[Live Report] Japan Music Fest : Un festival de désillusions ?

Le Japan Music Fest qui s’est déroulé le dimanche 6 Juillet à l’Olympia, se présentait comme l’événement J-Music incontournable de cette année. Triés sur le volet, trois groupes tenaient ainsi la tête d’affiche, placée sous le signe du Visual Kei : les ténébreux de Sadie, les minets de SuG, et les cultissimes Dead End.

Morrie, chanteur de Dead End - Photo Lōlu Photography

Souffrant d’un manque de visibilité, mais aussi d’un mauvais choix de date, c’est devant un public très intimiste que s’est déroulé la fête. Ainsi, les groupes présents ont-ils été à la hauteur de l’événement, répandant la bonne parole du rock japonais, ou bien ont-ils prêché des convaincus ?

Journal du Japon se penche pour vous sur ce festival aux allures de pétard mouillé.

L’apparence

Alors que Japan Expo n’est même pas encore terminé, il est 18h lorsque les festivités commencent dans une salle remplie au quart.

Sadie - Photo Lōlu Photography

Sadie ouvre le bal, motivés autant que faire se peut devant un parterre de fans heureux de voir pour la première fois ces idol[e]s du genre. Dès les premières notes, la maîtrise du groupe est palpable. Les grognements de Mao sont instantanément suivis de handbangs du public, et de quelques embryons de pogos dans la fosse, malheureusement avortés par manque de public.
Un live de visual kei professionnel, mais classique : rien de surprenant ou d’unique, la formule a des airs de vue et revue. De fait, leur jeu de scène, leur aisance, la maîtrise musicale, et les indéniables influences Dir en Grey-sques ne font que souligner l’évidence : après neuf années de carrière, Sadie connaît son métier, à tel point qu’ils en ont oublié de sortir du moule. En effet, outre la qualité de leur musique, Sadie est avant tout un groupe terriblement représentatif du genre, défauts compris. On peine donc à clairement identifier leur patte, et c’est d’ailleurs le reproche qui leur est fait le plus souvent : Sadie est un Dir En Grey 2.0.
En somme, Sadie propose une musique de qualité, mais qui ne sort pas vraiment du lot car trop similaires à ses comparses.
La performance du groupe sera donc sans accroc, mais ne restera certainement pas dans les annales. Au bout de 45 minutes, le groupe repart comme il est venu, dans un nuage de fumée.

L’énergie

SuG, quant à eux, ont malheureusement été les « clowns » du festival.

SuG - Photo Lōlu Photography

Pour certains, leur performance a sans doute été l’occasion de faire renaître la joie d’une lointaine adolescence, mais il n’en reste pas moins qu’un décalage évident existait entre les trois groupes présents.
Entre une musique travaillée et un chanteur qui chante faux sans que cela ne dérange personne, des chœurs en playback, des petites danses mignonnes totalement hors-sujet, l’énorme badge « God saves the Kate Moss » qui accessoirise Takeru, le chanteur… sans oublier les speechs de chaque membre du groupe : lorsque le chanteur gratifie à deux reprises le public de « OK Shut up ! », Masato complimente la France d’être « aussi belle que [lui] », en français dans le texte, accompagné de Yuji criant « sautez, sautez, sautez, cool ! » que l’on devine davantage que l’on ne comprend, sans oublier les « SMILE !! » qu’on s’évertue à nous faire faire à grand renfort de singeries.

En digne représentants de la branche « Oshare » du Visual Kei, autrement dit la branche colorée, joyeuse, positive, SuG semblait ainsi ne pas avoir sa place, les fans de visual de la première heure, refroidis, priant très fort pour que cette mascarade pop-punk cesse au plus vite. Et c’est bien dommage. Dans d’autres circonstances, ce souffle de jeunesse et d’insouciance aurait certainement été mieux accueilli, mais les cadets du festival détonaient bien trop de l’ambiance générale. Rendez-vous manqué.

L’âme

Dès le départ de SuG, la salle se vide presque de l’entièreté de son public, laissant çà et là les quelques trentenaires nostalgiques venus quasi exclusivement pour Dead End.
Se pose alors la question de la pertinence de l’ordre de passage : alors qu’il était évident que SuG n’avait pas sa place en milieu de set, il est encore plus étonnant de constater que beaucoup des personnes présentes étaient, en fait, leurs fans. N’aurait été t-il pas plus judicieux de garder le groupe le plus populaire pour la fin afin d’assurer le remplissage de la salle ? (Méthode douteuse nous en conviendrons, mais utilisée par tous les festivals).

Morrie, chanteur de Dead End - Photo Lōlu Photography

Mais alors que nous désespérions de voir arriver Dead End devant quatre perdus, peu à peu, quelques personnes reviennent … ou d’autres arrivent, Japan Expo ayant fermé ses portes.
Et lorsque Dead End fait enfin son entrée, c’est un deuxième festival qui commence. Ou plutôt, le festival commence enfin. Dès les premières notes, les deux groupes précédents ont déjà cessé d’exister dans les esprits. Le charisme indéniable du groupe, et particulièrement la noblesse de Morrie, le chanteur, cloue le public sur place, et alors que les premières notes résonnent, nous voilà transportés, happés par la voix hypnotique de Morrie et les chants de sirène qu’émet la guitare de You.

Place à un moment à couper le souffle, hallucinant de souveraineté, retenant tout le monde en haleine. Dead End, c’est ce moment particulier, sombre et lent, où au lieu de pleurer nous nous retrouvons bouche bée, à seulement attendre le bouquet final qui sera couronné d’une standing ovation sans fin.

Au final, ils sont les seuls à avoir réellement honoré le titre de la soirée : Japan Music Fest. Dead End est une part de l’histoire musicale Japonaise. Les pères d’un genre qui à eux seuls, incarnent l’esprit du visual kei. Et ce soir, force est de constater que c’est à partir d’eux, suite à eux, et par eux que subsiste ce genre. Il n’y a aucune commune mesure entre leurs progénitures et eux-mêmes. Sans aucun effort ni artifice, ils ont conquis un public sceptique et fatigué, en leur offrant une fin de soirée mémorable, lorsque tout préfigurait l’échec.

Malgré leurs efforts, il est évident que Sadie ou SuG ne faisaient pas le poids face à des géants comme Dead End. Pire, ils ont, malgré eux, montré en quoi le visual Kei était un genre déprécié : trop identique ou trop excentrique, trop enfantin. Quant à Dead End, ils ont su remettre les pendules à l’heure, montrer l’exemple pour que chaque genre puisse vivre, ou survivre et se faire sa place sur la scène étrangère : il s’agit d’avoir sa propre identité, et de garder une juste mesure.

Un festival de faux pas ?

Crazy Cool Joe de Dead End - Photo Lōlu Photography

Etant présenté comme un rendez-vous immanquable, l’organisation annonçait déjà la couleur de l’événement en le nommant « Japan Music Fest ». Le festival de la musique japonaise donc. Pourtant, la soirée n’était pas vraiment à la hauteur de ses prétentions : bien loin de représenter l’entièreté de la musique nippone, elle était placée sous le signe d’un sous-genre en déclin, que cela soit en Europe ou au Japon, le Visual Kei. Alors que la scène japonaise regorge de groupes plus inventifs que jamais dans le rock, l’électro ou le hip-hop, il est regrettable de constater que même les professionnels du secteur ont du mal à renouveler l’offre, tirant une fois de plus sur la corde bien usée du Visual. N’aurait été t-il alors pas plus pertinent de nommer cette soirée « Visual Music Festival » ? Car malgré le nom, difficile de se tromper sur la marchandise.

Outre ce parti-pris douteux, le festival cumulait les faux-pas : absence des artistes pour la promotion, une soirée planifiée le dimanche à 18h, après Japan Expo donc, ne profitant pas du tout de l’affluence exceptionnelle du weekend et pire, faisant fuir le public potentiel, trop fatigué pour enchaîner les deux événements. S’ajoutent à cela les prix, bien trop élevés pour la classe d’âges visée et le lieu, trop grand pour des groupes aussi confidentiels. Nous passerons sous silence le désastre des rencontres VIP, qui fait des vagues sur internet.

Que faut-il donc retenir de ce festival ? Que l’intention était louable, et que pour retenter l’aventure, il faudra tenir compte de tous ces petits faits qui, bout à bout, ont réellement mis en péril la soirée. Soulignons tout de même la prouesse d’avoir réussi à faire venir en France un groupe aussi mythique et rare que Dead End. Rien que pour ce coup de maître qui à lui seul sauve la manifestation, nous sommes sûrs qu’il en reste encore beaucoup sous le capot des organisateurs du Japan Music Fest !

 

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Crédit photo : ©Lōlu Photography

Aurélie Renault & Laure Ghilarducci

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