Japan Connection Festival : 3 soirs, 3 ambiances

La première édition du Japan Connection Festival se déroulait du 9 au 11 mai à la Gaîté Lyrique. Pendant ces 3 soirées, DJ, producteurs et musiciens japonais – mais pas que – électroniques de haut vol se sont succédés sur scène. Evidemment, le Journal du Japon ne pouvait pas passer à côté de cet événement mettant à l’honneur des artistes que l’on ne voit que trop rarement en Europe.

The place to be

The place to be

Pour l’occasion, le deuxième niveau de la Gaîté Lyrique s’est paré des couleurs du festival, avec des projections glitchées sur les murs, un mini-shop d’objets japonais, un espace où on peut colorier des éventails, un point restauration fusionnant Camargue et Japon, et un stand du disquaire Balades Sonores avec une sélection de musiques japonaises, qui brasse évidemment les musiques électroniques (avec les artistes se produisant durant le festival mis à l’honneur), mais aussi des choses plus incongrues comme des vinyles des Morning Musume. Mais si tout cela est fort intéressant et permet de s’aérer l’esprit entre deux sets, ça n’est pas pour cela qu’on est là. On est là pour la musique.

Jeudi 9 mai : au cœur du groove

Ce premier soir s’ouvre sur un set d’un des deux parrains de cette première édition du festival, le français Hugo LX. Il a la tâche compliquée de faire venir un public plutôt dispersé, très parisien – et donc plutôt à la bourre – qui préfère boire des bières en début de soirée. Et de fait, lorsqu’il se lance, la salle est très clairsemée, mais correspond bien à l’ambient avec laquelle il attaque son set. Peu à peu cependant, la salle se remplit, et la musique se fait un peu plus chaleureuse, passant par la house – la musique fil rouge de ce festival – pour finir en délire city pop voire brésilien. Le public semble en tout cas convaincu.

Soichi Terada, doux dingue

Soichi Terada, doux dingue

Cette première partie, qui ressemble d’ailleurs plus à un warm-up, est parfaite pour se mettre en jambes avant le très attendu set live qui suit. Il s’agit d’une performance de Soichi Terada, Kuniyuki (l’autre parrain du festival) et Sauce81. Ca n’est pas la première fois que ces trois-là se retrouvent sur scène, ni sous la bannière de Make It Deep, l’organisateur de l’événement, puisqu’ils étaient les invités de la deuxième soirée Japan Connection, en 2018. Malgré tout, ils semblent toujours prendre leur pied sur scène ensemble. Et quel show mes amis ! Un groove électro à sauter dans tous les sens, chaleureux, avec quelques instruments analogiques (percussions, balafon) qui s’incrustent ça et là. La complicité entre les trois artistes est évidente, et tout se termine dans un joyeux bordel très réjouissant : Terada grimpe sur la table, tout le monde saute en l’air, c’est génial.

Vendredi 10 mai : de la musique pour penser

La deuxième soirée s’ouvre sur un DJ set de Make It Deep. Peut-être conscients de la difficulté à faire venir les spectateurs dans la salle pendant la première partie de soirée, l’organisation opte donc pour quelque chose de plus safe, permettant un démarrage en douceur. Du coup, quand le duo Dip In The Pool arrive sur scène, le public est prêt et présent. Un public bien plus japonais que la veille, d’ailleurs, certainement à cause de l’aura des artistes qui s’apprêtent à monter sur scène dans leur pays d’origine. Le mythique du duo japonais livre une prestation ambient et pop toute en douceur, avec la chanteuse Miyako KODA au centre, douchée par la lumière. Le producteur Tatsuji KIMURA est en retrait. On sort du concert apaisé.

Satoshi Tomiie au milieu de ses spaghettis de câbles

Satoshi Tomiie au milieu de ses spaghettis de câbles

Le bon état d’esprit pour aborder la dernière partie de la soirée : la performance de Satoshi TOMIIE. Si ça n’est pas la première fois qu’il produit ce set, c’est la première fois qu’il le fait seul. Par le passé, il a pu être accompagné par deux musiciens instrumentistes. Là, à Paris, il est en solo et nous livre un set house étrangement organique. Car le producteur a fait le choix d’appareils analogiques, délaissant le laptop. Dans une interview (à venir très bientôt) qu’il nous a accordé, il explique que, parce que les possibilités du numérique sont infinies, les possibilités de création sont paradoxalement très vite limitées, car à moins de savoir exactement ce que l’on cherche, on va vite se perdre sans jamais trouver quoi que ce soit. En revenant à un univers de potars et de claviers, Tomiie se restreint pour mieux créer. En résulte une house impeccable et envoûtante.

Samedi 11 mai : exultation

Pour le dernier soir, Make It Deep a mis les petits plats dans les grands. En ouverture, le légendaire producteur et musicien jazz Toshio MATSUURA propose un DJ set carré, commençant par de l’électro jazz puis évoluant naturellement vers l’afrobeat, puis des choses plus énervées type breakbeat et jungle. Et ça se finit en batucada, pour le plus grand plaisir de l’audience.

Trio de choc

Trio de choc

Quand Matsuura quitte la scène, les techniciens s’affairent à amener une multitude de trucs et de machins : des percussions, des machines, un piano à queue. Cela augure du lourd pour la clôture du festival. Car nous allons avoir droit à une première mondiale. A savoir : une collaboration live improvisée de Kuniyuki (qui aura été omniprésent sur le festival, jouant parfaitement son rôle de parrain), du mythique Joe CLAUSSELL, que l’on connaît pour sa deep house, mais qui est également un expert en musiques électroniques japonaises, et du pianiste Fumio ITABASHI. La performance se veut comme un hommage à la Terre et à la nature. Après une ouverture déconcertante proche de la musique concrète, le trio trouve son rythme et mélange rythmes électroniques et sessions de percussions live, accompagnés de la performance folle de Itabashi. D’ailleurs, en fin de concert, le pianiste a droit à une dizaine de minutes de solo scotchant. Après une multitude de rappels, le trio nous quitte sur le Agora E Seu Tempo de Claussell, faisant définitivement du Brésil le pays invité officieux de cette première édition du Japan Connection Festival.

La talentueuse Akiko Nakayama

La talentueuse Akiko Nakayama

Alors que retenir de l’événement ? Evidemment, la programmation, au top. Mention spéciale à l’artiste visuelle Akiko NAKAYAMA qui a accompagné toutes les performances de son live painting inventif et organique, projeté en direct sur l’écran derrière la scène. Cet ajout visuel constituait un vrai plus à la musique, puisque la peintre travaillait son oeuvre en fonction de la musique jouée. Le public était nombreux – 3500 personnes sur les 3 soirées et l’after à Concrete – était varié, composé d’amateurs de musiques électroniques en tous genres, mais aussi de Japonais de Paris comme on l’a dit, et de curieux en goguette. Et ça n’était pas gagné compte tenu du calendrier (début mai, période de ponts) et de la météo, plutôt pluvieuse, donc invitant davantage au cocooning. Dans tous les cas, on a hâte de découvrir la programmation de la prochaine édition.

Crédits photo : Viet Le Hoang

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