La Nuit parisienne à l’heure Tokyo Hit

Pour cette première soirée club organisée dans leurs locaux, la Maison de la Culture du Japon à Paris nous invite de 22h à 06h du matin pour l’événement Tokyo Hit.

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Le cadre de la Maison de la Culture du Japon à Paris (MCJP) s’avère être étonnamment propice à une soirée de cet acabit. C’est dans une Grande Salle méconnaissable que se déroule la soirée, au troisième sous-sol des locaux de la MCJP. La scène, d’une structure surprenante mais très esthétique, s’étend sur plusieurs étages et est bardée de lumières et d’écrans qui promettent un spectacle visuel époustouflant. Aucune inquiétude à avoir quant à cette soirée quand on connaît un tant soit peu le travail habituel de la MCJP : une organisation réglée pour du contenu qui sait offrir de la classe et de qualité, tant dans le domaine des arts que du cinéma ou de la musique.

C’est au français DJ Binin que revient la difficile tâche d’ouvrir la soirée. Malgré encore peu de public présent sur le dancefloor, cela n’empêche pas DJ Binin d’installer une belle ambiance dans la soirée, navigant calmement entre acid house et trance.

Après un set à la fois planant et rythmé d’une bonne heure, DJ Binin laisse place aux stars de la soirée : le duo japonais Hifana. Un pari risqué pour une soirée estampillée « club », car la musique de Hifana s’avère être assez exigeante dans ses structures et ne correspond pas vraiment à l’idée que l’on pourrait se faire d’une musique dansante. Accompagné de projections vidéos d’une grande qualité proposées par le collectif d’artistes numériques Rhizomatiks, le duo réussit son pari et parvient à rameuter le public de la MCJP sur la piste pour un show audacieux réunissant rythmiques ciselées, instruments traditionnels japonais, sons du quotidien et beats électro. Multipliant les trouvailles visuelles, scéniques et techniques, Hifana captive le public et n’hésite pas à le faire participer, à l’aide d’une étonnante manette de Playstation permettant de contrôler les instruments du duo à distance. Hifana alpague son public français avec un remix inattendu du tube Down The Road du collectif français C2C et les deux musiciens prouvent qu’ils ne sont pas le genre de DJ à se reposer sur les automatismes du sample en proposant un mix live drôle et original composé de sons enregistrés dans la rue (ou au kebab) lors de leur séjour à Paris. La fin du set est saluée par une salve d’applaudissements laissant comprendre que c’est bel et bien un concert et pas un simple DJ set de soirée club lambda que le duo Hifana nous a proposé ce soir.

À l’issue du set survolté de Hifana, c’est le musicien Takami NAKAMOTO qui entre en scène. Cofondateur du studio Nonotak, NAKAMOTO propose à travers son set une belle synthèse de ses travaux au sein de ce studio, à mi-chemin entre l’électro et le glitch, le tout une fois de plus soutenu par des visuels probablement issus du même studio. Malheureusement, la musique glaciale et minimaliste de Takami NAKAMOTO ne touchera pas autant les foules que le précédent set, autrement plus enjoué, tant il souffre la comparaison. Et ce, malgré une qualité musicale et visuelle indiscutable. Une programmation plus tardive dans la soirée aurait sans doute été plus judicieuse, et aurait pu donner à la musique de NAKAMOTO le cadre idéal pour un concert hypnotique et transcendant.

La soirée se poursuit mais malheureusement, la suite de la programmation ne parvient pas à soutenir le niveau proposé par les sets précédents. Le reste de la nuit est rythmé par plusieurs DJ assez génériques et interchangeables qui se contenteront d’une techno pour le moins passe-partout que l’on entend même plus à force d’être matraquée. On atteindra même le comble du mauvais goût avec un DJ n’hésitant pas à entrer sur scène accompagné de danseuses en justaucorps qui se trémousseront lascivement tout le long du set. L’ambiance classieuse et élégante de la MCJP se transforme ainsi en un concert à peine digne d’une boite de strip-tease de bord d’autoroute.

 

À l’issue de cette soirée Tokyo Hit, force est de constater que tout n’est pas parfait. La programmation n’est que trop peu originale une fois les têtes d’affiche passées, le niveau sonore était peut-être un peu trop faible pour créer une véritable synergie entre la scène et la piste, les œuvres et projections artistiques annexes étaient trop décorrélées de la soirée et l’ambiance n’a que trop souffert d’une mobilisation en demi-teinte du public parisien.
Cependant, Tokyo Hit est une belle initiative et, l’avenir de ce projet dépendant des retours de ce coup d’essai, on espère que la MCJP sera en mesure de proposer d’autres éditions et il est important de se mobiliser pour que d’autres événements de la sorte puisse voir le jour dans un tel cadre. Il n’existe malheureusement que trop peu d’événements sur la capitale proposant des soirées classieuses et agrémentées de contenu un tant soit peu alternatif et exigeant, et c’est là que Tokyo Hit peut faire la différence.

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