Yuki Tokunaga : à la découverte de l’Enka

Si les amateurs français de musique japonaise sont désormais familiers avec la j-pop ou le j-rock, la musique traditionnelle nippone, l’Enka, leur est souvent inconnu, à l’image d’un habitant de la Picardie à qui l’on parle de chants corses.

Bonne nouvelle : au sein de ses initiatives pour faire connaître la culture japonaise, Japan Expo recevait cette année Yuki Tokunaga, qui incarne avec d’autres une nouvelle génération de chanteur d’Enka. Pour en savoir plus sur ce jeune homme de 19 ans et sur cette musique, ses messages et sa popularité dans l’archipel, Journal du Japon a rencontré ce jeune talent. Découverte.

Journal du Japon : Bonjour Yuki Tokunaga… Comment êtes-vous devenu chanteur d’Enka ?
Yuki Tokunaga :
Chez moi, mon père et ma mère chantaient du Enka, mon grand-père adorait le Enka… J’étais dans une famille qui était passionnée par ça, donc je me suis mis à en fredonner et en chanter tout naturellement. Lorsque j’étais au lycée, j’ai participé à un concours de la chaîne de télévision NHK, NHK Nodo Jiman (concours annuel de l’émission télé du même nom, qui dure depuis 1946 au Japon, NDLR). J’y ai gagné le prix de grand champion, ce qui m’a permis de faire mes débuts professionnels en novembre dernier.

Durant votre adolescence et vos débuts professionnels, aviez-vous une idole particulière ?
Mes parents sont bien sûr mes modèles, mais si je devais choisir une idole ce serait Minami Haruo, qui est aujourd’hui décédé malheureusement. Il chantait habillé en yukata, ce qui est assez inhabituel pour un chanteur masculin, et je l’ai toujours admiré.

Yuki Tokunaga

Puisque l’on parle de costume, parlons du votre, très coloré et en bleu, blanc et rouge comme notre drapeau. De quoi vous-êtes vous inspiré pour sa création ?
Ah ce sont les mêmes couleurs ? C’est parfait alors, disons que je me suis totalement inspiré de votre drapeau pour mon costume, c’est la classe ! (Rires)
Plus sérieusement, Je me suis inspiré d’un costume que l’on porte lors d’un matsuri (fête traditionnelle, NDLR) au Japon, qui s’appelle Happi. Les costumes du Happi existent dans différentes couleurs, donc je les ai mélangés pour obtenir le mien, sachant que j’ai une préférence particulière pour le bleu.

Et le petit animal, d’où vient-il ?
Aaaaaah ! (Rires) En fait c’est un capybara, une sorte de rongeur et on m’a dit toujours dit que je ressemblais à ça ! (Rires)
Du coup dans la production quelqu’un s’en est inspiré pour créer un personnage animé à mon effigie et c’est devenu ma mascotte, qui est toujours sur scène avec moi !

Capybara

Pour en venir à votre musique… Qu’est-ce qui vous différencie, selon-vous, dans votre façon de chanter le Enka, qu’est-ce qui vous caractérise ?
On me dit souvent mon Enka est vraiment joyeux, que c’est ma marque de fabrique, grâce à une voix forte et enjouée.

Nous nous tournons vers son manager et producteur, monsieur Tsukada…
Et vous qu’en pensez-vous ?
Monsieur Tsukada : Lors du Nodo Jiman, j’étais en train de travailler deux étages au-dessus lorsque j’ai entendu Yuki chanter. C’est la première fois que j’entendais une voix qui passait par-dessus les instruments, ce qui est très difficile à faire même chez les professionnels. Cette voix m’est arrivé dessus de plein fouet, et je me suis dit qu’avec elle nous pourrions redonner le sourire au peuple japonais.

En tant que producteur, pouvez-vous nous en dire plus sur la popularité et le marché de l’Enka au Japon ?
Monsieur Tsukada : L’Enka est globalement destiné au plus de 60 ans au Japon, mais nous avons un renouvellement de génération de fans qui se fait actuellement, des grands parents vers les parents. De la même façon que tous les 20-30 ans une nouvelle génération redécouvre les Beatles en quelque sorte.
Nous cherchons donc à aider l’arrivée de ces nouveaux amateurs en essayant de séduire les plus jeunes d’entres-eux. En France Polnareff semble immortel, donc pourquoi pas l’Enka chez nous ?! (Rires)

J’en reviens à vous Yuki… Dans votre présentation vous dites que vous souhaitez redonner le sourire aux gens, comme l’a évoqué monsieur Tsukuda. Est-ce un message général ou par rapport aux événements du 11 mars 2011 ?
J’ai été très touché par cet événement et je trouve qu’un pessimisme général à touché le peuple japonais depuis, dans son ensemble. Je veux donc que mes chants redonnent cette petite étincelle aux Japonais, qui a un peu disparu malheureusement.

Yuki Tokunaga

L’Enka semble avoir une image assez vieillotte au Japon. Mais vous, vous êtes plutôt jeune. Est-ce que vous arrivez à intéresser la nouvelle génération ou vos propres amis à l’Enka ?
Grâce à mes passages à la télévision, je commence à intéresser des personnes de mon âge, qui m’arrêtent parfois dans la rue. Cela dit, lorsque je vais au karaoké avec des amis et que j’y chante de l’Enka ils me disent : « mais t’es vieux ou quoi ?! Pourquoi tu chantes de l’Enka ? » (Rires)
Cependant, au fur et à mesure des karaokés, ils ont fini par apprécier ce que je chantais et l’Enka en général.

Vous vous voyez comme un ambassadeur de l’Enka pour les jeunes générations…
Euuuuuuh… J’aimerais bien ! (Rires)
En fait, il y a pas mal de vétérans du Enka qui prennent leur retraite, donc des nouveaux chanteurs arrivent, des jeunes. Parmi ces derniers beaucoup se sentent surtout la mission de perpétuer cette tradition mais indépendamment du public, qui reste surtout un public âgé de toute façon. Il s’agît surtout de continuer de chanter de l’Enka pour tous ceux qui sont attachés à la culture et aux traditions nippones.

Yuki Tokunaga

L’Enka est un type de chant à part entière… Pour les néophytes est-ce que vous pouvez nous expliquer ce qu’il y a de caractéristique et aussi de difficile dans l’Enka ?
Il y a une forme de roulement, d’allongement des mots qui est propre au Enka, c’est aussi ce qui est le plus difficile à maîtriser. Moi j’ai de la chance, je savais déjà le faire avant de devenir professionnel, à force d’entendre mes parents et de chanter depuis que j’étais petit.
Mais dans l’Enka on rencontre des temps forts et des temps faibles et, comme j’ai une voix assez forte, j’ai beau avoir l’impression de baisser ma voix, je suis parfois un peu juste sur les temps faibles. C’est là-dessus qu’il me reste encore à travailler pour me perfectionner.

Et pour finir, qu’est-ce qui fait selon vous un bon chanteur d’Enka ?
Humm, difficile à dire… Il y a bien sûr la technique, musicale et vocale, mais ce qui fait les meilleurs chanteurs tient plus de la joie qu’ils peuvent dégager, de leur chaleur humaine.

Très bien, merci beaucoup et bonne chance pour votre carrière, qui débute sous de bons augures !
Merci !

Yuki Tokunaga sort son second single le 17 septembre prochain. Retrouvez toutes les informations sur le site japonais de la compagnie Itoh-c ou sur celui d’Universal Music Japan. Vous pouvez aussi suivre les aventures du chanteur sur son blog. Et pour finir, pour le fun, la chorégraphie de la dondonpa dance qu’il est venu nous présenter sur le salon :

Remerciements à Yuki Tokunaga pour son temps et sa bonne humeur. Remerciements à l’interprète et à Charlotte Naudin pour la mise en place de cette interview.

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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