[Découverte J-Music] Yasutaka Nakata, tête pensante de CAPSULE, maître de l’électro japonaise

Si le plus grand public le connaît surtout comme l’omnipotent DJ producteur de Perfume et Kyary Pamyu Pamyu dont il a signé toutes les chansons, Yasutaka Nakata est loin de se résumer à ces deux (certes prestigieux) succès : il est surtout la tête pensante du duo CAPSULE, son projet le plus ancien, le plus personnel aussi. A l’occasion de son passage au MOS²HI MOSHI NIPPON festival à Paris avec CAPSULE justement, retour express (et forcément subjectif) sur sa carrière en 5 titres.

CAPSULE_WAVERUNNER
C’est à l’âge de 17 ans, au lycée, que Nakata rencontre Toshiko Koshijima. Lui passe déjà tout son temps libre sur ses synthés et ses ordinateurs ; elle est fan de mode, mais son choix de carrière est tout autre, puisqu’elle intègrera l’entreprise de construction DAM à sa sortie d’école. Ensemble, ils donnent naissance à capsule en 1997, un projet electro-pop dont Nakata est l’auteur, compositeur et arrangeur, tandis que Toshiko en est la voix et la tête de gondole. Il faudra attendre 4 ans pour voir sortir un premier album du duo, mais la machine est alors lancée : le groupe a depuis livré une moyenne d’un opus par an, son 15ème et dernier en date, WAVE RUNNER, datant de février 2015. Et ce sans compter les OST de films ou jeux, les projets liés à la mode ou les génériques d’émissions TV.

Là où les productions de Nakata pour d’autres artistes sont avant tout taillées pour la scène commerciale, ses travaux avec capsule relèvent plutôt du laboratoire dans lequel s’opère un travail d’orfèvre. La plupart des albums du duo adopte une approche particulière : parfois, l’artiste invente de nouveaux sons avec lesquels il compose à la fois des hymnes pour dancefloors et des morceaux plus difficiles d’accès ; parfois, il choisit de livrer un opus très cohérent destiné à une écoute attentive… Dans la musique de Yasutaka Nakata, tout est ingrédient, l’artiste se plaisant à dénaturer autant que possible toute sa matière première pour mieux jouer avec et se donner le challenge d’en faire émerger un produit fini doté d’une âme. Tout est ingrédient donc, y compris le texte (qui ne veut souvent rien dire et n’est pas édité dans le livret des albums) et la voix de Toshiko, ultra-déformée par vocoder lorsqu’elle n’est pas remplacée par des samples mixés de différentes voix anonymisées et jamais crédités sur les CDs. Toshiko elle-même dit ainsi de capsule qu’il s’agit pour elle d’un « baito dont il est difficile de se séparer », mais dont elle accepte totalement les règles.

capsule – GLIDER (2005, tirée de l’album L.D.K. Lounge Designers Killer)

Il s’agit de l’un des premiers titres à porter cette touche très personnelle, reconnaissable entre toutes, qu’ont les productions de Yasukata Nakata. L’artiste qualifie lui-même cette chanson de « parfaite pour planer ». Dans les faits, il s’agit effectivement d’un morceau electro-pop mélodique, léger, où l’espace sonore est bien rempli de nappes de synthé colorées qui servent de supports à ces petits synths 8 bits très typiques, ainsi qu’une rythmique martelée qui aurait sans doute bien collé à l’univers de Kyary Pamyu Pamyu, le côté répétitif assumé en moins.

capsule – JUMPER (2008, tirée de l’album MORE! MORE! MORE!)

Probablement LE tube le plus incontestable de la discographie de capsule, JUMPER est une bombe club-house entêtante, sautillante mais qui sent bien plus la sueur que la mièvrerie, avec un équilibre absolument parfait dans les arrangements qui sont bourrés de petits effets parfaitement ciselés nuançant la base rythmique entraînante comme il se doit. Ajoutons à cela des paroles à la musicalité exceptionnelle (qui ont d’ailleurs donné lieu à l’une des quêtes les plus mystérieuses de l’histoire de la musique nippone puisque Nakata ne les a pas publiées), et vous obtiendrez un véritable classique, à tout jamais indémodable.

Ami Suzuki – ONE (2008, tirée de l’album Supreme Show)

Si Kyary Pamyu Pamyu et Perfume sont les projets les plus médiatisés de l’écurie Nakata, il ne faut pas oublier qu’il a composé pour beaucoup d’autres artistes, sur une base régulière (comme MEG) ou plus ponctuelle (SMAP, Tomohisa Yamashita, Crystal Kay ou encore Shiina Ringo). A Ami Suzuki, il a non seulement offert l’un des meilleurs albums des 10 dernières années (Supreme Show), mais aussi et surtout une véritable renaissance. Sous l’égide du génie de l’electro-pop nippone, la popstar des années 90 has been et mal aimée du show business s’est muée en icône moderne, sexy et ultra-charismatique, presque trop en avance sur son temps. ONE (tout comme le single FREE FREE sorti un peu plus tôt) en est la parfaite illustration : en dépit d’un succès commercial modeste, sa sortie en 2008 a fait l’effet d’une bombe dans le milieu des fans de JPop occidentaux, qui a valu un temps à Amigo le qualificatif de « Kylie Minogue » japonaise.

capsule – WORLD OF FANTASY (2011, tirée de l’album WORLD OF FANTASY)

capsule, ce n’est pas que de l’electro-pop plus ou moins sucrée, loin de là. Si Nakata a parfois livré des morceaux assez durs voire même acides (e.d.i.t. pour ne citer que lui), il opte aussi régulièrement pour des titres plus expérimentaux, dans un registre electro plus techno cette fois. L’album WORLD OF FANTASY sorti en 2011 était de ceux-là. Bien qu’il ne fasse globalement pas partie des préférés des fans, sa chanson-titre a attiré l’attention par son caractère futuriste et son ambiance nocturne dont le son comme le clip vidéo évoqueront peut-être aux connaisseurs la traversée du Rainbow Bridge sur la ligne Yurikamome menant à Odaiba depuis le centre de Tôkyô.

CAPSULE – ANOTHER WORLD (2015, tirée de l’album WAVE RUNNER)

Impossible de conclure cette sélection sans évoquer le dernier album du duo, dont ANOTHER WORLD a assuré la promotion cet hiver. Après deux opus un peu moins accessibles aux profanes, Yasutaka Nakata a cette fois renoué avec un certain souci d’efficacité, et ANOTHER WORLD en est le reflet : surfant sur la vague EDM avec des nappes de synthé très marquées, des beats appuyés et des montées puissantes visant à déchaîner les foules. Le morceau sort néanmoins du lot grâce à l’éternelle touche ultra mélodique et les petits synths sucrés de Nakata qui viennent faire pétiller l’ensemble.

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