[Interview] Atsuko Ishizuka : une réalisatrice dans la « maison de fous » MADHOUSE

Dans la “maison de fous” qu’est le studio Madhouse, Atsuko ISHIZUKA avait déjà acquis une solide expérience au moment de diriger sa première série originale. Avec A Place Further Than The Universe, diffusée en début d’année sur Crunchyroll, la réalisatrice confirme son incontestable talent. À l’occasion de sa venue en France pour la 26ème édition de Paris Manga, nous avons pu la rencontrer afin de lui poser quelques questions sur la production de la série, ainsi que sur sa carrière.

 

Officiant au sein du studio d’animation Madhouse depuis 2004, Atsuko ISHIZUKA a rapidement été amenée à travailler sur de grandes séries. Un an seulement après son arrivée, elle assiste Masayuki KOJIMA sur le storyboard du 74ème épisode de Monster, grand final de la série. Elle participera ensuite à l’adaptation animée du manga Nana, où elle réalisera une dizaine d’épisodes sur les 47 que compte la série.

© Media Factory

C’est en 2012 qu’elle occupe pour la première fois le poste de réalisatrice sur une série tv (elle l’avait occupé jusqu’alors sur des OVA1) avec The Pet Girl of Sakurasou. C’est également la première fois qu’elle travaille en dehors de Madhouse, l’anime étant produit par J.C. Staff. En 2014, elle connait son premier succès international avec la série No Game No Life et son univers fantaisiste coloré. La même année, elle réalise Hanayamata, adaptation d’un manga du magazine Manga Time Kirara sur le yosakoi. Les années suivantes, elle continuera d’assurer la réalisation sur la série Prince of Stride : Alternative et le film No Game, No Life Zero.

C’est début 2018 qu’elle réalise sa première série originale et certainement son travail le plus marquant avec A Place Further Than The Universe. Cette histoire de quatre lycéennes qui tenteront de prendre part à un voyage en Antarctique brasse de nombreuses thématiques, allant de l’amitié au deuil. Un anime profondément humain avec des personnages sincères et une mise en scène dotée de détails subtils, qui en fait très clairement une des productions majeures de cette année.

Mais laissons plutôt sa réalisatrice nous en dire un peu plus sur ce projet…

 

Journal du Japon : Bonjour madame Ishizuka. Pour commencer, comment définiriez-vous votre style de réalisation ?

Atsuko ISHIZUKA : Tout d’abord avec un bon rythme, avec des vagues d’émotions. Les décors et la luminosité sont liés aux émotions des personnages. Ils jouent aussi la scène, la comédie, autant qu’un personnage.

Comment est-ce que le projet de A Place Further Than The Universe a été mis en place ? Avez-vous rencontré des difficultés, notamment financières ?

Il y a eu effectivement des restrictions financières, mais le plus difficile a surtout été de retranscrire l’Antarctique car nous n’avons pas pu y aller nous-mêmes. Donc il a fallu imaginer l’endroit, le quotidien des gens qui y vivent et comment on appréhende ce genre d’environnement.

© Yorimoi Partners

Toujours dans A Place Further Than The Universe, on sent une véritable alchimie entre les personnages. Comment avez-vous fait pour rendre leurs relations aussi humaines ?

Je m’imagine sur place, dans l’univers, comme une sorte de simulation dans ma tête. Ça me permet de vivre les scènes et de visualiser des détails auxquels on ne penserait pas forcément. Quand je rentre dans cet univers-là, les personnages bougent d’eux-mêmes. C’est ça qui me permet de les rendre si humains.

Et je me base aussi sur mon expérience de quand j’étais lycéenne. J’avais un groupe de quatre amies et je me souviens des relations que nous avions.

La plupart des séries que vous avez réalisées étaient très colorées visuellement (No Game No Life, Hanayamata, The Pet Girl of Sakurasou) alors que A Place Further Than The Universe est bien plus sobre. Est-ce une volonté de rendre la série plus réaliste ?

C’est tout à fait ça. Pour No Game No Life, c’était un univers de fantasy, imaginaire. Là où A Place Further Than The Universe se voulait réaliste jusqu’à l’humidité même. La luminosité des couleurs devait être beaucoup plus proche de la réalité. Y compris aussi le cadre et l’utilisation de la “caméra” qui étaient pensés différemment.

Aimeriez-vous réaliser d’autres projets originaux comme A Place Further Than The Universe ?

Si j’en ai l’occasion oui, évidemment. Ça serait avec grand plaisir.

Comment avez-vous été amenée à travailler à Madhouse ?

À la base, j’aimais la musique et le dessin. Et ce qui combinait les deux, c’était l’animation. Mais même si je travaillais dessus, je ne connaissais pas ce milieu. J’ai donc cherché un studio qui n’avait pas trop de particularités, qui était assez varié dans ses activités. Je suis alors tombée sur Madhouse, par hasard. Comme ils faisaient divers types d’animes, je me suis dit “bon voilà, ça doit être un studio qui n’est pas trop spécifique”. Mais au final, en étant dedans maintenant, je vois qu’ils ont quand même leur patte. C’est vraiment une maison de fous (rires).

Vous êtes l’une des premières femmes à avoir occupé le poste de réalisatrice chez eux, est-ce que cela représente une certaine fierté pour vous ?

Techniquement oui, même s’il y a eu Sayo YAMAMOTO [NDLR : elle a travaillé sur la série Texhnolyze en 2003] avant mais elle n’était pas salariée-employée à temps plein chez Madhouse, contrairement à moi. Mais sinon je n’y avais jamais pensé de cette manière… pas plus que ça en réalité.

© Yorimoi Partners

Le mois dernier était diffusé en France le film Maquia, réalisé et écrit par Mari OKADA avec qui vous aviez travaillé sur The Pet Girl of Sakurasou. Comment s’est passée cette collaboration ?

On s’entendait très bien personnellement et il se trouve que, par hasard, on habitait à trois minutes à pied l’une de l’autre. Donc on se disait “hé viens chez moi, on va faire un nabe”. Cette bonne entente s’est donc retranscrite professionnellement du fait de notre proximité. On n’échangeait pas des avis en tant que créateur mais de manière très proche, familière.

Donc vous aimeriez pouvoir travailler de nouveau avec elle à l’avenir ?

On s’entend très bien donc oui, avec plaisir !

Le thème du voyage est très présent dans A Place Further Than The Universe, est-ce qu’il est important pour vous ?

Il faut déjà du courage pour aller à un endroit que l’on ne connait pas. Et ce que l’on peut y gagner, ce que l’on peut y apprendre aussi est très important. Ça ne se limite pas forcément aux adolescents. Même adulte, on a beaucoup à apprendre en allant à des endroits où on n’a jamais été et ce sont des expériences vraiment très enrichissantes.

Du coup, comme c’est ma première venue à Paris, c’est aussi un voyage. J’ai eu le courage de franchir le pas. Et j’ai beaucoup appris gastronomiquement (rires).

Et vous avez pu profiter de votre venue en France pour visiter un peu ?

J’ai été au musée d’Orsay, au Louvre et à l’Opéra Garnier sur deux jours, hier et avant-hier. J’ai beaucoup aimé, tout ce que j’ai pu voir dans des livres d’art, à la télé ou dans des revues se trouvait devant mes yeux pour de vrai. C’était impressionnant !

© Yorimoi Partners

Dans A Place Further Than The Universe, le personnage de Shirase adore les pingouins et je vois qu’il y en a un sur votre veste. Est-ce que vous les aimez particulièrement ?

Ah alors ça c’est l’uniforme officiel de la série. Et oui j’adore les pingouins ! Surtout les manchots d’Adélie !

Pour conclure, avez-vous un petit message pour nos lecteurs ?

À ceux qui n’ont pas encore eu l’occasion de voir A Place Further Than The Universe ou No Game No Life, essayez de franchir le pas pour vivre de nouvelles aventures. Vous aurez sans doute quelque chose à découvrir !

© Yorimoi Partners

 

Remerciements à Atsuko ISHIZUKA pour sa sympathie et au staff de Paris Manga pour l’organisation de cette interview.


  1. Elle a également été réalisatrice en 2009 sur Aoi Bungaku mais pour seulement deux épisodes, la série étant une adaptation de diverses histoires courtes d’auteurs japonais. Les épisodes en questions sont les onzième (“Le Fil de l’Araignée”) et douzième épisodes (“Figures infernales”). ↩︎

Léonard Fougère

Étudiant passionné par l'animation japonaise et la culture manga, et particulièrement amateur de séries "tranche de vie" (encore plus ceux à tendance moe !). J'espère pouvoir vous partager quelques uns de mes coups de coeur avec mes articles !

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1 réponse

  1. Poyjo dit :

    Charmante interview, content d’en apprendre un peu plus (et quel beau gosse ce journaliste). J’ai un peu du mal à comprendre la première réponse de Mlle Ishizuka, je me demande bien ce que ça peut vouloir dire. J’espère que d’autres occasions se présenteront d’en savoir plus sur la réalisatrice ou qu’on nous annoncera rapidement un nouveau projet de sa part.

    Merci pour la lecture !

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