[Portrait] Hirohiko Araki : La destinée de son encre

Hirohiko ARAKI, de son vrai nom Toshiyuki ARAKI, est un mangaka né à Sendai en 1960. Il est majoritairement connu pour être l’auteur de JoJo’s Bizarre Adventure. Peut-être que cela ne vous évoque que des hommes bodybuildés prenant des poses saugrenues, mais son œuvre ne se limite pas qu’à ça, et son originalité a apporté beaucoup d’autres choses au monde de la fiction.

La vie de l’auteur

Enfance

Hirohiko Araki

Hirohiko ARAKI

Grand frère de deux jumelles, ARAKI s’est progressivement senti à l’écart, car ses deux jeunes sœurs étaient très complices, et rapidement, il prit goût à la vie solitaire. Il se mit à lire énormément. Dans un premier temps beaucoup de manga de sport, mais aussi des mangas historiques. Ces derniers lui donnèrent le goût du réalisme dans ses œuvres. Il s’intéressera aussi aux romans, y préférant les polar d’Edogawa Ranpo, ou ceux de Conan Doyle. Mais c’est pourtant Babel II, un manga de Mitsuteru YOKOYAMA de 1971 adapté en anime en 1973, qu’Araki considérera comme le manga de ses « origines ». Après tout, le personnage principal se nomme Koichi et porte son uniforme scolaire dans ses aventures.

Il dessinera dans un premier temps en secret, jusqu’à ce qu’un de ses amis de lycée le complimente sur un de ses mangas amateurs. Il décide alors de soumettre des œuvres. En 1980, Sur le conseil d’un éditeur de la Shueisha, ARAKI candidate à un concours d’écriture avec son manga Busou Poker, qui sera sélectionné au Prix Tezuka.

Début de carrière

Weekly Shonen Jump Jojo Phantom Blood Cover

ARAKI à l’honneur dans cette édition du Jump pour le lancement de JoJo’s Bizarre Adventure

Dès 1981, ARAKI sera publié dans le Weekly Shônen Jump, le célèbre magazine de manga hebdomadaire qui lui donnera beaucoup de visibilité. Et l’année d’après, il sortira Cool Shock B.T, puis, entre 1984 et 1985, il publiera Baoh, le visiteur, un manga dont l’OAV nous parviendra en France en 1995, ainsi que Gorgeous Irene.

En 1986, il sortira son œuvre la plus célèbre : Jojo’s Bizarre Adventure, qui est toujours en cours de parution, y comprit dans l’hexagone chez Delcourt-Tonkam. Plus de 100 millions de tomes ont été vendus rien qu’au Japon. En effet, JoJo’s Bizarre Adventure est une série de manga particulièrement longue, divisée en parties ayant chacune leur propre protagoniste. ARAKI écrit actuellement la huitième partie : Jojolion. L’auteur approche de la soixantaine mais il a encore la forme !

Procédé d’écriture et hygiène de vie

desk desktop bureau travail mangaka Araki Hirohiko JoJo

Le bureau où travaille ARAKI

Comme beaucoup de mangakas, ARAKI faisait énormément de nuits blanches à ses débuts. Désormais, il se lève à dix heures pour commencer sa journée. Le dimanche, il prépare son story-board, et dès lundi, il commence à dessiner ses planches, et ce, jusqu’à jeudi. Il se repose le vendredi et le samedi. le mangaka a toujours privilégié le travail à l’ancienne. Il fait tout à la main, et n’a pas d’ordinateur sur son bureau. D’ailleurs, il utilise encore le plan de travail que lui avait fabriqué son père il y a plus de trente ans. Son rituel pour se mettre au travail le matin est de tailler son crayon bleu avec un cutter.

ARAKI est connu pour ne pas donner l’impression de vieillir, ce qui est devenu une inside joke chez ses fans, qui lui attribuent des pouvoirs surnaturels similaires à ceux qu’on retrouve dans son œuvre. Là où beaucoup de mangakas connaissent de graves problèmes de santé, l’auteur JoJo se dit en parfaite santé et se sent toujours aussi jeune. Il faut dire qu’ARAKI a toujours été sportif, et il continue d’aller sans faute à la gym, et nage très régulièrement. Il avait aussi pour habitude de prendre des douches froides même en hiver, mais il y a mis un terme en apprenant que cela pouvait être mauvais pour son cœur.

Le Style ARAKI

Un passionné des arts visuels

Rohan au Louvre Hirohiko Araki JoJo cover

Rohan au Louvre est un one-shot issu d’un partenariat entre le célèbre musée et ARAKI en 2009

ARAKI se démarque sur de nombreux points, et puise notamment dans ses diverses inspirations. Passionné d’art depuis très jeune, il porte un intérêt tout particulier à Paul GAUGUIN, et cela se retrouve dans sa façon de colorer toute particulière (on se rend compte en regardant l’anime que certaines scènes ont des couleurs totalement différentes, ce qui est sans doute la volonté de l’auteur). Pourtant, ARAKI se revendique du maniérisme. En effet, il s’inspire de Michel-Ange dans sa quête de la représentation humaine. Prenant modèle sur des sculptures de la Renaissance, le mangaka met en scène ses personnages dans des postures étranges, voire surréalistes.

Mais ses influences ne se limitent pas à l’art classique, et on retrouve du Egon SCHIELE, aussi bien que du Gustav KLIMT dans ce choix artistique. Le mangaka s’inspire aussi de ses prédécesseurs, notamment Buronson, l’auteur de Ken le Survivant. Ce parti-pris renforce le côté « Bizarre » des aventures de JoJo. Et il a fait mouche auprès des fans qui ont fait de ces poses toute une institution : les Jojo Pose. Le succès toujours grandissant de cette œuvre amène bien des gens à se mettre en scène dans des positions dignes des cases les plus mémorables du manga Jojo.

 

Un aficionado de la mode

Jolyne, Fly High with Gucci Jojo Spur 90th

Jolyne, Fly High with Gucci, le second spin-off du partenariat avec la marque de luxe italienne

Mais les poses ne viennent pas que de l’art classique. Ils proviennent aussi de photos de modèle que l’on retrouve dans des magazines fashion. ARAKI a toujours été très friand de mode et comptait se rabattre dans ce domaine si ses mangas ne marchaient pas. Mais il a quand même pu se démarquer dans le monde de la mode grâce au chara design de ces personnages. Ceux-ci sont hauts en couleur et leur style vestimentaire ne passe jamais inaperçu. Voilà pourquoi il a pu faire un partenariat avec Gucci pour créer des illustrations originales pour faire la promotion de la collection automne/hiver de fin 2011/début 2012. A cette occasion, il a aussi publié deux one-shot reprenant des personnages de JoJo en collaboration avec le magazine Spur qui participait aussi aux 90ème anniversaire de Gucci.

Un grand amateur de musique

Son style se retrouve aussi sur le plan musical, ou plus largement sur le plan auditif. Bizarre pour un mangaka, n’est-ce pas ? C’est pourtant un trait caractéristique de son œuvre. Les effets sonores et autres onomatopées sont utilisés à foison, et servent la plupart du temps à rajouter de la tension et du suspens, notamment avec le célèbre « go », son répété plusieurs fois lorsqu’un personnage se comporte de façon intimidante. On peut aussi noter la déformation du « janai » (marque de la négation en japonais, souvent traduisible par « ce n’est pas ») qui dans JoJo est prononcé « Jaanai » (avec un a allongé) par tous les personnages, sans exception. Plus que d’avoir créé un tic de langage, ARAKI propose un micro dialecte propre à son manga qui sera repris fidèlement dans l’adaptation en anime, et qui permet de reconnaître à l’oreille son œuvre à partir d’une simple réplique. Et quand on parle de musicalité, on pense aussi à l’amour inconditionnel d’ARAKI pour le rock occidental. Voilà pourquoi énormément de références à des artistes, des morceaux ou des albums se retrouvent dans les noms de personnages, ou de leur pouvoirs. Un des antagonistes de JoJo s’inspire aussi de David BOWIE. L’anime est d’ailleurs un des seuls à utiliser des musiques occidentales pour ses ending.

Un écrivain au style inoubliable

Kishibe Rohan daga kotowaru JoJo face

Image issue l’anime reprenant une case extrêmement célèbre du manga JoJo, on retrouve ici le style typique de l’auteur.

Sur un plan plus philosophique, ARAKI est un humaniste convaincu, et il affirme que JoJo est une ode à l’humanité. Son œuvre est particulièrement violente, voire gore, comme on pouvait le voir dans beaucoup de manga des années 80. Mais le mangaka insiste que la raison d’être de JoJo est de parler d’amour et d’aventure. Il place les personnages au delà de l’histoire, et considère que la réussite d’une fiction dépend de la qualité du protagoniste. Selon ARAKI, si le personnage principal laisse une impression de déjà-vu, l’œuvre est un échec. Sur le plan technique, il a toute une liste de paramètres qu’il utilise pour créer des personnages aussi complexes que réalistes. On peut remarquer aussi qu’il les dessine seul sur ses planches, et laisse les décors au soin de ses assistants. Enfin, le mangaka a pris le partie dans JoJo d’introduire des personnages de diverses nationalités, et l’action se situe dans divers pays. ARAKI pense que le manga gagnerait à élargir ses horizons, quitte à ce que le lecteur japonais puisse moins s’identifier aux protagonistes. L’auteur est en particulier passionné par l’Italie, là où se déroule toute une partie de Battle Tendency, ainsi que l’intégralité de Golden Wind. Nous autres français avons même eu le droit à un personnage principal français: Jean-Pierre Polnareff, dont le nom quelque peu ridicule est bien inspiré du chanteur Michel POLNAREFF. L’œuvre du mangaka s’inscrit donc aussi dans le mondialisme.

La Magie et le Combat post-JoJo

Dio Jotaro approaching JoJo manga panel

Dio et Jotaro s’apprêtent à s’affronter. Les poses et les effets sonores, tout annonce un duel légendaire.

ARAKI a apporté énormément au monde du manga, notamment grâce à JoJo. On peut même dire qu’il a révolutionné le manga de combat. Dans les années 80, les combats se réglaient la plupart du temps par la force brute, et le vainqueur d’un duel était celui qui arrivait à déployer le plus d’énergie dans son combat, à l’instar de Dragon Ball Z. JoJo a dans un premier temps révolutionné les systèmes de « magie » de l’époque en introduisant dans sa troisième partie les « stands », qui personnifient les pouvoirs surnaturels de son utilisateur. Les manieurs de stand s’affrontent en exploitant leurs pouvoirs pour vaincre leurs adversaires. Que chaque personnage ait ses propres pouvoirs, et qu’ils doivent interagir avec les stands dans leurs affrontements ont inspiré bien des œuvres par la suite, à l’instar de Persona ou encore Konjiki no Gash Bell !!.

Mais la véritable révolution se fait dans la façon dont se déroule les combats, que l’on nomme « zunousen » (guerre cérébrale). Plutôt que de compter sur leurs muscles saillants, les personnages exploitent leurs pouvoirs de manière toujours plus ingénieuses pour prendre le dessus sur leurs adversaires, qui sont, la plupart du temps, aussi malins. Voilà qui donne des affrontements riches en rebondissements, et qui nous tiennent en haleine tout le long. L’auteur a même confié qu’il se mettait lui-même dans des impasses scénaristiques et qu’il réfléchissait longuement à comment il pouvait faire en sorte que son personnage retourne la situation. On retrouve notamment ce type de combat dans Hunter x Hunter, qui montre beaucoup de similitudes avec JoJo. Certains reprocheront le côté invraisemblable de ces affrontements, où les personnages se sentent obligés de tout expliquer alors que l’action qu’ils commentent durent une poignée de secondes.

Caesar Zeppeli Joseph Joestar JoJo Pose

De célèbres JoJo poses, souvent reproduites par les fans.

Il est clair qu’il y a un avant, et un après JoJo, et tout cela, on le doit à Hirohiko ARAKI, qui continue de faire évoluer sa série au fil des années avec la même passion. Aujourd’hui, on retrouve des références à son œuvre de partout, au point qu’il existe un terme pour les désigner : « JoJo references ». On aurait de quoi faire un article entier pour lister tous les clins d’œils qui ont été fait en l’hommage de ce monument du manga et de son créateur dévoué.

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2 réponses

  1. Poyjo dit :

    Chouette article, c’est super riche en renseignements. Merci pour la lecture.

  2. Vagabond dit :

    Super article, bien complet et bien fourni !

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