[Interview + Live Report] Dir En Grey, un groupe qui m-ARCHE !

Le 26 mai dernier avait lieu le concert de Dir En Grey au Bataclan, dont la première partie était assurée par le groupe français Dagoba. A cette occasion, nous avons eu le plaisir de nous entretenir avec Shinya afin de parler de leur dernière sortie…

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Que dire de Dir En Grey ?

En effet, la semaine dernière, Dir En Grey a fait son retour en Europe afin de nous présenter leur dernier trésor intitulé Arche, trois ans après leur dernier album The Unraveling. Cet album constitue un point culminant de leur carrière, Shinya nous confiant d’ailleurs que ce dernier est son favori parmi tous les travaux qu’ils ont pu sortir ces dernières dix-huit années. Plus encore, il considère Arche comme le meilleur de tous, techniquement parlant.

Interrogé sur la difficulté de la création et du renouveau après autant d’années de métier, le batteur explique : « J’ai toujours des idées, elles fluctuent sans cesse, sans pour autant puiser mes idées de sources extérieures. Mon inspiration vient de l’intérieur, des chansons que nous faisons, et du sentiment qui naît en moi lorsque nous écoutons nos créations avec le groupe. Sur ce point je n’ai pas de problèmes. Ce n’est donc pas difficile d’être créatif après autant d’années. Ce qui est plus difficile cependant, ces derniers temps, c’est davantage le fait de produire un album complet, unifié. Enregistrer un album pour nous prend environ deux ans, et chaque fois cela devient de plus en plus difficile. »

Pourquoi ? « Il me semble que cela est nécessaire . Nous avons besoin de temps pour expérimenter, essayer de nouvelles choses, mais également travailler avec de nouvelles méthodes, en mélangeant celles que nous avons utilisées auparavant, et celles que nous n’avons pas encore essayées. C’est la raison pour laquelle le temps se double chaque fois ».

urlPourtant, l’attente valait la peine, et il n’est pas difficile de comprendre comment Arche a pu voler la vedettes aux précédents efforts : l’album sonne comme le couronnement de leurs 17 années de carrière, un point culminant qui permettrait au groupe de faire le point et de se retrouver après trois années sans sorties, ce qui constitue le plus grand intervalle de leur carrière. On y retrouve des sonorités proches de Clever SleazoidWare Yami Tome, ou des pistes d’Uroboros de façon générale. Cependant, la production ne comprend aucune réelle prise de risque, elle constitue un retour aux sources du groupe, tout en allant plus loin. De fait, après un certain confort musical, comportant des remasterisations, le quintet revient à un son plus honnête, plus cru, moins enjolivé et commercial. On y retrouve l’identité propre, unique, des garçons ; leurs sons heavy et délicats à la fois, mais surtout leurs paroles cinglantes et sarcastiques.

Le génie de DIR EN GREY a toujours résidé dans cet alliage parfait, cette « arche » entre un son délectable qui décrit une réalité abominable, dans une musique changeante, surprenante, allant du grave à l’aigüe, du violent (The InfernoUroko), au calme (Kukoku No Kyouon, Tousei), utilisant les silences avec brio. Ils recréent un univers, le monde, notre monde. Ils traitent de tous les sujets d’une vie, des problèmes de notre société, et font naître les sentiments adéquats, à travers leurs notes, tel que la colère, l’indignation, la peur, la tristesse. Or, Arche réutilise à merveille ces principes, afin d’innover. Lorsque nous lui demanderons pourquoi Dir En Grey s’intéresse autant à la douleur, aux hommes brisés, Shinya ne s’aventurera pas plus loin que « C’est un sujet qui a toujours traversé toutes nos chansons depuis que nous sommes un groupe. Cela a toujours été, depuis le début. La douleur est un mot-clé dans notre carrière. Nous avons fait ce choix en constatant qu’aucun autre groupe n’avait traité de ce sujet avant nous, personne n’essayait de faire passer de message à propos de la douleur, et nous serions donc les premiers. Faire passer cela à notre public, nos auditeurs, était important. »

Pourtant, il existe des tonnes de groupes japonais, sans pour autant que ces derniers s’attardent à ce point sur ce thème. S’exprimant sur le marché, Shinya nous fera part de ses craintes pour la musique japonaise : « J’ai le sentiment que le marché japonais est trop saturé, qu’il y a trop d’artistes. Je ne sais pas, j’ai l’impression que la qualité décroit… » avant d’ajouter « Mais il y a Sekai no Owari qui a notamment attiré mon attention parmi les groupes actuels, j’apprécie leur travail ».

Mais heureusement, Dir En Grey est toujours sur le marché et dévoué à son travail. En parlant du concert du soir, le batteur laisse un message à ses fans : « Je suis vraiment très excité de jouer ici ce soir, d’être de retour en France, et j’ai vraiment hâte de voir tous nos fans. Je ne sais pas quand nous reviendrons par la suite, mais je pense déjà à cette prochaine fois, et j’ai hâte. Je sais que ce sera aussi excitant que ce le sera ce soir ! »

 50 nuances de DIR EN GREY ?

Dir en Grey 014Ce soir-là, le groupe nous a offert une prestation imprégnée des influences bouddhistes du leader.
En effet, la première chose qu’il convenait de voir était la notion de balance. Celle de la lumière et de l’obscurité, de la double teinte qui cohabite et se rejette. L’un n’existe pas sans l’autre. Musicalement, cette image se retrouve dans les vocalises de Kyo,  sombres ou aiguës ; torturées ou chaleureuses. Mais, également, les distorsions dans les riffs rappellent que l’harmonie peut exister au-delà du chaos. Esthétiquement, les garçons avaient le teint pale agrémenté d’un maquillage noir, tandis que les cheveux bicolores de Kyo et Die appuyaient le portrait.
La scène elle-même était plongée dans l’obscurité, avec une majorité de projecteurs dirigés vers Kyo. La seconde source principale de lumière venait de l’écran géant sur lequel étaient projetées des images en rotation se mouvant sans fin. Parmi celles-ci, des milliers de lanternes flottant dans la nuit.

La seconde idée est intimement liée à la première et à l’harmonie qui existe au-delà du chaos, de ce qui est détruit, désagrégé.
L’animation témoigne de cette idée. Tout ce qui apparaît, finit par se transformer au fur et à mesure des rotations. Par exemple, les fleurs existant de façon individuelle deviennent un tout du corps humain, comme un amas d’organes et membres : un cerveau, des yeux, des dents, une bouche, etc. L’harmonie entre l’Homme et la Nature, comme les parties formant un tout semblait apparaître.

Dir en Grey 020De la même façon, le chaos que semble vivre intérieurement Kyo a quelque chose de beau à regarder. Malgré les torsions qu’il se fait subir, la démence présente dans ses yeux ou sa voix, il y a quelque chose de sublime, de splendide, de scotchant. Par cette mise en scène, mais également par leur musique et la profondeur de leurs paroles, toute notre vie intérieure est poussée à un état de contemplation, de repos, d’unité. Malgré les bousculades de la fosse, nous pouvions nous sentir immobile, en état de plénitude, de repos intérieur. En dépit de l’horreur de certaines paroles, de la douleur qu’elles racontent, il n’est pas difficile d’y trouver l’harmonie qui les rendent belles. Non pas parce qu’elles parlent de sujets durs pour provoquer ou pour glorifier le Mal, mais plutôt parce qu’elles apportent quelque chose à l’humanité. La portent vers le haut.

Les chansons traitent de l’abandon, de la mort, du fait d’être seul, toujours contrebalancés par l’amour et l’espoir que porte la victime. Les rêves sont toujours brisés, piétinés, la seule chose permise est celle de rêver, vivre dans le simulacre que l’on comprend à travers ces paroles tournées délicatement pour parler de douleur, à l’instar du verbe « fleurir » pour parler de la corruption . Mais par l’injonction « renais » dans Uroko, ou les nombreux « cours » et « sauve moi »  de Cause of fickleness, Kyo ouvre la voie de la lutte pour survivre, pour changer les choses. Il s’adresse directement à l’auditeur et, tout au long du concert, il questionne son public : « Pouvez-vous continuer ainsi ? ».

Dir en Grey retrace en réalité l’histoire du genre humain (History of Mankind). Lorsque les paroles ou les airs de balade nous donnent une impression de liberté, de légèreté, la suite nous replonge dans les méandres de notre condition. Nous souhaitons toujours être sauvés, mais au final si nous ne cherchons pas nous-mêmes à changer, changer l’humanité, cela ne mènera nulle part. Voilà ce que raconte Dir En Grey, et le live portera à merveille son nom tant qu’il permettra de vivre cela, pour s’en extirper.
Ce que transmet Dir En Grey ne s’exprime pas avec des mots, mais exige un dépassement, un abandon de soi dans leur musique. Leur musique se vit avant tout, et il n’y a que comme cela que l’on peut comprendre que derrière la pudeur des mots d’un Shinya frêle en interview, il y a un groupe dont la grandeur d’âme nous dépasse. Ces hommes portent en eux les fruits d’une culture qui aide l’Homme et souhaite le sauver, en lui montrant la voie à prendre et celle à éviter, en nous montrant la lumière dans l’obscurité.

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Leur live aura donc été le résumé d’une vie, de l’histoire du genre humain, dans tout ce qu’elle a de plus intense. Cela aura été un concert blanc et noir, mais pas gris.

Setlist :
SOSHAKU
Chain repulsion
Sustain the untruth
Un deux
UROKO
TOUSEI
RINKAKU
KUKOKU NO KYOUON
MAGAYASOU
Phenomenon
Behind a vacant image
Cause of fickleness
The inferno
Revelation of mankind
~
THE FINAL
– Saku –
HAGESHISA TO, KONO MUNE NO NAKA DE KARAMITSUITA SHAKUNETSU NO YAMI

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Remerciements à Gan-Shin, DuffPress, Pirate Smile et Base Production.

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26 réponses

  1. 12 mai 2018

    […] Dir en grey sera de retour en France à la fin de l’année durant sa nouvelle tournée mondiale. Le groupe sera au Trianon le 14 octobre prochain. Revivez leur dernier passage en France avec l’interview et le live report. […]

  2. 19 août 2018

    […] DIR EN GREY sera de retour en France après trois ans d’attente à l’occasion sa nouvelle tournée mondiale et de leur nouvel album The Insulated World qui sortira le 26 septembre. Le groupe sera au Trianon le dimanche 14 octobre prochain. Revivez leur dernier passage en France avec l’interview et le live report. […]

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