[Portrait du Japon] Rencontre avec Julia/Koneko, une japonisante au Japon

Le japonais n’est pas une des langues les plus faciles à apprendre, pourtant elle passionne énormément. Qui n’a jamais rêvé de pouvoir regarder et lire ses mangas favoris sans passer par le biais de traducteur ? De plus en plus de Français se mettent donc à apprendre le japonais par plaisir ou bien pour leur futur professionnel. Parmi ceux-là, nous avons eut la chance de faire la connaissance de Julia.

À l’inverse de notre premier portrait, Asami amoureuse de la France, Julia est plus que passionnée par le Japon et sa langue, son histoire, sa culture. Diplômée de l’université d’Aix-en-Provence et terminant son master à Paris, Julia a eu l’opportunité de pouvoir vivre deux échanges universitaires à Tokyo. À côté de cela, sous le pseudonyme de Koneko, elle participe à de nombreux événements liés à la japanimation en tant que cosplayeuse.

Julia

De la passion aux études : apprendre le japonais

Journal du Japon : Bonjour Julia ! Qu’est-ce qui t’a amené à vouloir apprendre le japonais à l’université ?

Julia : A la fin du lycée, ne sachant pas quoi faire de mon avenir, j’ai décidé de choisir un chemin qui me plaisait : apprendre enfin le japonais. J’avais déjà commencé à l’étudier par moi-même via internet, mais sans grand succès, et j’avais vraiment toujours voulu savoir parler et comprendre cette langue, dans le but de me rendre un jour dans le pays. 

Je me suis donc inscrite en LLCE japonais à l’université d’Aix-en-Provence. J’y ai étudié pendant deux ans avec le but ultime d’être sélectionnée pour les échanges universitaires et de partir faire ma troisième année au Japon.

L’apprentissage du japonais, bien que très difficile, ne fut pas pour autant un calvaire, mais au contraire un véritable plaisir. Chaque mot, chaque kanji ou règle de grammaire appris me permettant de comprendre un peu plus cette langue que j’aime tant, ma motivation n’en était que plus forte. Aujourd’hui encore, j’ai plaisir à apprendre de nouvelles choses, même si le contenu à étudier est devenu beaucoup plus compliqué à maîtriser.

Julia

Julia à Tokyo

Peux-tu nous parler de tes échanges au Japon ?

Décidée plus que jamais à y retourner, je me suis inscrite à mon retour en Master de japonais à l’université Paris Diderot dans le but de participer de nouveau aux échanges universitaires. Après une année de travail intense, j’ai eu la surprise de me voir une fois de plus acceptée pour un an d’études au Japon, cette fois-ci à l’université de Gakushûin, toujours à Tokyo.

Étant donné que ce n’était pas ma première expérience de vie au Japon, j’étais bien plus à l’aise et déjà habituée à la vie ici. Tout comme durant mon année à Komazawa, j’ai alterné études, visite du Japon, sorties entre amis et shopping ! Master 2 oblige, je me suis mise à la recherche d’un stage afin de compléter mon parcours. Retenue pour un stage à la maison franco-japonaise de Tokyo, je me lance dans une nouvelle expérience, professionnalisante cette fois-ci.

Choisir le japonais comme projet professionnel n’est pas chose aisée vu le peu de débouchés qu’il existe actuellement. Consciente de cette difficulté, j’ai tout fait pour me constituer un parcours le plus solide possible. L’étude du japonais a réellement changé ma vie. J’ai choisi cette voie car je n’en avais pas d’autres en tête, sans savoir où j’allais, motivée par mes désirs plus que par la raison. Pourtant, elle m’a apporté de nombreux amis, des expériences plus enrichissantes les unes que les autres, l’accomplissement de plusieurs de mes rêves et une idée d’avenir professionnel.

Pourrais-tu nous dire comment se passe un échange ? L’université japonaise est-elle si différente de la française ? Si oui en quoi ?

Komazawa

Université de Komazawa, Tokyo.

Tout d’abord, il n’y a pas que les étudiants en japonais qui peuvent accéder à ces échanges. Parmi toutes les personnes en échanges, nombreuses sont celles qui viennent d’écoles de commerce (très appréciées), j’ai même une amie qui étudie au conservatoire et qui a pu partir en échange universitaire au Japon. Il faut se renseigner afin de voir si votre école est partenaire avec des universités japonaises.

Une fois sélectionné, vous avez en général très peu de temps pour constituer un dossier des plus complexe. Une fois celui-ci envoyé, il faut attendre la réponse de l’université japonaise pour pouvoir commencer à faire les démarches du billet d’avion, des assurances, du VISA, etc.

Les université japonaises sont très différentes des françaises. Elles sont beaucoup plus vivantes ! Grâce aux clubs, l’université ne sert pas uniquement à aller en cours et il y a toujours de nombreux terrains de sport. Ensuite, l’université japonaise est normalement toujours très accueillante ! Le staff du bureau international se met généralement en quatre pour vous aider et organiser des événements culturels. Souvent, il est possible par ce biais de rencontrer des Japonais qui sont intéressés par le fait de se faire des amis étrangers ! Et puis enfin, les campus sont toujours vraiment très très beaux !

Les cours se passent uniquement entre « étrangers » ? Êtes-vous intégrés avec les japonais ? Si oui comment cela se passe-t-il ? 

Tout dépend de l’université. Par exemple à Komazawa, il y avait des cours de langues ET des cours de civilisations destinés uniquement aux étrangers. Étrangers ne voulant pas uniquement dire « occidentaux », la plupart des étudiants étrangers sont en général asiatiques, et ont déjà un niveau très avancé de japonais. Il était aussi possible de suivre des cours pour japonais évidement !

A Gakushuin, seuls les cours de langues sont faits pour les étrangers. Pour le reste, nous devons choisir des cours destinés aux japonais. Le niveau est donc, pour un étudiant ne maîtrisant pas encore la langue, assez difficile. Mais mes amis japonais sont toujours prêts à m’aider si je ne comprends pas.

Julia

Julia à Harajuku

Il est souvent dit que les japonais sont très nationalistes, voire racistes. As-tu déjà ressenti ce genre de choses ?

C’est une question très difficile, car chaque personne ne vit pas l’expérience de la même manière. Plutôt que raciste, je dirais que les japonais, vivant sur une île, ne sont pas habitués à côtoyer l’étranger, et encore moins des occidentaux. En tant que telle, je ne passe évidemment pas inaperçue. Que l’on vive ici depuis 1 semaine ou 25 ans, nous seront toujours regardés. Ce n’est pas forcément un regard désapprobateur, mais plutôt de l’étonnement, de l’intérêt. 

Il est vrai que beaucoup de Japonais sont assez conservateurs, surtout les personnes âgées, donc il arrive parfois que certaines personnes aient un comportement carrément scandaleux, mais cela peut certainement arriver en France comme ailleurs.

Étant donné que, de part mon statut d’occidentale, on me remarque vite, j’essaye au maximum de respecter les mœurs japonaises, ne pas parler fort ou téléphoner dans les transports par exemple. En gros, ne pas me faire trop remarquer par mon comportement. De ce fait je n’ai jamais vraiment subit de comportement raciste.  Je dirais même qu’au contraire, les gens sont la plupart de temps amusés, et veulent me parler anglais, ce qui peut être fatiguant à la longue. Certains sont prêts à faire un énorme détour pour vous aider à retrouver votre chemin, en vous amenant jusqu’à votre destination…

 

Des études à la passion : vie d’une cosplayeuse française au Japon

Koneko&Pichu

Nous avons pu voir qu’en dehors de ton apprentissage du japonais, tu faisais également du cosplay. Comment cela a commencé ?

J’ai découvert le cosplay lorsque j’étais au collège, et ayant toujours aimé les travaux manuels je me suis prise à rêver moi aussi de me faire des cosplays. C’est en 2009 que j’ai réalisé mon premier costume avec une amie. Celle-ci avait prévu de porter un costume de Saki de Fruits Basket pour Japan expo et m’a proposé de l’accompagner en Tohru Honda. Nous avons donc essayer de faire de notre mieux en customisant des vêtements d’occasion. L’expérience m’ayant plu, j’ai décidé de continuer.

Comment est perçu le cosplay au Japon, par rapport à la France ? Quelles ont été les réactions face au fait qu’une française pratique du cosplay ? 

Koneko

Koneko en Isuzu

Je pense que les français n’ont pas du tout à rougir ! Il y a bien sur des cosplayeurs de tous niveaux, certains plus impliqués que d’autres. La communauté est très très grande et parmi elle, il y a de nombreux cosplayeurs d’un niveau exceptionnel ! Il y a quelques professionnels du costume et d’autres font un travail tout aussi impressionnant (pour citer quelques noms : Shoko et Jérome, Nikita, Sikay, Ayanna, Mathoz, Ivy, etc.).

Est-ce qu’on rencontre le même genre de costume ?

Oui tout-à-fait. Seulement au Japon, on voit beaucoup de costumes tirés de la culture anime-manga, de jeux vidéo. En France par contre, on peut voir des cosplays tirés de tous les univers possibles : anime-manga, jeux vidéo, mais aussi comics, Disney, films, … Je dirais que la multiplicité des univers est plus riche en France qu’au Japon. Mais dans les deux cas, on retrouve les costumes « à la mode ». Par exemple, il est impossible de passer à côté des costumes de « Love live » au Japon comme en France.

Est-ce qu’il y a une recontre de cosplayeur qui t’a particulièrement marqué et si oui, pourquoi ?

Le World Cosplay Summit ! Les participants qui vivent une expérience des plus incroyables ! Plusieurs jours dans la peau d’une véritable star du festival de Cannes, à défiler dans les plus grandes rues de la ville de Nagoya. En plus d’être une expérience humaine qui, d’après les participants, est vraiment formidable, c’est également très enrichissant du point de vue personnel. L’ambiance y est incroyable, car un nombre impressionnant de cosplayeurs japonais viennent faire le déplacement pour assister au concours et aux parades. De plus, des personnes de tous âges s’y rendent également, non pas pour juger et critiquer, mais au contraire pour acclamer comme des stars, des gens ordinaires qui paradent en costumes.

Tu as aussi pu participer à des événements de cosplay au Japon, quelle est la différence avec la France ?

J’ai la chance de me rendre chaque année depuis 2 ans au « World Cosplay Summit », un concours international de cosplay dont la finale se déroule au Japon, non pas en tant que participante, mais en tant que journaliste. J’ai aussi pu me rendre en cosplay au Comiket et au Nico Nico Chôkaigi.

Je dirais que le cosplay est ici beaucoup plus tourné sur le roleplay, alors qu’en France, de manière générale, nous privilégions surtout la qualité du costume. Au japon, il n’est pas honteux d’acheter son costume, d’autant plus qu’il est possible d’en trouver ici de très jolis, alors qu’en France c’est moins accepté.

Il n’y a pas de petits concours cosplay comme en France, les cosplayeurs viennent juste défiler sur une scène à tour de rôle, et ils se réunissent tous dans le coin cosplay pour se faire prendre en photo. Au Japon, le cosplayeur aura vraiment l’impression d’être au festival de Cannes. Selon le succès de votre costume, des photographes feront la queue pour vous, voire vous serez entouré par eux.

Cependant, je déplore un certain côté pervers. Beaucoup de cosplayeuses japonaises ne semblent être là que pour se faire photographier dans des poses provocantes, et les photographes s’en donnent à cœur joie.

konekoJapon

Koneko et Pichu au Japon

Est-ce que c’est quelque chose de répandu finalement, qu’on peut dire à haute voix ou que l’on doit plutôt cacher ? Les cosplayeurs restent des bêtes de foires chez nous, que les gens ne comprennent pas vraiment, comment sont-ils perçus au Japon, sont-ils mieux acceptés ?

Au Japon, il n’est pas autorisé de se promener en cosplay, en dehors des enceintes des conventions.

Je ne sais pas si les cosplayeurs sont mieux acceptés ici que chez nous, mais ici les gens ne jugent pas. En France, dès qu’une personne a un style vestimentaire un peu original, sans aller dans l’extravagant, elle est tout-de-suite dévisagée, voire jugée. Au Japon, ce n’est absolument pas le cas. Les gens jettent parfois un œil, mais sans dévisager, ils jugent peut-être, mais pas à haute voix.

Je ne sais pas réellement ce que pensent les personnes qui sont au courant de mon hobby, mais je n’ai en tout cas jamais reçu de remarques désobligeantes. Je ne sais donc pas si le cosplay est mieux perçu au Japon qu’en France, dans tous les cas, l’absence de jugement au Japon est flagrante.

Merci énormément pour nous avoir consacrer ton temps !

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20 réponses

  1. Béné dit :

    Très sympa ces portraits. Même si je vis au Japon, j’adore lire les anecdotes d’autres personnes qui y vivent ou qui y ont vécu. On est tous tellement différents !

  2. SAINT POL Francois dit :

    Imprimé pour lecture et archivage. Bravo pour cet interview .

  1. 7 avril 2016

    […] la cosplayeuse Julia, l’amoureuse de la France Asami, la peintre Kinkan, la dessinatrice Dreamy, voici un nouveau […]

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