[Dossier Musique] Concerts et chiffres : les gagnants ne sont pas ceux que l’on croit !

Le mensuel Nikkei Entertainment, qui cible un lectorat globalement âgé de 20 à 40 ans, a pour habitude de publier régulièrement tout un tas de classements et autres analyses de tendances du marché de l’entertainment nippon. Le numéro de décembre 2015 sorti le 4 novembre dernier permet ainsi de découvrir le top 50 des artistes qui ont accueilli ou accueilleront le plus de spectateurs à leurs concerts au cours de l’année 2015.

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Top 50 des audiences cumulées

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Les premières places ne sont guère très surprenantes, et reflètent assez bien les classements de popularité et ceux des ventes de disques dans l’archipel. L’indéboulonnable groupe de rock Mr.Children, au succès transgénérationnel, domine le top avec plus 1,19 millions de spectateurs accueillis lors de leurs concerts de l’année 2015. Derrière on retrouve toute une collection de boysbands de tous horizons, traditionnellement gros pourvoyeurs d’entrées grâce à une fanbase féminine très amatrice de live shows. Les trois principales écuries sont représentées : la Johnny’s Jimusho avec Arashi (2ème), Kanjani8 (5ème) ou encore Kis-My-Ft2 (7ème); EXILE (4ème) et ses sous-produits estampillés EXILE TRIBE comme Sandaime J Soul Brothers (3ème); et plus étonnamment toujours un bon nombre de groupes coréens comme les historiques Tohoshinki (6ème), BIGBANG (8ème), 2PM (11ème) et EXO (12ème). Tous dépassent ou s’approchent de peu de la barre des 500 000 spectateurs.

A l’image de Mr.Children, d’autres formations emblématiques du paysage musical nippon de ces 20 dernières années conservent une audience nombreuse et fidèle : Southern All Stars squatte le top 10 en 9ème position, le duo mixte DREAMS COME TRUE est 13ème, et les duos masculins Yuzu et Kobukuro respectivement 14ème et 16ème. Du côté des stars féminines, Namie Amuro est sans surprise celle qui figure le mieux en 15ème position avec 425 000 spectateurs, suivie par Ayumi Hamasaki (18ème), Kumi Koda (32ème) et Kana Nishino (36ème). Quant aux jeunes groupes de rock, ils s’octroient des places d’honneur : UVERworld est 19ème, et ONE OK ROCK 25ème avec 308 000 personnes accueillies sur 24 concerts.

Le vrai visage du phénomène AKB48 et consœurs

Tout cela est bien beau, mais n’avez-vous pas l’impression qu’il manque quelqu’un dans ce bilan ? Qu’en est-il en effet des championnes toutes catégories des ventes de disques que sont les AKB48 et autres groupes d’idols produits par Yasushi Akimoto ? Et bien c’est là la principale « surprise » de ce classement : tous ces groupes sont joyeusement embourbés dans le bas du top50 ! Les AKB48 n’ont fait déplacer « que » 234 000 spectateurs (35ème position), suivies par HKT48 (41ème avec 202.000 personnes), SKE48 et NMB48. Une surprise qui n’en est pas vraiment une quand on connaît les mécanismes qui régissent les ventes de disques monstrueuses de ces formations : dans un article consacré au top Oricon il y a quelques mois, nous évoquions ainsi les méthodes marketing d’Akimoto, et notamment cette pratique consistant à démultiplier les bonus dans les packagings de CDs pour encourager les fans les plus hardcore à acheter parfois plusieurs centaines d’exemplaires d’un même single. Ces statistiques d’audience de concerts donnent une indication beaucoup plus réaliste quant au nombre réel de fans de ces girls bands typiquement nippons, et c’est là que l’on se rend compte que le « phénomène » est en fait très artificiel, et loin de refléter la popularité réelle de ces artistes…

Audiences moyennes par concert

Il est par ailleurs intéressant de rapporter le nombre de spectateurs totaux de ces 50 artistes à celui des concerts concernés, pour obtenir une idée de la taille moyenne des salles qu’ils ou elles sont capables de remplir.

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Premier constat : ces statistiques relatives ne font qu’enfoncer encore un peu plus les AKB48 et leurs clones. Il faut en effet plus de 271 concerts (notamment dans leur fameux théâtre du quartier d’Akihabara) aux AKB48 pour réunir presque autant de spectateurs que Kumi Koda n’en agrège en seulement 16 concerts ! On est même loin des plus de 10 000 spectateurs qui, dans le même registre, assistent en moyenne à un concert des Momoiro Clover Z. Le haut du classement, là encore, est sans surprise toujours partagé parmi les boysbands, dans un ordre un peu différent. BIGBANG et EXILE prennent cette fois l’avantage sur Arashi et Tohoshinki, mais tous s’offrent une audience moyenne impressionnante tournant de 50 ­000 personnes sur un nombre de dates qui plus est déjà conséquent. La tête du top voit toutefois l’ascension fulgurante du duo Kinki Kids, seulement 38ème au classement global, mais qui culmine avec une moyenne stratosphérique de 55.000 personnes par concerts sur seulement 4 dates grâce à son traditionnel Dome Tour annuel. Peu nombreux sont les groupes capables ainsi de faire le plein dans les plus grands stades de l’archipel !

Derrière, on est sur un modèle un peu plus modeste. Les groupes et popstars les mieux établis tournent globalement sur une audience moyenne de 10 à 20.000 spectateurs, qu’il s’agisse de B’z (15 268), Namie Amuro (12 500), Yuzu (13 742) ou ONE OK ROCK (12 832). A noter qu’Ayumi Hamasaki est un peu en-dessous cette fois, avec 8 325 spectateurs en moyenne : l’artiste fait certes des tournées conséquentes, mais ne parvient plus aussi facilement à remplir plusieurs dates dans les plus grandes villes comme peuvent le faire encore ses consœurs…

En résumé, les audiences des concerts nippons ne viennent pas bouleverser notre compréhension du marché, mais éclairent tout de même de façon intéressante trois constats principaux. Tout d’abord, les artistes dont la fanbase est la plus conséquente sont clairement les boys bands, toutes origines confondues. Derrière, on retrouve chaque année un peu toujours les mêmes têtes, que l’on pourra qualifier d’artistes confirmés au succès solidement établi et souvent transgénérationnel. Enfin, ces chiffres appuient encore un peu sur le décalage entre la perception que l’on a du succès des AKB48 et leur popularité réelle. La rentabilité des idols de Yasushi Akimoto est nettement inférieure à celle de tous les autres artistes du marché, et le chiffre d’affaires, certes considérable, de la marque AKB48 est avant tout lié à un investissement marketing très conséquent combiné à une politique quantitative qui tient clairement de l’exploitation industrielle.

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9 réponses

  1. Istasse dit :

    Bref tout le monde se trompe sur les groupes 48 et 46 sauf vous.

  2. Paul Ozouf dit :

    Ravi de voir que vous tombez d'accord sur l'essentiel à savoir la collusion douteuse autour des AKB, et sur les chiffres globaux, même après des calculs à la louche. Comme quoi finalement nos articles ne sont pas issus de nulle part.

    Ensuite vous refutez notre interprètation, qui fait de nous aussitôt un mauvais média selon vous. Soit. Mais c'est un étrange hasard tout de même : dès qu'il critique /remet en cause un groupe à fan, un media devient mauvais de facto, même si en même temps il propose des articles découvertes ou synthétiques sur d'autres artistes et que très peu font l'effort de s'ouvrir et de les lire : c'est dire l'ouverture d'esprit et la prise de recul. Ça m'étonne moins que de plus en plus de medias j-music ferment, notamment dépités par une frange de leur lectorat monomaniaque. Ça explique aussi les bides des concerts j-music en cette fin d'année.

    Pour ce qui est de ces chiffres je laisse le rédacteur répondre, vu qu'il se fait insulter gratuitement via des comparaisons de haut niveau, pour vous expliquer son raisonnement.

  3. Bonjour et merci pour ce petit cours d’additions, multiplications et soustractions. A ma décharge mes cours de maths sup/maths spé sont bien loin. Mais puisque l’on est dans les rappels scolaires infantilisants, permettez-moi de vous inviter également à revoir vos basiques. En l’occurrence : la lecture.

    J’ai écrit ceci : « plus de 271 concerts (notamment dans leur fameux théâtre du quartier d’Akihabara) ».
    Et ceci : « Ces statistiques d’audience de concerts donnent une indication beaucoup plus réaliste quant au nombre réel de fans de ces girls bands typiquement nippons ».
    Je n’ignore donc pas une seconde l’existence du théâtre en question et la façon dont il fonctionne. Mieux : j’ai eu l’occasion il y a quelques mois de passer devant deux fois, d’aller boire un café juste à côté, et d’observer ses spectateurs. Spectacle délicieux s’il en est d’ailleurs, si vous n’en avez pas eu l’occasion je vous le recommande, peut-être cela vous permettra-t-il d’enlever vos oeillères. Car dans les deux cas, l’audience était à 90% masculine. Je n’exagère pas : 90%. On ne me fera pas croire que ce qui guide ces mecs là, c’est l’amour de la musique…

    Il y a deux failles dans vos petits calculs : un postulat de départ défaillant, et une méconnaissance profonde du marché.

    Toute votre « démonstration » se base sur le fait que chaque place vendue dans le théâtre en question = un spectateur. C’est faux. Figurez-vous qu’on sait que là où un même fan des AKB (et j’ai bien dit un pas une), est capable d’acheter des CDs par dizaines, de la même manière ce même fan va revenir plusieurs fois par an, par mois, et pour certains même par semaine dans le théâtre en question. A ces conditions, remplir régulièrement un théâtre de 300 personnes à la louche est on ne peut plus facile, avec l’aide des quelques centaines de cinglés qui y reviennent régulièrement. Des cinglés qu’il est très facile de repérer dans la petite file d’attente devant la salle dont je parlais tout à l’heure, vraiment, allez y faire un tour, vous comprendrez. Ces éléments viennent alimenter ce que je dis quand je parle du « nombre réel de fans » des AKB, du potentiel réel du groupe et ses dérivés au delà des ventes de CDs hallucinantes.

    Le deuxième point, c’est donc la méconnaissance du marché. Le marché musical japonais, que je crois pouvoir dire bien connaître, fonctionne toutefois comme les autres. Pas besoin d’en avoir fait le sujet de sa thèse pour savoir que c’est un marché on ne peut plus capitaliste où le but est de faire le plus d’argent possible, et où tous les corps de métiers sont réglés comme du papier à musique dans une parfaite connaissance de leur cible commerciale traitée à la fois comme des moutons et des vaches à lait (ce qui explique sans doute pourquoi certains fans finissent par en faire tout un fromage)(rires). Or dans un marché (et là on passe du rappel sur les cours de français au rappel sur les cours d’économie), l’offre s’adapte à la demande. Vous arguez du fait que les AKB n’ont fait que très peu de gros concerts, ce qui explique leurs « petits » chiffres en comparaison à tout un tas d’autres pointures. Là où vous avez tort c’est que ce faible nombre de concerts n’est pas cause mais conséquence du faible potentiel de spectateurs du groupe.Pouvez-vous imaginer un seul instant qu’une machine à cash comme Akimoto se priverait de la chance de vendre des centaines de milliers de billets de concerts s’il en avait la possibilité ? Il est évident que non. Les salles qui sont choisies pour les concerts d’artistes sont dimensionnées par les producteurs et tourneurs selon la taille de l’audience qu’ils sont supposés capables de rassembler. Si les AKB étaient capables de remplir des tournées de 35 ou 40 dates à 5-10.000 personnes, croyez-moi qu’Akimoto ne se priverait pas. Ce n’est tout simplement pas le cas, parce que les quelques centaines de fidèles qui font illusion en se pointant très régulièrement au théâtre ne peuvent ni se dédoubler ni parcourir le Japon pour suivre leurs idols en tournée. Raison pour laquelle, d’ailleurs, Akimoto a décidé de compenser la faible productivité de son groupe en créant des clônes régionaux qui permettent de reproduire le phénomène. Le matraquage marketing fait le reste.

    Pour terminer, je vois déjà venir l’argument des grosses réunions où on joue au jankenpon dans de gros stades où les spectateurs se comptent bien en dizaines de milliers. J’opposerai à ça que :
    – je n’ai jamais dit que les AKB48 n’ont pas de fans, 300.000 spectateurs environ sur une année c’est honorable, beaucoup en rêvent, et il n’y a pas que des tarés monomaniaques parmi eux. Donc remplir 2-3 grosses dates dans l’année est un objectif tout à fait atteignable, surtout sur un gros évènement communautaire comme celui mentionné plus haut.
    – il est de notoriété publique qu’il est extrêmement facile d’être invité à ces grosses réunions, de gagner ses places aussi. Ce qui fait illusion sur le nombre. Et en observant soigneusement, on se rend compte facilement sur les images que les stades en question ne sont pas toujours pleins pour autant (les rangées de sièges enlevés, les rideaux et autres angles morts de caméras ne sont pas que l’apanage des artistes occidentaux).

    Merci quoiqu’il en soit pour le qualificatif d’article poubelle. Depuis maintenant 18 ans que j’écris sur ce sujet, il ne s’était pas passé une année sans qu’un fan un poil trop investi dans sa passion ne vienne déverser son flot d’injures sur un article dans lequel j’ose dire les choses comme elles sont. Mais je n’y avais pas eu droit cette année. Il était plus que temps, c’est tout de même bientôt Noël !

    Pour rappel, rien ne vous oblige à nous lire. A bon entendeur !

  4. Bon je (aka Paul Ozouf, rédacteur en chef) prend le compte officiel de Journal du Japon pour clore ces échanges car, malgré les explications, la discussion part clairement en troll : les arguments et les accusations se répètent sans rien apporter de nouveau et on peut continuer comme ça pendant des heures à perdre notre temps.

    Et donc @nashounet, j’essaie de faire court : ce sont des chiffres officiels et le classement parle déjà pas mal de lui même, donc critiquer les évidences qui en ressortent c’est tout d’abord remettre en cause ce classement. Vous le pouvez, mais à ce moment là c’est au magazine Nikkei Entertainment qu’il faut allez proposer vos théories, pas à nous.

    Vos calculs sont en partie faux car ils ne tiennent pas compte de nombreux paramètres, expliqués plus haut par Kévin. Le fait que nous bossions sur ce genre de problématique depuis plusieurs années ou que nous sommes parfois sur place ou au contact de cet univers pour l’analyser de plus près n’a pas pour but de vous prendre de haut, c’est juste qu’à la longue on comprend mieux certains rouages et objectifs derrière la beauté des paillettes. Vous connaissez certainement mieux le groupe et ses membres que nous, mais dans un article orienté business, le sujet n’est pas là. Je reconnais néanmoins que vous semblez remettre en cause ou du moins vous interroger sur certains points de ce système des AKB, nous vous encouragerons à aller plus loin dans ce sens. Si cet article vous y a poussé, comme vos recherches le suggèrent, il faudra au moins lui reconnaître cette vertu.

    Après, et j’en termine, pour votre premier tweet vous êtes venus nous dire que nous faisions un piètre article et un piètre site, en tout cas dernièrement, « affligeant » pour reprendre l’un de vos mots, et en nous faisant la leçon et la morale d’emblée, sans chercher un vrai débat constructif ni le dialogue. Donc ne vous étonnez pas ou ne vous offusquez pas ici ou sur votre compte Twitter si nous prenons pas de gants avec vous en retour et que nous vous envoyons dans les cordes.

    Et donc : tout futur commentaire plus ou moins trollesque sera supprimé. Si cette conversation sur notre travail vous tient à cœur et que vous ressentez la nécessité de vous justifier, je vous conseille plutôt notre mail contact AT journaldujapon.com.

    Cordialement

  5. Article intéressant, mais gâcher pas une haine du « journaliste » (si on peux le nommer ainsi, rires) envers les AKB48.

  6. Paul Ozouf dit :

    Merci pour du compliment cher "Cinglé"

    Mais rassurez-vous notre rédacteur comme nous même n'avons aucune haine envers les AKB, elles n'y sont pour rien ou du moins pour pas grand chose, et sont plus à plaindre qu'autre chose. C'est plus le système autour, parfois très limite à de nombreux point de vue, que nous évoquons parfois. Encore qu'ici nous essayons plus de faire le distingo entre un prétendu phénomène planétaire et un procédé marketing qui lave de nombreux cerveaux à travers le monde.

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