Outlaw Players ou le jeu de rôle façon SHONEN

Outlaw Players a fêté ses un an cette année. Malgré l’extrême originalité de cette série due à l’imagination débordante dont SHONEN, son auteur, fait preuve, ce dernier reste quelqu’un de très discret. Revisitant les codes du genre, tout en faisant un clin d’œil à .Hack//Sign et d’autres jeux vidéo, Outlaw Players allie à la fois action et stratégie à un dessin véritablement attrayant et qui ajoute à la tension et au suspens ambiants. Avec la sortie du 6ème volume, la série continue de livrer aux lecteurs son intrigue bien ficelée avec son lot de moments épiques. Retour sur l’entretien de SHONEN réalisé lors de Japan Expo 18ème impact.

Un MMORPG aux multiples facettes !

Amis lecteurs, peut-être connaissez-vous .Hack//Sign, Sword Art Online ou encore Log Horizon pour ne citer que les plus connus des anime et de leurs pendants papier et jeux, qui traitent d’un univers bien précis, du type MMORPG d’héroïc-fantasy, dans lequel le joueur évolue en mode 100% virtuel, le plus souvent par le biais d’un casque ou autre accessoire high-tech de ce genre? Mais à côté de cette nature immersive, l’intérêt du type de séries MMORPG est que les protagonistes principaux se retrouvent bloqués bien malgré eux dans des univers virtuels, bien souvent à cause d’une anomalie indétectable dans le jeu, du système de jeu lui-même ou d’un gros bug informatique. A partir de ce moment-là, leur objectif change brutalement et passe de jouer et de s’amuser à trouver le moyen de survivre et de sortir du jeu tout en découvrant le pourquoi du comment de la situation stressante et dangeruese qu’ils subissent. 

Outlaw Players, la série de SHONEN donc, entre dans la lignée de ces histoires de jeux virtuels où divers bugs piègent ainsi certains joueurs. Elle se décline sous le format manga papier uniquement en 5 tomes publiés chez Ki-oon. Le prochain tome sort ce 7 décembre. On y plonge dans un univers là aussi tourné vers l’héroic-fantasy, assez neutre mais au gameplay quasi-infini.

.Hack//signs, SAO et Log horizon: des références en anime MMORPG

.Hack//signs, SAO et Log horizon: des références en anime MMORPG

On y découvre ainsi Thera, un jeu en ligne révolutionnaire, extrêmement réaliste, dont l’univers semble infini puisque chacun peut y devenir ce qu’il désire et y vivre de nombreuses aventures, plus surprenantes les unes que les autres. Basé sur un gameplay aux règles bien spécifiques, la liberté d’y évoluer reste néanmoins exponentielle. Simplement, lors de sa première immersion dans Thera, le héros, Sakuu, va vivre un drame : il se retrouve dans l’impossibilité de se déconnecter du fameux monde virtuel où pas mal de monstres déambulent. Sans aucun accès à l’interface du jeu qui lui permettrait d’obtenir les informations nécessaires et les objets utiles au jeu, Sakuu évolue, anxieux et inquiet, dans l’univers de Thera, sans même connaître le sort qui lui serait réservé si jamais les monstres avaient raison de lui. Il va néanmoins très vite comprendre en croisant d’autres joueurs, qu’il n’est pas le seul à ne pas pouvoir se déconnecter. Ces joueurs coincés dans le jeu se nomment les “Outlaw Players”, et comprennent bien vite que le game over leur est plus que déconseillé. Il leur faut donc survivre en explorant Thera, en apprenant et en s’endurcissant pour trouver le moyen de se déconnecter !

SHONEN fait partie de ces auteurs français déjà bien présents dans le milieu. N’étant pas à son premier coup d’essai, c’est néanmoins bien avec Outlaw Players qu’il semble tirer son épingle du jeu. Journal du Japon a pu le rencontrer à la Japan Expo lors d’un entretien tout en spontanéité et humilité. Retour sur son parcours, sa série et ses idées.

© Shonen / Ki-oon

Un parcours atypique et des début hésitants

© Shonen / Ki-oon

Journal du Japon : Bonjour SHONEN et merci d’avoir accepté cette rencontre. On le sait aujourd’hui, mais vous êtes dans le milieu, professionnellement parlant, depuis un moment déjà.
SHONEN : Oui, ça fait dix ans, depuis 2007 justement. Je devrais peut-être fêter ça. Surtout que cette année c’est le premier anniversaire de Outlaw Players.

Pour vous présenter à nos lecteurs, pourriez-vous nous parler un peu de vous ? De votre parcours par exemple ?
Pour faire simple, car je ne vais pas vous raconter ma vie non plus, j’ai commencé le dessin en 2000, assez tard au final. Ça va donc faire 17 ans aujourd’hui que je dessine, et cela fait 10 ans que je suis devenu professionnel. Après, si je devais me présenter en tant que dessinateur et en tant qu’auteur, je pourrais dire que je suis quelqu’un de relativement autodidacte et perfectionniste. Ce qui pourrait peut-être expliquer pourquoi je suis seul à travailler sur la série aujourd’hui.

En effet, c’était notre prochaine question : vous n’avez aucun assistant pour vous aider ?
Non, j’écris aussi bien l’histoire que je réalise le dessin.

Et au niveau de vos études ? Un parcours tourné vers le dessin ?
Justement, en tant que dessinateur, je n’ai aucun bagage en tant que tel. Je n’ai pas fait d’études pour être là où je suis aujourd’hui. Je viens d’un simple DUT technologique, un autre en informatique et d’une licence en technologie également.

Rien à voir avec le dessin, en effet.
Non, absolument. Je me prédestinais à la base pour un poste de technicien supérieur, voire cadre, mais rien qui annonçait ce que j’allais faire dans les 10 années suivantes.

Alors, pourquoi le dessin ?
C’est un pur hasard. À l’origine, quand j’ai commencé à dessiner, j’avais juste rejoint une association qui faisait presque toutes les conventions, nommée Mangapop. Et j’étais même plutôt illustrateur. Je commençais à me faire la main avec la couleur surtout, histoire de m’améliorer tout en dessinant et d’évoluer d’une certaine manière.

Mais en 2006, les Humanoïdes Associés sont venus me voir, durant une Japan Expo justement. Et on a fini par prendre rendez-vous. On a discuté et c’est là qu’ils m’ont demandé si je ne voulais pas faire du manga. À l’époque, je ne savais pas du tout comment en créer et j’ai accepté, justement, car je savais que cela allait m’obliger à apprendre à encrer et à faire le reste.

Donc, c’était plutôt par curiosité ?
Un défi même. C’est là que ressort le côté autodidacte dont je vous parlais tout à l’heure : « Je ne sais pas le faire mais je vais le faire juste pour apprendre. » C’est ce que je me suis dit à cette époque.

L’envie d’essayer et de voir de quoi vous étiez capable en réalité ?
Oui, c’est ça. Et cela me permettait de me donner un coup de pied au cul pour le faire, pour me motiver à me lancer et à le réaliser.

Et cela a ouvert la voie à plusieurs projets par la suite ?
Oui, il y en a eu 3 en effet. Le premier était la série BB-Project (2007). Une série que je regrette d’ailleurs car on a du l’arrêter alors que j’aurais voulu correctement la terminer. Chez le même éditeur, ensuite, il y a eu Omega Complex (2008). Puis, je suis passé chez Pika pour faire Lord of Chaos (2012). Par contre là, je dois vous avouer que la série ne me convenait pas, je ne me retrouvais pas dedans. Je n’étais que dessinateur et, avec le scénariste, on n’était pas forcément entièrement d’accord sur tout.

Une collaboration plutôt complice avec Ki-oon

Mais aujourd’hui, vous voilà chez Ki-oon. De quelle façon votre collaboration avec la maison d’édition s’est-elle mise en place ?
Comment je suis allé voir Ki-oon ? C’est au moment où j’ai arrêté Lord of chaos, Ki-oon suivait déjà mes travaux. Je suis passé sur leur stand une fois lors d’une Japan Expo pour les voir. On a discuté et c’est là que j’ai appris qu’ils me suivaient depuis 2007 : depuis ma première fois à Angoulême lorsque j’avais présenté la série aux Humanoïdes Associés.

© Shonen / Ki-oon

Ils m’ont dit qu’ils étaient intéressés par mon trait et, tout en discutant, ils m’ont fait part de leur intérêt par rapport à un projet possible ensemble. Ils souhaitaient me publier. Ils m’ont donc questionné pour savoir si j’avais une série à leur proposer. C’est de cette manière que j’ai pu leur proposer une série qui m’était personnelle.

C’est ainsi qu’est né Outlaw Players ?
C’est ça. Je suis passé par une voie relativement classique : on s’est vu et on a parlé. Je n’ai pas bénéficié de privilège particulier. J’ai monté un dossier que je leur ai proposé pour voir si cela les intéressait. La voie classique donc.

En parlant de voie classique, l’éditeur a créé le premier tremplin Ki-oon en 2015. Peut-on avoir votre avis concernant les différents tremplins qui ont eu lieu, et notamment sur les deux gagnants : Yami SHIN et VINHNYU ? Que pensez-vous d’eux et de leur travail ?
De ce côté-là, je n’ai jamais été concerné ou impliqué dans la création du Tremplin. C’est vrai que je fais partie des auteurs qui ont plus ou moins débuté dans ce domaine, mais personnellement j’ai toujours été un peu éloigné de tout ça. Même à l’heure actuelle, j’apprends qu’il y a de plus en plus d’auteurs édités par d’autres éditeurs français, comme ce que j’ai vu chez Glénat, Kana, et d’autres éditeurs qui commencent à s’ouvrir à ces nouvelles voies de création. C’est seulement cette année que je me suis rendu compte qu’il y avait autant d’auteurs sur le marché.

Après, je les encourage fortement. Quand on est en France et qu’on sait qu’on est les seconds plus gros lecteurs de mangas au monde, c’est normal qu’on finisse par se tourner vers la création. Je dirais même que c’est encourageant de voir que de plus en plus d’éditeurs s’intéressent à ce domaine. Concernant Yami SHIN, j’aime bien ce qu’elle fait. Je ne suis pas un gros lecteur de ce genre de séries, mais son trait fait quand même très manga et j’aime beaucoup. Pour ce qui est du deuxième gagnant, j’avoue que je n’en ai pas entendu beaucoup parler car je suis peu l’actualité.

© Shonen / Ki-oon

Vous ne vous sentez donc pas comme l’âme d’un vieux routard dans le milieu par rapport à cette nouvelle génération ?
Non. De manière générale, je me sens un peu seul, et je n’ai jamais rejoint de communauté. À la base, je dessine pour moi. Après, je ne cherche pas à inspirer les gens ou à devenir une référence, juste à faire ce que j’aime.

Du coup, au niveau de votre travail, ça suit toujours le rythme d’une parution japonaise ? En terme de nombre de planches par mois, de storyboards…
Oui, enfin, je ne suis pas un auteur de type hebdomadaire, mais plutôt mensuel. Je suis environ à une trentaine de pages par mois. Et ça n’a pas évolué depuis le début, c’est toujours la même chose. Je ne risque pas d’aller plus vite car j’ai déjà du faire des compromis de mon côté, c’est-à-dire que j’essaie d’apporter une sorte de qualité, tout en respectant les délais. Pour une personne qui travaille seule ça reste compliqué. C’est juste qu’aujourd’hui, je me suis adapté et j’ai pris certaines habitudes. Et à partir de 2018, deux tomes sortiront par an seulement.

Une histoire riche aux références et influences nombreuses !

Est-ce qu’au niveau des personnages de la série, il y a eu des influences ou des modèles ?
Des modèles ? Pas particulièrement. Par contre, j’ai des lecteurs qui m’ont dit que tel personnage ressemblait à tel autre d’une autre série. Et là, je leur réponds juste que la série d’origine dont ils parlent, je ne l’ai jamais vue, donc que je ne pouvais pas le savoir.

Les lecteurs n’ont-ils pas déjà fait des rapprochement, par exemple avec .Hack//Sign ou SAO ?
Pour .Hack//Sign c’est normal. Pour le coup, je dirai même que mon webcomic à l’origine d’Outlaw Players, qui datait de 2002 et que j’ai refait pour réaliser une véritable série, cette dernière était très inspirée d’.Hack//Sign : j’aimais beaucoup le concept du gameplay et celui des règles aussi, différentes de la vie réelle.

© Shonen / Ki-oon

Mais, on me sort souvent que Outlaw… ressemble à SAO, et là, je réponds: « Vous êtes jeunes, vous n’avez pas connu .Hack//Sign, car si vous regardez bien les circonstances de cette série, à part le fait que la personne est toute seule, on va dire qu’il n’y en a qu’un qui se retrouve coincé. C’est la même chose on va dire (ndrl : que pour Outlaw players), car c’est dû à une anomalie. Alors que dans SAO c’est le système même qui vous coince dans le jeu, donc vous restez un joueur, y a pas d’avantage, alors que là, pour .Hack//Sign c’est bien une anomalie. ». On vous dit clairement que vous n’êtes pas comme les autres. Dans Outlaw Players, c’est la même chose, plus ou moins, mais ils sont au final plusieurs.

On apprend en effet, au fur et à mesure des tomes, qu’ils semblent être une petite communauté.
Une communauté mais qui va grandissante. On voit même que certains sont là depuis longtemps, donc ce n’est pas si récent. Enfin si, c’est très récent par rapport au monde réel, car le temps dans le jeu passe beaucoup plus vite, mais on verra, et on voit que le héros lui-même n’est pas le premier à être prisonnier du jeu, qu’il y en avait d’autres avant lui.

Ce n’est pas compliqué justement de gérer les côtés réel et virtuel ?
Au niveau du passage du temps ?

Oui, comme on l’aperçoit plusieurs fois dans la série.
C’est même beaucoup plus intéressant comme ça. Car ça permet de créer une aventure de quelques années dans une série, alors qu’au final, quand vous revenez dans la vie réelle, il ne s’est passé quoi, que 2-3 semaines ? L’intérêt est volontaire, pour faire comprendre aux lecteurs ou même à des joueurs, qu’on peut vivre presque toute une vie comme ça, sans aucune influence sur la vie réelle.

Est-ce qu’il y a eu dans ce cas d’autres influences que les JRPG ou MMORPG pour réaliser Outlaw Players ?
Il y a eu énormément de jeux, oui. Des jeux de baston par exemple : regardez les systèmes de synchro, c’est un peu les tags des systèmes de combo dans les jeux de baston. Après, il y a les références à des jeux de rôle purement occidentaux. Dans le volume 3, par exemple, vous avez une référence aux vats de Fallout, un genre de système de logs avec probabilités de toucher, bah c’est la même chose.

Il y en a beaucoup qui ne l’ont pas remarqué mais justement c’est ce que j’aime faire, apporter des références, qui restent subtiles et optionnelles. On n’est pas obligé de les remarquer et elles n’influent pas nécessairement sur la compréhension de l’histoire ou même sur une blague. Si vous ne la comprenez pas ce n’est pas grave, on peut très bien lire sans la connaître, ça passe très bien. Par contre, si vous la comprenez et la reconnaissez, c’est un bonus. Mais un jour, je ferai peut-être un livre où il y aura toutes les références car je pense que les gens se rendraient compte qu’il y en a pas mal.

Il y a un an, dans une autre interview, vous disiez penser faire 20 volumes pour votre série. Est-ce toujours d’actualité ?
Oui, toujours. Et je dirais même que je serais tenté d’en faire un peu plus, car il y a toujours de nouvelles idées et concepts qui surgissent que j’aimerais exploiter.

Niveau influences personnelles cette fois, par rapport au dessin ?
Je pense que c’est très simple et que les gens le remarqueront tout de suite mais il y a une influence avec Ogure ITO/Oh!Great (Air Gear, Enfer et Paradis). Autrement, je suis aussi, au niveau de l’ambiance et de l’atmosphère, très fan de Berserket certains m’ont fait justement cette comparaison au niveau des monstres et de certains détails. Après, je n’y pensais pas tout de suite mais c’est plutôt flatteur.

Le nouvel IA qui arrive dans le tome 3 fait un peu Berserk pour le coup, avec les cornes et la grosse épée qui fait penser à Guts…
Ah oui, mais je ne pensais pas forcément à Berserk. Dans les jeux vidéo, ils le font aussi, ces grosses épées. Comme, par exemple, dans Monster Hunter, où j’ai pioché certaines références pour la série, car on y chasse aussi des monstres. Et il y a tout un intérêt par rapport à ça car il faut les composants pour créer de l’artisanat.

Et c’est ce que j’aimerais mettre en place, une sorte de série d’aventure, pour voir les mécaniques du jeu. Le but n’est pas de faire un jeu équilibré, c’est un jeu virtuel jamais fait auparavant : ce qu’on propose c’est plutôt de l’immersion. C’est pour cela que les PNJ pensent vraiment vivre dans leur propre monde.

Ce point est d’ailleurs très intéressant, comme on ne l’a jamais vu avant.
Les joueurs ne sont pas conscients de ce qu’ils sont et font. On verra justement que c’est très important, surtout par rapport à la PNJ qui les suit et qui, elle, est consciente. On verra qu’il y a un gros contraste entre les deux, ceux qui savent et les autres. On va dire qu’il y a deux types de PNJ bien précis.

© Shonen / Ki-oon

La série semble en effet jouer beaucoup là-dessus. Ceux qui sont au courant des choses, et les autres.
C’est tout à fait ça. Ça a une importance car forcément, cela aide à l’immersion. Les PNJ se prêtent au jeu mais sans s’en rendre compte, ce qui va permettre aux joueurs de mieux s’immerger. Imaginez si les PNJ s’en rendent compte un jour : de la frustration apparaîtrait car tout aurait été calculé.

Après tout pour eux, les joueurs sont une armée parfaite car ils ne peuvent pas mourir, un peu comme des mercenaires et des soldats parfaits, un joker. Le point noir c’est qu’ils ne sont disponibles que 15 jours donc ils doivent se réorganiser. D’où le côté stratégique, avec la propagande, et les différents royaumes. Le jeu en lui-même reste neutre, il n’y a pas de personnalités ou de dieu en soi : c’est comme un bac à sable, chaque royaume a son libre-arbitre, le but est de savoir où va aller le monde, une sorte d’expérience. Ça aussi c’est important. Peut-être que j’en ai trop dit (Rires).

(Rires) Cela montre que c’est fouillé au contraire.
Pour aller un tout petit peu plus loin, en tant que joueur ou en termes de technologie : où va-t-on ? On voit de nouveaux PNJ non créés chez Thera qui arrivent. Mais s’ils viennent de l’extérieur quel impact dans le jeu ? Car ils ont les mêmes avantages/inconvénients que les joueurs : ils peuvent mourir, mais à part cela, ils sont plus puissants. Officiellement ,on sait qu’ils viennent pour créer du challenge pour les joueurs déjà en place, donc c’est un event. J’espère juste avoir le temps de traiter toutes mes idées.

Justement, aujourd’hui on voit que la série se concentre surtout sur le jeu en lui-même et ses concepts. Mais est-ce qu’on aura par la suite d’autres aperçus de la vie réelle, comme celui qu’on a à la fin du vol. 4 ?
Oui en effet, à travers le regard de Sakuu, j’explique un peu tous les concepts de Thera. J’essaie quand même de ne pas trop m’y focaliser car ce n’est pas le but. Et il y aura bien d’autres aperçus de la vie réelle mais pas pour tout de suite. Ils auront leur importance et leurs répercussions, mais chaque chose en son temps.

© Shonen / Ki-oon

Mais il faudra peut-être revenir au monde réel pour le comprendre. On sait qu’il y a plus de temps qui passe dans le jeu, car ça passe plus vite, et on jouera dessus. Vous faites genre une journée dans la vie réelle mais si vous revenez dans le jeu ça fera 3 mois plus tard. Et là, vous voyez qu’il y a des choses qui changent. Cette idée, je sais que je vais l’exploiter à un moment, par exemple.

On comprend oui, que dans la vie réelle, dès qu’il y a un changement, on voit une publicité qui se met en place pour dire que dans le jeu, il se passe ceci ou cela. Est-ce voulu ?
Oui, cela annonce ce qui se passe quand on annonce un nouvel événement. On verra justement qu’il y a des enjeux vis à vis de ça, on sait très bien pourquoi ils sont là. On va dire qu’officiellement c’est pour créer de nouveaux événements pour les joueurs, car on se trouve dans un MMORPG et que c’est ce qu’on fait pour ce genre de jeux. Mais il n’y a pas que ça, il y a forcément d’autres enjeux. Ou, pour un petit indice, les jeux servent peut-être de test…

C’est peut-être pour cela qu’on accroche bien à l’histoire, car plus que votre dessin qui est vraiment exceptionnel, vous distillez les informations aux lecteurs au fur et à mesure, et non de façon trop brutale ou trop complexe. C’est bien dosé, et tient en haleine.
Il y a une série justement au Japon que je lisais, et qui m’avait paru étrange de ce côté-là : c’est Hunter x Hunter. Autant l’intrigue est intéressante, autant parfois niveau explication c’est long. Je crois même me souvenir d’une fois où l’auteur nous a offert une double-page d’explication. C’était un peu lourd.

© Shonen / Ki-oon

C’est vrai que certaines épreuves dans HxH sont assez longues à expliquer.
Sûrement parce que l’auteur s’adresse à un jeune public vu que la série est publié dans le Shonen Jump, mais c’est assez lourd pour expliquer les sentiments des personnages également. Ce qui est dommage et non subtil. Moi, c’est ce que j’aime bien reproduire au contraire : faire une expression du visage sans l’expliquer, la re-mentionner plus tard, peut-être. Dans Outlaw Players, on voit bien qu’ils ne se disent pas tout. Sakuu, par exemple a des visions mais il n’en a parlé qu’à l’intéressée, et c’est normal s’il ne l’a pas dit aux autres, car il trouve cela bizarre, même si on apprend par la suite que ce ne sont que des souvenirs. Il ne le dit pas aux autres car ça ne les regarde pas. Okoto ne dit rien non plus car c’est l’un des plus mystérieux, il ne va pas s’étendre sur sa vie. Je joue avec.

Le fait de jouer sur les sentiments et ce que pensent les personnages c’est important, ça fait partie de ce que je souhaite aborder. Même si c’est un jeu, c’est nécessaire, même si ça ne reste que des souvenirs ensuite dans la tête des joueurs. Ce serait intéressant de voir si les gens préfèrent garder les souvenirs du monde virtuel plutôt que ceux du monde réel. Et c’est pour cela qu’il y a des restrictions au niveau de l’accès au jeu. Les enfants ne peuvent pas y jouer, pour ne pas qu’ils se perdent dans le jeu.

En parlant d’Okoto, aucune inspiration de personnes réelles pour lui non plus ?
Je me projette parfois sur certains sujets, et Okoto montre les principes de vie que je suis. Mais il est blasé bien qu’il s’investisse, qu’il s’amuse, et qu’il montre qu’il souhaite prendre plaisir à ce jeu. On peut se douter que dans la vraie vie ce n’est pas comme ça, même s’il est coincé, pour lui c’est un peu comme un nouveau départ. Et c’est pour ça que quitte à mourir, il le fera de manière épique au dernier niveau d’un boss, par exemple. Se battre pour quelque chose même de virtuel le stimule.

© Shonen / Ki-oon

Le héros Sakuu, est plutôt attachant lui aussi. Ce n’est pas qu’il ne se prend pas au sérieux, mais il fonce souvent sans réfléchir créant parfois des situations improbables.
Oui. Depuis le webcomic déjà, il plaisait à pas mal de monde. À la base il ne connait pas le jeu, on le découvre en même temps que lui. Et à la manière d’un shonen classique, il va donc évoluer, et petit à petit apprendre à connaître le jeu, notamment en devenant chef et en prenant des décisions au sein de leur petit groupe.
Il reste fidèle à lui-même.
Ce qui est bien pour un chef, c’est qu’il garde un côté positif car il a grandi de cette manière-là. On le verra par la suite, mais la gentillesse ou l’altruisme peuvent-ils être considérés comme naturels ? On va apprendre que lui, il a appris à l’être, car l’être humain ne l’est pas, on le devient en grandissant plutôt. On le voit dans différentes cultures, une personne qui grandit sous la violence le deviendra, même si elle ne le souhaite pas, ce sera ainsi. Et là, c’est pareil, tout dépend de l’éducation qu’on a eu gamin.

Pour terminer sur les personnages de la série, Aefka c’est un peu la mascotte de la série, non ?
Oui, c’est vrai, ce qui a plu immédiatement à Ahmed (ndlr : Agne, co-fondateur de ki-oon) aussi. Aefka est un peu bizarre, car on doit se baser sur Okoto pour savoir ce qu’il veut dire etc. Mais j’incorpore des références avec lui tout au long des pages, comme une référence récente à Dragon Ball par  exemple, je vous laisse retrouver où (Rires).

Un dernier petit mot pour les lecteurs ? Un petit message ?
Si vous lisez Outlaw Players, sachez que ce n’est pas SAO, surtout pas (Rires). Mais en général, en le lisant, les lecteurs se rendent compte que ce n’est pas le cas, niveau synopsis ou non, préjugés ou pas. Ce n’est pas semblable, ce qui surprend la plupart des gens. J’ai autant fait venir des personnes qui voulaient lire du SAO que les autres. D’ailleurs, ils pensaient lire du SAO et se sont rendus compte que ce n’était pas le cas, et au final ils ont trouvé que ce n’était pas si mal comme ça.

Merci beaucoup à Japan Expo et Ki-oon d’avoir permis cet entretien. Et merci à SHONEN de nous avoir accordé de son temps entre deux dédicaces. Retrouvez les dernières informations à son sujet sur le site des éditions Ki-oon.

 

Charlène Hugonin

Rédactrice à Journal du Japon depuis deux longues années, je suis un peu une touche-à-tout niveau mangas, anime et culture. Mais j'ai une jolie préférence pour tout ce qui a trait à la gastronomie japonaise, et ce qui tourne autour ! Peut-être pourrons-nous même en parler ensemble ?

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