Nara, la ville des biches sacrées… mais pas que !

En tant qu’amateur ou amatrice du Japon, vous avez forcement entendu parler de la ville de Nara, située à environ 40 km au Sud de Kyoto, ne serait-ce que pour ses légendaires biches et cerfs qui gambadent librement dans les parcs de cette ville. Et pour cause, ces créatures seraient alors les gardiennes des temples, c’est pourquoi elles sont aujourd’hui très respectées. 

Mais Nara est bien plus que la ville des petites biches, c’est également l’ancienne et première capitale permanente du Japon, fondée en 710. Cette ville, berceau de l’écriture et de l’art à l’époque Ancienne, accueille des patrimoines inscrits à l’UNESCO, des beautés surprenantes dotées d’une histoire passionnante.. 

 Biche à la station de Nara  Parc Isui-en ( 依水園 ) 

Une biche à la station de métro de Nara et une balade dans le Parc Isui-en ( 依水園 )

 

Nara, le berceau des premiers grands écrits japonais 

En 710, l’un des symboles de l’essor de la nouvelle monarchie est bien la fondation d’une capitale permanente à Nara, qui se trouve être un lieu stratégique étant donné que cette ville se trouve dans une plaine au coeur du bassin du Yamato à proximité de nombreuses routes. Appelée autrefois Heijô-Kyô ( cité de la paix ), cette capitale est construite sur le modèle chinois de Chang An, qui était la capitale des Tang ( la dynastie impériale en Chine à cette époque) . C’est également durant cette importante époque que furent rédigés le Kojiki « Chroniques des faits anciens » ainsi que le Nihon Shoki «  Chronique du Japon » en 720 qui sont les deux principales et premières sources des mythes japonais, expliquant la conception du monde et représentent les premières bases historiques du Japon. Tous deux sont des ouvrages de commandes, crées à des fins politiques, et servaient à amplifier la puissance de l’Etat et celle des familles impériales. Ils décrivent ainsi le processus de formation et de développement de cet Etat.  Vint plus tard le recueil du Man’yôshû ( Le recueil des dix milles feuilles ) rédigé en 760, une anthologie poétique qui comporte environ 4500 poèmes, tous très délicats et raffinés, encore très étudiés de nos jours. 

En voici d’ailleurs un extrait : 

 

Comme un nuage

Passant devant la verte montagne;

Voile ton sourire

Pour ne point attirer

L’attention du monde.

Ōtomo no  SAKANOUE – 688

Trad. H. NAGASHIMA

 

Le monastère Tôdaiji, patrimoine inscrit à l’Unesco 

Mais plus que le berceau littéraire et artistique, Nara accueille aujourd’hui de nombreux temples et édifices religieux, construits durant cette époque. Notamment le fameux monastère Tôdaiji ( littéralement : Le Grand Monastère de l’Est ). L’Empereur nommé Shômu, très impliqué dans le bouddhisme pense que la construction de temples et de statues permettra la protection divine de son peuple. Celui-ci décidât d’entreprendre la construction en 743 d’une gigantesque statue de bronze représentant le Grand Bouddha Vairocana appelé le Daibutsu , encore visible aujourd’hui dans la salle du Daibutsu-den ( Salle du Grand Bouddha, qui est par ailleurs la plus grande construction en bois du monde ), haut de 16 mètres. Cela vaut donc le détour d’aller admirer cette immense merveille ! 

 

Le Grand Bouddha - Daibutsu dans le temple Tôdaiji

Le Grand Bouddha – Daibutsu dans le temple Tôdaiji

Et ce fut en 752, qu’ a eu lieu la célèbre et très importante « cérémonie de l’ouverture des yeux », appellation qui interpelle à la première lecture et qui nous parait très étrange .. De quels yeux parle-t-on ? S’agit-il de sacrifices ? Loin de là, rassurez-vous, il s’agit de dessiner sur la statue les pupilles de celle-ci afin de « l’animer », de créer un lien avec le monde spirituel et réel. Ce rituel religieux qui fut présidé par le moine Bodhi, venu d’Inde, devint alors, la plus grande cérémonie organisée au Japon depuis l’introduction du bouddhisme. L’empereur devint alors « tennô » ( qui veut dire littéralement  « Empereur » en japonais) , nouvelle appellation qui représenta dès lors tous les empereurs qui allaient succéder l’Empereur Shômu, et cela marqua également la puissance d’un chef d’une religion devenue universelle. Le temple Tôdaiji est aujourd’hui toujours accessible et cache également de temples beaucoup plus discrets tels que Nigatsu-do, Kaidan-in,ou Hokke-do. Celui-ci reste tout de même la grande merveille incontournable de Nara pour son immense Bouddha, mais pas que, car cette sublime ville est une richesse inestimable du point de vue historique et esthétique. Elle abrite en effet de nombreux sanctuaires bouddhistes et shintoïstes que cités un peu plus bas. 

Temple Tôdaiji

Temple Tôdaiji

 

Shôsô-in, preuve d’amour entre l’Empereur Shômu et l’Impératrice Kômyô

Au lendemain de la mort de l’Empereur Shômu, l’impératrice Kômyô scella dans le Shôsô-in, structure en bois montée sur pilotis, de nombreuses richesses et divers objets appartenant à l’Empereur Shômu, qui aujourd’hui représenterai le plus ancien musée du monde. Cet édifice représente sans aucun doute le lien très fort qui unissait l’Empereur défunt à l’Impératrice Kômyô.

De nombreux objets très rares sont ainsi présentés, il est malheureusement presque impossible et très rare de pouvoir y accéder..

Shôshôin

Sanctuaire Shôshôin

 

Nara, ce concentré de merveilles. . .  

Parmi les nombreuses merveilles de Nara, il est également possible de visiter encore de nombreux somptueux édifices tel que le Sanctuaire shintoïste Kasuga Taisha construit en 768 avec une allée de plus de 3000 lanternes qui vous mènent jusqu’à l’entré de celui-ci. 

Sous la gouvernance de la famille des Fujiwara, grande famille qui trouvera notamment son apogée lors de la période Heian, se trouve également le temple Kofukuji qui a malheureusement été dévasté à plusieurs reprise mais ce site possède une très belle pagode à 5 étages construite en 1426 qui se reflète dans le délicat petit étang Sarusawano-ike.

Il est également intéressant de s’arrêter au Musée national de Nara, qui possède une grande collection d’art ancien bouddhiste, dont de nombreux trésors .. 

Nara détient encore une plénitude de secrets, comme de nombreux parcs et autres sanctuaires qui sauront épatés vos pupilles. Si vous êtes amateur d’histoire ou tout simplement amoureux du Japon cette ville est un vrai bijoux, elle est d’autant plus très facile d’accès et il est possible de la visiter à pied en une ou deux journées. Alors n’hésitez plus et allez la découvrir !

Daims qui gambadent à Nara

 

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4 réponses

  1. Henke dit :

    Tres bel article. Intelligent et complet. L histoire du japon est fascinante.

  1. 24 mars 2017

    […] on oublie souvent ses alentours. On pense à Nara (on vous y emmenait même la semaine dernière dans nos colonnes !) ou Osaka, mais ce que le visiteur ignore c’est qu’il existe d’autres […]

  2. 28 avril 2017

    […] parc de Nara et ses daims gracieusement nourris par les touristes (on vous parlait de son histoire il y a peu, ici). Pas sauvages, ils viennent vers vous et peuvent parfois être envahissants. Cependant que serait […]

  3. 29 mai 2018

    […] on oublie souvent ses alentours. On pense à Nara (on vous y emmenait même la semaine dernière dans nos colonnes !) ou Osaka, mais ce que le visiteur ignore c’est qu’il existe d’autres […]

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