Voyage à Chûgoku #3 : Okayama, berceau d’une légende

Voici le troisième épisode de notre découverte de la région du Chûgoku, et cette fois nous visitons la préfecture d’Okayama. Tout comme Shimane et Yamaguchi, celle-ci est peu fréquentée des visiteurs étrangers. Elle se situe pourtant sur un grand axe très emprunté, le classique Osaka-Himeji-Hiroshima/Miyajima.

Avec son ciel bleu et son grand nombre de jours d’ensoleillement, Okayama est surnommée le « pays du soleil ». Entre nature luxuriante et spécialités gastronomiques, chacun y trouvera son compte. Même les amateurs de vin ! Avec son climat propice, Okayama est le royaume des fruits. Vous découvrirez ainsi quelle célèbre légende lie Okayama à la culture de la pêche.

C’est reparti pour une balade avec Journal du Japon, pour découvrir les caractéristiques de cette préfecture, et l’avis d’une japonais qui y vit.

Géographie et climat

La préfecture d’Okayama se situe à l’est de la région du Chûgoku, « pays du milieu » et est bordée par Tottori au nord, Hiroshima à l’ouest et la mer intérieure de Seto au sud. La préfecture d’Okayama peut être divisée en trois parties : au nord, les monts Chûgoku avec de nombreuses sources chaudes ; au centre, des collines ; et au sud, des plaines avec une mer calme et des îles.

Trois rivières principales coulent à travers la préfecture : les rivières Yoshii, Asahi et Takahashi. Toutes trois prennent leur source dans les monts Chûgoku, et se déversent dans la mer intérieure de Seto. Au niveau du climat, nous retrouvons une nouvelle fois, au nord, un climat de la mer du Japon avec beaucoup de nuages et de neige en hiver. Dans le reste de la préfecture, il fait plus doux : notamment au niveau de la mer intérieure de Seto, où il pleut très peu.

La préfecture est d’ailleurs surnommée le « pays du soleil ». Il s’agit de la préfecture avec le plus grand nombre de jours ensoleillés, et compte en moyenne 270 jours avec moins de 1 mm de pluie par an. Le ciel y serait même particulièrement bleu.

Grâce à cela, Okayama est capable de produire des fruits, un luxe qui lui est unique par rapport au reste du pays. La préfecture est d’ailleurs assez strictes quant aux méthodes de cultivation : il faut faire pousser certains types de fruits seulement, comme les pêches blanches, et changer les sacs utilisés en fonction des variétés…

Enfin, en plus de son climat agréable, il y a peu de séismes importants à Okayama. Entre 1923 et 2022, il n’y a eu que 19 tremblements de terre de magnitude 4 ou plus. Tout cela en fait donc une préfecture où il fait très bon vivre.

Entre conte et légende

Château U-jô dans la ville d'Okayama ©siamkop, Pixabay
Château U-jô dans la ville d’Okayama – Photo de siamkop (Pixabay)

L’histoire du Japon est divisée en plusieurs époques, et l’une d’elles est l’époque Kofun (environ 250 à 538). Les kofun sont au Japon de grands tertres funéraires, pour beaucoup en forme de trou de serrure. A Okayama se trouve le quatrième plus grand du Japon, qui serait le lieu de repos de Kibitsuhiko no Mikoto.

Durant la période Kofun, presque tout le territoire qui est aujourd’hui la préfecture d’Okayama était appelé Kibi. C’était une terre fertile, qui bénéficiait de beaucoup d’eau grâce aux rivières qui la traversaient. Celles-ci ont notamment permis la culture du riz en abondance.

Mais avant cela, Kibi était une terre où il n’y avait rien, et sur laquelle s’était installé en chef un démon nommé Ura. L’empereur Kôrei décida alors d’envoyer l’un de ses fils, Kibitsuhiko no Mikoto, conquérir et pacifier la région. Après avoir vaincu l’ogre au terme d’une longue poursuite durant laquelle tous deux se transformèrent en différents animaux, Kibitsuhiko no Mikoto prit le contrôle de la région. Kibi devint l’un des quatre royaumes les plus puissants du Japon, avec Yamato, Tsukushi et Izumo, et l’agriculture s’y développa grandement.

Cette dernière histoire serait à l’origine de l’un des contes les plus connus et les plus populaires du Japon, celui de Momotarô. Garçon né dans une pêche, celui-ci s’est rendu, avec trois animaux pouvant parler, sur l’île d’Onigashima pour vaincre les démons qui y vivaient. Ce conte a notamment largement été utilisé comme propagande lors de la Seconde Guerre mondiale dans des films et des dessins animés. Momotarô représentait le gouvernement japonais, les animaux (un chien, un faisan et un singe) étaient le peuple, et les démons étaient les États-Unis.

Tourisme

La ville d’Okayama

Comme pour les autres préfectures, ne manquez pas de visiter sa capitale. Et comme c’est très souvent le cas au Japon, préfecture et capitale ont le même nom : Okayama. A ce propos, à Journal du Japon on est sympa alors on vous aide à vous y retrouver : ken (県) signifie préfecture, donc on dira Yamaguchi-ken, Okayama-ken, et shi (市) veut dire ville, donc sur les plans vous trouverez Yamaguchi-shi et Okayama-shi.

Okayama-shi est notamment connue pour son château noir, U-jô. Achevé en 1597, il a malheureusement été détruit pendant la seconde guerre mondiale. Reconstruit en 1966, il a même été modernisé : un ascenseur a été installé pour visiter plus facilement ses six étages. Si vous aimez les châteaux, à quelques dizaines de kilomètres d’Okayama, dans la ville de Takahashi, se trouve le château Bitchu-Matsuyama. Il s’agit de l’un des douze derniers châteaux authentiques du pays. Il n’est accessible que par un chemin de randonnée à travers la montagne.

Depuis le dernier étage de U-jô, on peut apercevoir le parc Kôrakuen, considéré comme l’un des plus beaux du Japon et situé juste en face du château. Achevé en 1700, il a fallu plus de dix ans pour le construire. Il s’agit d’un bel exemple des jardins seigneuriaux de l’époque féodale japonaise. Le parc est particulièrement large, avec beaucoup d’espaces vides, ce qui lui donne un effet très serein. En été il est possible d’y voir des illuminations la nuit.

Enfin, la ville accueille les sanctuaires Kibitsu-jinja et Kibitsuhiko-jinja. Comme leurs noms l’indiquent, tous deux sont dédiés à la divinité Kibitsuhiko no Mikoto, et constituent ses lieux de résidence. Ces sanctuaires sont également liés à Momotarô, personnage inspiré de Kibitsuhiko no Mikoto. Kibitsu-jinja est également le seul bâtiment de style kibitsu-zukuri du Japon, dont une des caractéristiques principales est son toit à double pignon.

La ville de Kurashiki

Canal à Kurashiki ©DECOちゃん, Pixabay
Canal à Kurashiki – Photo de DECOちゃん (Pixabay)

Une autre ville de la préfecture à ne pas rater est Kurashiki. Son atout phare est son quartier historique, Bikan. S’y trouvent de nombreux bâtiments traditionnels, notamment des maisons de marchands ou des anciens entrepôts. Situés le long d’un canal, ils ont été transformés en musées, galeries d’art et cafés. Il est d’ailleurs possible de se promener en barque sur ce canal, ce qui constitue l’attraction principale de la ville.

Un autre endroit incontournable de la ville de Kurashiki est le quartier de Kojima. Depuis plusieurs siècles le coton y est cultivé, ce qui fait de la ville un lieu célèbre pour son textile. Dans les années 1960, des métiers à tisser américains ont même été importés, et les artisans locaux ont commencé à concevoir leurs propres jeans. Aujourd’hui, Kojima est célèbre pour sa rue des jeans avec ses nombreuses boutiques de vêtement en jeans et denim, et attire des fashion victims et des couturiers du monde entier.

La ville compte également plusieurs musées, dont le plus connu est le musée d’Art Ôhara. Son architecture est surprenante pour un bâtiment japonais car il a été construit en s’inspirant du Parthénon. Ouvert au public depuis 1930, ce musée constitue la première collection d’art occidental en exposition permanente au Japon. Il accueille notamment des œuvres d’artistes très connus comme Rodin, Matisse ou encore Picasso.

Site de l’office de tourisme de Kurashiki : https://www.kurashiki-tabi.jp/for/fr/index.html

Inujima

Un endroit un peu plus inhabituel de la préfecture d’Okayama est l’île d’Inujima. Il s’agit d’une petite île de la mer intérieure de Seto, qui se situe à une dizaine de minutes en bateau depuis le port Hoden, au sud de la préfecture. Le nom de l’île signifie littéralement « l’île des chiens » et tire son nom d’un large rocher ayant une forme de chien.

Dans le passé, Inujima était un site industriel. Durant l’époque féodale elle produisait des blocs de granite qui servaient à la construction de châteaux. Au 20e siècle, une raffinerie de cuivre y a été construite. Malheureusement les prix du cuivre ont chuté une dizaine d’années après l’ouverture de la raffinerie qui a donc fermé. L’île a vu sa population grandement diminuer. En 2008, la raffinerie est devenue le musée d’art Inujima Seirensho.

Sur l’île se trouve également un petit village où vit une centaine de personnes. A travers le village il y a cinq galeries faisant partie du Inujima Art House Project, construites pour des festivals. Elles sont maintenant des attractions permanentes et peuvent être explorées en une heure ou deux de promenade à travers le village.

Site de l’office de tourisme d’Okayama-ken : https://www.okayama-japan.jp/fr

Okayama, une ville où il fait bon vivre : témoignage

Nous avons demandé à Naoko Ikoma, habitante d’Okayama-shi quels sont ses lieux préférés dans la ville, et si elle a des recommandations pour préparer une visite d’Okayama.

Naoko aime beaucoup les paysages d’Okayama. Il ne s’agit pas d’une grande ville mais il a tout à disposition et c’est très agréable de pouvoir faire ses courses à pied. En s’éloignant un peu du centre-ville, on découvre la campagne et sa nature verdoyante. C’est un mélange ni trop rural, ni trop urbain, qui lui convient parfaitement. Contrairement aux grande villes comme Tokyo, Osaka ou encore Nagoya, Okayama-shi est une ville à taille humaine, et c’est ce que Naoko apprécie le plus. Elle aime également beaucoup les tramways de la ville qui sont colorés et arborent souvent de beaux motifs. De plus, la pêche étant l’un des emblèmes d’Okayama, vous pouvez trouver des éléments du mobilier urbain qui rappellent ce fruit, comme par exemple le haut des lampadaires, qui est en forme de pêche.

L’un de ses endroits préférés est le parc Kôrakuen, qu’elle vous conseille de visiter. Considéré comme l’un des trois plus beaux jardins du Japon, on peut voir de nombreuses fleurs s’épanouir au fil des saisons. Beaucoup de couples s’y rendent même pour prendre des photos de mariage.


Si vous êtes à Okayama le 1er dimanche du mois, ne ratez pas le marché  Bizen Okayama Kyobashi au bord de la rivière Asahi. Dès cinq heures du matin les premiers étals s’installent et c’est agréable de voir le lever du soleil en se baladant. Vous trouverez de nombreux produits frais et agricoles, mais également de la nourriture et tout pour composer votre petit déjeuner !

Tout près d’Okayama-shi, Naoko vous invite à visiter le quartier ancien de Bikan, à Kurashiki. Ses petites rues bordées de maisons traditionnelles aux murs blancs sont très agréables à parcourir à pied. Elle apprécie également admirer la ville depuis les barques qui naviguent sur le canal principal.

Enfin, Naoko met l’accent sur les pêches, fruits phares de la préfecture. Étant allergique elle ne peut malheureusement pas en manger, mais elle vous conseille vivement d’y goûter car elles sont délicieuses. Vous pourrez déguster le fameux parfait japonais, dessert composé de fruits frais (de la préfecture), de gelée, de glace, de pâte de haricots rouges… A Okayama-ken on peut également manger du flan. Mais pas n’importe lequel ! Le « flan du bonheur » vous rendra heureux dès la première bouchée !

Nous remercions chaleureusement Naoko de nous avoir présenté ses endroits préférés à travers la préfecture, et de nous avoir donné de bons conseils !

La préfecture d’Okayama est donc un lieu où il fait bon vivre. Grâce à son climat doux dans le sud, vous êtes garantis d’y passer un moment agréable.

Si vous avez aimé cet article, ne manquez pas de lire nos précédentes publications sur les préfectures de Shimane et Yamaguchi.

Découvrez-en plus sur la préfecture d’Okayama avec nos articles sur Okayama-shi et Kurashiki :

Okayama-shi : https://www.journaldujapon.com/2017/08/12/carnets-de-voyage-okayama-la-ville-jardin/

Kurashiki : https://www.journaldujapon.com/2018/04/25/a-la-decouverte-de-kurashiki-douceur-de-vivre-dans-la-venise-de-lere-edo/

Découvrez également l’un de nos articles sur la légende de Momotarô : https://www.journaldujapon.com/2017/07/15/momotaro-soldat-anime-propagande-1944/

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