Tourisme : The Satoyama Experience, un rendez-vous avec la campagne japonaise

Alors que les vacances d’été approchent à grand pas, Journal du Japon est parti à la rencontre de Marine Conte, étudiante en master de management international. Pourquoi nous direz-vous ? Parce que Marine travaille dans le tourisme, chez Chura Boshi Company, et qu’elle pourrait bien vous faire découvrir une destination japonaise inattendue, un concept du nom de The Satoyama experience.

Le pays du Soleil Levant, souvent éclipsé par les – certes, superbes – grandes métropoles japonaises, a en effet d’autres choses à offrir : c’est donc au cœur des montagnes, dans la région d’Hida, que nous avons voulu vous emmener le temps d’un entretien, pour vous imprégner du quotidien des habitants du Japon rural, où osmose avec la nature et culture de la tradition sont les maîtres mots d’une autre aventure humaine. Circuits touristiques, découverte de la gastronomie de la région ainsi que de ses traditions ; autant d’éléments au programme de The Satoyama experience… et de cette interview !

Randonnée à vélo sous les cerisiers

Randonnée à vélo sous les cerisiers : les charmes de la campagne !

 

Une immersion dans le japon rural

Journal du Japon : Bonjour Marine,

Pouvez-vous présenter brièvement votre parcours professionnel, ainsi que les motivations qui vous poussent à nous parler aujourd’hui de la région de Hida ?

Marine Conte : Bonjour ! Après une licence en Littérature Langue et Civilisation Étrangère en japonais à l’Université de Bordeaux et un échange universitaire d’un an à l’Université d’Okayama, j’ai décidé de commencer un Master en Management International – Echanges avec l’Asie, LV2 japonais à l’Université du Havre. Afin de valider ma première année, je dois réaliser un stage dans le pays de ma spécialité donc au Japon.

Provinces_of_Japan-Hida.svgMon échange universitaire à Okayama m’a donné l’occasion de côtoyer des personnes du monde entier, d’écouter leurs histoires et d’apprendre davantage sur leur culture. Le tourisme a été pour moi une évidence et c’est pour cette raison que j’ai postulé chez Chura Boshi Company, une entreprise de tourisme située dans la région de Hida (en rouge sur la carte ci-contre, NDLR). J’ai eu la chance de voyager dans de nombreuses villes au Japon mais je ne m’attendais pas à avoir un si gros coup de cœur pour cet endroit paisible qui tranche avec la cohue des grandes villes japonaises. Ici, je découvre une autre facette du Japon que j’ai énormément envie de partager.

 

Pouvez-vous nous parler des caractéristiques de la campagne japonaise, en termes de paysages, de coutumes, de modes de vie ?

La campagne dans les Alpes Japonaises est rythmée par les saisons. Ensevelie de neige en hiver et verdoyante en été. Son climat et son environnement imposent une nourriture particulière tels que les légumes saumurés (tsukemono) ou encore les plantes comestibles des montagnes.

Les habitants semblent moins stressés que dans les grandes villes et passent des heures en moins dans les transports. Les rangées de buildings sont remplacées par des montagnes, des rizières et des maisons traditionnelles de taille imposante.

Les habitants de la région attachent une certaine importance à acheter et manger des produits locaux, dont ils sont très fiers.

 

Tanekura

Tanekura

Quel est le quotidien des habitants de Takayama, de quoi vivent-ils ?

J’ai pu remarquer que les habitants de Takayama et de la région ont souvent deux occupations. La première est leur travail principal et la deuxième est l’agriculture. En général ils cultivent fruits et légumes au printemps, en été et à l’automne en quantité suffisante pour leur propre famille. Ils cultivent également du riz, du mois de mai au mois de septembre, pour en faire du sake ou pour le manger.

En hiver, les températures étant trop basses, il est impossible de produire quoi que ce soit.

Les habitants de Takayama et de la région vivent également du tourisme. Les festivals de la ville, les villages classés au patrimoine mondial de l’UNESCO de Shirakawa-go et Gokayama ainsi que les stations thermales d’Oku Hida amènent beaucoup de monde, du Japon et de l’étranger.

 

Satoyama Experience est un projet qui consiste à mettre en place de tours touristiques de la région. Quelle est la philosophie du projet et son objectif ?

Satoyama Experience est un projet mis en place par Chura Boshi Company. Cette entreprise s’est donnée comme mission accroître les échanges entre les locaux et les touristes, de contribuer durablement à la protection de la nature ainsi qu’à la préservation de la campagne japonaise, le « satoyama », avec son panorama et sa culture traditionnelle unique. Ils visent à être le promoteur d’un nouveau style de vie dans les zones rurales du Japon, un endroit « cool » où il ferait bon vivre et que les gens du monde entier viendraient visiter.

NDLR : comme nous l’expliquera Marine, le « satoyama » est la zone située entre les montagnes et les terres agricoles. Étymologiquement, c’est la combinaison de deux idéogrammes, 「里」 sato, qui signifie un lieu habité, et 「山」 yama, qui signifie la montagne. C’est la campagne, le cœur du Japon, l’endroit où l’équilibre fragile entre la nature et l’Homme est maintenu. Par exemple, des maisons folkloriques traditionnelles et de vieilles fermes sont rénovées afin de préserver cet environnement et son histoire.

 

On connaît l’engouement des Occidentaux pour le Japon et les grandes villes que sont Tokyo ou Kyoto ; pensez-vous que ce Japon rural est en mesure d’inverser la tendance ? Pourquoi ?

La région de Hida offre un aspect du Japon qu’on ne peut pas trouver dans les grandes villes et inversement. Je ne pense pas qu’il puisse inverser la tendance mais plutôt la compléter. Cela permettrait de donner une palette plus nuancée du Japon. Le pays du Soleil Levant offre tellement de choses différentes que se limiter aux mégapoles donne, à mon avis une image erronée du pays. Le Japon existe au-delà des grandes villes, par sa beauté et sa richesse historique, il mérite d’être découvert autant que ses grandes agglomérations urbaines.

 

Setogawa à Furukawa

Setogawa à Furukawa

Quelles sont les offres mises en place par Satoyama Experience ?

Satoyama Experience à Hida-Furukawa propose le Hida Satoyama Cycling tour. Il est possible de louer un vélo et partir seul à la découverte des lieux ou bien de participer à des circuits guidés. Chacun possède son propre niveau de difficulté (Standard tour : vingt-deux kilomètres, trois heures et demi ou Half tour : douze kilomètres, deux heures et demi). Il est également possible de découvrir la ville, son histoire et ses trésors à travers le Hida Furukawa Town Walk. Dans le but d’offrir une immersion totale, Satoyama Experience propose de séjourner dans des maisons traditionnelles japonaises (kominka) qui ont été rénovées par les soins de l’entreprise. Ce projet de rénovation s’appelle Otasuke-tai Volunteer Project projet de bénévolat pour ceux qui veulent aider »), il nécessite une longue préparation, beaucoup de monde et de nombreuses heures de travail pour redonner vie à des maisons abandonnées ou non entretenues par leurs propriétaires.

Puis, à Takayama, il est possible de faire le Food and Culture Walk qui propose une approche de la culture de la région par la découverte et la dégustation de ses produits locaux tels que le tôfu, le miso ou encore le sake.

Pour finir, Tanekura, un petit village est niché dans le creux des montagnes, parfait exemple du « satoyama ». Chura Boshi y a rénové de vieux entrepôts typiques de la région ainsi qu’une vieille maison traditionnelle japonaise afin de les transformer en auberge. Il n’y a pas de magasin ou d’épicerie dans ce petit village, de télévision ou de room service dans l’auberge. Le but est de ressentir cet aspect du Japon simple et traditionnel, de rencontrer les habitants du village et manger des plats à base d’ingrédients qu’ils cultivent en s’imprégnant de l’ambiance du « satoyama », où l’homme n’empiète pas sur la nature mais vit en harmonie avec elle.

 

La nécessité de parler japonais paraît essentielle dans l’optique de bien s’imprégner de toute l’Histoire de la région. Si on ne connait pas la langue, risque-t-on de rencontrer des difficultés ? On imagine qu’à la campagne, les bilingues anglais ou français ne courent pas les rues, non ?

Ici, j’ai ressenti un réel effort de la part des Japonais de parler en anglais. Ils ont un réel désir de partager leur travail, leur quotidien. Gentils de nature, la plupart des japonais mettront tout en œuvre pour vous aider, malgré la barrière de la langue. Les musées proposent de plus en plus d’explications en anglais, et les cartes de la ville sont imprimées dans de nombreuses langues. Je n’ai aucun doute sur le bon déroulement d’un séjour à Takayama.

Cependant, il est évident qu’en allant au Japon, et n’importe où ailleurs, le minimum serait d’avoir quelques notions d’anglais. Vous pouvez trouver des guides francophones dans les grandes villes mais c’est un peu plus compliqué dans les campagnes.

 

Est-ce que vous diriez que Satoyama Experience est un projet adapté aux amateurs confirmés du tourisme et du Japon ou au contraire aux novices ?

Je pense qu’il convient à tout un chacun. Nous avons toutes sortes de clients, des amateurs confirmés du Japon ou bien ceux qui découvrent pour la première fois le pays. Des couples, des familles, des personnes voyageant en solitaire… Chacun peut s’émerveiller de la campagne japonaise et de son histoire. Les tours sont également adaptés aux saisons. Par exemple, pour le Hida Satoyama Cycling Tour, le chemin emprunté lors de la saison des cerisiers diffère de celui emprunté lors de la saison de piquage de riz. Les guides s’adaptent au maximum pour offrir le meilleur panorama du « satoyama ».

 

La tradition à l’honneur

Après s’être ouvert l’appétit avec ce petit tour de la campagne japonaise, recentrons-nous sur une ville en particulier : Takayama ! Dans quelles dimensions Takayama se démarque des autres villes japonaises, en quoi est-elle un endroit unique en son genre ?

Entourées de montagnes culminant à 3000 mètres et de forêts immenses, Takayama et la région de Hida offrent un panorama unique mais elle n’est pas sur la Golden Route, et de ce fait il y a moins de touristes. Cependant c’est une ville qui attire de plus en plus de curieux, de personnes avides d’aventures différentes de celles des grandes villes nippones. Il y a très peu de buildings, d’entreprises étrangères ou de fast-food. C’est une ville avec un aspect « local » très important et très valorisé.

 

Avez-vous quelques dates clés dans l’histoire de la ville ?

L’histoire de la ville de Takayama remonte à la période de Nara (710 – 794). Elle est réputée pour la qualité du travail de ses charpentiers appelés les « Hida no Takumi » qui ont participé à la construction de nombreux bâtiments et temples notamment à Kyôto et Nara.

En 1585, sous le commandement de TOYOTOMI Hideyoshi, KANAMORI Nagachika a pris le contrôle de la région de Hida. Sous son égide, l’art de la poterie et l’art de la laque Shunkei furent alors relancés.

En 1692, sous le contrôle direct du Shogunat des TOKUGAWA, Hida est devenue un domaine shogunal. Vingt-cinq générations se sont succédées dans la Résidence Historique des Gouverneurs, TAKAYAMA JINYA, siège du gouvernement d’Edo dans la région.

C’est en 1936 que le secteur prit officiellement le nom de commune de Takayama. Plusieurs bourgs et villages des alentours ont ensuite été réunis, et en 2005, la ville a fusionné avec neuf autres petites communes et villages pour couvrir finalement une superficie aussi importante que Tokyo (mais avec beaucoup moins de monde !).

 

On parlait de s’ouvrir l’appétit… Si les sushis, makis, tonkatsu et autres ramens sont omniprésents dans les menus des grandes villes Occidentales, quels sont les mets proposés dans les campagnes japonaises et notamment à Takayama ?

La région de Hida est reconnue pour son bœuf (hidagyû), certes moins connu que le bœuf de Kobe mais tout aussi délicieux… Il est souvent dégusté sur une feuille de magnolia séchée mélangé à de la pâte miso (hobamiso), en sukiyaki, grillé sur un petit barbecue ou même en sushi (et c’est très bon !).

Le sake est également reconnu, fait à partir de riz de qualité et de l’eau minérale des montagnes. Vous aurez l’occasion d’en déguster dans les distilleries, brasseries et tous les restaurants de la ville.

Brasserie Harada, Takayama

Brasserie Harada, Takayama

 

La différence de température favorise également la culture des fruits et des légumes largement utilisés dans la cuisine locale appelée kyôdo ryôri. Cependant, l’hiver étant rude, il est impossible de cultiver quoi que ce soit pendant plusieurs mois. De ce fait, les tsukemono, (parfois aussi appelés pickles pour désigner les produits saumurés ou préservés à l’aide de vinaigre) sont des aliments de base dans la cuisine de la région.

Le komo-tofu est une variété de tofu qui vient de Takayama, son goût particulier vient du fait qu’il est pressé dans une natte de paille.

 

Hoba Miso

Hoba Miso

 

Avez-vous d’ailleurs une bonne adresse en particulier, pour nos lecteurs ?

J’en ai même deux !

La première serait Kyoya, au bord de la rivière Enako, où vous pouvez déguster la kyôdo ryôri : la cuisine locale, ainsi que du bœuf de Hida dans une maison traditionnelle japonaise, autour d’une table avec un barbecue au charbon intégré.

Tempura de plantes et de champignons des montagnes

Tempura de plantes et de champignons des montagnes

La seconde est mon coup de cœur : Heian Raku. Certes leur cuisine est d’inspiration chinoise mais ils utilisent des produits de la région uniquement. Le personnel est anglophone, extrêmement gentil et accueillant. Que vous soyez végétarien, que vous ayez des restrictions alimentaires pour cause religieuse ou médicale, ils s’adaptent à toutes exigences !

 

Pouvez-vous nous détailler le contenu des célèbres festivals de Takayama, ce qu’on y voit et la place de ces défilés dans la culture locale ?

La ville de Takayama est en effet connue pour ses festivals qui sont parmi les trois plus beaux du Japon. A l’époque d’Edo (1600-1868), la quantité de riz cultivée variait considérablement selon les températures. Du surplus, ils produisaient du saké destiné à être vendu. L’argent récolté leur a permis de construire des yatai, biens culturels importants du Japon. Ces chars ont maintenant plusieurs centaines d’années, mais sont méticuleusement entretenus par les artisans locaux. Les chars de printemps défilent dans les rues de Takayama le 14 et 15 avril lors du Sennô Matsuri et ceux d’automne, le 9 et 10 octobre lors du Hachiman Matsuri. Il est possible de voir certains chars exposés au musée Yaitaikaikan de Takayama.

 

Vous avez assisté à l’un d’entre eux si je ne m’abuse, un souvenir particulier ou une anecdote à nous raconter ?

J’ai pu assister au festival de printemps en avril dernier ! J’ai même eu la chance d’aller dans le bureau du directeur de l’Office de Tourisme de Takayama d’où j’avais une vue magnifique sur le pont Nihonbashi et les chars qui défilaient…

Nihonbashi

Le pont Nihonbashi

 

Si vous deviez réaliser un top 5 touristique des choses à ne manquer sous aucun prétexte à Takayama, quels lieux/activités y figureraient ?

En premier lieu, que ce soit à Takayama ou Hida-Furukawa, je recommanderai Satoyama Experience bien évidemment !

Ensuite, je recommanderai d’assister aux festivals de la ville, et si possible au festival de Furukawa qui a lieu les 19 et 20 avril à Hida Furukawa, à 20 minutes en train de Takayama.

 

Okoshi Daiko, festival de Furukawa

Okoshi Daiko, festival de Furukawa

 

Puis, le Takayama Jinya, Résidence Historique des Gouverneurs, siège du gouvernement d’Edo dans la région où vingt-cinq générations se sont succédées. Il est aujourd’hui le seul bâtiment de ce genre conservé au Japon.

Bien évidemment, il serait impensable de passer dans la région sans déguster la cuisine locale, le hoba miso et le sake dans les nombreux restaurants et distilleries qui parsèment la ville de Takayama.

Si vous n’avez pas le temps d’aller à Shirakawa-go ou Gokayama, le Hida Folk Village vous donnera un aperçu des maisons traditionnelles en toit de chaume typiques de la région.

 

À proximité de Takayama se trouvent deux villages classés au patrimoine mondial de l’UNESCO : Shirakawa-go et Gokayama. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Accessibles uniquement en voiture, Shirakawa go et Gokayama sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1995. Shirakawa-go se situe dans la préfecture de Gifu et Gokayama dans la préfecture de Toyama.

Ces villages sont surtout connus pour leurs maisons typiques du XIe siècle de style architectural appelé gasshō-zukuri. Ces maisons au toit de chaume très pentu sont aptes à supporter les abondantes chutes de neige de cette région montagneuse. À l’étage supérieur de ces maisons étaient cultivés les vers à soie, activité très lucrative jusque dans les années soixante-dix au Japon.

Dans les années cinquante, le Japon a énormément changé. Ces villages ont été préservés et maintiennent des preuves tant spirituelles que matérielles de leur longue histoire.

Plus d’un million et demi de touristes viennent à Shirakawa-go chaque année.

 

Pour finir si vous n’aviez le droit qu’à un seul argument pour convaincre un ami français de tenter cette expérience de la campagne japonaise, quel serait-il ?

Je lui dirai qu’après avoir visité une dizaine de villes au Japon, je ne me suis jamais sentie aussi bien qu’à Takayama. J’ai pu découvrir une facette du Japon traditionnel que j’imaginais révolue ou stéréotypée. Chaque expérience au Japon est unique, mais celle-ci est particulière, par son authenticité, sa richesse historique, son cadre unique et l’amabilité des habitants de la région.

Merci Marine, on s’y rendra avec plaisir !

Retrouvez toutes les informations sur The Satoyama experience et la ville de Takayama via son site officiel ou suivez cette aventure sur les réseaux sociaux, Facebook et Twitter.

Remerciements à Marine Conte pour son temps et sa disponibilité

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *