Jirô Taniguchi : Adieu à un grand artiste !

En février dernier disparaissait un grand artiste à la fois mangaka et auteur de bandes dessinées. Journal du Japon vous invite à découvrir l’oeuvre aux multiples facettes (polar, adaptation d’œuvres littéraires, récits intimistes) de Jirô TANIGUCHI ainsi que son dernier ouvrage, La forêt millénaire, qui vient de sortir aux éditions Rue de Sèvres.

Un artiste aux multiples facettes

photo de Jirô TaniguchiNé en 1947 à Tottori, une ville et sa région que le lecteur peut retrouver dans plusieurs de ses ouvrages, Jirô TANIGUCHI monte à Tokyo en 1969 pour devenir mangaka; une expérience qu’il racontera des années plus tard dans Un zoo en hiver. La bande dessinée européenne qu’il découvre alors le fascine et sera pour lui une source d’inspiration fondamentale.

Dans les années 1980, il publie de nombreux mangas dans des genres très différents : aventure ou encore policier comme Trouble is my business, noir et percutant. Puis il signe une adaptation graphique du roman de Natsume SOSEKI, Botchan. Cette création marquera un tournant dans sa carrière. Il décidera de produire moins et de se recentrer plus sur l’humain, les relations entre humains et les relations entre les humains et la nature.

Les récits se font alors plus intimistes. Les créations de Jirô TANIGUCHI mêlent souvenirs d’enfance, quotidien familial, promenades dans la nature et animaux magnifiques. Les décors sont dessinés avec minutie:  le lecteur plonge sans problème dans une ruelle ou en pleine montagne, dans une maison traditionnelle ou au bord de la mer. Les personnages sont tout de suite attachants, leurs faiblesses sont visibles comme leur passé et leurs rêves sont perceptibles. La vie est racontée à travers les dialogues mais aussi dans les silences. Les émotions sont souvent plus discernables dans les postures, dans les pas des personnages ou dans la respiration de la nature, que sur les visages aux traits lisses mais nimbés de tristesse ou de nostalgie. Le tout créé au fil des pages quelque chose d’indéfinissable qui trouble le lecteur.

L’enfance de Jirô TANIGUCHI à Tottori se dessine ainsi avec une grande précision et une nostalgie sublimée dans Le Journal de mon père ou Quartier lointain.  

La montagne magique de Jirô Taniguchi : couvertureSon amour pour les animaux lui fait dessiner des pages émouvantes dans Terre de rêves. Il y raconte avec émotion la dernière année de la vie d’un vieux chien, l’attention quotidienne, les gestes à lui procurer pour qu’il souffre moins, la vie qui le quitte doucement. C’est aussi le bonheur de voir une chatte donner vie à des petits, des chatons tous différents, espiègles et joueurs. Les animaux sont très présents dans son oeuvre, qu’ils soient domestiques ou sauvages telles une panthère des neiges dans les sommets du Népal ou une salamandre géante qui réussit à communiquer avec un petit garçon dans La montagne magique.

Jirô TANIGUCHI connaît dès le milieu des années 1990 un très beau succès en France. En effet, son trait s’approchant plus de celui de la bande dessinée occidentale, et son inspiration venant d’artistes bien souvent européens, il est donc facile pour un lecteur de bande dessinée européenne de se lancer dans la lecture des ouvrages de Jirô TANIGUCHI. Et pour les gastronomes occidentaux toujours à la recherche de nouvelles expériences, Le gourmet solitaire permet la découverte de la cuisine japonaise à travers la visite de restaurants typiques souvent minuscules qui servent des plats simples mais délicieux. 

Jirô TANIGUCHI se dévoile être un auteur des petits riens du quotidien, au même-titre que Philippe Delerm, au crayon aiguisé, précis, juste et ému. Il est un grand amoureux de la vie, de l’être humain, de la nature, qui rêvait d’une symbiose retrouvée …

« Si j’ai envie de raconter des petits riens de la vie quotidienne, c’est parce que j’attache de l’importance à l’expression des balancements, des incertitudes que les gens vivent au quotidien, de leurs sentiments profonds dans les relations avec les autres. […] Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. Si mes mangas ont quelque chose d’asiatique, c’est peut-être parce que je m’attache à rendre au plus près la réalité quotidienne des sentiments des personnages. Si on y pénètre en profondeur, une histoire peut apparaître même dans les plus petits et les plus banals événements du quotidien. C’est à partir de ces moments infimes que je crée mes mangas. »

L'homme qui marche de Jirô Taniguchi : pages intérieures

L’homme qui marche – ARUKU HITO © 1992 by TANIGUCHI Jiro

Cette mise en scène des petits moments anodins de la vie est à son paroxysme dans L’homme qui marche. Cet homme qui vient d’emménager avec sa femme dans un nouveau quartier prend le temps de se promener, d’observer, de toucher et de sentir. Un arbre, une flaque d’eau, un coquillage, un oiseau,… tout est prétexte à contemplation et émerveillement. Se plonger dans ce livre vaut toutes les séances de méditation. Et le lecteur n’a ensuite qu’une envie : mettre ses chaussures et partir à la (re)découverte de son quartier pour admirer les arbres en feuille ou en fleur, l’oiseau qui niche à côté, le chat qui lézarde au soleil, le plan d’eau qui scintille sous la luminosité du jour. Des histoires intemporelles qui accompagneront encore longtemps les lecteurs à la recherche du beau, de l’universel, les cinq sens en éveil avec au fond des yeux le regard triste et pénétrant des personnages de ce grand artiste parti bien trop tôt !

Pour découvrir les nombreux ouvrages de Jirô Taniguchi, rendez-vous sur les sites de ses éditeurs, Casterman en particulier.

 

La forêt millénaire : une dernière oeuvre avec des thèmes chers à l’artiste, l’enfance et la nature

La forêt millénaire de Jirô Taniguchi : couvertureLe livre s’ouvre sur d’immenses paysages de montagnes verdoyantes au coeur desquelles un tremblement de terre a créé des mouvements de terrain qui ont ouvert une faille d’où une autre forêt est sortie.

C’est le début de l’été, le jeune Wataru, « dix ans et cinq mois », est venu de Tokyo pour vivre chez ses grands-parents. Une nouvelle école beaucoup plus petite que celle où il allait avec treize élèves, mais surtout une forêt profonde, d’un vert sombre, qui semble répondre à la solitude de ce petit garçon dont les parents ont divorcé et dont la mère est malade.

Ses grands-parents habitent une vieille maison dans un petit village perché dans la montagne. Ils font ce qu’ils peuvent pour le rassurer et l’aimer. Le grand-père affirme que la montagne consolera Wataru, que la forêt l’accueillera. Et comme pour valider les dires de l’aïeul, des créatures fantastiques apparaissent de page en page, sur le bleu des pierres, entre le rose du ciel et le vert de la végétation.

La forêt millénaire de Jirô Taniguchi : page intérieure

La forêt millénaire © Jirô Taniguchi/Papier 2017 – Rue de Sèvres / Furari Co., Ltd.

Lorsque les enfants du village le mettent au défi de grimper en haut d’un grand arbre, c’est de la forêt que Wataru tirera sa force. Une force intérieure: la voix de la forêt qui pénètre en lui.

Une histoire malheureusement inachevée, à la fois simple et forte, avec une touche de magie.

Dans chaque page, le lecteur voit, sent, entend la puissance de la nature. Les verts explosent, les créatures s’y fondent. On croirait presque entendre les sylvains de Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki !

Cette création inachevée devait se développer sur cinq albums environ et être destinée aux enfants. Elle avait été conçue pour une publication en France par les éditions Rue de Sèvres, à l’occasion d’un séjour de l’auteur à Paris.

Au final, le livre offre une histoire universelle, lisible par tous, dans un format à l’italienne que Jirô Taniguchi aimait beaucoup.

Les nombreuses pages documentées en fin d’ouvrage permettent au lecteur de comprendre et de voir le projet tel que l’envisageait l’auteur : planches, histoire envisagée grâce à la retranscription des échanges qu’il a pu avoir avec ses éditeurs, et même carnets de dessins qui sont un véritable trésor pour tous ses lecteurs !.

La forêt millénaire est un  ouvrage en grand format et d’une qualité exceptionnelle et ce grâce à l’excellent travail de l’éditeur.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

N’hésitez plus, allez découvrir ou redécouvrir cet immense artiste, parti bien trop tôt !

 

 

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