Syndrome 1866 : Crime et Châtiment

© 2007 by Naoyuki Ochiai / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

Jusqu’au 31 octobre 2011, les éditions Akata organisent un concours pour gagner 10 exemplaires du tome 1 dédicacé du seinen Syndrome 1866 (cliquez ici pour participer). L’occasion de découvrir cette adaptation du célèbre roman russe Crime et Châtiment par Naoyuki Ochiai.

De la même manière que dans Crime et Châtiment (paru en 1866), Syndrome 1866 raconte le parcours d’un jeune adulte, ici un hikikomori, devenu criminel. Miroku est un étudiant brillant qui a dû s’installer loin de sa famille après avoir intégré une bonne université. Fatigué du monde qui l’entoure, il a laissé tomber la fac depuis plusieurs mois et ne se rend plus à ses petits boulots. Il s’est isolé chez lui vivant avec le peu d’argent que sa sœur lui envoie. En colère, Miroku ne supporte plus la pression que lui impose sa famille qui s’est sacrifiée pour l’envoyer étudier et lui permettre de trouver une bonne situation ensuite. Quand il est témoin d’un acte immoral : une lycéenne, Risa, qui fait du racolage et emmène un homme dans un love hotel, c’est la goutte d’eau. Alors qu’il essaie d’en savoir plus, il met le doigt sur un vrai réseau de proxénétisme supervisé par une jeune femme cruelle et sans limite, Hikaru. Comment le monde a-t-il pu en arriver là ? Miroku est persuadé qu’il doit agir, il a un plan.

Tout de suite dans le récit on ressent les frustrations et les sentiments de haine et d’impuissance de Miroku. Ses valeurs morales sont profondément heurtées quand il apprend que sa sœur va se marier à un homme riche et mauvais juste pour subvenir aux besoins de son frère, ou quand Risa, une fille innocente et naïve se retrouve à subir les délires sadiques de Hikaru. Miroku ne se contrôle plus, il ne comprend pas. Comment Risa peut accepter son sort comme ça sans rien dire et comment Hikaru peut être aussi mauvaise et manipulatrice, comment fait-elle pour ne pas éprouver le moindre remords. Pire, prendre du plaisir. Il se pose des questions, cherche des réponses, peut-être celles qui l’empêcheront d’aller au bout de son projet.

© 2007 by Naoyuki Ochiai / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

Un projet qu’on devine aussi très rapidement. Tuer Hikaru. Miroku arrive à se convaincre que son acte rendrait service à tous le monde. Il se justifie d’ailleurs en prenant appuie sur le discours d’un militaire américain à la TV. Celui-ci parle de dommages collatéraux en temps de guerre. Il explique que le sang d’innocents a été versé mais que c’est pour le bien de la démocratie (tout comme Raskolnikov avait cité Napoléon dans le roman Crime et Châtiment). Pourtant il regrettera son geste. Son acte qui semblait légitime va devenir invivable. C’est le monologue de Miroku qui vend la mèche. C’est en fait lui qui nous raconte son histoire. Comment il est devenu un criminel avec ses doutes à ce moment là, ce qu’il ressentait, superposé à ce qu’il ressent désormais et comment il voit ce qu’il a vécu.

Même si le récit se veut réaliste, les situations et les émotions décrites sont tout de même extrêmes. Certains personnages n’ont plus figure humaine, comme Hikaru et Risa dans le cas cité. L’auteur accroche en plus le lecteur avec un dessin exagéré, caricatural, dans les passages opportuns. Naoyuki Ochiai propose une adaptation pertinente (en 10 tomes) de Crime et Châtiment en inscrivant l’histoire originale dans le contexte d’un Japon d’aujourd’hui. Mais attention, il s’appuie sur les failles de la société japonaise avant tout pour nous livrer un manga centré sur les sentiments humains, par ailleurs très bien écrit.

Céline Maxant

En créant le magazine Journal du Japon en 2008, je cherchais à valoriser la culture populaire japonaise auprès du grand public. Je souhaitais aussi mettre en avant les pratiques artistiques amateurs autour du manga et de l'animation comme le cosplay, et à faire vivre les événements aux passionné.es via des articles de presse et des reportages photos.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


En 2026, rejoignez la team de Journal du Japon !

Vous aimerez aussi...