ONE OK ROCK : une chute ou une ascension ?

Le dernier album de ONE OK ROCK Eye of the Storm, sorti en février dernier avait pour objectif de changer de ligne artistique comme a pu le dire leur chanteur, Taka, lors de multiples interviews. Et changer de genre, ce n’est pas choisir la voie de la facilité surtout lorsqu’on est connu pour être un des groupes de rock japonais les plus populaires de ces dernières années. À l’occasion de leur concert à La Seine Musicale ce 26 mai 2019, Journal du Japon est allé vérifier, en live, ce que valait ce nouvel opus…et ce renouveau de ONE OK ROCK.

Première partie : de la pop !

Dan Lancaster – Copyright © Charles Pozzo Di Borgo

Avant de commencer ce pourquoi tout le monde est ici, c’est Dan Lancaster qui s’est occupé de lancer la soirée. Loin d’être un inconnu au bataillon, il a déjà travaillé avec le groupe sur leur précédent album Ambitions où il joue le rôle de producteur et écrit également des textes pour le chanteur du groupe, Taka. Il a aussi travaillé sur le dernier album de ONE OK ROCK en tant qu’auteur.

Pour revenir sur sa performance live, des musiques pop/rock accompagnées de son accent britannique ont su mouvoir le public, pour certains une bière à la main. Entre guitare, micro et synthé, le moins que l’on puisse dire est qu’il est touche à tout. Son batteur Jake Crawford ne l’a pas laissé seul face à une salle bientôt pleine, et le duo fonctionne d’ailleurs très bien. Les morceaux sont d’une pop douce et sentimentale avec des haussements de voix maîtrisés qui font vibrer la foule. On le sent donner le meilleur de lui-même pour dégourdir le public en ce début de soirée. Quelques retardataires ont pu s’immiscer dans la salle et sont allés rejoindre la foule pour commencer à accoutumer leurs oreilles aux décibels élevés d’une salle de concert. La performance du chanteur a su susciter des cris d’enthousiasme à chaque courtes pauses, un succès pour une première partie d’un concert.

Les lumières se sont rallumées et on a pu constater une immense salle remplie aux trois quarts, ce qui n’est pas rien. Si on compare à leurs précédents lives comme celui de Los Angeles, Paris doit former un de leur plus large public en live. Fort ce premier constat, l’entracte a pu se terminer et les festivités, quant à elles, débuter.

Entre studio et live : un changement radical de ton

Taka, micro en main et face au public, décide de frapper fort dès le début avec un banger, Push Back, tout droit issue de leur dernier album. La caisse claire et la grosse caisse du batteur Tomoya résonnent dans la salle et accompagne la voix de Taka sur le début du morceau et installe une ambiance solennelle mais à base de mini breaks. Celle-ci sera vite brisée à la fin du refrain et ouvrira la voie aux instruments à corde manier par Toru à la guitare et Ryota à la basse. Des cris d’euphorie sont audibles par-dessus la voix de Taka alors que ce dernier pousse de plus en plus fort sur ses cordes vocales. Il exprime successivement des sentiments comme le courage, la confiance en soi et la détermination dans cette musique, des notions que l’on retrouve aussi dans beaucoup d’autres titres de leur album. Ils ont fait le choix de commencer très fort avec un banger mais des morceaux comme ça, ils faut dire qu’ils en ont sous le coude. On remarque très vite, aussi, que les différents morceaux sont très différentes en studio et en live. A l’écoute de l’album, on n’entend pas Taka crier comme il a pu le faire sur les derniers albums de ONE OK ROCK. Ce n’est pas le cas en concert : ici il n’y a pas de limite pour le chanteur et il étend toutes les capacités de ses cordes vocales.

Throwback et « Ambitions » du groupe

Taka – Copyright © Charles Pozzo Di Borgo

Une fois le public conquis par cette introduction, le groupe fait un petit bond deux ans en arrière avec We are, la chanson phare de leur album Ambitions. Les fans venus pour du rock sont alors servis. La foule reconnaît le morceau dès les premières secondes et se met à hurler de joie et à chanter en chœur. Dan Lancaster rejoint la scène et accompagne Taka sur ce morceau suivant, Taking Off. Toru et Ryota sillonnent chacun un côté de la scène, effectuant des sauts ou des levés de jambes lors des drops. Ils n’hésitent pas à utiliser le plus d’espace possible, notamment le bord, juste en face de la fosse où des bras se lèvent comme pour toucher leur idole. Taka quant à lui semble être plus libre, toute la scène lui appartient et il possède même un support surélevé au milieu de la scène qui lui permet d’être vu de tous. La chorégraphie reste la même tout du long, simple mais efficace.

Les sifflements qui sortent des enceintes trahissent l’identité de la chanson suivante, il s’agit de Unforgettable. La triste réalité d’un temps immuable qui efface tous sur son passage. ONE OK ROCK veut passer outre cette fatalité et être éternel dans l’esprit collectif. On retrouve souvent ces notions transcendantales voire divines dans leurs dernier album. Le groupe souhaite toucher un maximum de personnes à travers leurs musiques (ce pourquoi ils chantent quasi-entièrement en anglais). Ils parlent alors dans un langage universel et compréhensible de tous, aussi bien dans le fond que dans la forme. Sauf que toucher un large public au détriment de leur langue natale n’a pas pour plaire à leur fan-base japonaise. Sous prétexte que le label demande des musiques en anglais, Taka réduit de plus en plus les paroles japonaises, jusqu’à obtenir deux albums différents, un en anglais et un autre en japonais. Rares sont les musiques avec des paroles japonaises mais en voici une et elle vient tout droit de leur album Jinsei×Boku=Clock Strikes.

Tomoya – Copyright © Charles Pozzo Di Borgo

 

 

ONE OK ROCK ou ONE OK POP ?

À la moitié du concert, afin de redonner du souffle à son public, Taka reprend Head High mais sur un ton plus dramatique qu’en studio. Les flashs de téléphones s’allument et font des va-et-vient au rythme de la chanson. Une musique qui fait bien la vitrine de ce nouveau ONE OK ROCK, avec des accords plus pop que rock. Les fans déçus de ce nouveau ONE OK ROCK s’amuseront à les appeler ONE OK POP mais ces remarques passent au-dessus de Taka qui reste fier de ce tournant comme il a pu le dire en interview. Head High est même une des chansons qu’il prend plaisir à chanter en live puisque ce n’est pas ce qu’il avait pour habitude de faire.

Toru – Copyright © Charles Pozzo Di Borgo

Comme le titre du morceau l’indique, le groupe garde la tête haute vis-à-vis des puristes qui voudraient voir le groupe tel qu’il a toujours été, c’est-à-dire un groupe de rock. Sauf qu’il est déjà trop tard comme les paroles le disent très bien : « Ils essayent de m’arrêter, mais c’est déjà trop tard, on ne peut plus interférer mon destin ».A la moitié de ce morceau, l’ambiance dramatique avec la voix douce voix de Taka suivi des quelques accords de guitare de Toru, vrille. La batterie de Tomoya et la basse de Ryota rejoignent la course et c’est une dimension tout autre que prend la musique. Les basses retentissent et font vibrer la foule. La chaleur de la salle n’empêche pas cette dernière de ressentir un frisson d’excitation.

Take what you want rejoint la course, encore une autre de leur album Ambitions mais tout aussi indispensable à un concert de ONE OK ROCK. Ces slaloms entre le nouvel album et les plus anciens ont pour mérite de faire plaisir à l’intégralité de la salle et de mettre tout le monde d’accord.

« La prochaine parle des différences qu’on a tous » annonce Taka à la fin de Take what you want. En effet il s’agit bel et bien de Stand Out Fit In. Les paroles racontent cette fois-ci clairement une histoire, où beaucoup de fans se reconnaissent sans doute : le rejet de la différence par autrui. Le message transmis par cette musique encourage notamment les victimes de harcèlement, jeune ou adulte. Taka atteint les aigus à plusieurs reprises, Ryota et Toru le soutiennent et apportent une valeur ajoutée aux refrains. Le groupe s’est même investi dans un vidéo clip qu’ils ont sorti quelques mois avant la sortie l’album Eye of the Storm. Celle-ci et a atteint pas moins de 18 millions de vues, la plus vue de l’album susdit sur Youtube.

Petite pause pour le chanteur Takahiro Moriuchi qui quitte la scène et laisse Toru Yamashita à la guitare, Ryota Kohama à la basse et Tomoya Kanki à la batterie pour une session instrumentale de mi-concert qui saura garder les spectateurs en haleine. Tout ce qu’on entend pour l’instant, c’est un riff strident de la part de Toru. Après un silence, il enchaîne cinq notes sur sa guitare qui se conclut par la son de la charleston de Tomoya puis calme plat. Puis le même enchaînement intervient, trois fois, quatre fois, le tout s’accélère puis la musique commence. Enfin les musiciens peuvent étendre leur talent sans forcément accompagner la voix de Taka. Aucune retenue dans leurs mouvements, les cheveux de Tomoya tournoient rendant son visage presque imperceptible, les vêtements amples de Ryota lui permettent de faire des tas de cabrioles et Toru gratte sa guitare à s’en brûler les doigts.

Ryota – Copyright © Charles Pozzo Di Borgo

A la conquête du monde

A la fin de ce spectacle dans un spectacle, Taka revient sur scène avec Giants, une autre musique puissante et adéquate pour faire chanter le public lors des refrains. Puis, comme ils l’ont fait depuis le début, le groupe alterne nouvel et ancien album, tout en conservant la notion de grandeur : I Was King de l’album Ambitions succède donc à Giants. Taka l’a beaucoup dit lors d’interviews, le groupe a pour souhait de relever tous les défis, le plus grand d’entre eux étant de conquérir le monde par leur musique. Il n’avait pas d’autre choix que de changer de ligne artistique, le rock ne vendant pas aussi bien que la pop. Un titre a pour vocation de symboliser ce tournant, Change, et ça tombe bien puisque c’est le prochain de la setlist du groupe. Ici les paroles ne font aucun doute, il s’agit bien d’exprimer cette volonté de briser la case dans laquelle ils sont mis. La différence, le changement et l’acceptation sont des thèmes récurrents qui ne sont pas choisis au hasard.

S’en suivent trois titres antérieurs à leur dernier album, dans l’ordre : The Beginning, Jaded et Mighty Long Fall. On retrouvera un peu de japonais avec The Beginning que nous n’avons pas eu l’occasion de beaucoup entendre.

Un rappel inhabituel

Alors que le groupe commence à saluer le public en guise de remerciement et d’une fin de concert imminente, Taka commence à chanter Wasted Nights de leur dernier album. Une célébration de l’instant présent digne du poème d’Horace Cueille le jour sans te soucier du lendemain, probablement le choix le plus judicieux pour conclure un concert. Les cris sont à leur apogée, et pris d’une joie sans limite, les spectateurs jettent leurs bracelets lumineux sur les artistes. Les bracelets n’étaient pas disponible sur place, en effet ils se sont mis d’accord au préalable pour acheter ces bracelets. Taka, Toru et Ryota qui sont sur les devants de la scène se couvrent de leurs mains tout en battant retraite vers leur batteur Tomoya. « Vous savez que ça fait mal » dit Taka sur le ton de l’humour. Les artistes se mettent eux aussi à jeter les bracelets, maintenant sur scène, dans les airs et dans le public.

Dans l’enivrement d’une salle de concert et d’une performance réussie, il est difficile de se rendre compte si les fans apprécient ce nouvel opus qui change drastiquement la nature du groupe. Des paroles maintenant dans leur quasi-totalité en anglais et une instrumentale très pop les dirige vers une dimension plus mainstream, alors qu’ils étaient aux antipodes de cette définition quelques années auparavant. Mais ce désir de plaire au plus de personnes possible les obligent à prendre cette voie. En mettant de côté leur singularité, l’attention que leurs fans leur porte pourrait désormais chavirer vers un autre groupe qui sortirait à son tour du lot, comme My First Story par exemple. Mais ne tirons pas de conclusions trop hâtives, le groupe est encore en pleine forme et est capable de nous surprendre avec leur prochaine sortie… Et de continuer d’enflammer son public en concert !

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3 réponses

  1. Balmung dit :

    Merci pour ce live report très intéressant à lire. On sent vraiment à travers la lecture cette transition pour le groupe.
    J’espère pour eux que le public suivra, et qu’ils arriveront aussi à toucher plus de monde.
    J’avoue que je fais partie de ceux qui aimeraient les voir plus chanter en japonais, même si je comprends bien le pourquoi de ce choix.

  2. Nao dit :

    Assez bon résumé du concert attention il y a quelques erreurs : Clock Strikes vient de leur album Jinsei X boku et non ambitions, de plus il ne me semble pas que Dan Lancaster les ait rejoint sur We are

    Je crois également que Taka a chanté la version anglaise de Mighty long fall donc pas de japonais mais on en retrouve dans Clock strikes et Change (on a eu droit à la version japonaise)

    En ce qui concerne les bracelets c’était un fan project à moitié réussi, ce qui était prévu était qu’ils soient activés pendant le rappel (pour avoir une belle salle multicolore) en chantant le refrain de Change pour montrer notre soutien vis à vis de leur changement de style. Pendant le rappel une bannière a été mise en place également dans cette thématique de soutien (on y avait noté « Let’s Change together »)
    Bref il n’était pas du tout prévu qu’ils soient jetés sur le groupe. Cela s’est fait spontanément dans l’euphorie du moment x)

    • Théo Forey dit :

      Bonjour, je suis Théo Forey, l’auteur de cet article. Merci d’avoir pris le temps de nous lire.
      En ce qui concerne les erreurs, elles sont corrigées, merci d’avoir pris le temps de les souligner et de nous en avoir fait part. Je ne vais pas inclure les informations sur les bracelets puisque je n’en avais pas eu vent, votre commentaire suffit à l’indiquer !
      Bonne journée.

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