Interview Vald : Voyage dans les catacombes de Paris

Le Salon du Livre de Paris, qui s’est déroulé du 13 au 19 mars 2009, était l’occasion de rencontrer Vald, dont la première publication Catacombes est sortie en janvier dernier chez Pika.

Vald nous emmène visiter les catacombes de Paris. © Photo Julien Tartarin

Très peu de gens connaissent cette facette de « la ville lumière » et c’est Vald qui souhaite nous la faire découvrir. Les catacombes de Paris sont pour lui une source d’inspiration. On va pouvoir suivre Anahë, une jeune fille un peu bohème et fragile mais intelligente et courageuse, qui va se perdre dans ce labyrinthe. Les cheveux aussi longs que le leader du groupe de rock Katacombes, qu’il a imaginé pour servir l’histoire de son manga, Vald s’installe tranquillement dans la loge Pika. Les idées bien en place, le jeune auteur nous ouvre les portes d’un univers qui résulte du croisement entre musique rock, ambiance des catacombes de Paris et magie de cette ville.

Biographie : Vald est le jeune auteur du manga français Catacombes sorti dans la collection senpai chez Pika. Après des études de graphiste, Vald est décidé à travailler dans l’illustration et dans le monde de la bande dessinée. Arrivé sur Paris il y a environ 4 ans, il part à la recherche de projets, de contacts et d’éditeurs dans ce but. C’est finalement sa rencontre avec Pierre Valls, directeur éditorial de Pika, qui donnera naissance au premier volume de Catacombes, un thriller horrifique. Pour aller plus loin, l’auteur a ouvert un myspace dédié au groupe de musique Katacombes qui accompagne l’héroïne dans son périple.

Journal du Japon : Peux-tu nous expliquer le concept de ton manga Catacombes ?

Vald : Je suis nouveau sur Paris mais je m’y suis tout de suite senti bien. Je n’aime pas l’image kitch qu’on lui donne, ce n’est pas le « Paris » que je vis tous les jours. C’était important pour moi que l’histoire se passe dans la capitale, ça m’a permis justement de parler du « Paris » que je connais et que j’apprécie. Les catacombes sont un lieu unique en leur genre et typiques de Paris. Je trouvais ça intéressant de partir de cette base là pour planter le décor d’un thriller horrifique. L’ambiance des catacombes se marie très bien avec la musique rock, métal, dont je suis fan. Le parallèle entre ces deux ambiances pouvait donner un mélange intéressant. Catacombes, c’est le rapport entre trois éléments, la ville de Paris, les catacombes, et la musique rock.
On y suit le parcours d’une jeune fille qui va justement découvrir tous ces endroits en même temps que le lecteur. On va suivre son évolution dans ces milieux qu’elle ne connaît pas…

Le premier tome vient de sortir, comment as-tu vécu sa réalisation ?

C’était vraiment cool, tranquille, j’ai eu un délai assez large pour me laisser le temps de me poser. Sur les premières pages et le premier chapitre, en réalisant que les dessins que j’étais en train de faire allaient être édité, j’ai quand même eu un peu la pression, puis petit à petit j’ai trouvé mon rythme. J’ai eu l’opportunité de travailler chez moi, ce qui m’a permis d’aborder les choses plus sereinement, d’écouter de la musique, voir mes potes, et finalement je me suis fait plaisir.
L’idée c’était de ne pas se prendre la tête et de prendre le temps dont j’avais besoin pour réaliser ce premier tome. C’était déjà génial de pouvoir me dire que j’étais auteur professionnel, que c’était ma première publication, donc je ne me suis pas posé de question et je suis resté concentré sur sa réalisation. Par contre, quand il est sorti et que je l’ai vu en vrai… (Rires) Déjà je ne l’ai pas reconnu, entre ce que j’ai dessiné et le résultat une fois relié… J’ai eu le contre-coup, peut-être d’avoir été trop cool pendant trop longtemps. (Rires)


« C’était important qu’il y ait un élément traumatisant ou perturbateur dans l’histoire pour mettre sa psychologie en évidence. »

1er tome de Catacombes de Vals © Pika

Ce premier tome se termine sur une scène plutôt glauque…

On suit le parcours d’Anahë, ce qu’elle vit, ce qui lui arrive. C’était donc important qu’il y ai un élément traumatisant ou perturbateur dans l’histoire pour mettre sa psychologie en évidence. Il y aura toujours une ambiguïté entre ce qu’elle veut, ce qu’elle ressent et ce qui lui arrive. J’ai voulu créer ce décalage pour le 2e tome, vraiment entrer dans sa personnalité. Cette scène est assez importante pour la suite des évènements… Sinon, c’est aussi une bonne fin de tome, qui accroche.

Parle nous un peu de tes personnages…

Le 1er tome tourne beaucoup autour d’Anahë, c’est elle l’héroïne, on suit l’histoire à travers ses yeux, on vit ce qu’elle vit en même temps qu’elle. Comme beaucoup de jeunes d’aujourd’hui qui débarquent dans la vie active, qui ne savent pas trop ce qu’ils veulent faire ni où ils en sont, c’est une jeune fille fragile et sensible qui souhaite devenir artiste peintre. Elle est un peu dans son monde, un peu bohème mais c’est aussi une fille courageuse, qui a du caractère. J’aime bien jouer sur cette ambiguïté. Elle se balade dans Paris, rencontre les musiciens du groupe Katacombes… Eux c’est pareil, ce sont des gars qui font leur truc, qui sont dans leur délire. Tous ces personnages vivent leur vie à leur rythme.

Parle nous de l’univers musical de la série…

Je baigne dans le milieu métal/rock depuis toujours donc c’était presque évident que ça prenne tant d’importance dans mon manga.
Je trouve que c’est un milieu très discret finalement, dans les médias on en parle très peu, on ne le voit pas beaucoup ou alors toujours dans l’auto-dérision. Je voulais essayer d’aborder le sujet, toute cette culture avec un ton plus crédible. Mes personnages sont des musiciens, passionnés par leur truc. Finalement, ça a son importance, surtout au niveau des décors et de l’ambiance, mais ça reste anecdotique au niveau des personnages, qui peuvent être n’importe qui, dans leur réaction, dans ce qu’ils vivent.
En ce qui me concerne, je prends plaisir à balancer quelques références tout au long du manga, comme des t-shirts, des inscriptions sur les murs, etc. C’était aussi pour casser le côté un peu goth de l’histoire. Si les lecteurs ont la curiosité d’aller sur le myspace dédié au groupe Katacombes, de regarder la liste des amis, écouter les morceaux, ils verront qu’on est pas seulement dans un délire goth, « sombre obscur », mais plutôt métal et qu’il y a une volonté de planter un décor, mettre une ambiance.

Peux-tu nous faire part de ton expérience dans les catacombes de Paris ?

À l’origine c’est le terme « catacombes de Paris » qui m’a attiré, puis je me suis renseigné quand j’ai commencé à travailler sur le projet. Je me suis construit une culture personnelle en faisant des recherches pour le scénario et j’ai halluciné en découvrant toute l’histoire qu’il y avait derrière ces lieux. Je n’ai jamais eu l’occasion de visiter la partie des catacombes fermée au public mais sachant qu’elle n’est pas interdite par hasard, c’est le genre de plan qui peut être vite galère si on ne connaît pas les bonnes personnes. Je ne suis pas à Paris depuis suffisamment longtemps, et la plupart de mes potes sont comme moi, ils débarquent dans la capitale. À force de traîner autour du sujet, de questionner les gens, je finirais bien par m’y retrouver…

On découvre les catacombes de Paris à travers les yeux d’Anahë. Photo Julien Tartarin

C’est clair que ce n’est pas encourageant…

On peut visiter la partie ouverte au public, mais je vous conseille d’y aller le matin de bonne heure pour éviter les touristes et leurs appareils photos, ça casse toute l’ambiance. C’est pas tellement aménagé, il y a juste un petit éclairage donc quand on se retrouve seul face à des tas d’ossements, des murs de crânes, qu’on réalise que ce sont des êtres humains qui ont été empilés ici, c’est impressionnant. Quand on est rattrapé par les touristes, c’est plus du tout le même délire, on est dans un musée, une maison en bonbons, un décor de Disney. (Rires)

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Je ne connaissais rien au manga avant de commencer à travailler dessus. Pour comprendre les codes de ce format, en appréhender la réalisation, récupérer quelques références au niveau du style, je me suis inspiré d’un tome de Death Note et d’un tome de Negima!. Je me suis aussi pas mal inspiré du manga Spiral (Uzumaki) de Junji Itô. La façon dont l’auteur à réussi à donner vie à la ville de Kurôzu est particulièrement intéressante. Elle joue un rôle à part entière dans l’histoire, petit à petit, sans qu’on s’en aperçoive, elle se métamorphose et devient complètement autre chose, c’est génial. J’aimerais être capable de faire vivre la ville de Paris dans mon manga comme il a pu le faire.
Généralement on peut retrouver tous les groupes que j’écoute dans le manga. Si on tombe sur un t-shirt Ulver, c’est que j’étais en train d’écouter du Ulver quand j’ai fait cette séquence. J’écoute de la musique et je dessine toute la journée, ça va de paire. Je suis un grand fan du livre Dracula de Bram Stoker, j’adore ce genre d’ambiance. J’ai aussi beaucoup aimé le film Angel Heart d’Alan Parker, sur lequel j’ai récupéré quelques ficelles scénaristiques.

Comment définirais-tu ton style graphique ?

Je ne le définis pas dans le sens où je ne me suis pas encore posé, je me cherche encore. Je n’ai pas encore trouvé ma façon de travailler, j’essaie toujours des nouveaux trucs, de dessiner d’une façon différente…
Vu que je savais que je n’étais pas encore au point, pas assez précis quand j’ai commencé le manga, l’histoire commence tout doucement dans une ambiance posée…
J’ai avant tout essayé de me rapprocher d’un style traditionnel, d’acquérir les bases du manga pour évoluer petit à petit par la suite. Plus je vais me sentir à l’aise, plus je vais pouvoir dessiner de façon plus agressive ou plus accrocheuse. Ça se marie très bien avec le scénario qui part peu à peu dans le glauque, dans le sombre. Je pense que ça peut être intéressant que mon style graphique évolue en même temps que l’héroïne. Elle est un peu naïve au début, le dessin suit… Mon style, je le cherche encore mais c’est ce qui est intéressant quand on est illustrateur, et je pense que je vais le chercher pendant des années encore.

Quels sont les retours que tu as eu depuis janvier ?

Avec le myspace, les lecteurs peuvent me contacter directement. Ça permet déjà de repérer ceux qui ont été suffisamment curieux pour consulter le myspace dédié au groupe. Quand le manga est sorti, j’ai eu des messages tous les jours, c’était agréable et motivant.

Comment vois-tu la suite de ce projet ?

J’ai vraiment envie de m’investir sur ce projet, de me donner à fond et je prends beaucoup de plaisir à le faire. Si je commence à me disperser, déjà que je me connais, je suis quelqu’un de super mal organisé, je ne m’en sortirais jamais. J’aimerais bien faire une série de cinq à six tomes, ça me semble raisonnable, je vais en avoir que pour quatre à cinq ans. (Rires)
C’est surtout l’éditeur qui me laissera ce choix en fonction des premiers retours qu’il y aura avec le premier tome. S’il marche bien j’aurais peut-être le luxe d’en faire une série, sinon on verra…

Dédicace de Vald pour Journal du Japon

Comment s’est passée ta rencontre avec Pika ?

Je me suis installé à Paris pour essayer de vivre de l’illustration. J’ai fait tous les salons, je suis entré en contact avec un maximum d’éditeurs ou de directeurs artistiques, pour montrer mon book. J’ai réussi à décrocher un rendez-vous avec Pierre Valls, chez Pika, une maison d’édition que je ne connaissais même pas. Il m’a fait part de son projet d’éditer des mangas français et le feeling est bien passé.
J’ai traversé une période de loose, je faisais beaucoup de peinture, de l’illustration, du « story-board », des projets pour le cinéma, je ne m’en sortais pas, puis je rencontre quelqu’un qui me propose de raconter ma propre histoire et de partir sur autre chose, ça m’a motivé.

Tu es le troisième auteur avec Miya et Reno à le citer de cette façon…

C’est quelqu’un de très humain qui laisse beaucoup de liberté à ses auteurs. Il m’a dit de lui proposer un projet, dans le cas où ça l’intéressait il m’éditerait, sinon tant pis. La seule contrainte que j’avais c’était le petit format en noir et blanc. Pendant toutes ces années où j’ai cherché à être édité, je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui me laisse autant de possibilité. Il discute avec les auteurs pour comprendre leurs attentes. Les autres projets sur lesquels j’ai pu travailler avant, on me disait comment dessiner, donc ça m’a fait du bien.

Qu’est-ce que tu gardes de tes précédentes expériences ?

La frustration de ne pas pouvoir faire ce que j’avais envie de faire, de dessiner des trucs que t’as pas forcément envie de dessiner, de rencontrer des gens qui te prennent la tête et avec qui t’as pas forcément envie de travailler. C’était quand même très enrichissant, ça m’a poussé à dessiner plus régulièrement, à tenter de dessiner des choses que je n’avais pas l’habitude de dessiner, sortir de mon registre. Sur le coup je l’ai bien vécu parce que j’étais à fond mais des périodes de galère comme celle-là, où j’ai enchaîné les projets bancales ou mal payés avec des gens pas sérieux, je ne veux plus le refaire.
Vald est retourné dans son sanctuaire après nous avoir laissé son empreinte sur la couverture de sa première publication.

Pour aller plus loin :
myspace.com/thetruekatacombes (myspace)
Remerciements : Vald et les éditions Pika

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

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