Les Abenomics : quand Shinzo Abe tente de relancer l’économie japonaise

A son arrivée au pouvoir en décembre 2012, le Premier ministre du Japon Shinzo Abe prônait un ambitieux programme de relance économique. Suscitant à l’époque nombres d’espoirs et d’ambitions, les Abenomics sont aujourd’hui source d’inquiétudes et de déceptions, car difficiles à mettre en place. L’oeuvre inédite de Shinzo Abe est-elle sur le point de devenir un échec cuisant ? Retour sur l’évolution d’une politique au cœur du débat économique.

Shinzo Abe 3 flèches

Les trois flèches

Trois « flèches ». Trois axes d’actions en faveur de la relance. D’une part, les Abenomics consistent à la mise en place d’une politique monétaire. Jusqu’à présent, 15 800 milliards de yen, soit près de 120 milliards d’euros, ont été injectés dans l’économie pour la redresser et faire baisser le yen. 3500 milliards supplémentaires seront consacrés en 2015.

D’autre part, un plan de relance budgétaire prévoit des achats massifs d’obligations publiques par la Banque du Japon (BoJ), à hauteur de 80 000 milliards de yens par an. Enfin, des réformes structurelles, programme de dépenses publiques, sont destinées au soutien aux bas salaires et petites entreprises, ainsi qu’au financement de travaux publics.

 

Indice Nikkei

L’indice Nikkei à la bourse de Tokyo

Si, en bourse, l’indice Nikkei a bondi de 70 % en deux ans, les Abenomics ont été vecteurs d’un effet kiss-cool : Côté entreprises, les mesures prises au profit des grandes compagnies exportatrices ont permis à ces dernières de délocaliser une partie de leur production dans les pays asiatiques voisins et de ne pas augmenter les salaires de base au Japon. Côté réformes structurelles, Shinzo Abe a réussi à faire passer l’essentiel des mesures destinées à soutenir l’activité et à libérer la croissance – libéralisation de la production du riz, de la vente de produits de parapharmacie, réforme du marché de l’électricité, nouvelle loi sur la gouvernance d’entreprise, développement de l’emploi des femmes… Elles ont cependant profité aux clients habituels du PLD, le parti de Shinzo Abe. Le tout au détriment des classes populaires et des ménages urbains sans protection sociale.

Conséquence ? La précarité des classes populaires s’est accrue, achevée par la hausse de la TVA. Cette dernière, qui avait pour but de financer l’accroissement des dépenses de Sécurité sociale afin de stabiliser l’endettement colossal du pays (230 % du PIB), a grevé le budget des ménages et leur consommation.

Pour quels résultats ?

Il aura fallu six mois au Japon pour se remettre d’une augmentation de la TVA. Cette dernière, passée de 5% à 8% au 1er avril 2014, a fait reculer le PIB de 6,7 % au deuxième trimestre 2014 puis de 1,9 % au troisième trimestre. La raison ? La hausse de la TVA s’est instantanément ressentie dans le coût de la vie quotidienne des Japonais. La consommation s’est ralentie ainsi que l’activité économique du pays, faute de demandes. Fort heureusement, le quatrième trimestre a vu la consommation des ménages reprendre du poil de la bête. Et l’archipel sortir de cette période de récession.

Un bon point pour la politique économique de Shinzo Abe dont l’un des enjeux-clés est justement de gagner la confiance des ménages afin de les inciter à consommer. En parallèle, le Premier ministre nippon entend convaincre les entrepreneurs d’investir et par la même augmenter les salaires.

Les Abenomics expliqués par Les échos.fr

Les Abenomics expliqués par Les échos.fr

La boucle vertueuse des Abenomics est censée, à terme, mettre fin à la déflation – une croissance nulle couplée à une baisse des prix et salaires – qui plombe l’économie du pays depuis une vingtaine d’années. Parvenir également à un taux de croissance de 3%. Hélas, ce programme, inspiré de Takahashi Korekiyo – le Ministre des finances qui a tiré le Japon de la Grande Dépression de 1929 – et de réformes d’inspirations libérales, laisse l’économie du pays englué dans une logique de non-décroissance et de fragilité. Et la population peine, dans leur quotidien, à voir les effets de mesures déployées par Shinzo Abe depuis maintenant plus de deux ans.

Et maintenant ?

Au Japon, les critiques envers les Abenomics se font de plus en plus entendre. Le report à avril 2017 d’une deuxième hausse de TVA, programmé initialement en octobre 2015, a quelque peu apaisé les esprits.

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La diète, le parlement japonais

Mais le gouvernement japonais a encore beaucoup à faire pour relever l’économie du pays dans la durée. M. Abe doit poursuivre et achever les réformes structurelles entamées : signature d’un partenariat transpacifique avec l’Amérique, déréglementation de l’agriculture bloqué par les lobbys agricole et de l’électricité, mesures pour développer l’usage des robots et l’innovation…

Le Premier ministre a également besoin d’ouvrir le pays à l’immigration afin de compenser la baisse de la population active (– 0,5 % par an). Selon Yann Rousseau, correspondant à Tokyo du journal Les Echos, « faute de main-d’oeuvre, chaque centaine de personnes cherchant un emploi se voit désormais offrir 112 offres de travail et peut dès lors, en théorie, réclamer une meilleure paie à son employeur ». Un nouveau rapport de force favorable aux employés, qui pourrait changer la donne lors des négociations salariales dans les entreprises, au cours de l’année 2015. Car la hausse de rémunération enclenche celle de la consommation et de l’activité.

Les Abenomics pèseraient alors concrètement sur la qualité de vie de la population de la troisième puissance mondiale.

 

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9 réponses

  1. 26 avril 2016

    […] du Japon, a décidé de faire du travail des femmes un des piliers de sa politique économique (les fameux Abenomics ) : est-ce une décision féministe et progressiste, ou un fin calcul politique […]

  2. 20 avril 2018

    […] ont connu des échecs mais les « Abenomics » (dont nous parlions en détail en 2015, ici) ne doivent pas masquer les difficultés structurelles que rencontre le Japon. Les inégalités […]

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