4 ans après, des mangas qui témoignent

Tout commence le 11 mars 2011, lorsqu’un  séisme de magnitude 9 fait trembler les terres de la côte pacifique du Japon. Si les Japonais sont habitués aux tremblements de terre qui surviennent relativement régulièrement dans le pays, le tsunami qui s’ensuivit surpris tout le monde par sa violence. A ce stade, on déplore déjà un nombre incroyable de victimes. Ces incidents sont de plus responsables de la catastrophe de Fukushima : la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi perd le contrôle de ses réacteurs le même jour, entraînant toute la région en niveau d’alerte maximale, le pire depuis Tchernobyl en 1986.  

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Une femme au milieu des décombres le 2 mai 2011 à Minamisoma (préfecture de Fukushima) – afp.com/Yoshikazu Tsuno

Les images de ces catastrophes étant survenues quasiment simultanément ont fait le tour du monde, et chacun se souvient avoir été profondément choqué par la puissance des vagues du tsunami détruisant tout sur son passage, ou bien par la fumée se propageant au loin depuis la centrale de Fukushima. Une triple catastrophe qui n’a laissé personne indifférent donc, et certainement pas les Japonais. Si nous devinons sans peine la blessure que le pays a subit ce jour-là et qui ne cicatrisera probablement jamais entièrement, nous ne pouvons qu’imaginer la souffrance des habitants ayant directement été confrontés à ces drames. Bien que les médias de nos propres pays tentent vaille que vaille de relayer l’information, il est des choses qui ne peuvent être transmises que par quelqu’un qui les a directement vécues. 

C’est ici qu’entrent en jeu les auteurs, ceux qui veulent parler de leur expérience et faire comprendre au monde l’importance de la situation et les moyens qu’ils utilisent pour tenter, à leur échelle, d’y remédier. Ils s’arment de leur plume tout autant pour raconter que pour reconstruire.           

Sur ce sujet, deux mangas, sortis tout deux aux éditions Akata ont retenu notre attention. Je reviendrai vous voir de George Morikawa et Nobumi nous conte, non sans émotion, le parcours bénévole de l’illustrateur jeunesse dans une zone sinistrée tandis que Daisy, lycéennes à Fukushima de Reiko Momochi se focalise sur le quotidien post-accident nucléaire. Deux points de vue abordant deux facettes différentes des conséquences de cette journée dramatique, mais qui s’inscrivent dans une certaine complémentarité. 

Le tremblement de terre et le tsunami racontés par Nobumi 

AINIIKUYO © George Morikawa / Nobumi / Kodansha Ltd.Je reviendrai vous voir de George Morikawa (Ippo), adapte ici Marchons la tête haute !, un livre illustré par Nobumi et racontant sa propre expérience de bénévole. Les deux auteurs s’associent dans cette œuvre qui leur tient particulièrement à cœur : Nobumi n’habitait pas sur les terres touchées par le tsunami, mais à bel et bien senti à l’intérieur de ses tripes les tremblements effrayants du séisme. Quelques jours plus tard, il prend sa décision : il partira dans la région sinistrée pour aider du mieux qu’il le peut, notamment en distribuant des livres pour enfants afin de leur redonner le sourire. 

Si on remercie le geste et que l’on est solidaire avec les personnages l’accompagnant du début à la fin, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine naïveté derrière les propos. On se surprend même à penser que le geste est vain car, comme il le dit lui-même, des livres pour enfants sont une bien maigre compensation face à de tels incidents.

Cela dit, le personnage principal apparaît avec une réelle intention de bien faire, et nous sommes à ses côtés lorsqu’il découvre les dégâts énormes causés par les catastrophes naturelles. On s’arrête surtout sur les destructions matérielles ici, peut-être dans un désir de rester politiquement correct ou simplement par respect. On ne s’applique pas vraiment à tenter de décrire l’horreur des pertes humaines, et l’auteur reste assez évasif sur le sujet. On garde cependant du récit l’impression que tout est à reconstruire, et c’est l’image que nous donne la voie de chemin de fer que Nobumi et ses collègues tentent de déterrer petit à petit. Comme un chemin les menant vers l’avenir, il s’est rompu face à tant de violence, mais ne demande qu’à être réparé. 

AINIIKUYO © George Morikawa / Nobumi / Kodansha Ltd.George Morikawa nous offre de très belles planches qui déteignent particulièrement avec l’horreur qui y est représentée. Plusieurs autres mangaka ont aussi participé à ce projet le temps de quelques dessins, et on remarquera sans peine les traits de Hiro Mashima (Fairy Tail) ou encore Ken Akamatsu (Love Hina), sans que le décalage artistique ne se fasse sentir, restant donc dans la ligne directrice de l’œuvre principale. Chacun apporte une pierre à l’édifice en hommage à leur pays dévasté. Il est intéressant de noter que dans Je reviendrai vous voir, on ne fait nullement mention de l’accident de Fukushima Daiichi, restant centré et axé sur les dégâts matériels (et humains dans une moindre mesure) dus aux deux catastrophes naturelles consécutives que sont le séisme et le tsunami. 

Daisy : un shôjo sur fond d’accident nucléaire 

© Reiko Momochi, Teruhiro Kobayashi, Darai Kusanagi, Tomoji Nobuta / Kodansha Ltd.C’est en cela que Daisy, lycéennes à Fukushima est une œuvre qui s’inscrit dans la complémentarité de la précédente : ici on se retrouve à Fukushima en compagnie d’une bande de copines, quelques mois seulement après l’explosion des réacteurs. Les jeunes demoiselles ont du mal à retrouver une vie normale, de même que tous les habitants de la région qui s’interrogent sur le fait même de rester sur place. Fumi, l’héroïne de l’histoire nous le dit d’ailleurs sans peine : la majorité de la population pense que ceux qui s’en vont sont des lâches, et que ceux qui restent sont des imbéciles. Un raisonnement qui permet d’entre apercevoir le point de vue direct des Japonais, leur sens de l’honneur et leur volonté farouche si caractéristique.

Dans Daisy, le tremblement de terre et le tsunami ne sont que peu abordés et on se concentre essentiellement sur la radioactivité ambiante, le danger invisible qu’elle représente et qui semble guetter chaque habitant au coin de la rue. Nul ne sait comment s’en protéger, ni même ne sait comment définir le concept clairement. La crainte est bien présente, mais le désir de rester dans les foyers est parfois plus fort, donnant une illusion réconfortante de protection. 

© Reiko Momochi, Teruhiro Kobayashi, Darai Kusanagi, Tomoji Nobuta / Kodansha Ltd.On observe plusieurs points de vue, parfois drastiquement opposés mais que  l’on s’imagine facilement. La mangaka Reiko Momochi (Double Je) a recueilli plusieurs témoignages dont elle s’inspire afin de créer son histoire, nous proposant ainsi un large éventail d’émotions et d’avis. Refus d’abandonner, lâcheté, résignation, espoir… sont d’autant plus de sentiments dissimulés au fond des différents personnages que l’on rencontre. Avec au final un seul et unique but : retrouver une vie normale. 

L’auteur use d’un style purement shôjo dans cette histoire, offrant alors sa vision du drame social qui a fait rage à cette époque, non sans oublier les sujets qui fâchent. Elle appuie notamment sur le fait que les habitants de Fukushima peuvent être pris en pitié d’un côté et considérés comme des pestiférés de l’autre, et n’oublie pas de mentionner la panique ambiante, la tension grandissante et la peur persistante, une combinaison dont la population se passerait bien. Daisy est une œuvre qui nous fait passer d’une émotion à l’autre sans verser dans le pathos, et qui touche avec justesse une situation sociale pour le moins complexe. 

Des témoignages pour ne pas oublier 

Peu de mangas sur le sujet traversent nos frontières mais à ce jour au Japon, de très nombreuses histoires sont nées. On peut citer notamment 1F (Ichi-Efu) de Kazuto Tatsuta qui raconte son expérience en tant qu’employé d’une entreprise sous-traitante de Tepco (responsable de la centrale) et pour laquelle il a travaillé pendant six mois. Bien qu’ayant reçu un prix, cette histoire a plus ou moins fait polémique de par son côté non-alarmiste. Pour rester dans le sujet, le premier ministre Shinzo Abe a en 2014 été obligé de s’expliquer face à un passage du manga Oishinbo de Tetsu Kariya qui montrait des habitants qui saignaient du nez et dont les radiations étaient mises en cause. 

© by TATSUTA Kazuto / Kôdansha

Extrait de 1F

© by YOSHIMOTO Kôji / Nihon BungeishaMais qu’ils soient polémiques ou non, ces mangas apportent une vision informative et témoignent de multiples facettes de la situation post-catastrophe qui a régné dans le pays dans la suite de l’année 2011. Pour les sorties françaises et mises à part les deux œuvres précédemment citées, on peut noter le recueil sorti aux éditions Kazé : Japon, 1 an après qui nous offre huit regards différents sur le drame ou encore Santetsu de Koji Yoshimoto chez Glénat, qui raconte la reconstruction d’une voie ferrée, démantelée suite au tremblement de terre. 

Un drame qui 4 ans après reste encore puissamment ancré dans les mémoires, mais qui marque au fer rouge la volonté de ressortir plus fort de cette tragédie, sans jamais oublier ce que le pays a traversé.

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33 réponses

  1. kadio isaac dit :

    je m’apelle isaac j’aime le dessin manga jai 10 ans je sais dessiner je suis en afrique je ve quelqu’un m’envoiye au j’apon merci

  2. Mangachat dit :

    Merci pour cet article intéressant. Comme manga témoignage sorti en France, il existe aussi Les Cerisiers fleurissent malgré tout de Keiko Ichiguchi.

  1. 16 juin 2015

    […] Journal du Japon 4 ans après, des mangas qui témoignent Journal du Japon On peut citer notamment 1F (Ichi-Efu) de Kazuto Tatsuta qui raconte son expérience en tant qu'employé d'une entreprise sous-traitante de Tepco (responsable de la centrale) et…  […]

  2. 13 juillet 2015

    […] personnelle de ce jour tragique et de ses conséquences toujours présentes. Après vous avoir présenté deux mangas chez Akata le mois dernier, Journal du Japon vous propose romans et […]

  3. 30 juillet 2015

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    […] à Daisy édité en 2014. Peut-être le début d’une nouvelle tendance ? Nous avions en tout cas abordé le sujet dans nos colonnes en juin dernier. Quoi qu’il en soit on se doute que l’éditeur continuera à publier des œuvres […]

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