Séisme de Kumamoto : 60 jours plus tard…

Le 14 et le 16 avril 2016, Kumamoto subissait coup sur coup deux tremblements de terre de magnitude 7 sur l’échelle de Shindo. Si au moment de la catastrophe une vague de soutien s’est fait sentir, qu’en est-il de la situation deux mois après ? Nous avons eu l’occasion d’en parler avec Miho MIYAZAWA, professeur à l’université des langues étrangères de Nagoya, qui est originaire de Kumamoto. Revenons avec elle sur les faits, la situation actuelle, mais aussi sur les moyens de prévention et de communication en place au Japon.

 

Deux séismes pour donner la réplique

Le château de Kumamoto au lendemain du séisme ©REUTERS/Kyodo

Le 14 avril à 21h26, un séisme d’une magnitude de 7 sur l’échelle de Shindo (dont le maximum est 7, contrairement à l’échelle de Richter) secoue Kumamoto, suivi d’un nombre impressionnant de répliques de moindre puissance. Le 16 avril à 1h25 survient un second séisme d’une force équivalente. L’épicentre étant de faible profondeur, dix kilomètres (lors de la catastrophe de Sendai, l’épicentre se trouvait à 32 kilomètres sous le sol), ce qui a rendu ce séisme particulièrement destructeur. Fort heureusement, les réacteurs nucléaires à proximité ont été épargnés, mais on dénombre 49 morts et 100 000 personnes se sont retrouvées sans-abri du jour au lendemain. Des éléments du patrimoine culturel local en ont également fait les frais, comme le château de Kumamoto (ci-contre).

Habitant aux alentours de Nagoya depuis plusieurs années maintenant, Miho MIYAZAWA avoue ne jamais avoir eu l’expérience d’un séisme de grande ampleur : « Je n’ai jamais connu de séisme plus fort que 3 sur l’échelle de Shindo. À 3, on a l’impression que le sol tremble, mais on n’en est pas tout a fait sûr… Si je me rappelle bien, j’ai appris pour Kumamoto en regardant les informations. Quand ce genre de catastrophe se produit, il y a un son spécifique, accompagné d’un bandeau rapportant les faits. Au début, j’ai crû à un séisme sans importance, mais il a ensuite été annoncé que l’intensité était supérieure à 7 ! J’ai senti mon cœur accélérer, surtout que mon village d’origine n’est pas très loin… J’ai donc téléphoné à mes parents, qui sont les deux seules personnes de ma famille à encore y habiter, et ils allaient bien. »

Deux mois après les faits, si la situation a évolué, elle n’est pas pour autant revenue à la normale : « Je n’étais pas sur place à ce moment, donc je n’ai appris tout ça qu’avec le bulletin télévisé. De ce que je sais, il y a eu deux séismes consécutifs d’une puissance de 7 sur l’échelle de Shindo, par conséquent les maisons, neuves comme anciennes, se sont effondrées. Les personnes qui habitaient là bas ne peuvent plus y habiter pour le moment. D’après ce que j’ai pu voir aux informations hier soir, il reste encore 6 431 réfugiés. D’après les informations, les dégâts étaient les plus importants à Mashiki et la situation n’a toujours pas changé, là bas. Rien n’a encore été reconstruit, et les routes détruites sont toujours impraticables. » Selon le journal japonais Mainichi, il faudra attendre fin juillet pour que la construction des logements temporaires s’achèvent et des villages, comme Minamiaso, sont toujours privés d’eau.

Mashiki, la ville la plus proche de l'épicentre

Mashiki, la ville la plus proche de l’épicentre

 

Prévenir pour mieux guérir

Des écoliers portant des Bôsaizukin durant un exercice d'évacuation

Des écoliers portant des Bôsaizukin

De la même façon que les Français pratiquent régulièrement des exercices incendie, les Japonais sont entraînés à réagir en cas de séisme : « ces exercices adviennent régulièrement à l’école ou encore sur le lieu de travail. Ils se déroulent généralement dans le sérieux et le calme. Il existe également de nombreux aménagements afin de faciliter l’évacuation, particulièrement dans les espaces publics, les centres commerciaux, les gares… De plus, le personnel est formé afin de guider l’évacuation, ou possède au minimum la documentation nécessaire pour ce genre de catastrophe. Il y a aussi une zone d’évacuation spécifique pour chaque municipalité. »

Mais les normes de sécurité sont-elles les mêmes partout ? MIYAZAWA explique que « ça doit être plus ou moins pareil partout. Il existe surtout une évolution à travers le temps, mais en dehors de ça, la prévention et la protection s’effectuent grossièrement de la même façon partout au Japon, je pense. Pour l’anecdote, je me rappelle avoir utilisé un bôsaizukin (littéralement une capuche de protection anti-sinistre) quand j’étais jeune, mais elle semble être de moins en moins utilisée de nos jours. »

171 (1)

« Messagerie à l’usage des sinistrés »

Avec l’évolution de la technologie, de nouveaux moyens de communication se mettent en place pour permettre une évacuation plus rapide, ou encore pour prévenir ses proches : « dernièrement s’est développé un système d’alerte via téléphone, afin de prévenir la population le plus tôt possible. En cas de séisme imminent, les mobiles compatibles s’activent et annoncent qu’un tremblement de terre est imminent, et qu’il faut rejoindre le point d’évacuation le plus proche au plus vite. Ce genre de système permet de prévenir au plus vite les personnes potentiellement en danger. Pour ce qui est des moyens de s’assurer que les personnes de la région concernée vont bien, il existe un système de messagerie, appelé INAI (NDLR : 171, qui se lit en japonais « ichi-nana-ichi », ou en plus court, I-NA-I. « Inai » signifie également « je ne suis pas là », à la manière d’un répondeur), qu’on peut appeler en toutes circonstances. On peut y laisser un message, par exemple « Miho Miyazawa va bien, ne vous inquiétez pas », qui pourra ensuite être écouté par d’autres personnes en utilisant le 171 et mon numéro de portable. »

 

Vivre dans l’ombre de la Terre

En se penchant sur l’Histoire du Japon, difficile de ne pas réaliser que chaque époque est ponctuée de séismes de grande ampleur, accompagnés de conséquences qui leur sont spécifiques : « Avant cela, il y a eu le séisme de Kobe en 1995, qui a eu un impact très fort sur les normes anti-sismiques dans le bâtiment. Avec le temps, on avait peut-être un peu baissé notre garde, mais pas tant que ça, puisqu’il y a aussi eu le séisme de Niigata en 2007. » Ce dernier peut être perçu comme un précurseur à la catastrophe de Fukushima, en cela qu’il a notamment causé une série d’incidents à la centrale nucléaire Kashiwazaki-Kariwa. Le séisme du Tohoku, qui a touché violemment la préfecture de Sendai et sa centrale en 2011 se démarque quant à lui, en plus des problèmes de fuites radioactives toujours d’actualité, par son tsunami d’une grande violence. « Chacun de ces séismes agit comme une piqûre de rappel pour les Japonais, qui ne doivent pas oublier qu’un séisme peut arriver à tout moment. »

Le tsunami du séisme du Tohoku, une conséquence directe et dévastatrice

Le tsunami du séisme du Tohoku, une conséquence directe et dévastatrice

Dans le cas d’une catastrophe naturelle, il est plutôt commun, en occident, de chercher un « coupable », quelqu’un qui aurait pu faire en sorte de réduire le nombre de victime et qui n’a pas fait le nécessaire pour préserver un maximum de vies, en amont ou en aval. Au Japon, la tendance est plutôt inverse : « Dans le cas d’une catastrophe naturelle, on ne peut rien y faire. Du coup, c’est un peut difficile de blâmer qui que ce soit pour une chose contre laquelle on ne peut pas lutter. Par exemple, dans le cas du système d’alarme par téléphone dont je parlais plus tôt, même si l’alerte parvient tardivement, personne n’ira blâmer ce système ou la compagnie qui le gère. C’est vrai que si on compare avec les habitants d’autres pays, nous sommes plus habitués à ce problème. Depuis leur plus jeune âge, les Japonais font des exercices d’évacuation, on peut donc considérer que cela fait parti intégrante de notre vie. Cela reste malgré tout quelque chose de très effrayant. »

 

Malgré les soutiens reçus au lendemain de la catastrophe, ce n’est pas parce qu’on n’en entend plus parler 60 jours plus tard que la situation est réglée. Au contraire, beaucoup reste encore à faire pour la population locale. Kumamoto se trouve être le berceau de la Croix rouge au Japon, et son opération de soutien à la population est toujours en cours. Pour faire un don, rien de plus simple : http://www.jrc.or.jp/english/donate/

 

Remerciements à Miho Miyazawa pour sa gentillesse, sa disponibilité et sa patience.

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