Vinhnyu : il n’est jamais trop tard pour devenir mangaka

Après le lancement de Green Mechanic, premier manga issu du tremplin manga Ki-oon signé par Yami Shin, Journal du Japon s’intéresse aujourd’hui au gagnant de l’édition 2017, un autre mangaka en devenir… Enfin, en devenir, c’est une façon de parler, car le jeune homme du nom de Vinhnyu a une année 2017 déjà chargée avec plusieurs prix à différents concours, et l’année 2018 promet de ne pas être en reste avec un premier manga chez Glénat.

En ce 26 octobre 2017 – sa date d’anniversaire, ça se fête ! – rencontre avec Vinhnyu, une plume à découvrir !

Vinhnyu Tremplin Ki-oon 2017-1936

Vinhnyu Tremplin Ki-oon 2017-1936

Vinhnyu, un auteur qui s’ignore…

En ce début mars, Vinhnyu viens tout juste de recevoir le premier prix du Tremplin Ki-oon. Entre deux coupes de champagne nous avons pu échanger avec lui à chaud, et en savoir plus sur ce qui l’a mené jusqu’ici…

Journal du Japon : Bonjour Vinhnyu. Tu ne savais pas en avance que tu allais remporter le trophée il me semble… quelles sont tes impressions à chaud ?
Vinhnyu : En effet, je ne le savais pas du tout. Je pensais même que ce ne serait pas moi. En fait l’un de mes amis qui participait en 2016 était arrivé en seconde place l’an dernier. Il a à nouveau participé et… c’est encore le cas cette année ! Donc mon premier sentiment c’était que j’étais un peu mal pour lui.

En même temps pour moi… Ben c’est cool. Je n’avais pas vraiment de stress en amont il faut dire, et je ne sais pas si ça va totalement changer ma vie mais oui, c’est cool. Et au moins ça me donnera du taf pendant quelques années donc c’est déjà pas mal !

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Chez un Orc, l’oeuvre de Vinhnyu qui a remporté le tremplin Ki-oon 2017

Si tu avais des conseils à demander ou des questions à poser à Yami Shin pour ce qui t’attend, quels seraient-ils ?
Rien de spécial en fait (Rires)
Je lui demanderais surtout si elle dort assez !

Qu’est-ce que tu apprécies dans son travail ?
Le dessin tout d’abord : sa gestion du gris, qui ressemble un peu à de la peinture plutôt que de la trame comme ce que font les japonais. Elle utilise ça pour faire les aplats et les ombrages, je trouve ça vraiment magnifique.

Alors, passons aux présentations, pour ceux qui ne te connaissent pas trop…
Qui ! Qui ne me connait pas ?! (Rires)

Pour nous donner une idée, depuis combien de temps… j’allais dire «  tu dessines », mais ça, c’est depuis toujours j’imagine ?
Non en fait, c’est venu assez tardivement. J’ai suivi une formation en génie électrique et informatique industrielle, et j’étais parti pour devenir informaticien ou webmaster. Mais quand je suis sorti de mes études en 2008, nous étions en pleine crise économique et je ne parvenais pas à trouver de taf.

J’étais dans une sorte de dépression pendant deux ans à force de ne pas trouver de travail, et ce malgré les entretiens. Pour me réconforter j’allais dans une librairie pour regarder ce qui sortait – je suis amateur de BD comme tout le monde – et je trouvais que la qualité de certains titres étaient discutables : « c’est moche, même moi je peux faire mieux que ça. »

Et du coup je me suis lancé, je me suis mis à dessiner. Je regrette un petit peu d’avoir commencé aussi tardivement, j’aurais préféré m’y mettre au moment de « l’âge d’or » du fanzinat français avec Raf ou Dara mais bon, c’est comme ça.

À tes débuts avais-tu des modèles, des artistes que tu admirais ?
Alors en ce qui me concerne je ne suis pas porté sur le dessin papier. Quand j’ai commencé c’était avec une tablette graphique. Je trouvais ça formidable d’ailleurs : plus besoin d’acheter des crayons ou du papier, une tablette et un PC et hop, je peux faire tourner !

Et donc sur internet, que ce soit sur Catsuka ou ailleurs, je voyais des choses que j’appréciais beaucoup comme le travail de Raf, Balak ou encore Galou, des anciens fanzineux, et je me disais que j’aimerai bien faire aussi bien qu’eux. Donc j’ai commencé à essayer de dessiner comme eux et de fil en aiguille je me suis retrouvé dans le milieu du dessin.

Avec une tendance à aller vers le manga ?

Vinhnyu – Photo D.Gueugnot © Journaldujapon.com

Il y avait de tout en fait, car je trouve des références dans le fanzine, dans les films, dans les comics… La BD aussi car quand j’étais petit je lisais beaucoup de BD franco-belge comme Le Petit Spirou, Soda ou les Tuniques Bleues.

Adolescent, avec l’avènement des dessins animés américains comme les séries produites par Hana Barbera et surtout Spiderman, je me suis mis à lire des comics. On était à l’époque où Marvel s’est implanté en France et a rebooté les X-Men et Spiderman. J’adorai ça. Je suis un gros fan du trait de Jim Lee et de celui Joe Madureira… J’aimerai bien qu’il finisse un jour Battle Chasers ! (NDLR : les lecteurs sont restés sur un cliffhanger irrésolu depuis septembre… 2001 !)

Un jour oui ! (Rires)
Puis je me suis mis à lire des mangas, après la fin du Club Dorothée. J’ai découvert qu’il existait un manga de Dragon Ball – c’était génial ! – puis un de Ranma ½ – c’était super moche ! (Rires). Mais en fait Ranma c’était tellement bien raconté, tellement bien découpé que ça passait. C’est avec Ranma ½ que j’ai compris que ce n’était pas seulement une affaire de dessin mais aussi de savoir comment raconter une histoire. Une histoire, même si elle est banale, si tu sais bien la raconter tu peux rendre ça passionnant.

Depuis ces séries je suppose que tu en as découvert d’autres ainsi que d’autres auteurs (comme Murata si j’ai bien lu). Quels sont tes lectures de manga en ce moment, tes auteurs de prédilection ?
Je suis un gros fan de Ryôko KUI qui est publiée chez Sakka avec Gloutons et Dragons. J’espère qu’ils sortiront un jour ses génialissimes one-shots. Chez le même éditeur, j’aime aussi beaucoup Stravaganza et j’ai été ravi de voir le retour de Kenji TSURUTA chez Ki-oon et de Ranma 1/2 chez Glénat. J’achète aussi des mangas en V.O. et mon dernier coup de cœur était Atelier of Witch Hat de Kamome SHIRAHAMA. Je la connaissais surtout pour son travail sur les couvertures des comics et quand j’ai vu qu’elle sortait un manga, je me suis précipité pour le commander !

 

Concours et premiers prix : lancement de carrière ?

Une fois lancé, quel a été ton parcours ?
Deux ans après m’être mis à dessiner, j’ai commencé à faire du fanzinat sous l’impulsion de mon frère : « vas-y, tu fous rien de la journée, va faire un truc pour aller le présenter en convention comme les gens qui éditent leur propre manga et tout !! »

Après le fanzinat en 2010 j’ai commencé à faire du concours manga à partir de 2012 et, de fil en aiguille, les choses ont évolué. Il se trouve que j’ai une page Pixiv et, via cette dernière, une compagnie m’a contacté pour que je réalise des illustrations pour des jeux mobiles japonais. Ce secteur était en plein boom donc il y avait du taf facile à faire ! (Rires)

À côté de ça j’ai continué les concours manga, j’ai reçu la mention honorable au concours Silent Manga Audition en 2013, ce qui m’a permis d’être publié dans le même magazine que Tsukasa HOJO et Testuo HARA, la classe ! (Le Comic Zenon, NDLR)

Monthly Comic Zenon

Monthly Comic Zenon

Cela doit faire du bien ça !
Ouais ça fait du bien en effet !

Puis j’ai continué à faire des concours manga parce que je trouvais ça amusant… Jusqu’au tremplin Ki-oon, donc.

Parmi ces concours, il y a aussi eu celui du MAGIC organisé avec la Shueisha, que tu as remporté avec Hyper Shitori début 2017. Il t’a ouvert des portes, non ?
Oui, ça m’a permis de rencontrer des éditeurs et des auteurs du Shônen JUMP grâce au staff de Shibuya International et Prod. C’était une expérience incroyable, je me suis cru dans Bakuman en vrai !

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4LIFE

Au delà des concours, il y a aussi une histoire qui s’écrit avec Glénat Manga. Tu peux nous en dire plus sur cette collaboration, sur le manga qui arrive en 2018 ?
Antoine DOLE est un écrivain de romans jeunesse et il cherchait un dessinateur pour son projet de manga. Un ami commun nous a mis en contact et on a fait le dossier d’édition qu’il a envoyé à différents éditeurs. Glénat Manga a été le plus enthousiaste et comme le courant était bien passé avec le staff éditorial, on a signé assez vite. Quant au manga en question, ça s’appelle 4LIFE et ça raconte l’histoire de 4 lycéennes fans de mangas qui obtiennent le pouvoir de leur cosplay après un certain incident. Ce sera une série assez courte alors n’hésitez pas à la lire quand elle sera disponible !

Quand on cumule tout ça, celui qui « foutait rien » comme disait ton frère est finalement bien occupé non ? Comment tu regardes cette évolution, 7-8 ans après avoir commencé à dessiner ?
On fait aller. (Rires)
Le plus surprenant pour moi a été de visiter les locaux du JUMP et de rencontrer Nobuhiro WATSUKI (l’auteur de Kenshin) en privé, dans son studio… Jamais j’aurais pensé pouvoir vivre ça un jour.

Comment tu imagines la suite après ce tremplin ?
Alors niveau notoriété je pense que je vais gagner au moins… 10 likes sur ma page Facebook ! (Rires) En fait je suis assez pragmatique, donc je me rend surtout compte que ça va me donner du travail pendant 2-3 ans, ce qui sera bien pratique pour payer le loyer !

Et est-ce que tu as déjà une idée du projet de manga que tu vas réaliser avec Ki-oon ? Est-ce que tu envisages d’élargir ton one-shot ?
Généralement pour les concours je fais des one-shot et j’ai de nombreux projets de ce type qui peuvent être développés : Ahmed (NDLR : Ahmed AGNE, éditeur des éditions Ki-oon) pourra choisir parmi les dizaines de projets. Moi je suis prêt à me lancer aussi bien dans du shônen, du seinen ou du shôjo. Je suis un lecteur éclectique mais aussi un auteur éclectique.

Tu n’as pas d’idée particulière pour le moment, donc ?
Si, j’ai bien une idée quand même, qui irait parfaitement à Ki-oon, qui revient sur les bases de fantasy sur lesquelles s’est lancé l’éditeur avec Element Line par exemple, mais qu’ils éditent moins ces derniers temps…

On suivra ça de près alors. Merci et bon anniversaire Vinhnyu !

Vous pouvez suivre Vinhnyu via son compte Twitter ou encore sur son site web ou sa page Pixiv. Retrouvez aussi les finalistes du tremplin Ki-oon ici.

Remerciements à Vinhnyu pour son temps et aux éditions Ki-oon pour la mise en place de cette interview.

 

Paul OZOUF

Rédacteur en chef de Journal du Japon depuis fin 2012 et fondateur de Paoru.fr, je m'intéresse au Japon depuis toujours et en plus de deux décennies je suis très loin d'en avoir fait le tour, bien au contraire. Avec la passion pour ce pays, sa culture mais aussi pour l'exercice journalistique en bandoulière, je continue mon chemin... Qui est aussi une aventure humaine avec la plus chouette des équipes !

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2 réponses

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