïm, un jeune immigré marocain, perd de vue son frère lors de son arrivée en Espagne. Une filiale de la mafia l’utilise pour acheminer une cargaison illicite en France, où il va passer un test de sélection pour le célèbre club de football de la ville de Charmy. »

Le sport dans Golden Goal : Depuis Captain Tsubasa, le football a été abordé de toutes les manières possibles et imaginables. Sérieux ou épique, équipes masculines ou féminines, il y aura toujours un angle intéressant pour parler de l’amour du ballon rond. Pour Golden Goal, ils sont multiples. Conçue par le dessinateur chinois Weijun Ni et le scénariste Guillaume Main, l’histoire s’implante dans le monde du football européen. Un contexte particulier, où via l’immigration, de nombreux jeunes Africains comme Naïm rêvent d’un avenir meilleur, de gloire et de fortune pour eux et leurs proches.

Et Naïm est doué, le dessin très dynamique le souligne dès les premières pages. Mais il n’est pas tout seul, de nombreux autres gamins ont soif de recrutement et de reconnaissance, et sont prêts à tout pour être remarqués. Notre héros n’a pas encore toutes les clés pour comprendre qu’il est entré dans un nid de vipères, et est donc très susceptible de se faire piétiner par ses concurrents pour une place au soleil.

À cela s’ajoutent le poids des origines du héros (qui ne sont volontairement pas apparentes sur le dessin), et ce qu’il a dû faire pour arriver jusqu’au centre de formation. Le manga expose les liens complexes entre le sport et le côté sombre de la migration, à l’instar d’un roman comme Je préfère qu’ils me croient mort (Éditions du Rouergue, 2011) qui narre la trajectoire d’un jeune éloigné de son foyer/déraciné/exilé, que des filières douteuses privent de son idéal. Pour survivre et réaliser son rêve de faire carrière en France, Naïm a côtoyé les mauvaises personnes et risque tôt ou tard de le payer cher. Le crime organisé marche souvent main dans la main avec les passeurs, profitant de la détresse de personnes isolées pour refermer ses griffes sur elles.

Pourquoi on vous en parle : Parce que c’est un manga unique dans son propos. Au-delà de la beauté du sport, il dépeint une réalité du football, qui fait miroiter monts et merveilles à de jeunes gens souvent pauvres et assez désespérés pour braver la Méditerranée ou l’Atlantique en bateau. Guillaume Main a l’ambition de développer une série longue et de maintenir l’équilibre entre matchs endiablés et dangers perpétuels pour le héros, constituant une lecture appréciée des 9-13 ans. La série compte pour le moment quatre tomes et Paquet y croit assez pour lancer le tome 1 au prix de 3 €.

Red Blue de Atsushi Namikiri aux éditions Mangestu

Couverture de Red Blue, un garçon torse nu approche un protège mâchoire de sa bouche

Synopsis : « Aoba Suzuki, un garçon timide et chétif à l’enfance difficile, se retrouve en bien mauvaise posture face à une brute de son lycée. Il est sauvé par Kenshin Akazawa, jeune prodige de MMA promis à un avenir de grand champion de Free Fight. Mais Aoba, loin de lui en être reconnaissant, ne peut pas supporter la gentillesse et la perfection de Kenshin, et se jure de réussir un jour à le frapper au moins une fois. Son désir de vengeance l’amène à pousser les portes d’une salle de MMA, et à changer son destin à jamais. »

Le sport dans Red Blue : En manga de sport, il est fréquent de voir un personnage décrit comme faible et isolé socialement renforcer son corps et son esprit pour devenir une meilleure version de lui-même. Ce changement intervient toujours via une rencontre avec un·e rival·e au niveau trop élevé mais que le héros se jure de rattraper un jour… Il est plus rare que ledit héros — Aoba — commence un sport — le mixed martial arts — juste parce qu’il est frustré d’avoir été faible et que l’aura solaire de son rival le rend turbo jaloux. Pour un peu, il serait l’antagoniste s’il n’était pas aussi peu taillé pour le combat.

Alors, notre héros va commencer l’entraînement et les tournois, ce qui est attendu pour une discipline aussi compétitive. Par la liberté des techniques que l’on peut y employer, les arts martiaux mixtes attirent et passionnent, car ils impliquent une grand capacité d’adaptation même lorsque l’on se spécialise dans certains sports de combat comme le jujitsu ou la boxe. Le MMA traîne aussi une aura sulfureuse et violente, tant par ce qui se passe dans le ring qu’autour, entre les paris, le crime organisé, et le rassemblement de personnalités aussi intenses que borderline. Comme Aoba, qui sous ses airs de victime cache autant de rancœur que de détermination.

Pourquoi on vous en parle : Parce que c’est un titre prenant, même si son héros, au départ teigneux et à l’orgueil mal placé a divisé notre rédaction ; entre ceux qu’il intrigue et ceux qui le détestent. Au-delà de ce personnage original, Red Blue est avant tout l’héritier d’une longue lignée de mangas d’arts martiaux : de tournois en rencontres, le MMA captive et passionne les foules, curieuses de savoir quel art martial, quel coup, quel gabarit est le plus en passe de gagner un combat. Un peu de stratégie, des caractères bien trempés et beaucoup, beaucoup de bagarre, c’est ce sur quoi Mangetsu a choisi de miser pour cette série comptant actuellement 17 tomes, toujours en cours de parution dans le Shônen Sunday.

Eyeshield 21 de Riichirô Inagaki et Yûsuke Murata chez Glénat Manga

Eyeshield 21 - Tome 1 édition anniversaire - Glénat Manga

Synopsis : « Difficile de se faire respecter quand on est depuis toujours le souffre-douleur de ses camarades ! Sena le sait bien, lui qui est constamment chargé de faire le coursier” pour tous ceux qui le briment. Pour cette rentrée scolaire, Sena veut tourner la page et se décide à entrer dans un club. Malheureusement pour lui, il croise le chemin de Hiruma, le responsable du club de football américain, un être psychotique prêt à toutes les combines pour faire adhérer des joueurs à son club. Lorsqu’il découvre que Sena est doté d’un jeu de jambes hors du commun, il décide de jeter son dévolu sur le pauvre garçon. Et ils n’ont pas intérêt à tarder de recruter les onze autres joueurs manquants pour former une équipe, car le début du championnat inter-lycéen débute… dans 24 heures ! »

Le sport dans Eyeshield 21 : Celui-là est sans doute l’un des meilleurs mangas de sport. Pas moins. Aux côtés de Slam Dunk pour le basket, de Captain Tsubasa pour le football, de Prince of Tennis pour le sport éponyme, ce fut une grande surprise de découvrir le football américain, en 2002 au Japon puis dans notre hexagone en 2005.

De plus, alors que le football américain est aussi méconnu au Japon qu’en France, le titre ne se contente pas d’utiliser le sport comme décor : il met le sport au centre de tout — narration, personnages, enjeux.
Dans beaucoup de mangas, le sport est un prétexte alors qu’ici chaque match devient un arc narratif, une bataille tactique autant qu’un duel de philosophie sportive. Avec le génial Yoichi Hiruma, le démon et cerveau de l’équipe, on découvre les formations, les feintes, le timing, l’importance du mental et de l’anticipation. Chaque joueur s’y surpasse et monte en compétence avec en tête Sena Kobayashi, l’opprimé faible et peureux qui devient rapide, confiant et révèle son incroyable potentiel.

Dans ce système de jeu, chacun va trouver sa place, avec un apport fréquent de nouveaux joueurs ou nouveaux adversaires, tous plus balèzes et monstrueux que les précédents. Chacun est guidé par l’effort et le collectif, et le sport devient un spectacle… rendu d’autant plus lisible par le trait génial de Yûsuke Murata, monsieur One-Punch Man, dont la notoriété s’est d’abord construite sur cette série, en 37 tomes.

Pourquoi on vous en parle : Pour les 21 ans de Eyeshield 21, les éditions Glénat Manga ont voulu marquer le coup. C’est en mars dernier que nous avons pu découvrir Brain × Brave, un livre hommage réalisé pour le 21e anniversaire de la série au Japon ! Cet ouvrage regroupe anecdotes et souvenirs de création, interviews et collaborations d’auteurs extérieurs : Eiichiro Oda, Tite Kubo, Gege Akutami, Hajime Isayama, Takehiko Inoue ou encore Masashi Kishimoto et plusieurs autres. Le livre propose aussi une interview croisée avec les auteurs de Blue Lock ainsi qu’un one-shot inédit de 55 pages, pour retrouver Sena et ses compagnons sur le terrain !

Si vous êtes curieux, sachez enfin que, toujours chez Glénat Manga, une réédition du tome 1 a été publiée au mois de mars, avec des pages couleurs. Un extrait est disponible sur le site des éditions Glénat Manga. Donc plus d’excuse pour découvrir ce monument du manga sportif — qui est très drôle et ne se prend jamais au sérieux aussi, on a failli oublier de vous le dire — qui mérite sans aucun doute de trôner sur vos étagères !

En selle, Sakamichi ! de Wataru Watanabe aux éditions Kurokawa

Couverture de En selle Sakamichi. Un garçon portant des lunettes et en tenue complète de cycliste jaune, pédale avec énergie

Synopsis : « Quand un otaku pur sucre découvre les courses cyclistes !

Sakamichi Onoda n’hésite pas à emprunter les côtes les plus raides et à parcourir des kilomètres à vélo pour se rendre à Akihabara, le quartier geek de Tôkyô ! Mais sur le trajet du lycée, sa rencontre avec Imaizumi, un cycliste chevronné, va changer sa vie. Sakamichi se retrouve face à une véritable épreuve de force ! Cet ado timide pourra-t-il dominer le futur champion de l’équipe de cyclisme sur la route de l’école ? »

Le sport dans Sakamichi : Étant donné l’amour de la France pour le cyclisme et son Tour, il est presque étonnant que ce manga ne sorte que depuis 2025 sous nos latitudes. Yowamushi Pedal — son nom original au Japon — fait le bonheur du Shônen Champion depuis 2008, où il s’est hissé au rang de titre culte aux côtés du manga de football Angel Voice.

Ce qui fait la force de ce titre, c’est son héros. De son physique banal à son caractère effacé d’otaku, Sakamichi Onoda ne cherche pas à briller, ou seulement dans sa passion pour les anime. Les sportifs lui font peur et s’il n’a pas été aussi malmené que Sena dans Eyeshield 21 durant le collège, il n’a pas l’intention de sortir de sa zone de confort.

Et pourtant, c’est son obsession solitaire qui va l’amener à pratiquer ce sport exigeant qu’est le cyclisme en équipe. Remarqué pour son potentiel encore latent, Sakamichi rejoint l’équipe du lycée, faite de personnalités hautes en couleurs. Le challenge pour Sakamichi est d’intégrer qu’il a un rôle à tenir, une personnalité de compétiteur et un physique adapté à la course à développer, tout en soutenant ses nouveaux camarades dans leurs objectifs.

Le dessin de Watanabe, précis jusqu’au perfectionnisme, permet de comprendre combien le Japon s’intéresse au cyclisme ; en particulier au Tour de France et au Giro d’Italie. La sensation de vitesse, les confrontations roue contre roue d’individus déterminés, la description des stratégies appliquées à de longues courses sont une immersion passionnante dans un sport qui semble si simple lorsqu’on le regarde depuis le confort de son canapé.

Pourquoi on vous en parle : Parce qu’il est culte. Au Japon du moins, avec 100 tomes à ce jour. De fait, voir Kurokawa prendre le risque de le sortir a été une surprise aussi bienvenue qu’inquiétante. Pour soutenir ce pari, ils se sont alliés à l’Équipe, journal emblématique entièrement dédié au sport en France depuis 80 ans. Ce n’est pas la première fois que l’éditeur s’engage sur une très longue série sportive puisqu’ils ont presque rattrapé la parution japonaise de Hajime no Ippo et ses 145 tomes.

Et parce que voir un gringalet mordre le bitume aussi fort que Sakamichi a quelque chose de grisant. Tout le monde est investi dans l’amour de la petite reine, certains personnages sont antipathiques, voire font carrément peur. Comme Captain Tsubasa en son temps, le manga transmet cette passion pour un sport pas tellement pratiqué au Japon. Même si on n’est pas sportif soi-même, l’investissement et le dépassement de soi démontrés donnent envie de les voir gagner.

H2 de Mitsuru Adachi aux éditions Delcourt / Tonkam

H2 - Mitsuru Adachi - Edition Deluxe Delcourt Tonkam

Synopsis : « Hiro et Atsushi se sont inscrits dans un lycée où il n’y a pas d’équipe de base-ball. À peine arrivé dans son nouvel établissement, Hiro tombe amoureux de Haruka, et étant une grande fan de base-ball, elle tente de créer un club amateur. Le meilleur joueur de l’équipe de foot, espérant la séduire, engage un match de base-ball entre son équipe et ce club. Hiro et Atsushi décident d’agir, malgré quelques soucis de santé… »

Le sport dans H2 : Parler de H2, c’est presque prendre le contre-pied d’Eyeshield 21. Ici, le sport n’est pas un feu d’artifice permanent, il ne cherche pas à impressionner mais il est diffus, intime, presque silencieux et cherche surtout à véhiculer les émotions, les contradictions et les doutes de ses personnages. Le sport co-existe avec les tranches de vie, laissant les protagonistes respirer et, surtout, vivre leurs propres histoires.

Hiro Kunimi est loin, trèèèès loin du héros qui crie ses ambitions. Il est très talentueux mais peu démonstratif, souvent dans la retenue et s’entraîne durement, mais toujours loin des regards. Comme dans tout bon Mitsuru Adachi et qui caractérise la patte du maître, les matchs deviennent des espaces où les sentiments passent sans être dits. Chaque lancer raconte, selon les moments du récit, une hésitation, un conflit intérieur, une émotion ou une décision.

Tout ceci donne des matchs sans visuels exagérés ni gestes techniques accompagnés d’explications fleuves, mais l’importance est donnée aux détails et l’on conserve une tension palpable, où le base-ball rapproche les gens et cristallise les non-dits. Un terrain beaucoup plus… émotionnel en quelque sorte.

Enfin le base-ball, à travers les années de lycée, est aussi là pour incarner le temps qui passe, les occasions manquées, les moments où les choses ont basculé et où les marches arrière semblent impossibles (quoique, parfois…). Bref, si l’excitation sportive reste, la victoire compte parfois moins que le chemin, et l’adrénaline cohabite à merveille avec la mélancolie.

Pourquoi on vous en parle : Parce qu’il s’agit de Mitsuru Adachi et que H2 est l’une des sagas les plus longues et iconiques du maître. Si H2 est un grand manga de sport, c’est parce qu’il est différent, qu’il est l’un des rares à faire du sport une part de la vie et non pas l’alpha et l’oméga de la série. Car Adachi ne serait pas Adachi sans son talent pour la romance, essentielle, un humour subtil, plein d’auto-dérision, et un vrai sens du timing et du découpage. Un manga de sport, oui, mais un manga incroyablement riche, et complet.

Les éditions Delcourt / Tonkam ont de plus eu l’excellente idée de proposer, depuis fin 2025, une perfect édition qui regroupe deux tomes en un, et dont le second tome arrive le 7 mai prochain. Ruez-vous dessus !

Medalist de Tsurumaikada aux Éditions Nobi Nobi!

Couverture de Medalist. Un homme blond et une petite fille en tenue de patineuse prennent la pose avec énergie

Synopsis : « Le Japon est reconnu comme l’un des meilleurs pays au monde dans le domaine du patinage artistique. Cependant, l’accès au prestigieux championnat national, qui se déroule chaque année, est réservé à une poignée de privilégiés. Tsukasa, un ancien athlète, a vu son rêve se briser après avoir consacré toute sa vie à ce sport. D’un autre côté, Inori, âgée seulement de 11 ans, nourrit le rêve de devenir une grande patineuse, bien que personne ne croie en elle. Le destin réunit ces deux êtres sur la glace, et ensemble, ils se préparent à conquérir le monde avec une motivation sans égale ! »

Le sport dans Medalist : Inori fait partie depuis peu de ce groupe, pas si grand, de protagonistes féminines de manga de sport. Et pour elle, ce n’était clairement pas gagné tant elle part de loin en termes de challenge. Bien sûr comme toute championne en devenir, elle est passionnée, mais la vie a décidé de jouer contre elle. Entre sa mère qui refuse de la voir patiner, au point que la jeune fille paye son entrée en vers de terre au concierge pour accéder à la patinoire, et un trouble de l’attention qui l’isole de ses camarades, elle n’a pas beaucoup d’espoir de réaliser son rêve de médaille.

Et tout ça, c’est sans compter sur l’ultra compétition de cette discipline. En termes de sport individuel, le patinage a son lot de dramas et de scandales mais bien avant d’en arriver là, il faut déjà y entrer ; et Tsukasa, celui qui va entraîner Inori, a fait les frais d’une sélection aussi drastique qu’injuste. Sans les ressources et les connexions nécessaires, il a échoué à devenir une étoile du patinage artistique malgré son talent indéniable et son amour de ce sport, et voit Inori comme une chance de réaliser l’impossible, et aussi de donner un coup de pied dans cette institution qui pense que seuls les enfants pris à leur plus jeune âge valent la peine d’être suivis.

Tout en montrant de belles séquences sur la glace, le manga met en lumière une part non négligeable de ce qui se passe autour. Le patinage est un dérivé de la danse, avec tout ce que cela implique. Parents hyper investis dans un sport qui couvrira leur enfant de gloire, pressions diverses, adversité et élitisme sont le lot de celles et ceux qui se risquent sur les patins. Et pourtant la joie de Inori sur la glace combinée à l’entousiasme débordant et la pédagogie de Tsukasa effacent ces difficultés.

Pourquoi on vous en parle : Avec un équilibre maîtrisé entre gags, entraînements, motivation et envie de victoire, Medalist est l’un des mangas les plus accrocheurs sur le patinage artistique. Le duo entraîneur/patineuse permet une vision élargie de ce milieu, tant à hauteur d’enfant qu’avec un regard d’adulte. Les personnalités attachantes et passionnées de Inori et Tsukasa font le reste et c’est un délice à lire.

En cours de parution dans le mensuel Afternoon, comptant actuellement 14 tomes au Japon, Medalist est un vrai bijou de narration sportive, avec une héroïne jeune et déterminée, et un entraîneur passionné.

Céüs ! de Peterson Ceus, Carlos Moreno et Wakaiki chez Vega / Dupuis

couverture de Ceus, un jeune garçon au teint foncé tient un long ruban qu'il agite avec énergie

Synopsis : « Jeune enfant de banlieue sans histoire d’une famille monoparentale, Peterson Ceus s’ennuie et se cherche. Un beau jour, il découvre par hasard sur Internet des vidéos de gymnastique rythmique et c’est le coup de foudre immédiat. Peterson commence par s’entraîner chez lui, au grand désespoir de sa mère qui le voit tout casser avec sa balle et ses bâtons improvisés. Peterson réussit heureusement à intégrer un club pourtant réservé aux filles, et malgré la réticence d’une partie du club et sa morphologie peu adaptée à la GR, il arrive à trouver sa place et à s’épanouir dans ce sport. »

Le sport dans Céüs ! : La gymnastique rythmique, autrement appelée GR. Ou GRS pour gymnastique rythmique et sportive, du temps de Cynthia ou le rythme de la vie, Touch/Théo ou la batte de la victoire, et Wingman. Une discipline artistique, où l’on manie cinq engins — ballon, ruban, massues, cerceau, corde — tout en dansant, selon des critères très précis. Une discipline féminine. Tellement féminine qu’au plus haut niveau, la GR est interdite aux hommes

Céüs !, c’est une autobiographie. Celle de Peterson Ceus, qui depuis l’enfance, se consacre à ce « sport de filles ». Au début de son apprentissage, il est confronté à des obstacles similaires à ceux de Inori et Naïm : le scepticisme de son entourage, la pression du club, tout en cherchant sa voie et en ayant peu de soutien. Ajoutez à cela les origines haïtiennes de notre protagoniste et plus tard, son coming out LGBT, et vous avez un parfait condensé d’adversité. Voir Peterson naviguer parmi les différents aspects de sa vie parle à celles et ceux qui doivent composer avec des étiquettes qui parfois sont à contre-courant des attentes de la société.

La persistance de Ceus va pourtant payer. Grâce à un dessin empli d’élégance et d’énergie, on perçoit toute l’intensité d’un sport aussi technique qu’exigeant. La GR est une discipline à la croisée de la danse et du cirque, qui demande agilité, adaptabilité et réactivité, en plus de la maîtrise du corps. C’est aussi la dernière discipline qui, en France, interdit aux hommes de pratiquer à haut niveau. Par comparaison, le Japon dispose de plusieurs équipes masculines.

Pourquoi on vous en parle : Parce que comme Golden Goal, c’est un récit qui s’écrit au présent, avec un jeune homme qui n’est pas dans les standards attendus d’un gymnaste, noir, gay, et adepte d’une discipline que certains dévaluent pour son rapport au féminin. La visibilité d’un protagoniste comme Céüs dans le monde du manga, qui cache souvent mal son racisme, son homophobie, ou sa misogynie, a d’autant plus d’importance pour des lecteurices en mal de représentation.

Et parce que cette rencontre improbable entre la gymnastique rythmique et ce môme de banlieue, que l’on suivra dans les trois tomes parus, jusque dans sa vie d’adulte, est juste intéressante à lire. Au-delà du sport, c’est l’histoire d’un sportif hors normes qui est racontée dans ce manga.

C’est ainsi que s’achève cette sélection sportive ! Prêts à partir sur le terrain ou sur le ring… Ou plutôt à lire un bon manga ? Dites-nous lequel en commentaire !

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