Budô, la voie du guerrier : entre arts martiaux et philosophie de vie

Budô, littéralement la Voie du guerrier. Derrière ce mot se trouve l’ensemble des arts martiaux japonais. Des techniques de combat, mais surtout une philosophie de vie que Journal du Japon vous fait découvrir à travers deux livres singuliers.

Budô

Le terme de Budô est assez récent. Il a pris le pas sur les termes de Bujutsu (techniques guerrières) et de Bugei (arts de la guerre) au milieu du dix-neuvième siècle. Les armes à feu avaient en effet fait leur apparition, rendant nombre d’arts martiaux caduques lors des combats. Par ailleurs, la paix relative de l’ère Edo a placé ces arts des champs de bataille vers les lieux de duels. Puis l’ère Meiji a sonné la fin du système féodal porteur de ces techniques de combat. Mais les arts martiaux ont ainsi pu connaître une renaissance, le but n’étant plus de combattre sur les champs de bataille, mais d’apprendre à maîtriser les techniques et ainsi acquérir un contrôle de soi, corps et esprit unis dans la pratique.

Journal du Japon a sélectionné deux ouvrages pour vous présenter le Budô : ses origines avec des écoles vieilles de plusieurs centaines d’années et toujours en activité aujourd’hui, sa spiritualité à travers des maîtres anciens et contemporains, et à travers le cheminement de Morihei UESHIBA, le maître fondateur de l’Aïkido.

Budô : les arts martiaux à travers leurs écoles

BudôVoici un très beau livre, aux finitions soignées, aux papiers dorés, noirs, gaufrés, jouant sur les couleurs, les textures, les transparences. Un très bel objet qui invite le lecteur à la découverte des arts martiaux japonais par ses écoles ancestrales et les maîtres qui y officient de nos jours. Entre photographies (du passé et du présent, dans les forêts, les parcs, les sanctuaires, les temples, les écoles), estampes et textes précieux, le lecteur chemine dans un univers empli de sérénité. Il y sent le profond respect pour l’adversaire qui vient combattre, pour les armes créées par de grands artisans et pour la nature, source de calme et de recueillement.

Chaque chapitre est l’occasion de découvrir un art martial à travers une école et une ou plusieurs armes.

Budô : détail d'une page intérieure en transparenceLe premier chapitre est consacré à l’école de Yagyû Shinkage-ryû et au sabre. Depuis plus de quatre cent cinquante ans; cette école enseigne la technique du sabre de vie : forcer l’adversaire à se déplacer et utiliser son déplacement pour le vaincre. Les élèves sont également invités à acquérir une technique sans arme pour combattre un adversaire armé d’un sabre. Le vingt-deuxième grand maître qui dirige actuellement cette école livre dans un entretien sa philosophie de vie et de transmission : « Le Budô nous apprend à équilibrer la diversité et l’incertitude avec flexibilité, plutôt que rigidité ». Une superbe photographie montre le chemin qui mène de Nara à l’école et qui résonne encore des pas des nombreux maîtres qui l’ont foulé (comme le célèbre Miyamoto Musashi). Une autre photographie présente un immense rocher fendu, dont la légende raconte le combat du fondateur de l’école avec un tengu ! Et quelle émotion devant les forgerons à l’ouvrage dans la forge de sabres Gassan fondée au début du treizième siècle …

Budô - pages intérieuresLe deuxième chapitre présente l’école de Tendô-ryû qui a elle aussi plus de quatre cent cinquante ans, et dont l’arme principale est le naginata (glaive) qui s’utilise pour un art martial essentiellement féminin. Mais d’autres armes y sont utilisées : le jô (bâton), le tachi (sabre long), les nitô (deux sabres), le kodachi (sabre court), le tantô (lame courte), le kaiken (dague) et le kusarigama (faucille et chaîne). Un atelier de fabrication est présenté dans le chapitre. Et la dix-septième grande maîtresse de l’école explique dans son entretien les vertus de cette pratique qui améliore la posture et l’équilibre du corps et peut être pratiquée par les plus jeunes comme par les plus âgés. Elle évoque l’humilité dont elle fait preuve auprès de ses élèves et le respect qu’il faut avoir pour l’adversaire.

Le troisième chapitre présente le tir à l’arc et le tir à l’arc monté de l’école d’Ogasawara-ryû, fondée il y a plus de huit cent trente ans. De nombreuses sublimes photos du rituel Yabusame montrent la difficulté de viser une cible sur un cheval au galop. Ce rituel shinto qui a lieu tous les ans dans un sanctuaire de Kamakura est très impressionnant. Trois cibles sont alignées à soixante-dix mètres d’intervalle sur une piste de deux cent cinquante mètres. L’archer tire sur les cibles depuis son cheval au galop (parfois plus de soixante kilomètres par heure !). Il n’a pas plus de vingt secondes pour tirer ses flèches. Le trente-et-unième descendant de la lignée des grands-maîtres d’Ogasawara-ryû explique la difficulté de cette discipline. « Nous cherchons à entraîner le corps et l’esprit au travers d’actions certes physiques, mais extrêmement exigeantes, comme de maintenir constamment une posture exemplaire. Pour cela, par exemple, il faut énormément travailler à renforcer le dos et les jambes. »

Le dernier chapitre se consacre au maniement de la lance dans l’école d’Hôzôin-ryû, qui existe depuis plus de quatre cent soixante ans, fondée dans le temple Kohfukuji à Nara. Cette lance fourchue dont l’extrémité est en forme de croix fut adoptée par la plupart des clans et devint l’un des styles d’arts martiaux les plus pratiqués au Japon. Le vingt-et-unième grand-maître dévoile le secret des yeux qui sourient (daietsugen) : « Nous devons garder un regard souriant face à notre ennemi. Lorsque nous appliquons ce précepte, notre regard s’adoucit ainsi que notre expression faciale, ce qui contribue à détendre nos épaules. Cela nous permet d’avoir des gestes plus fluides et un mouvement plus naturel pendant le combat. Je pense que nous pouvons appliquer le précepte du daietsugen dans nos relations avec les autres, et je suis reconnaissant de pouvoir acquérir une sagesse si profonde au travers de ma pratique de l’Hôzôin-ryû. »

Un voyage fascinant dans des lieux de sérénité, salles d’entraînement ou forêts profondes. On entendrait presque le bruit des armes qui s’entrechoquent …

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

O Senseï : Aux sources de l’Aïkido, de la Voie du guerrier à la Paix véritable

O Senseï : CouvertureC’est un livre très original qu’ont publié les éditions Akileos. Cette bande-dessinée en noir et blanc propose au lecteur de découvrir la vie de Morihei Ueshiba, fondateur de l’Aïkido, celui que les adeptes appellent O Senseï. Mais ce n’est pas un récit classique et linéaire qui est présenté ici, mais plutôt un cheminement méditatif à la découverte des préceptes de cet art martial. Il y est question de combat et de paix, de mourir et de vivre, de tuer et de préserver.

Le cheminement de l’homme qui a fondé l’Aïkido

Le lecteur rencontre donc Morihei Ueshiba. Un soldat belliqueux est venu le rencontrer. Il veut se battre, le battre. Le maître lui explique calmement qu’il a été un guerrier très efficace, fougueux comme lui, qu’on l’appelait « le dieu des soldats ». Puis il a abandonné le chemin de la domination et de la destruction pour se tourner vers le potentiel d’harmonisation.

Grâce à de nombreux allers et retours dans le temps, c’est le cheminement d’un être en quête d’harmonie, de paix, qui se dévoile : le souvenir de son père malade, les grands maîtres Onisaburo Deguchi et Sokaku Takeda qui l’accompagneront, la révélation de l’Aïki (utiliser la force de l’adversaire contre lui-même contrairement au Kiaï qui est une projection de force à l’encontre du mouvement de l’adversaire), son potentiel infini lié au mouvement de l’univers.

O Sensei : page intérieureVieillard, il prônera l’Aïkido comme voie de l’harmonie des énergies : vaincre l’adversaire spirituellement pour qu’il réalise la folie de son action, un ennemi convaincu pouvant devenir un ami.

Un graphisme atypique

La façon d’aborder cet art martial sous un angle philosophique peut dérouter le lecteur, mais elle est portée par une qualité graphique époustouflante.

Édouard Cour y utilise aussi bien les traits fins de l’estampe traditionnelle que les techniques du manga. Les traits sont donc parfois très dynamiques, avec des fulgurances impressionnantes, parfois plus dans la contemplation, la finesse des détails d’un tatami, d’un jardin. Une alternance qui permet de sentir la maîtrise de soi en même temps que la vitesse des mouvements.

Un graphisme auquel s’ajoute un cadrage original qui permet au lecteur de plonger dans l’histoire avec une dynamique intéressante.

Un ouvrage atypique qui invite à la découverte des fondements de l’Aïkido et à une réflexion plus globale sur l’utilisation des arts martiaux.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Deux ouvrages d’une grande puissance, dont la lecture vous inspirera et vous donnera peut-être envie de pousser la porte d’un dôjô !

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3 réponses

  1. Toutes mes félicitations pour ce que vous faîtes qui d’une très grande qualité.
    J’ai vécu au Japon et j’y retourne souvent et je peux apprécier la qualité de vos articles et de vos reportages.
    Je vais transmettre le lien de votre journal aux membres de notre association nationale..
    Gambate.
    Daniel JEAN PIERRE Shihan 6éme dan du Hombu Dojo de Tokyo,
    Directeur technique du Shoyukan Aïkikaï France

  2. Martinsoorn dit :

    Hi All im noob here. Good art! Thx! Love your stories!

  1. 27 août 2018

    […] notre article « Budô, la voie du guerrier : entre arts martiaux et philosophie de vie », nous vous avions présenté deux livres traitant de l’aïkido et de son fondateur. […]

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