Ace Attorney : Le visual novel fait volte-face en France

Ace Attorney, de son titre original Gyakuten Saiban est une série de visual novel des studios Capcom. Ce 9 avril dernier est sorti Ace Attorney Trilogy qui compile, comme son nom l’indique, la première trilogie de la saga et qui est disponible sur Switch, Playstation 4, Xbox One et Steam. N’est-ce pas le bon moment pour dédier un article à cette série de jeux vidéo culte ?

Alors que ce genre de jeu, qui met l’accent sur ses dialogues et de manière générale le texte, dans une sorte de roman vidéoludique, s’exporte mal en France, il y en a bien un qui a réussi à bénéficier d’une popularité significative. Et il s’agit d’Ace Attorney.

Ace Attorney

Ace Attorney, histoire d’une saga

Ace Attorney Phoenix Wright Objection procès

Visuel des graphismes d’Ace Attorney Trilogy.

Ace Attorney est un jeu où l’on incarne un avocat de la défense qui doit prouver l’innocence de ses clients, et dans ce but, il devra découvrir l’identité du véritable coupable et confondre celui-ci en justice. Le jeu est séparé en chapitres que l’on appelle « affaires ». Il y a quatre, cinq, ou plus récemment six affaires par jeu. Chacune de ces affaires est composée d’une succession de deux phases : les phases d’enquête et les phases de procès. Celles-ci consistent à rassembler des preuves en discutant avec des témoins et autres personnages-clés, à divers endroits du jeu. La récolte de pièces à conviction se fait notamment à l’aide d’un gameplay de point-and-click dans les différents décors du jeu. Les phases de procès consistent à contrer les arguments de l’accusation en interrogeant les témoins ou en prouvant qu’ils mentent à l’aide de pièces à conviction. On considère même qu’il existe une autre phase à l’intérieur de celle des procès : la volte-face. Cette phase consiste à créer (ou détruire) une version des faits en argumentant de manière intensive, à grands coups de bluff et d’objections. La simplicité du gameplay est voulue du créateur original qui souhaitait que « même sa mère puisse y jouer. »

Petite histoire du jeu

Professeur Layton vs Phoenix Wright Ace Attorney Game cover Labyrinthia book

Cover Art du crossover entre les sagas Professeur Layton et Ace Attorney.

Le premier Gyakuten Saiban est sorti en 2001 au Japon. Deux autres opus paraîtront ensuite sur l’archipel, et toute la trilogie aura le droit à un portage sur DS. Et ce sont ces portages qui arriveront dans nos contrées à partir de 2006. Hors du japon, la saga sera baptisée Phoenix Wright : Ace Attorney. En 2008, Ace Attorney : Apollo Justice (le quatrième volet de la saga principale) arrive dans l’hexagone, un an après sa sortie au Japon. Ces quatre jeux ont été réalisés par Shu TAKUMI, le créateur original de la série. Takeshi YAMAZAKI, qui avait travaillé sur ces premiers opus devint le directeur de la saga de spin-off Ace Attorney : Investigations, inédite en français.

Les deux jeux Investigations se placent du point de vue d’un procureur et sont assez similaires aux jeux de la série principale, bien que les phases de procès soient remplacées par une phase de « réfutation » qui reprend plus ou moins le même principe. Le premier Investigations sort au Japon en 2009 et dans le reste du monde en 2010 (mais seulement en anglais). Le second jeu ne passera jamais les frontières. Shu TAKUMI s’occupera ensuite du crossover Professeur Layton vs Phoenix Wright : Ace Attorney qui, comme son nom l’indique, fait intervenir le célèbre gentleman de la licence de LEVEL 5. Bien qu’il fut produit en 2012, il n’arrivera en France qu’en 2014, soit après le cinquième volet de la saga principale: Dual Destinies, dirigé par Takeshi YAMAZAKI, qui lui a été ajouté sur le Nintendo eShop européen en 2013. Shu TAKUMI dirigera ensuite une autre série de spin-off intitulée Dai Gyakuten Saiban qui reprend le même concept…mais à l’époque de Meiji de la fin du 19e siècle. Les deux titres de ce spin-off ne se sont hélas pas aventurés en dehors du Japon. Takeshi YAMAZAKI, en charge de la saga principale depuis Dual Destinies, sortira en 2016 le sixième volet : Spirit of Justice. Celui-ci vient clore la seconde trilogie, et à ce jour, un 7e jeu n’a pas été annoncé.

Mais en ce beau mois d’avril 2019 est sorti Ace Attorney Trilogy, une compilation de la trilogie originale en version remastérisée. Le patch pour pouvoir jouer en français ne sortira cependant qu’en août.

La force d’Ace Attorney

Ace Attorney gameplay procès témoignage Dick Tektiv

Image in-game d’une phase de procès.

Si vous n’avez jamais joué au jeu, et nous sommes tous passés par là, vous devez vous demander ce qu’il peut y avoir d’intéressant à jouer à une simulation d’avocat. En effet, cela n’a pas l’air très ludique à première vue. D’autant plus que ne rien faire d’autre que lire des dialogues n’a rien d’un jeu. Mais Ace Attorney, c’est plus que ça.

Dès le début, on se retrouve happé dans cet univers assez réaliste à première vue, mais les personnages qui vous attendent dans les salles d’audience sont hauts en couleurs, du simple témoin jusqu’à ce bon vieux juge. De plus, les choix issus de réflexions intenses qui vous seront demandés vous prendront aux tripes. Les effets sonores et visuels sont omniprésents et donnent un rythme effréné au jeu pendant les procès, dont la bande-son d’exception fait rapidement monter l’adrénaline. Et tous ces coups de théâtres réjouiront les amateurs de polar, bien que le fond et la forme de l’œuvre seront surtout appréciés par les amateurs de japanimation. L’histoire et l’émotion sont au centre de toutes ces affaires, et chaque jeu va au delà du précédent, apportant toujours des événements et des dénouements aussi prenants que surprenants. Et bien que tous ces meurtres se résolvent de manière logique, le surnaturel n’est jamais très loin dans cette saga, et donne une touche unique à cet univers…

Des personnages inoubliables

Maya Fey anime medium Ace Attorney

Maya Fey, dans le style visuel de l’adaptation anime d’Ace Attorney

Les personnages sont le plus souvent l’essentiel de ce qui est affiché à l’écran, et leur importance est telle qu’on peut considérer qu’ils sont l’âme des visual novel où ils apparaissent. Les sprites (images fixes mais modifiables) sont dans un style anime en 2D jusqu’au crossover, où s’est fait le passage à la 3D. Le directeur artistique de tous les jeux en 2D, spin-off inclus, est Tatsuro IWAMOTO, qui l’a aussi été sur Ôkami. L’apparence de toute cette panoplie de personnages présents dans le jeu est aussi loufoque que leur personnalité, et les voir interagir entre eux dans ce contexte judiciaire donne des dialogues aussi drôles que singuliers. Bien souvent, ces personnages reviennent d’une affaire à l’autre. Et c’est sans parler des personnages principaux qui reviennent évidemment systématiquement, et qui permettent de tisser un fil rouge entre les chapitres, et entre les jeux. Une bonne partie des affaires peuvent se jouer indépendamment des autres, mais le tout forme un univers précieux pour ses fans.

Vous avez certainement déjà entendu parler du personnage principal de la première trilogie, j’ai nommé Phoenix Wright, l’emblème de la série. Vous pourriez presque l’imaginer crier « Objection ! » à tout bout de champs. Simple protagoniste de l’histoire, le jeune avocat a les pieds sur terre et endossera le rôle de remarquer tout ce qu’il y a de saugrenu dans son entourage. Mais à force de présenter des pièces à convictions à tort et à travers, il se fera une réputation de bluffeur, et ses drôles d’aventures le feront connaître comme un aimant à affaires surréalistes. Son passé et l’expérience qu’il va se faire dans le milieu pénal vont lui conférer un charisme à toute épreuve dont il a le secret. Nul doute que vous avez déjà vu sa fameuse assistante Maya Fey, l’apprentie medium aux pouvoirs surprenants et ô combien utile pour notre avocat. Amatrice de dessin animés et de nourriture grasse, la jeune fille va apporter beaucoup de légèreté aux procès, et un soutien indéfectible à Phoenix (et donc au joueur), en lui donnant des coups de mains aussi souvent qu’il en a besoin.

Ace Attorney juge tribunal barbe chauve

Et le juge alors ? Eh bien, il est aussi étincelant que son crâne.

N’oublions pas non plus Benjamin Hunter, le procureur au charme fou qui deviendra rapidement le rival de Phoenix. Ce jeune prodige a eu un tel succès auprès des joueurs qu’il a eu le droit à son propre spin-off. Les procureurs ont d’ailleurs tous une forte personnalité et ne manqueront pas de mettre des bâtons dans les roues du joueur à chaque fois qu’ils en auront l’occasion. Il y a d’ailleurs un procureur inédit dans chaque jeu. Ils se feront toujours le mur qui empêche Phoenix de prendre le contrôle du procès. Évidemment, qui dit affaire de meurtre dit policier. Et le plus connu d’entre tous est ce bon vieux Dick Tektiv, un jeune inspecteur fauché, et un peu négligé qui a tendance à aider notre protagoniste par étourderie. Il a bon cœur et sait s’investir à fond quand il le faut, ce qui en fait un personnage très attachant.

Athena Cykes avocate sidetail Ace Attorney lawyer

Artwork officiel d’Athena Cykes

Dans la seconde trilogie apparaissent aussi d’autres avocats de la défense que le joueur incarnera. Tout d’abord Apollo Justice, le fringuant jeune homme aux cordes vocales bien entraînées et à la coiffure complexe à réaliser remplit le rôle de protagoniste secondaire à merveilles. Mais il ne se résume pas à ça, et au cours des trois dernières jeux de la saga principale, on en apprendra beaucoup sur son passé qui recèle d’innombrables intrigues. Il y aura aussi Athena Cykes, une demoiselle pleine d’énergie, spécialisée en psychologie, qui utilisera ses nombreuses compétences pour soutirer la vérité aux témoins de manière dramatique. Chacun des protagonistes du jeu a une sorte de « pouvoir » qui lui est propre et apportera au gameplay un peu de fraîcheur et de diversité. A partir de Dual Destinies (et du crossover avec le professeur Layton), le jeu comportera même des cinématiques types anime doublées, là où jusqu’alors, il n’y avait que certaines répliques récurrentes, à l’instar du très célèbre « Objection !« .

Les musiques d’Ace Attorney

Ace Attorney instruments musique album jazz orchestra characters artwork

Couverture de l’album Gyakuten Saiban meets again – Orchestra & Jazz

La bande-son du jeu a de particulier que chaque musique correspond à une fonction précise (comme par exemple la musique de contre-interrogatoire quand le procès devient intense, ou celle utilisée quand une vérité cruciale est révélée). On peut ainsi retrouver cette fonction dans le titre du morceau, et chaque jeu a une musique différente pour remplir chacune de ces fonctions. La bande-son est un autre élément vital du visual novel. En effet, lire un livre qui sait quelle musique doit accompagner quelle scène fait toute la différence.

C’est le cas pour Ace Attorney, où chaque morceau contribue à une immersion comme on en a rarement dans un jeu. Peut-être avez-vous déjà entendu le célèbre Pursuit-Cornered de Masakazu SUGIMORI, le compositeur du premier épisode de la saga. Beaucoup de compositeurs ont participé aux différents jeux, mais un d’entre eux s’est largement démarqué. Noriyuki IWADARE est le compositeur de Trials & Tribulations, le dernier jeu de la première trilogie. Takeshi YAMAZAKI fera de lui le compositeur de tous les jeux Ace Attorney dont il sera le directeur. Ce compositeur aura donc le loisir de faire revenir des leitmotiv dans le thème de chacun des personnages récurrents et s’imposera comme le compositeur principal de la série. La bande-son des Ace Attorney a donné lieu à beaucoup d’albums de reprises, que ce soit en version orchestral ou jazz. La plupart de ces albums sont signés Noriyuki IWADARE. Et bien de concerts live orchestraux ont eu lieu au Japon et ont ensuite fait l’objet de nouveaux albums comme, par exemple, le concert donné pour les quinze ans de la saga.

La fameuse localisation

Apollo Justice Athena Cykes procès silence grimaces

Images in-game (version smartphone de Dual Destinies) Apollo Justice et Athéna Cykes en voient de toutes les couleurs.

Saviez-vous que dans la version française, l’action de l’histoire se situe à Paris ? Un des personnages se retrouve même avec un accent marseillais très prononcé plutôt que de parler dans le dialecte du kansai-ben parlé à Osaka. Ce choix du traducteur est surtout sujet à des plaisanteries tant l’illusion ne tient pas. Cette décision, qui a d’abord été réalisée dans la traduction anglaise du jeu, et souvent parodiée par les joueurs anglophones.

Mais ce qui fait beaucoup polémique parmi les fans est l’absence de traduction. En effet, seuls les quatre premiers jeux de la saga principale et Professeur Layton vs Phoenix Wright : Ace Attorney ont été traduits en français. Le cinquième et sixième jeu sont pourtant sortis en France, mais dématérialisés, et en anglais. Les deux spin-offs n’ont évidemment pas vu le jour dans l’hexagone, une décision que regrettent beaucoup les fans. Les jeux de mots sont omniprésents, jusque dans les noms des personnages qui ont toujours un rapport avec leur rôle dans l’affaire. La version française a ainsi pu créer ses propres spécificités chères aux joueurs de la première heure. Et les non-anglophones se sont retrouvés dans l’impossibilité de continuer à suivre la saga principale.

Néanmoins, Ace Attorney Trilogy, comme précisé plus tôt, aura une version française. Il ne s’agira probablement pas d’une nouvelle traduction de la première trilogie, mais certaines modifications graphiques seront nécessaires de la part de Capcom France qui démontrera peut-être un investissement renouvelé pour cette saga, si le succès de cette compilation est au rendez-vous. D’ici là, terminons ce dossier par le test de la Ace Attorney Trilogy et quelques bonus pour ceux qui souhaiterait découvrir la licence au delà des versions consoles !

 

Test : Le Phoenix (Wright) renaît toujours de ses cendres

Phoenix Wright Trilogy, comme son nom l’indique, propose trois jeux, et plus particulièrement les trois premiers (Ace Attorney, Justice for All et Trials and Tribulations) de la saga. On peut jouer aux jeux dans l’ordre de son choix en les mêlant si on le souhaite, mais comme dans les originaux, il faut finir une affaire pour passer à la suivante dans le même jeu. Il est possible de sauver sa partie à  presque tout moment et le nombre de fichiers de sauvegarde est largement plus élevé que sur cartouche à l’époque.

Phoenix-Wright-AA-Trilogy_09-22-18Les graphismes, toujours en 2D et assez peu animés, restent fort heureusement loin des versions portables et sont plutôt de bonne facture. Il ne faut forcément pas s’attendre à un jeu AAA, mais le portage sur grand écran est tout de même agréable à voir. On pouvait craindre le pire, mais ce n’est pas le cas… et il en va de même pour le son. Là encore, reprendre celui de consoles portables tel-quel aurait pu être une horreur mais finalement, la bande-son passe très bien. Elle est toujours aussi « prévisible » (un thème menaçant pour une situation grave, un thème joyeux pour un moment chaleureux, un autre plus détendu pour une situation amusante…) mais c’est en partie ce qui en fait  son charme, ce qui fait qu’elle reste en tête avec plaisir…

Cette version comporte tout de même quelques « défauts », qui vont plus particulièrement à sa localisation. En effet, si les versions Nintendo DS comportaient les textes en français (entre autres), on n’a ici plus que le choix entre anglais et japonais, et rien de plus. Les voix sont elles aussi en anglais ou japonais et il est impossible de les mélanger (donc pas de textes anglais et voix JP). C’est dommage, tout comme la disparition de toutes les langues différentes.

Malgré ce petit problème, les trois jeux en eux-mêmes restent toujours aussi divertissants, mélangeant humour, situations dramatiques, scènes presque héroïques, personnages attachants (ou détestables) avec ingéniosité. Il faut aimer lire, c’est sûr, mais c’est le lot de tout jeu du genre. A trente euros en dématérialisé, on peut trouver ça cher, mais il faut se dire qu’il y a trois jeux à (re)découvrir sans hésiter !

Si vous voulez vous lancer dans cette saga culte du visual novel, il vous suffit d’un ordinateur ou de n’importe quelle console dernière génération. Mais si vous êtes anglophobe, armez-vous de patience et attendez août pour pouvoir découvrir la simulation de procès la plus épique du monde vidéoludique, et tout ça, en français !

Bonus : Les autres apparitions de Phoenix Wright

Saviez-vous qu’Ace Attorney avait aussi eu le droit à un manga en cinq tomes ? Eh bien, c’est le cas. Et Ace Attorney : Investigations a eu lui aussi le droit à une adaptation en manga de quatre tomes. Et le tout est disponible en France, aux éditions Kurokawa. Il s’agit d’histoires inédites que l’on peut considérer canon, ou non, dans la chronologie du jeu vidéo. Par contre, l’adaptation en anime Gyakuten Saiban : Sono Shinjitsu Igi Ari, elle, reprend fidèlement l’anime, en ajoutant malgré tout quelques hors-séries que l’on pourrait considérer comme des fillers. Il comporte à présent deux Apollo Justice jeux vidéos Ace Attorney Vérité Gavin artworksaisons entières qui reprennent les événements de toute la première trilogie, et vous pouvez le retrouver sur Crunchyroll. En 2011, il y a même eu un film live reprenant le premier jeu et réalisé par Takashi MIIKE. Celui-ci est inédit en France. Le plus surprenant reste tout de même la pièce de théâtre qui a été faite en 2013, baptisée Gyakuten no spotlight.

Vous pouvez évidemment retrouvez Phoenix et Maya dans Ultimate Marvel vs Capcom 3, et voir Hulk se faire vaincre à coup de pièces à conviction par un avocat en costume-cravate. Monster Hunter, un autre jeu de Capcom, fait souvent référence à Ace Attorney et Phoenix a même eu le droit d’y devenir un personnage jouable. Tout comme dans Project X Zone 2, cette fois-ci un jeu des studios Monolith Soft (Xenoblade Chronicles), un tactical RPG où apparaissent beaucoup de personnages de licences très différentes. Les personnages d’Ace Attorney se retrouvent aussi dans des jeux d’arcades et des pachinko, mais cela ne concerne évidemment que le Japon.

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