Gaming Memories #74 – Rygar
De nos jours, on connaît principalement l’éditeur Tecmo (désormais Koei Tecmo) pour ses séries cultes Ninja Gaiden et Dead or Alive. Cependant, bien avant cela, un autre jeu leur octroyait une place dans le milieu encore naissant qu’était l’arcade : Rygar. Talonnant Dragon Quest en termes de date de sortie, c’est en mai 1986 que nous vous donnons rendez-vous pour cette première grosse aventure de l’éditeur japonais.

Il était une fois 1986…
Nous avons déjà parlé de l’histoire de Tecmo dans le Gaming Memories consacré à Dead or Alive. Concentrons-nous donc sur le jeu qui nous intéresse ce mois-ci : Rygar. Il s’agit du 12e soft de l’éditeur sur plus d’une centaine, dont une trentaine rien qu’entre 1980 et 1990.
Derrière celui-ci se cache notamment Hideo Yoshizawa qui a joué des rôles importants comme producteur ou directeur exécutif pour des titres tels que les trois premiers Ninja Gaiden. Il est ensuite allé chez Namco (désormais Bandai Namco) et on lui doit notamment respectivement la direction et la supervision des fantastiques Klonoa : Door to Phantomile et Ridge Racer Type 4 !
Le jeu est initialement sorti en arcade (en mai 1986), sur le système PlayChoice-10 créé par Nintendo sur lequel ont été porté de très bons titres comme Super Mario Bros. 3, Super Contra ou encore Mega Man 3.
On raconte d’ailleurs que, à l’origine, le personnage était simplement nommé « Legendary Warrior » (guerrier légendaire). C’est lors de la conversion pour le marché occidental qu’il serait devenu Rygar, et ce à cause d’une erreur de compréhension. En effet, l’antagoniste principal se nomme Ligar et, les lettres L et R se prononçant de la même façon dans la langue japonaise, les responsables de la localisation lui ont donné un nom similaire, Rygar !
… il y a quelques milliards d’années
4,5 milliards d’années se sont écoulées depuis la création de la Terre. De nombreuses dominations y ont eu lieu, mais le temps a toujours été leur pire ennemi, éradiquant les règnes tyranniques. Mais à présent… un nouveau règne de domination commence…
… et c’est tout ! Un scénario plutôt étrange et simpliste, qui n’aura été étendu que sur les versions NES et encore plus sur Lynx. Faisons exception à la règle de rester sur le jeu d’origine pour une fois : ces portages expliquent que les rois se succédèrent paisiblement dans le monde pendant des millions d’années, victorieux contre les légions du mal. Mais soudainement, ces dernières prirent le dessus et plongèrent le monde dans un chaos maléfique. Cependant, un nouveau roi réapparut après 10.000 ans pour lutter contre le mal. Plusieurs millions d’années plus tôt (décidemment…), c’était un puissant magicien qui avait banni les hordes du mal dans une autre dimension, jusqu’à sa mort où le sort a été brisé, mais un héros, portant son sceau, n’attendait qu’à s’élever pour reprendre le combat… !

le score total du niveau est calculé.
©Tecmo 1986
Par le pouvoir du bouclier ancestral !
Rygar est un jeu de plate-forme mêlé à de l’action, beaucoup d’action. Le personnage se déplace de gauche à droite dans des niveaux en 2D, peut se baisser, sauter et attaquer avec son arme, le Diskarmor. Celui-ci est, grossièrement, un bouclier entouré de pics, relié à une chaîne comme un yo-yo, qui peut être jeté en face ou en arc de cercle au dessus du personnage. Sa distance peut être améliorée grâce à des power-ups trouvés çà et là au fil de la progression, aux côtés d’autres améliorations comme des vies supplémentaires ou la possibilité de tuer un monstre en lui sautant dessus – autrement, on rebondira juste, ce qui peut être une stratégie de survie importante dans le jeu.
En effet, toute action compte et peut avoir son impact. Les ennemis meurent en une seule attaque, mais Rygar aussi, et la marée de monstres qui se jette sur lui ne s’arrête jamais, sauf lors des checkpoints entre deux stages. Ces bestioles reviennent en boucle mais ce ne sont pas les seuls ennemis du héros : étant un jeu de plate-forme, il faudra veiller à ne pas tomber dans des trous, ni à trop traîner. Le temps pour compléter un niveau est très limité, et une grosse créature viendra poursuivre notre héros sans s’arrêter si on le dépasse. Ce monstre est immortel et ira de plus en plus vite au fur et à mesure qu’on lui survit. Seules échappatoires : finir le niveau en cours ou perdre une vie.
Celles-ci sont d’ailleurs limitées à trois par crédit, mais les checkpoints sont extrêmement nombreux, pour ainsi dire, tous les deux mètres parcourus. Perdre une vie a cependant un avantage, dans un certaine mesure : cela fait disparaître tout ce qu’il y a à l’écran… bonus traînant là inclus. Alors, on pourrait se dire que, ce n’est pas si grave d’être envahis et de perdre une vie. Le jeu est difficile, ne laisse aucun répit, d’accord, mais il y a un moment de paix lors d’une mort… jusqu’à arriver dans les six derniers niveaux, où les crédits restants sont annulés. Le moindre Game Over devient alors définitif, forçant les joueurs à ne pas se la couler douce. Même insérer une nouvelle pièce est inutile ! Une belle preuve de sadisme pour un jeu déjà bien compliqué, que l’on remerciera pour nous épargner de combats de boss au passage…

©Tecmo 1986
Alors, est-ce que Rygar mérite ses pièces ?
Rygar est un jeu qui inspire le respect, même de nos jours. Les graphismes y sont fins pour l’époque, et l’animation du personnage est fluide, les étapes des mouvements détaillées. Certains décors, même s’il n’y en a pas beaucoup de types différents, débordent de couleurs et l’action est rapide, nerveuse, on ne constate même pas de ralentissements malgré le nombre de monstres à l’écran en plus du personnage.
On pourra regretter que le côté sonore n’ait pas été aussi travaillé cependant, car l’intégralité du jeu tourne avec seulement une poignée de thèmes différents (dont certains que vous n’entendrez probablement jamais puisqu’ils se lancent lorsque l’on atteint le high-score). Il n’y a qu’un seul morceau pour l’intégralité des niveaux de la production, qui repart du début à chaque mort, qui plus est (et vous l’aurez bien compris, cela arrive souvent). Les thèmes ne sont majoritairement que des petites boucles pas très inspirées. Le personnage, cependant, pousse deux cris différents en fonction de ses attaques, des samples de très bonne qualité qui ne crachotent pas, d’ailleurs.
Hormis cela, on saluera aussi la maniabilité, facile à prendre en main et intuitive, plutôt réactive bien qu’il faille considérer ses mouvements régulièrement afin de ne pas mourir à cause de frames d’inactivité entre deux actions. Les ennemis, eux, n’attendent pas pour traverser l’écran dans tous les sens… certains d’entre eux, par ailleurs, sont là en permanence tout le long d’une scène, comme celle dans des cavernes par exemple, où une sorte d’homme chauve-souris nous jettera des choses à la figure jusqu’à atteindre la sortie.
L’aventure se compose de 27 niveaux, et ce avec pour seule interruption le passage dans les temples qui servent de checkpoints et de compte-rendu des points engrangés. Pas d’autre répit, pas de boss avant la fin, tout se fait en ligne droite sans vraiment jamais s’arrêter. Au total, le jeu demande tout de même une quarantaine de minutes pour être complété et n’a donc clairement pas à rougir de la concurrence, même future ! Ce genre de jeux, cependant, se fait déjà un peu commun dans les salles d’arcade, et pourtant…

Rygar mais pas ryngar
Les critiques et avis de l’époque sur le jeu ont été plutôt tièdes et allant jusqu’au positif. C’est certes un jeu dans la norme haute du genre pour son temps, mais finalement son originalité principale par rapport à un autre soft réside en particulier dans sa difficulté élevée, qui ne convient forcément pas à tout le monde. Pourtant, il a été le 6e jeu le plus joué en arcade pendant un temps, grimpant jusqu’à la place de 3e. Cela lui a garanti une belle lignée de portages : on en compte neuf au total.
Ainsi, l’aventure a fini sur à peu près toutes les machines de l’époque et pas seulement la NES et la Lynx (exclusivité nord-américaine) mais aussi la Master System, et les micro-ordinateurs ZX Spectrum, Commodore 64, Amstrad CPC et X68000 (exclusivité Japon). Toutes ces versions, cependant, n’étaient pas des meilleures, au contraire, même si elles apportaient leurs petits lots de différences dans les textes. Définitivement, c’est la version NES qui attirera le plus les regards, grâce à un gameplay assez différent puisqu’il passe du jeu à progression linéaire vers une production semi-monde ouvert, avec des upgrades de gain de statistiques permanents, en faisant ainsi l’un des premiers exemples de ce que l’on appelle aujourd’hui metroidvania. Si l’on cumule les copies vendues sur tous les supports, on compte environ 1,5 million de jeux vendus !
Le jeu gagne aussi un remake intégral en 2002 sur PlayStation 2, nommé Rygar : The Legendary Adventure, avec un tout nouveau scénario et prenant appui sur les mythologies grecques et romaines. De nombreux portages du jeu ont également été faits sur des consoles plus récentes, comme sur la Wii, la PlayStation 4 et le service Nintendo Classics. Des fans en ont même effectué un sur un système Amiga (qui est sorti en 1992) en 2019 ! Si ça, ce n’est pas de l’amour… !
Doté de nombreux atouts, et aussi d’une difficulté élevée, Rygar reste un exemple de qualité de la part de Tecmo, un jeu qui évoque toujours une petite réaction chez ses joueurs. Ce genre de jeux à challenge est assez classique de nos jours, mais si jamais vous souhaitez plonger parmi les origines de ce genre… notre jeu du mois est un bon point de départ !
