Horitaru : un tatoueur coréen expert dans l’irezumi

Du 15 au 17 février 2019 se déroulait la 9e édition du Mondial du Tatouage à la Grande Halle de la Villette à Paris. A cette occasion, 420 tatoueurs venus du monde entier avaient fait le déplacement. Alors que l’an dernier Journal du Japon vous présentait l’art traditionnel du tatouage japonais, nous avons eu, cette année, l’opportunité  de rencontrer un tatoueur étonnant : Horitaru. Sud-Coréen, ce dernier s’est spécialisé dans le tatouage traditionnel japonais. Une rencontre artistique très enrichissante.

Discover the english version of this interview just there : Horitaru: a Korean tattoo artist expert in the irezumi

Le tatouage en Corée

En 2018, nous abordions le vaste sujet du tatouage avec les dissonances entre l’évolution des mœurs japonaises et la législation autour du monde du tatouage. En effet, bien que cette modification corporelle soit de mieux en mieux acceptée par les Japonais, la loi rendait toujours les artistes hors-la-lois. Il était obligatoire de détenir une licence de médecin pour pouvoir tatouer. 

En Corée du Sud, le milieu du tatouage connaît la même problématique. Avec la popularisation mondiale de la KPOP, le tatouage est de moins en moins perçu comme négatif en Corée. En effet, avec des artistes comme G-Dragon (qui possède au moins 24 tatouages) ou Bang Yongguk (du groupe B.A.P) dont la sœur aînée est tatoueuse, le public coréen a commencé à redécouvrir cet art souvent associé aux mafieux. 

Cependant, bien qu’il ne soit pas interdit de se faire tatouer en Corée du Sud, la loi implique que le tatoueur soit médecin car le tatouage est perçu comme un acte chirurgical. Les salons de tatouages et les artistes sont donc obligés de vivre cachés pour exercer leur art. 

Alors que le Japon a fait un premier pas vers le changement en reconnaissant notamment les Aïnous, pour lesquels le tatouage est une institution, qu’en est-il de la Corée du Sud ? 

Horitaru : quand un coréen pratique l’Irezumi

Avec cette question et d’autres en tête, lors de l’édition 2019 du Mondial du Tatouage, nous avons rencontré Horitaru, qui s’était déplacé depuis la Corée du Sud pour venir présenter son travail au public français et au monde entier. Accompagné de son apprenti, il proposait de nombreux flash (tatouage non unique sélectionnable dans un catalogue) dans le style traditionnel japonais, l’Irezumi. Cet art du tatouage vise à couvrir de larges parties du corps comme le dos ou les jambes par exemple, voire le corps dans son intégralité.

Horitaru, tatoueur coréen - Crédits Horitaru

Horitaru, tatoueur coréen – Crédits Horitaru

Journal du Japon : Bonjour Horitaru, merci d’avoir accepté de nous rencontrer. Vous êtes Coréen et avez choisi de devenir artiste tatoueur. Comment avez-vous découvert le monde du tatouage ? Et pourquoi avoir choisi de devenir tatoueur ?

Horitaru : J’ai commencé le tatouage pour la première fois il y a 14 ans. A cette époque, ce n’était pas facile de trouver un salon de tatouage. J’ai toujours été intéressé par le tatouage depuis que j’étais enfant. Je m’amusais également à dessiner sur les corps de mes amis. Lorsque j’ai eu 20 ans, je me suis fait tatouer pour la première fois. Je me suis senti encore plus attiré par le tatouage. J’ai alors commencé à avoir de plus en plus de tatouages et j’ai petit à petit ressentit le besoin de réaliser mes propres œuvres. J’ai donc commencé à me renseigner et j’ai décidé de devenir tatoueur à 25 ans. 

Comment s’est déroulée votre formation au tatouage ?

De nos jours, je pense qu’il y a de très bons endroits où apprendre le tatouage. Cependant, lorsque j’ai commencé à tatouer, je n’arrivais pas à trouver un endroit où apprendre. A ce moment de votre carrière, vous allez apprendre de bons professeurs si vous les trouvez. Il fallait apprendre à imiter. J’ai surtout appris en autodidacte. 

En France, le tatouage est toujours associé à des excès malsains comme la drogue, l’alcool, etc… Qu’en est-il de la Corée ?

La Corée a également une vision très similaire à celle de la France. Dans le passé, il y avait de nombreuses idées reçues qui voulaient que seuls les gangsters étaient tatoués. Mais maintenant contrairement au passé, beaucoup de personnes aiment les tatouages et pensent qu’il s’agit de l’expression de soi. Les préjugés semblent avoir beaucoup disparus et je pense que l’avenir n’en sera que meilleur. 

Quelle a été la réaction de votre famille lorsqu’ils ont su quel était votre choix de carrière ?

Lorsque j’ai commencé à tatouer pour la première fois, ma famille ne l’a pas refusé malgré les images négatives qu’il y avait autour du tatouage. 

Nous savons que les mentalités japonaises évoluent doucement vers une meilleure acceptation du tatouage. Qu’en est-il de la Corée ? 

Beaucoup de choses ont changé à propos du fait de se faire tatouer en Corée. Je pense que la Corée est plus ouverte que le Japon sur l’acceptation du tatouage. 

Avez-vous constaté des différences entre les pays pendant vos voyages ? 

J’ai voyagé dans beaucoup de pays pour des conventions de tatouage. Au final, j’ai bien évidemment ressenti la différence culturelle. Mais ce n’était pas spécifique au tatouage, c’est la même chose quand vous voyagez et c’était aussi une différence culturelle pour les gens qui vivaient là bas par rapport à moi. Mais c’est aussi ça l’intérêt et en général je me plonge dans le bain assez vite, au bout d’une journée je ne la ressens plus vraiment.

Vous avez fait le choix de vous spécialiser en tatouage traditionnel japonais et vous portez d’ailleurs le nom Irezumi. Pourquoi avoir choisi cette spécialité plutôt qu’une autre ? 

Ce n’est pas le style Irezumi que j’ai réalisé dans mes premiers tatouages. J’ai à la fois des tatouages Irezumi et des tribals sur mon corps. Après sur la raison de ce choix, je dirais que Irezumi est un style de tatouage japonais, or le Japon et la Corée sont vraiment très proches géographiquement : je vais donc voir facilement des tatouages de style Irezumi.

Je me sens attiré par le style simple et fort de ce dernier, surtout avec les lignes épaisses et le trait plein. De plus je pense qu’il a un sens beaucoup plus profond que n’importe quel autre genre. Je ne pense pas que cette profondeur puisse être créée en 1 jour ou 2, donc il reste encore à explorer pour moi. C’est ce que j’essaye de travailler en tout cas et c ‘est aujourd’hui la représentation qui me correspond le mieux et qui définit le mieux mon style.

A force de tatouer, avez-vous constaté des différences sur la gestion de la douleur en fonction de l’origine du tatoué ? 

Je pense que la douleur du tatouage est la même quoiqu’il arrive. Je pense que la gestion de cette douleur varie en fonction de la peau mais également des capacités individuelles de chacun à supporter la douleur.

Est-ce que le Mondial du Tatouage vous a ouvert les portes d’un public différent de celui que vous avez l’habitude de rencontrer ? 

Bien sûr. J’ai rencontré au Mondial du Tatouage des gens qui aiment le tatouage de façon générale. Les personnes que je rencontre lors des conventions de tatouage sont toujours souriantes et heureuses car elles se réunissent autour d’un même centre d’intérêt. 

Ce sera parfait pour le mot de la fin, merci Horitaru !

On souhaite beaucoup de succès à Horitaru, que vous pouvez retrouver sur Instagram.

Vous l’aurez compris, les mentalités, européennes ou asiatiques, évoluent sur l’acceptation du tatouage et sur l’image que cet art renvoie. Et vous ? Êtes-vous tatoué ou avez-vous l’intention de passer sous l’aiguille ? 

 

Juliet Faure

Tombée dans la culture japonaise avec le célèbre "Princesse Mononoké" de Miyazaki, je n'ai depuis jamais cessé de m'intéresser à ce pays. Rédactrice chez Journal du Japon depuis 2017 et Responsable de la section Jeux Vidéo depuis peu, je suis devenue la yakuza de l'équipe. Plutôt orientée RPG et Seinen, je cherche à aiguiser de nouvelles connaissances aussi bien journalistiques que nippones.

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