Kamiplay : rencontre des cosplayeurs et des photographes dans un jardin oriental
Le décor du Parc Oriental de Maulévrier a inspiré les cosplayeurs et les photographes tout au long du week-end du 18 et 19 juillet. Cette année 2026 était la 5e édition du festival Kamiplay. Un événement dédié à la pratique artistique du cosplay et de la photo de cosplay, avec de multiples activités proposées au public.

Le cosplay a pris une certaine ampleur en France via la culture populaire japonaise et les jeux vidéo. Bien que la pratique soit née aux États-Unis dans les années 60-70, avec des interprétations des personnages issus de la SF américaine (Star Trek, Star Wars…), elle s’est considérablement développée auprès des fans de japanime au Japon.
On ne pouvait pas trouver plus beau décor que celui du Parc Oriental de Maulévrier pour rencontrer nos personnages préférés. Situé dans le Maine-et-Loire (49), il s’agit du plus grand parc japonais en Europe. On y accède par un torii – portique traditionnel shinto qui marque l’entrée d’un lieu sacré – puis un pont qui enjambe la Maine. On déambule ensuite entre les arrangements minéraux et floraux typiques des jardins nippons. On profite des fenêtres paysagères pour découvrir les vues différentes sur l’étendue d’eau et on s’arrête pour observer les carpes dans leur bassin naturel.
On est loin de l’effervescence des conventions japanime comme Japan Expo ou le Comicket. Ici, tout est calme et zen, on est à l’abri des érables ou des saules pleureurs au bord de la rivière (la Maine). On entend le bruit des petites cascades et des oiseaux. On y croise nos icônes de mangas et jeux vidéo en chair et en os. Pendant deux jours, aucun problème, on peut les prendre en photo dans ce décor japonisant. C’est un lieu propice à la rencontre et la discussion.
Invitées d’honneur
Les cosplayeuses, invitées d’honneur de cette année, Altaya, Corneline et Maoh discutent sous la pagode. Elles sont en train de s’échanger des anecdotes de costumes. Maoh qui incarne Milio (League of Legends, Riot Games), a utilisé de la résine pour reproduire des gouttes d’eau sur ses bottes de pluie. Pour les filles « la résine est le produit magique des cosplayeurs ». Elles se projettent sur toutes les possibilités de photographie que le parc peut offrir notamment avec les effets aquatiques. Pour Corneline, qui incarne la Twilight Princess (Zelda), ce type d’événement dédié uniquement au cosplay et dans ce décor est « une belle manière de valoriser les pratiques artisanales et artistiques mobilisées par cette pratique qui est pluri-disciplinaire ». En effet, il y a un travail de couture, bien sûr, pour réaliser un costume mais il faut aussi penser à la fabrication d’accessoires. Il faut même développer des compétences électroniques si on veut créer des effets de lumière sur un masque ou des armes par exemple.

La pratique implique aussi la représentation sur scène du personnage et de prendre la pose pour les photos, un exercice difficile sous-estimé. Mais les trois cosplayeuses sont unanimes, « la communauté de cosplayeurs est bienveillante, on se sent vraiment bien entourées » . D’ailleurs, elles sont montées sur la scène du Kamiplay avec beaucoup de plaisir. Maoh se confie : « J’ai toujours le trac avant d’entrer sur scène mais une fois dans l’action, j’oublie tout et j’adore l’interaction avec le public. » Son interprétation de Milio était un dialogue avec l’audience pour faire venir la pluie. En pleine canicule, on apprécie ! Si seulement la magie du cosplay pouvait se matérialiser dans notre monde !

Altaya et Maoh racontent leur expérience commune du public : Altaya et Maoh racontent leur expérience commune du public : « C’est un public de passionnés encourageant. Au pire, ils ne reconnaissent pas le costume ou n’aiment pas mais ne disent rien dans ce cas. » Altaya précise que « ce qui est intéressant, c’est aussi de faire découvrir un personnage ou un univers qu’on adore à des personnes qui ne connaissent pas forcément, de leur donner envie finalement de regarder la série ou jouer au jeu etc. Si une personne aime bien le costume, elle vient nous voir pour nous demander qui c’est et ça crée une discussion. »
Ce qui est particulier avec le Parc Oriental de Maulévrier c’est qu’on ne rencontre pas forcément le même public que sur les conventions japanime, c’est peut-être une audience plus large. Et puis, dans ce grand jardin, pas de bousculade, ou de photos prises à la volée, on prend le temps. C’est un événement également dédié à la photo et ouvert à tous.tes. Quoiqu’il en soit, Maoh et Altaya remarquent souvent avec amusement que tant qu’elles sont dans la rue, « on les regarde bizarrement ou avec curiosité », mais une fois entrées dans l’enceinte de l’événement « tout devient normal ! » (rires).
En tant qu’invitées d’honneur, elles ont chacune animé des conférences et ateliers autour du cosplay. Altaya, cosplayeuse en situation de handicap, a fait de son fauteuil roulant une pièce à part entière du décor. Dans son costume de Chihiro, elle a pu évoquer un sujet qui lui tient à cœur lors de la conférence Et si on parlait du handicap dans le cosplay ? Maoh, qui a réalisé une quinzaine de costumes en dix ans, a proposé un atelier de fabrication du masque de Princesse Mononoké. Corneline, qui a obtenu un diplôme des métiers d’art (DMA), est devenue costumière professionnelle pour vivre de sa passion. Elle est revenue en détail sur le parcours de création d’un costume lors de la rencontre De fil en aiguille, le parcours du costume. Elle-même a donné vie à environ 200 tenues.
Un costume, c’est plus de 600 heures de travail !
Pour approfondir le sujet, Kamiplay avait aussi invité la Ligue des Cosplayeurs Extraordinaires. Cette association créée en 2020 par des cosplayeurs et cosplayeuses a pour but de proposer des animations autour du cosplay, avec des organisateurs d’événements, des studios d’édition ou des agences de communication lors de festivals partout en France. Chouchou, cosplayeuse et l’une des fondatrices de la Ligue, présentait les deux jours une exposition de costumes primés lors de concours pour la plupart (dont les siens). On pouvait retrouver Sophie, l’héroïne du Château Ambulant ou Ravenna, l’incarnation de la méchante reine dans Blanche-Neige et le Chasseur par Charlize Theron. On apprend grâce à l’exposition qu’il faut environ 600 heures de travail pour réaliser un costume comme celui de Ravenna. Comme l’exprime Chouchou aux visiteurs, l’idée est de « partager cet art avec tout le monde, de le rendre accessible et pourquoi pas de faire naître des passions ».

Autres protagonistes du monde du cosplay : les photographes. Avec le cosplay, il y a les défilés bien sûr, mais nous avons tous eu envie de repartir avec notre propre photo de notre personnage adoré. Au fil des années, les photographes se sont intéressés au cosplay et certains se sont professionnalisés. Le résultat est encore un art en soi. Une pratique artistique qui découle de l’exercice du cosplay et qui enrichit le portfolio des cosplayeurs et cosplayeuses.

Alors que nos trois cosplayeuses honorées posaient à la pagode, les photographes professionnels, spécialisés dans la photo de cosplay, Axel Clergeau et Antony Gomes, s’étaient déjà installés quelques centaines de mètres plus loin au pied d’une petite cascade. Devant un pont qui donne une vue magique sur le plan d’eau et les arbres soigneusement taillés, Axel nous explique : « L’avantage, après avoir participé au festival Kamiplay plusieurs années, est de connaître un peu les petits coins du parc qui vont bien rendre ou qui plaisent aux cosplayeurs. » Ils se mettent en poste fixe une partie de la matinée, et accueillent tour à tour les cosplayeurs et cosplayeuses. Puis, ils vont bouger, selon les besoins de chacun et chacune. Pour eux « les échanges avec les cosplayeurs ont permis chaque fois de découvrir des nouvelles vues et des nouvelle lumières, de créer des décors différents et de perfectionner notre technique. »
Kamiplay est une rencontre ouverte à toutes et à tous. Les activités proposées permettent de découvrir le travail esthétique et artisanal derrière la pratique. Le décor permet à la fois de renforcer l’immersion dans les univers de nos personnages souvent issus de la culture japonaise, et d’explorer toute la créativité des cosplayeurs et cosplayeuses et des photographes professionnels ou amateurs. Tout le monde a sa place.
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