La rentrée littéraire de Journal du japon : un très bon cru 2016 !

Comme chaque année (et après les mangas), Journal du Japon vous a préparé une sélection spéciale rentrée littéraire, d’écrivains japonais ou d’écrivains français évoquant le Japon… Et le cru 2016 est d’excellente qualité, voyez plutôt !

 

L’arc-en-ciel merveilleux d’Ito Ogawa

ito ogawa Le Jardin Arc-en-cielChaque roman d’Ito Ogawa plonge le lecteur dans un bain d’amour et de bienveillance. C’est une fois de plus le cas avec ce merveilleux roman aux couleurs de l’arc-en-ciel qui fait pleurer le lecteur de joie, de rire mais aussi de tristesse. Du bonheur quotidien sans niaiserie mais avec beaucoup de tendresse.

Izumi est une mère célibataire qui élève son fils Sosûke du mieux qu’elle peut. Elle rencontre et « sauve » Chiyoko sur le quai d’une gare au moment où celle-ci s’apprête à se jeter sous un train. Cette jeune lycéenne va alors passer beaucoup de temps chez Izumi. Leur liaison amoureuse naissante les incitera à quitter la ville pour aller vivre « là où les étoiles sont belles« , un petit village avec ses rizières en terrasse qu’elles appellent affectueusement le Machu Picchu.

Avec le petit Sosûke, les deux femmes s’installent dans une maison laissée à l’abandon qu’elles retapent. Chiyoko donnera elle-même naissance à une fille, « Takara le miracle« , fruit d’une liaison d’un soir avec un garçon (pour être sûre qu’elle n’aimait pas les garçons).

Cette drôle de famille choque certains, mais la gentillesse qui émane d’elle arrive à bout de toutes les médisances (même si les parents de Chiyoko refusent de voir Izumi et n’acceptent de voir leur fille et leur petite-fille qu’au jour de l’an). Loin de se laisser abattre, les deux femmes vont aménager leur nid en maison d’hôtes pour tous : homosexuels, hétérosexuels, avec ou sans enfants. Le drapeau arc-en-ciel y flotte gaiement et de bons petits plats familiaux (l’auteur excelle dans la description des plats) y sont partagés sans chichi. Une bonne humeur et des sourires rendent heureux tous ceux qui passent par cette maison d’hôtes.

« Jusque-là, je croyais qu’au fil des années, en ayant vingt ans, puis trente, puis quarante, on devenait adulte. Mais non. Elles pourraient prendre de l’âge, ressembler à de vieilles mamies croulantes, à l’intérieur, elles auraient toujours sept ou huit ans. On aurait dit des enfants éternellement occupées à cueillir des fleurs et jouer à la dînette.« 

Un bonheur quotidien que le lecteur voit évoluer au fil des années. Sosûke grandit et travaille dans un centre téléphonique, à parler avec les gens solitaires, à apaiser leurs angoisses. Il est aussi bénévole auprès d’associations d’aide aux victimes de catastrophes et se rend régulièrement aux quatre coins du Japon. 

D’année en année, chacun des membres de la famille prend la plume dans le livre pour raconter sa famille, ses joies, ses peines. Le souvenir d’un lancer de baseball, le goût d’un curry, l’odeur du café … mais aussi la robe à fleurs achetée à Hawaï : des graines de Ohana que chacun plante dans la vie (Ohana signifiant famille à Hawaï et fleurs en japonais).

Une lumière arc-en-ciel irradie à travers toutes les pages. Le sujet sensible de l’homosexualité et de l’homoparentalité est abordé avec justesse. S’ouvrir aux autres, parler, écouter … Un « feel good book » comme on les aime, mais qui va bien au-delà de la belle histoire : il touche le lecteur, l’amène à se questionner sur son rapport aux autres. Il laisse une empreinte profonde dans la neige du Machu Picchu japonais.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Un premier roman comme un conte philosophique …

monsieur origamiJean-Marc Ceci fait découvrir au lecteur un maître du papier washi, Maître Kurogiku (nom qui signifie chrysanthème noir).

Le jeune Kurogiku a vingt ans lorsqu’il aperçoit une belle jeune femme, panthère noire sur escarpins, dans son village japonais. Tout ce qu’il sait, c’est qu’elle est italienne. Il quitte donc le Japon pour la retrouver. Mais sans plus d’information qu’un « Tchaô », les chances de la retrouver sont quasiment nulles. Il arrive donc en Toscane et s’installe dans une ruine isolée. Il y mène pendant quarante ans une vie solitaire. Il a planté du kôzo (le mûrier qui sert à fabriquer le papier washi) et se consacre entièrement à la fabrication de ce papier et à la confection d’origami. Seule Elsa, qui avait quinze ans lorsqu’elle l’a rencontré à son arrivée dans les ruines, vit dans les parages, ainsi que Ima (qui veut dire maintenant), la chatte qui n’est jamais bien loin de Monsieur Origami (nom que les habitants lui donnent).

Cette vie faite de contemplation et de méditation va être perturbée par l’arrivée de Casparo, un jeune homme passionné d’horlogerie qui cherche un endroit où loger. Un dialogue (mais aussi de nombreux silences car comme l’écrit magnifiquement l’auteur « Casparo et Maître Kurogiku se taisent souvent ensemble ») va naître entre eux et le passé du maître va se dévoiler petit à petit : qui était son père (qui fabriquait un washi exceptionnel), pourquoi le maître a quitté son pays. Casparo quant à lui veut fabriquer une montre compliquée avec toutes les mesures de temps possibles, mais dans quel but ? Leurs échanges changeront profondément les deux hommes.

Cette histoire, simple en apparence, est en réalité d’une profondeur très japonaise : le dépouillement, le zazen que pratique le maître, les origamis qu’il plie et surtout déplie pour en voir les lignes uniques, spécifiques à chaque pliage. La feuille vierge de washi devient le symbole de la simplicité de la vie : « D’où l’on vient est d’une extrême simplicité. Puisque à l’origine il n’y a rien« .

Une réflexion sur notre choix de vie : quitter le brouillard pour aller vers la lumière … « À quoi sert-il d’avoir si être nous manque ?« 

Deux êtres hors du temps qui songent à la façon dont l’homme a plié la ligne du temps pour en faire des années, des mois, des jours, des minutes, des secondes. Contempler le temps qui passe plutôt que de le compter, le quantifier, le mesurer, le juger …

Le livre mêle habilement à cette rencontre un côté documentaire précis et passionnant sur le papier washi, classé depuis 2014 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité : son histoire, sa fabrication (que l’on suit étape par étape dans le silence qui entoure le maître) de l’écorce que l’on trempe au tororo aoi, plante à racines qui sert de colle naturelle pour les fibres du kôzo. 

Le style de ce roman est également exceptionnel : des chapitres et des phrases très courtes. À la lecture, les phrases tapent, frappent, comme le travail d’un artisan. Elles sonnent également comme des mantras. Cela crée une atmosphère apaisante, une sensation de sérénité, une envie de partir s’isoler pour méditer et créer.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Éclipses japonaises : disparitions au Japon, apparitions en Corée du Nord …

eclipses japonaisesLe dernier roman d’Eric Faye, qui avait déjà campé un de ses ouvrages au Japon (Nagasaki), emmène le lecteur entre le Japon et la Corée du Nord sur plusieurs décennies.

C’est un roman inspiré de faits réels (l’auteur a d’ailleurs rencontré plusieurs personnes au Japon pour recueillir des témoignages et approcher au plus près une douloureuse réalité) se présente comme un puzzle : différentes personnes disparaissent (un GI américain en 1966 entre les deux Corées, une collégienne, un archéologue, une future infirmière au Japon à la fin des années 1970), une jeune coréenne est arrêtée en Allemagne après l’explosion d’un vol de la Korean Air en 1987 (elle parle un japonais parfait et la police découvre que cette jeune espionne venue de Corée du Nord a appris cette langue grâce à des professeurs japonais vivant en Corée du Nord), un journaliste japonais mène l’enquête sur les disparitions plusieurs décennies plus tard.

Ce livre est donc à la fois une enquête que le lecteur suit avec beaucoup de tension, mais surtout un porte-voix pour toutes ces personnes disparues, qui n’ont laissé aucune trace, aucun indice aux enquêteurs qui ont conclu au suicide ou ont abandonné faute de piste sérieuse.

Ces personnes doivent petit à petit apprendre à vivre dans un pays difficile : une nouvelle langue, un enfermement voire des mauvais traitements. Une nouvelle vie à construire autant que possible, malgré le dénuement (les pénuries de nourriture, d’électricité), malgré l’absence (le souvenir d’une mère qui s’étiole, l’image des rues japonaises, de l’appartement). Des destins se croisent dans les rues grises de la capitale, et parfois le miracle se produit : des amitiés naissent, et même l’amour arrive à se frayer un chemin !

Le quotidien est décrit avec précision par l’auteur qui a dû, en plus des témoignages recueillis et lus, faire preuve d’une créativité réaliste pour aborder ce pays tellement fermé et méconnu. Le résultat est très réussi, on sent la grisaille pesante, le froid, le vide, le silence. On sent la tension quotidienne, les paroles sur écoute, les regards qui sont souvent le moyen le plus efficace de faire passer une émotion, une sensation. La propagande à apprendre par cœur, les enfants formatés, les fidèles soldats qui parfois dérapent lorsqu’ils partent dans l’autre monde, celui qu’on leur a appris dès l’enfance à détester mais qui regorge de lumières, de technologies, de liberté.

Un livre poignant, une réflexion sur le déracinement, sur la capacité des êtres humains à vivre malgré tout ce qu’ils peuvent subir, entre désespoir, résignation, attente … avec parfois des dénouements heureux. 

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Ce sont donc trois livres très différents que Journal du Japon vous propose en cette rentrée littéraire. Faites votre choix … ou lisez les trois !

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4 réponses

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  2. 4 septembre 2016

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  3. 12 septembre 2016

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  4. 4 juin 2018

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