Découverte : Sébastien Raizer, du zen au sabre en passant par les polars

En cette rentrée, Journal du Japon vous fait découvrir un écrivain atypique. Sébastien Raizer est un auteur de polars reconnu, mais savez-vous qu’il vit à Kyoto, pratique zazen et iaidō (la voie du sabre) ?

Rencontre avec cet amoureux du Japon qui nous initie au bouddhisme zen dans un petit livre passionnant !

Un petit livre entre voyage, lecture et méditation …

Petit éloge du zenLes éditions folio publient depuis quelques années des livres à petit prix (deux euros) mais au grand contenu. En cette rentrée, c’est Sébastien Raizer qui invite le lecteur à cheminer sur le chemin du zen.

Ce livre commence comme une quête spirituelle, un voyage à travers l’Asie.

En Thaïlande, à la question qui le taraude (Qu’est-ce que le bouddhisme ?), une femme a cette réponse :

Elle a regardé les gamins et les oiseaux un moment, puis m’a souri et a répondu à ma question implicite avec un regard lumineux, les paumes vers le ciel : « Le bouddhisme, c’est tout ça. »

Au Cambodge, il apprend à respirer en pratiquant méditation et yoga dans un jardin zen.

En Corée, la modernité est partout et il s’échappe et redevient sauvage dans un Mud Festival …

Dès ses premiers pas au Japon (à Kyoto), l’auteur est ébloui, changé, un tremblement intérieur lui fait dire :

La seule chose dont j’avais conscience, c’était la certitude que mon histoire avec cet endroit, cette ville, ce pays, allait être bien plus vaste que ce que j’avais imaginé. Après une quinzaine d’heures dans ce monde flottant, c’était la seule chose que je savais.

Il emmène avec lui le lecteur de temple en temple, livre son expérience de zazen (méditation assise, avec toutes les pensées plus ou moins futiles qui défilent dans sa tête lors des premières sessions). Le cheminement se fait géographique mais également historique. Des fondateurs du bouddhisme zen au Japon à son épouse dont le grand-père était petit-fils de Saigō, dernier samouraï du Japon, le zen est partout.

Si la pratique de zazen s’avère indispensable à l’auteur, il lui faut également un « zazen d’action » qu’il trouve dans iaidō, la voie du sabre. Cet art consiste à pratiquer les vingt mouvements pour tirer le sabre de son fourreau et les cinquante mouvements permettant de trancher. Zazen lui a appris à respirer, la pratique du sabre lui apprend à se mouvoir, et les deux sont intimement liés.

Ce livre est à la fois un parcours personnel, une histoire du bouddhisme à travers les pays d’Asie et les maîtres, et surtout une invitation à pratiquer. L’auteur montre le chemin, au lecteur de le parcourir.

Une très riche bibliographie offrira aux plus curieux des ouvrages indispensables à découvrir.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Sébastien Raizer : créer et suivre son propre chemin…

Pour en savoir plus sur cet auteur intriguant, Journal du Japon a pu lui poser quelques questions…

Sébastien RaizerJournal du Japon : Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs de Journal du Japon ?

Sébastien Raizer : Bonjour et merci de votre curiosité pour ce Petit éloge du zen. Je vis à Kyōto, j’écris des romans à la Série Noire / Gallimard. Je suis également traducteur pour cette collection. Je pratique le zazen, le iaidō et le marathon.

Vous êtes connu pour vos thrillers. Comment vous est venue l’idée d’écrire un Petit éloge du zen, un exercice a priori très éloigné du roman policier ?

J’imagine que dans ses Instructions au cuisinier zen, Dōgen doit souligner quelque part qu’il ne faut pas limiter son apprentissage à la confection d’un seul plat… En fait, la différence fondamentale, c’est que la trilogie des Équinoxes parue à la Série Noire est composée de romans, tandis que le Petit éloge du zen est un récit. Lorsque je suis arrivé au Japon, je ne connaissais pas la langue, et ce sont des sensations, des perceptions, des intuitions très fortes qui ont pallié cette absence dans mon rapport au réel, au début totalement privé de langage. Il fallait écrire là-dessus, je l’ai ressenti très vite. De façon naturelle, c’est le zen qui s’est imposé comme fil conducteur et thème central du récit, puisque le déclencheur de tout cela, il a des années, constitue la première phrase du livre : « Le zen est la spiritualité des samouraïs »

Raizer_alignement-equinoxeCependant, dès L’alignement des équinoxes, le premier volume de la trilogie, ces deux éléments sont déjà présents au travers du personnage de Karen, la samurai-girl, et de celui de Silver, initiée au zen rinzai depuis son enfance.

J’irais même plus loin : la trilogie romanesque et le récit se complètent, communiquent. L’un peut être la porte d’entrée vers l’autre.

Dans ce livre, vous emmenez le lecteur en voyage dans des pays où vous avez « rencontré » des bouddhismes différents. Y a-t-il autant de bouddhismes que de pays, voire de personnes ?

Tout à fait. Je me suis rendu compte que mes voyages en Asie, et surtout le dernier, jusqu’en Extrême-Orient et qui fut sans retour, suivaient peu ou prou les migrations et les évolutions du bouddhisme, d’abord dans le continent, où une de ses branches est devenue le ch’an chinois, ayant lui-même donné le bouddhisme zen au Japon. Ce livre propose en quelque sorte un double voyage, du bouddhisme originel vers sa spécificité zen : historique et personnel.

Au niveau des « pays », ce sont surtout des méta-coercitions, notamment politiques ou liées aux structures de pouvoir, qui ont façonné le bouddhisme indien, chinois, sud-est asiatique, ainsi que la sensibilité générale de la population et le long processus de démarcation ou d’opposition avec le confucianisme. Cette profusion de « bouddhismes » est en fait un phénomène très sain et témoigne de son universalité. Il en va de même au niveau individuel : pas de dogme, pas de codex moralisateur ou culpabilisateur, pas de jugement ni de foudre divine, rien de toutes ces imbécilités binaires qui caractérisent les monothéismes – le bouddhisme zen est une pure spiritualité et aucunement une religion – ce qui permet à chacun de créer et de suivre son propre chemin.

Quels conseils donneriez-vous aux lecteurs qui veulent s’initier au bouddhisme ?

Aucun.

Vous mentionnez de nombreux livres sur le bouddhisme et plus particulièrement sur le zen, mais on comprend en vous lisant que si les livres donnent des indices, montrent un cheminement, ils ne sont pas le chemin… Il faut donc pratiquer avant tout ?

Exactement. Le zen est fondé sur l’expérience personnelle, et c’est justement ce qui m’a permis d’en faire un livre ! Cela peut paraître contradictoire, mais dès l’avant-propos je rappelle quelques conseils de maîtres zen, dont celui du Chinois Huángbò Xīyùn, mort en 850 : « Mieux vaut marcher un seul jour sur la Voie que l’étudier mille ». Tout bien réfléchi, j’aurais pu m’arrêter d’écrire immédiatement après avoir cité Wumen en épigraphe : « Le décrire est inutile. Le peindre, impossible. En faire l’éloge, impensable. Arrêtez votre manège pour le voir. »

Mais ce qui m’intéressait, c’était de faire le récit d’une expérience directe, du voyage qui m’a amené de France et des livres japonais, jusqu’au zendō et au dōjō que je fréquente assidument à Kyōto, tout en racontant la transformation du bouddhisme en zen rinzai, puis sōtō…

En plus de zazen, vous pratiquez le iaidō, l’art (la Voie) du sabre japonais. Comment ces deux pratiques se complètent-elles ?

Chaque séance de iaidō commence par une méditation en position seiza. Dans mon approche, les deux sont indissociables et complémentaires. C’est la même fluidité et la même unité de corps et d’esprit qui sont en jeu dans les deux situations, apparemment si éloignées l’une de l’autre (l’immobilité de zazen, la fulgurance du katana). Pourtant, les deux puisent à la même source. On pourrait appeler cette source mushin no shin : pensée sans pensée. Ou bien comme on voudra.

Iaido

La pratique du zen vous aide-t-elle dans votre métier d’écrivain ?

« Aider » n’est pas le mot. Rien n’aide à écrire, sinon écrire. Encore une histoire de pratique pure. Cela dit, on apprend le zen et le iaidō dans le zendō et dans le dōjō, mais on les pratique en permanence, quoi que l’on fasse. Donc également en écrivant. L’environnement, la langue, la culture, la société, tout ce qui fait le Japon influence forcément, par infusion ou imprégnation, ce que j’écris, de même que mon rapport à la langue. C’est en écrivant le volume deux des Équinoxes, Sagittarius, que je l’ai ressenti clairement. C’était le premier livre que j’écrivais au Japon et le lien à ma langue maternelle était devenu très fort, je pouvais ressentir les mots physiquement. Même si je ne crois pas que l’on puisse parler d’« aide », l’influence est indéniable. 

Pour nos lecteurs voyageurs, quels temples conseilleriez-vous pour une première approche du bouddhisme zen à Kyōto ?

Le Kennin-ji, temple bouddhiste zen à Kyoto

Le Kennin-ji, temple bouddhiste zen à Kyoto

Je suis loin de les avoir tous vus car il y en a une quantité incroyable, mais chaque temple a quelque chose à dévoiler. Le Kennin-ji et le Myōshin-ji sont des univers en soi, tout comme le Nanzen-ji et d’autres. Un peu au nord de la ville, vers O’hara, le Sanzen-in est tout aussi majestueux, mais plus intime. C’est à Enkō-ji que je suis allé le plus souvent, et quelle que soit la saison ou mon état d’esprit, il a toujours quelque chose de différent à raconter. Le cercle de l’ensō recommence sans fin, sans jamais répéter le même voyage.

Et il ne faut pas oublier les sanctuaires : le bouddhisme japonais est en parfaite symbiose avec le shintoïsme, qui est également une source infinie d’expériences.

Et puis, le plus grand sanctuaire de Kyōto reste la Kamogawa, la rivière qui traverse la ville du Nord au Sud…

Journal du Japon remercie Sébastien Raizer et les éditions Gallimard pour leur disponibilité. Et n’hésitez pas à vous plonger dans la trilogie des Equinoxes !

 

Bonus : découvrez Sébastien Raizer en vidéo

Nos confrères de Mission Japon ont pu rencontrer directement Sébastient Raizer, qui vient parfaitement compléter notre entrevue, jetez-y un œil : 

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1 réponse

  1. Mission Japon dit :

    Bonjour,

    Je me permets de vous indiquer le lien d’une interview vidéo que nous avons faite de Sébastien Raizer lors de notre passage à Kyoto l’été dernier, le complément idéal à votre article 😉 : https://www.youtube.com/watch?v=I0GlwmPX50A

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