[Interview] Rencontre avec Izuru AMASE, star de la revue Takarazuka

Star de la revue Takarazuka, une compagnie théâtrale composée uniquement de femmes (à l’inverse du théâtre kabuki), Izuru AMASE est venue pour la seconde fois effectuer une représentation lors de cette dernière Japan Expo. A cette occasion, Journal du Japon est allé à sa rencontre, l’occasion d’en apprendre plus sur le Takarazuka et sur cette artiste !

Izuru AMASE - Japan Expo

Izuru AMASE à Japan Expo 2018. Photo : Charlène Hugonin pour ©Journaldujapon.com – Tous droits réservés

Le Takarazuka, dont la devise est « grâce, beauté et modestie », est une véritable institution au Japon. Elle a été créée en 1914 à Takarazuka, station thermale du Kansai (ouest du Japon), par Ichizō Kobayashi, fondateur de la compagnie privée de chemin de fer Hankyu et d’une société de production et de distribution de films, Tōhō. La compagnie voulut encourager les gens à employer cette nouvelle ligne. C’est ainsi que, pour attirer la clientèle, une compagnie musicale uniquement composée de femmes a été créée. C’était la toute première au Japon, elle comportait vingt membres au début. Le temps passant, la troupe a été divisée en trois troupes : fleur, lune et neige. Après ces modestes débuts, la compagnie prit de l’ampleur au fil des années, tant et si bien qu’elle comprenait en 2014 420 femmes, organisées en cinq groupes principaux : Fleur, Lune, Neige, Etoile (ajouté en 1933), et Cosmos (créé en 1998), plus un groupe spécial, le Senka ou « cours spécial », composé des vétérans de la troupe. Source Wikipedia

Journal du Japon : Bonjour ! Pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?

Izuru AMASE : Je suis issue de l’école Takarazuka qui est une grande école de théâtre japonais uniquement composée par des femmes et je m’appelle Izuru AMASE. J’en suis sortie depuis, et maintenant j’ai une école de danse à Tokyo. Je suis accompagnée aujourd’hui de mes meilleurs élèves.

(la traductrice bafouille sur le nom de Izuru Amase et s’excuse)

C’est pas grave ! (NDLR : l’actrice lui a répondu en français)

(Rires)

Comment avez-vous choisi votre nom de scène ?

J’y ai déjà pensé avec ma famille, on s’est tous réunis pour trouver un bon nom. « Izuru » signifie « sortir, monter (au ciel) », c’est donc une première signification importante. Au Japon, c’est aussi une tradition importante de compter le nombre de traits d’un idéogramme, c’est pourquoi j’ai trouvé que Amase (天勢) correspondait aussi à un bon nombre et donc était un bon nom.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire partie d’une troupe de Takarazuka ? J’ai lu que vous aviez commencé à 20 ans, soutenue par votre famille j’imagine, si tout le monde s’est mobilisé pour vous aider à trouver un nom de scène !

Je pense que je suis très chanceuse parce que ma famille m’a soutenue à 100% dans ce que je voulais faire. Je pense que c’est pareil ici en France, si on veut devenir une danseuse-étoile à l’Opéra, il faut vraiment l’aide de sa famille. Moi j’ai mes parents qui m’ont complètement suivie pour que je parvienne à réaliser mes rêves.

C’est un art complet entre le théâtre, la danse, le chant, il faut savoir faire beaucoup de choses. Est-ce vrai que la sélection est rude et la discipline stricte à l’entrée de l’école de Takarazuka ?

C’est vrai que je considère qu’il s’agit d’une des plus dures en terme de discipline parmi toutes les écoles du Japon. Notamment parce qu’on n’étudie que pendant deux ans. Et comme vous le savez, la différence d’âge est très respectée au Japon. Puisqu’il n’y a que deux années, et que les étudiants de la deuxième année sont très autoritaires, il faut vraiment beaucoup respecter cela. Il faut donc apprendre le chant, la danse, la théorie du théâtre, avec des épreuves écrites, en seulement deux ans, tout en respectant les aînés.

Qu’est-ce qui est le plus compliqué pour vous personnellement entre ces trois arts ?

Le plus dur pour moi pour commencer, c’était de jouer un rôle. Être quelqu’un de différent de moi, entrer dans le personnage, était pour moi compliqué.

Et alors quel est votre talent caché, en quoi êtes-vous le plus douée ?

(Rires) C’est la danse bien sûr !

Izuru AMASE à Japan Expo 2018. Photo : Charlène Hugonon pour ©Journaldujapon.com - Tous droits réservésVous êtes connue pour vos rôles en tant qu’otokoyaku. Comment en arrive-t-on à interpréter des rôles majoritairement masculins ? Est-ce lié à des particularités physiques, faut-il être plus grand, avoir une voix plus grave ? Ou bien est-ce par goût plus simplement ?

En fait l’école de Takarazuka ne dit rien pour orienter les étudiants vers ce choix, de jouer des rôles masculins ou féminins. Mais par contre, le physique, comme la taille, compte quand même. La voix, ce n’est pas très important. Pour la voix, on peut s’entraîner.

On vous voit souvent en talons hauts sur scène, est-ce pour être plus grand ou pour une touche féminine ?

Ooh, c’est pour les proportions, les longues jambes c’est toujours plus joli ! (Rires)

Et alors, comment se prépare-t-on pour un rôle masculin ? Par exemple dans une danse, c’est à vous de guider votre partenaire ?

On dit qu’il faut dix ans pour maîtriser les rôles masculins. Ce n’est pas quelque chose qui s’acquiert en un jour, il faut s’appliquer longuement. C’est très long en fait. Tout au début, j’ai commencé en observant mes aînés, en restant derrière la scène. On commence par imitation, on imite complètement. Et puis j’ai regardé des vidéos de danse et des films aussi, comme ça on peut s’appliquer à imiter, ça se fait petit à petit. Tous les gestes sont différents entre une femme et un homme. Donc on construit ainsi soi-même ses gestes d’homme.

Izuru AMASE à Japan Expo 2018

Quel rôle vous a le plus marqué parmi vos rôles masculins ?

C’est Ryôma SAKAMOTO, qui est un personnage réel de l’histoire du Japon, un samouraï (NDLR : c’était un des dirigeants du mouvement visant à renverser le shogunat Tokugawa pendant la période Bakumatsu du Japon).

C’est ce rôle qui fut le plus marquant de ma carrière.

En 2004, vous êtes devenue musumeyaku, pourquoi ce choix ?

Je ne voulais vraiment pas changer en fait (rires). J’ai énormément d’amour pour le Takarazuka, mais surtout pour les rôles d’otokoyaku, donc je ne voulais vraiment pas arrêter. En fait ma taille est bonne pour jouer les rôles masculins mais aussi féminins, ça veut donc dire que pour jouer les rôles masculins, je suis un peu petite.

Je ne voulais vraiment pas changer, mais comme je ne suis ni trop grande ni trop petite, et qu’avec le temps les jeunes, les nouvelles arrivantes, sont de plus en plus grandes… alors je commençais à me voir dans un rôle un peu neutre, ni trop masculin ni trop féminin. Et ce n’était pas du tout mon rêve, mon rêve c’était de devenir un vrai otokoyaku, musclé, costaud et grand, très masculin… Donc mon rêve restait celui-là mais la réalité n’était plus là. Je ne pouvais pas devenir tout d’un coup plus grande. Donc pour continuer mon rêve du Takarazuka, c’était un choix nécessaire.

Et du coup vous avez toujours eu cette coupe de cheveux androgyne ?

Oui c’est vrai qu’en tant qu’otokoyaku il faut avoir les cheveux courts, donc quand je suis passé musumeyaku j’ai laissé pousser un petit peu plus mes cheveux mais bon (rires).

Ça vous va bien comme ça en tout cas !

Merci !

Izuru AMASE à Japan Expo 2018. Photo : Charlène Hugonin pour ©Journaldujapon.com - Tous droits réservés

J’ai vu qu’au Japon le Takarazuka était très populaire, jouait à guichet fermé avec mêmes des abonnés assistant à tous les spectacles. Est-ce parce que la troupe n’est composée que de femmes ? Parce que les pièces parlent de romance s’affranchissant un peu des barrières ? Est-ce que ça vient des tenues et de la mise en scène spectaculaire ?

Vous savez, le Takarazuka a déjà cent ans d’histoire.

Tout au début, c’étaient les musumeyakus les stars. Mais aujourd’hui c’est vraiment les otokoyakus. Il se trouve que 90% des fans sont des femmes. Et elles vivent leur histoire d’amour avec les otokoyakus sur la scène. C’est un rêve plus que la réalité, car les hommes, en réalité, ne peuvent pas offrir cela. Les otokoyakus eux, sont plus beaux, plus tendres… les femmes tombent donc amoureuses de ces « hommes »-là, et vivent cette expérience durant le spectacle. Elles reviennent donc ensuite à chaque spectacle pour revoir leur otokoyaku et revivre la même histoire avec lui. C’est la raison pour laquelle le Takarazuka est si populaire.

Nous n’avons plus le temps que pour une dernière question, c’est dommage !

Oui (rires), on se reverra une prochaine fois !

Quels seront vos projets pour la suite, je vois que vous venez à Japan Expo et sur Paris avec vos élèves ?

Je considère le Takarazuka comme une culture déjà historique chez les Japonais parce qu’il y a déjà cent ans d’histoire. Mais le Takarazuka a en quelque sorte débuté à Paris, c’est de là que viennent les revues, et l’histoire de la Rose de Versailles. Paris c’est mon rêve, mais aussi la racine du Takarazuka. Et moi je voulais réunir cette racine avec le Takarazuka d’aujourd’hui, c’est pourquoi je suis venue aujourd’hui avec mes élèves qui suivent mon cours de musique, pour faire le premier pas.

Merci beaucoup !

Merci beaucoup ! (NDLR : en français)

Un grand merci à Izuru AMASE ainsi qu’à Keiko SUMINO-LEBLANC notre interprète !

 

 

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