[Japan Expo 2026] Dans les coulisses de l’anime BLACK TORCH avec Kei Umabiki et Yoji Ueda

Après plusieurs années dans nos bibliothèques, les 5 tomes du manga BLACK TORCH ont enfin droit à une adaptation animée de 12 épisodes. A l’occasion de Japan Expo, découvrez notre entretien avec Kei Umabiki, réalisateur de l’anime et Yoji Ueda, seiyû qui donne sa voix à Rago.

A gauche, le seiyû Yoji Ueda (voix de Rago) et à droite, Kei Umabiki, le réalisateur de l’anime BLACK TORCH ©Photo de David Maingot pour Journal du Japon

Journal du Japon : Bonjour et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. BLACK TORCH est un savant mélange d’action mêlant ninjas et Mononoke, avec au centre de l’histoire une relation très fusionnelle entre un humain et un Mononoke. Qu’est-ce qui vous a le plus séduit, tous les deux, lorsque vous avez découvert le projet d’adaptation en anime ?

Kei Umabiki (réalisateur) : Lorsque l’on m’a proposé de réaliser l’anime BLACK TORCH, j’ai bien sûr lu le manga. J’étais frappé par le caractère qui en fait une série du Shônen Jump+, c’est-à-dire qu’elle s’inscrit effectivement dans cette lignée de récits pour jeunes garçons et centrés sur les combats. Pour moi, c’était un facteur central évidemment à prendre en compte dans l’adaptation, de même que bien sûr, le style graphique et la stylisation. Jiro est un personnage très stylisé visuellement. L’ensemble de ces éléments me fait penser d’emblée qu’effectivement il s’agit d’un travail de premier ordre. Il fallait donc assurer une réalisation à la hauteur.

Yoji Ueda (voix de Rago) : Il y a dans les liens qui se tissent entre Jiro et Rago, quelque chose de vraiment très attachant et entraînant. Rago est un personnage qui a vécu de longs siècles et j’ai trouvé en fait très émouvant qu’un personnage aussi âgé et expérimenté trouve dans ces échanges au quotidien avec ce lycéen, avec qui il partage finalement la vie, la possibilité et l’occasion d’apprendre, de grandir et de continuer à s’élever.

Après, dans la série, il y a de très nombreux personnages qui sont vraiment, je trouve, très séduisants et qui apparaissent donc tour à tour et qui se confrontent les uns aux autres, qui ont chacun leur position. Et ce qui me plaît beaucoup dans ce récit, c’est de voir comment leurs confrontations vont produire des résultats parfois inattendus et des évolutions dans leur position aux uns et aux autres.

©Tsuyoshi Takaki/Shueisha, Project BLACK TORCH

Le manga s’est terminé en 2018 et l’anime débarque en 2026. Quel est l’objectif (ou les objectifs) de cette adaptation ?

Kei Umabiki : Adapter des mangas qui datent d’il y a quelques années est en fait quelque chose qui dépasse le projet d’adaptation de BLACK TORCH. Actuellement au Japon, il y a un mouvement qui consiste effectivement à se pencher sur des mangas terminés il y a déjà plusieurs années et qui n’avaient pas été adaptés en animation. Dans ce vivier de récits, il y a une chance à saisir pour redonner une autre vie à ces mangas. Et donc il y a en fait un mouvement plus large qui consiste effectivement à réévaluer et à explorer les possibilités d’adaptation des récits qui ne l’avaient pas été jusqu’alors. BLACK TORCH n’est jamais juste qu’un exemple en fait au sein de cette tendance plus large que je trouve personnellement intéressante. Je me dis que c’est bien que ce genre de choses puisse exister.

Vous savez qu’au Japon dans les séries qui sont aujourd’hui produites en anime, il y a en fait une assez large palette de tendances, de récits qui peuvent être plutôt à l’ancienne ou de choses plus novatrices peut-être. Et je trouve qu’un tel mouvement peut contribuer effectivement à élargir la palette de ce qui est proposé en animation au Japon.

Rago a l’apparence d’un chat qui est en fait un très puissant Mononoke. Dans votre interprétation, comment avez-vous trouvé le bon équilibre entre les différentes facettes de ce personnage peu ordinaire ?

Yoji Ueda : Je ne suis pas sûr que cela réponde à votre question par rapport à l’équilibre, mais en un sens, ce personnage est un chat et donc il y a des moments dans le récit où il se comporte comme tel. Le chat est, comme vous le savez, un animal qui est, je pense d’un point de vue humain, très attachant et séduisant. C’est une espèce avec qui on peut partager très rapidement une forme d’intimité. Et donc, j’étais conscient de cette spécificité, de l’animalité en jeu. Et d’autre part, effectivement, il y a des moments où la voix révèle en fait sa vraie nature, sa nature surnaturelle et surpuissante et pour l’incarner dans ces moments-là, il fallait effectivement être en mesure de proposer quelque chose qui soit aux antipodes de la normalité.

Et ce dont j’avais conscience en particulier, c’était ce passage d’un côté à l’autre (l’animalité et le surnaturel) ou ce grand écart, on pourrait dire, qui pourrait causer un choc aux spectateurs en effet. Le danger à absolument éviter était que le spectateur ait l’impression de se retrouver face à deux personnages différents. Il fallait réussir malgré tout à trouver une continuité et donc que cela reste le même personnage avec ces deux facettes. Je ne pourrais pas vous dire concrètement comment j’ai fait, mais j’avais vraiment en tête effectivement cet écart, cette notion d’aller-retour à enchaîner en fait.

©Tsuyoshi Takaki/Shueisha, Project BLACK TORCH

Avez-vous eu des contacts avec le mangaka en préproduction et pendant la production ?

Kei Umabiki : Avec BLACK TORCH, je pense que c’est pour moi la première fois que les choses se sont produites de cette manière-là. Entre le studio et M. Takaki, l’auteur du manga, il y a eu une collaboration très étroite. C’est la première fois que je voyais une collaboration aussi étroite puisque le principe de l’adaptation du manga en anime était de rester le plus fidèle possible effectivement au récit initial.

Et M. Takaki, en fait, connait très bien l’animation, ce qui fait que dans le respect du travail qui est le nôtre, il nous a fourni énormément d’éléments, de demandes parfois, de corrections aussi sur le plan du dessin. Tout cela a été intégré dans le graphisme de la série et donc, on a pu mettre en place une collaboration très efficace et intense. On a pu notamment lui demander de superviser et de vérifier la conception graphique des personnages pour nous proposer des corrections et des modifications que l’on a ensuite intégrées. Voilà donc ce genre de retouches et de propositions de sa part.

Une grande partie du charme de BLACK TORCH repose sur la relation entre Rago et Jiro. M. Ueda, comment s’est déroulé le doublage en studio avec toute l’équipe et surtout, avec Ryota Suzuki ?

Yoji Ueda : Alors en fait, on a subi un peu les conséquences de la situation post-covid, ce qui a fait qu’à un certain nombre de moments, il n’a pas été possible de travailler tous ensemble et d’être réunis pour les sessions d’enregistrement. Mais pour les scènes qui impliquaient effectivement un lien sensible important comme enjeu, on s’est efforcé de planifier des enregistrements ensemble.

Et je dois vous dire que l’ensemble des comédiens réunis sur cette série sont de très bons acteurs vocaux qui ont su vraiment incarner chacun et chacune leur personnage dans le flux du récit. Et lorsqu’on est dans un cas de figure comme celui-là, ce qui en découle, c’est qu’en fait on parvient, entre doubleurs, à partager naturellement une forme de lien qui reflète celui qui se met en place entre les personnages dans l’histoire.

©Tsuyoshi Takaki/Shueisha, Project BLACK TORCH

Si vous deviez résumer BLACK TORCH en une seule phrase pour convaincre quelqu’un qui ne connaît ni le manga ni l’animé, que diriez-vous ?

Kei Umabiki : C’est en fait un récit qui n’est pas d’une très grande complexité en soi mais qui s’inscrit dans une sorte de voie royale du divertissement et qui s’adresse à un public très large à mon sens, allant des enfants aux adultes. J’espère donc que la série pourra être regardée par un large public. Et j’aurais envie de dire, particulièrement pour la France, que l’une des caractéristiques de la série est que 100studio, le studio qui l’a produite, a voulu en fait en faire un projet très global en faisant appel à des créateurs d’un peu partout à travers le monde, avec notamment des Français qui travaillent sur l’anime. Et il faut savoir qu’au Japon, aujourd’hui dans l’animation, il y a une implication de plus en plus grande de créateurs étrangers d’un peu partout du globe, d’animateurs de talents.

Je me dis donc que comme on est en France, l’une des choses que j’aimerais souligner c’est qu’effectivement des animateurs de talents français ont travaillé et joué un rôle important dans l’anime. Voilà, j’espère que les spectateurs auront ça en tête en France lorsqu’ils verront cette production.

Yoji Ueda : C’est difficile de vous dire ça en un mot ou une phrase. Je pense que ce qui fait l’attrait de BLACK TORCH, c’est d’être un récit à la fois, disons, très traditionnel et universel. En ce sens, c’est vraiment une histoire dans laquelle il est très facile d’entrer.

Et d’autre part, je dirais également, et notamment sur le plan vocal, qu’il y a vraiment toutes sortes de personnages très séduisants et attrayants. Et j’ai le sentiment que les spectateurs pourront trouver dans la série chacun un personnage à leurs goûts.

Remerciements à Kei Umabiki et Yoji Ueda pour leur temps et leur disponibilité, ainsi qu’à l’interprète Ilan Nguyên. Remerciements aussi à Samia El youssfi de l’agence de communication Weber Shandwick et Olivier Fallaix de Crunchyroll pour l’organisation de l’interview.

Lors de la conférence du vendredi 10 juillet 2026, nous avons relevé ces deux questions et réponses qui complètent notre entretien dont voici la retranscription.

Comme le manga est déjà terminé, cela a-t-il influencé votre façon d’aborder l’adaptation ?

Kei Umabiki : Cela a permis en effet d’avoir une idée d’ensemble et de connaître les enjeux de tout le récit. Mais à l’inverse, ce qui a été plus difficile pour nous à appréhender, c’est qu’il fallait faire tenir l’histoire en 5 volumes du manga dans les 12 épisodes pour l’anime. Il y a donc évidemment des choix à prendre et cela peut être un peu compliqué. J’ai privilégié avant toute chose sur la série la sensation de tempo. C’est vraiment ce qui moi m’anime en tant que réalisateur d’anime, c’est de savoir comment est-ce qu’on crée cette sensation de tempo et donc bien sûr, l’équilibre de l’ensemble du récit et par exemple, la quantité de répliques que l’on peut intégrer. En l’occurrence la série se compose d’un métrage qui est prédéfini, avec une durée donnée, donc il faut faire des choix prioritaires en fait et savoir quelle réplique on va privilégier.

Yoji Ueda : Lors des sessions d’enregistrement, M. Takaki était présent à chaque fois, soit en studio ou à distance. Lorsqu’à tel ou tel moment entrait en scène un nouveau personnage, il était là et nous expliquait de manière très précise effectivement les enjeux du personnage en question et la façon dont il fallait l’approcher.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans ce projet ?

Kei Umabiki : Sur ce projet, on a utilisé pas mal de 3D numérique et pour moi, effectivement, je tire une certaine fierté d’avoir réussi à gérer l’intégration de la 3D. Réaliser une série de 12 épisodes avec une équipe aussi jeune et aussi internationale est quelque chose dont je suis très fier de l’équipe.

Après en avoir appris un peu plus sur l’adaptation animée avec le réalisateur et la voix de Rago, n’hésitez pas à (re)voir les épisodes sur Crunchyroll en VF et VOSTFR pour satisfaire tout le monde.

©Tsuyoshi Takaki/Shueisha, Project BLACK TORCH

David Maingot

Responsable Culture à JDJ et passionné de la culture et de l'histoire du Japon, je rédige des articles en lien avec ces thèmes principalement.

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