Les saisons Hanabi, un nouveau festival de cinéma japonais

Amateurs et amatrices du Japon, réjouissons-nous car un nouveau festival de cinéma japonais a vu le jour ! Nommé Les saisons Hanabi, ce festival devrait proposer à chaque saison et à travers la France, une programmation mêlant nouveautés, ressorties ou exclusivités aussi bien en animation qu’en film dit live. Le festival qui sera sur nos écrans du 5 juin au 18 juin regroupe les éditions des saisons printemps et été avec 13 films à découvrir ou à revoir dont 3 films d’animation, 7 de fiction, 1 documentaire, 1 série de court-métrages regroupés sous un même concept et 1 film surprise. Mélange d’audace et de valeurs sûres, cette édition couplée permet de combler autant l’envie d’évasion que de réflexion sur des sujets propres à l’époque contemporaine.  Présentation des films par l’équipe JDJ, entre attentes des films à venir et critiques des films déjà vus (programme complet en fin d’article). 

Saison du printemps du 5 au 11 juin

Le festival s’ouvre avec le film d’animation au titre le plus incongru qui soit : Je veux manger ton pancréas qui sortira officiellement le 21 août sur les écrans français. Rien ne change puisque l’on retrouve le thème surexploité en japanime de l’adolescence et des amitiés lycéennes, mais qu’importe puisque la qualité et l’émotion sont bien là. Car ce film est un petit bijou sur l’amitié, sa richesse et son importance, son impact même sur la personne que l’on devient. Entre l’héroïne enthousiaste et éclatante et le héros hyper frustré et renfermé, le lien finit par se créer avec comme nœud l’acceptation de la mort et le deuil. Comment peut-on vivre une vie si courte, quelle trace peut-on laisser, que peut-on faire, y-a-t-il quelque chose à faire avant de partir ? C’est en parlant assez librement de la mort que l’histoire dévoile petit à petit les intentions de l’héroïne et le changement qu’elles opèrent chez le héros, celui qui reste. Le ton est résolument optimiste et les moments que vivent ce duo sont drôles, tristes mais surtout sincères.

La sélection printanière met l’accent sur les œuvres de Ryusuke HAMAGUCHI avec Senses, épisodes 1 à 5, Passion, et Asako I & IIRyusuke HAMAGUCHI est reconnu aujourd’hui comme le petit prodige du cinéma japonais contemporain. Auteur de films fleuves sur un quotidien qui n’est jamais ce qu’il semble être, le réalisateur aime à titiller le simple fait que rien dans la vie n’est jamais acquis. Il en résulte des œuvres qui déplient lentement leur intrigue tout en nuances, développant un effet fascinant sur ce qui nous rend vivants : l’amour, l’amitié, la maturité… Cette sélection vous permet de découvrir des œuvres marquantes de sa filmographie, de son premier film Passion, son oeuvre de fin d’études, à Asako I & II son nouveau film sorti en janvier dernier. Un cinéaste devenu incontournable pour quiconque s’intéresse au cinéma japonais !

Dans un jardin qu’on dirait éternel de Omori TATSUSHI nous plonge dans le monde de l’apprentissage de la cérémonie du thé. A travers cet art ancestral, deux jeunes femmes fraîchement diplômées et dans l’expectative de leur futur vont apprendre à apprécier la fugacité de l’instant et à pleinement vivre le moment présent, et par là même elles trouveront ainsi leur voie. De part son sujet et son décor, ce film offre un véritable moment de paix au spectateur durant lequel la beauté du moment et la grâce de chaque action sont célébrées. Une véritable pause, une vraie décélération dans nos vies modernes. Si vous le ratez durant cette semaine de festival, ce film sortira en salles le 10 juillet.

Voici la bande-annonce de la saison du printemps :

Saison d’été du 12 au 18 juin

Maquia, le destin d’une mère de OKADA Mari – 2018

Maquia, jeune orpheline, fait partie du légendaire peuple Iorph connu pour sa longévité. Vivant à l’écart du reste de l’humanité, les Iorph sont surnommés « le clan des séparés ». Mais Maquia désire se lier aux gens et ce, malgré les avertissements du chef de clan, Racine, qui la met en garde contre l’attachement émotionnel envers des étrangers, affirmant qu’elle saura ce qu’est la vraie solitude si elle se rapproche de ceux qui sont différents d’eux. Un jour que son village est attaqué par le royaume de Mezarte désireux d’obtenir leur longévité, Maquia se retrouve séparée des siens et trouve un nourrisson qui vient de perdre ses parents. Elle décide de l’élever comme son propre enfant bien que leurs espérances de vie soient totalement différentes, le bébé n’étant pas un Iorph.

Epaulés par le staff réuni par P.A. Works, Toshiya SHINOHARA et Mari OKADA, forts de leur expérience notamment avec leur travail sur Nagi no Asukara pour le premier et Ano Hana pour la seconde, nous font vivre une histoire à la fois triste et emplie d’amour maternelle. Nous sommes entraînés dans la vie pas toujours facile de Maquia qui doit éduquer son enfant, Ariel, tout en faisant attention à ce que son identité ne soit pas révélée aux autres, en particulier lorsque le temps qui passe n’a pas le même impact sur eux deux. Le film est visuellement somptueux,  l’univers et le ton aussi doux que passionnés et la violence, physique comme morale, est présente dans certaines scènes.

Nous avions consacré un article à ce film lors de sa projection exclusive l’année dernière sur Paris.

Un été avec Coo de Keiichi HARA, 2007

L’édition estivale permet de découvrir 2 œuvres de Keiichi HARA, un réalisateur qui compte dans le milieu de l’animation japonaise avec, notamment, les films Colorful (2011) et Miss Hokusai (2015). Les deux films choisis, en plus d’être sa première et sa dernière réalisation indépendantes, se déroulent tous les deux dans le même contexte, celui de la famille dont plusieurs membres vont être confrontés au fantastique : le folklore japonais pour Un été avec Coo et le monde parallèle pour Wonderland, le royaume sans pluie.

D’abord, Un été avec Coo qui est le film qui l’a révélé.

Kôichi, jeune écolier en quatrième année de primaire, découvre une pierre bien étrange dans le lit asséché d’une rivière et la rapporte à la maison. Alors qu’il décide de laver ce précieux trophée, un étrange animal en sort. Surprise, c’est un kappa, un yokai tortue appréciant les rivières. La famille de Kôichi appelle cette créature Coo et décide d’en prendre soin. Toutefois, la rumeur de la présence de Coo ne tarde pas à se propager et toute la ville ne parle plus que de lui. Inquiet d’ennuyer la famille de Kôichi, Coo décide de partir. C’est ainsi le début des aventures de Coo à la recherche d’autres compagnons kappa.

Un été avec Coo est une réussite qui n’a rien à envier aux productions du studio Ghibli. Le film d’un peu plus de 2 heures a les ingrédients d’un bon film familial mais attention, des passages comme la mort du père de Coo au début du film, par exemple, pourront choquer un public de moins de 8 ans. Avec finesse, réalisme et sans vision manichéenne de la société, de nombreux thèmes sont abordés comme le rapport de l’homme à la nature ou la tolérance et la violence scolaire. Une belle histoire d’amitié entre un kappa et un enfant qui saura faire couler quelques larmes.

Wonderland, le royaume sans pluie de Keiichi HARA, en salles le 24 juillet 2019

Dernière production en date du réalisateur, Wonderland, le royaume sans pluie est très attendu des amateurs d’animation japonaise. Il est cette année en compétition au festival d’Annecy.

Akane est une jeune fille rêveuse qui s’ennuie dans sa petite ville. La veille de son anniversaire, elle se rend chez sa tante antiquaire pour récupérer son cadeau. Dans l’étrange bric à brac de la boutique, elle pose sa main sur une pierre magique. S’ouvre soudain un passage secret d’où surgit Hippocrate, un alchimiste venu d’un autre monde. Il veut convaincre Akane qu’elle est la Déesse Verte dont parle la légende et qu’elle seule peut éviter la terrible sécheresse qui menace son royaume. Accompagnées de l’alchimiste et de son disciple Pipo, Akane et sa tante s’engagent dans un voyage fantastique pour sauver Wonderland.

La bande-annonce laisse entrevoir un film visuellement assez bluffant qui promet un voyage extraordinaire, une aventure qui colle parfaitement à l’été, saison où l’envie d’évasion, même par écran interposé, est le maître mot. Mais sous cette beauté et cette légèreté apparentes, l’exploitation humaine des ressources naturelles, avec ici la problématique actuelle et assez inquiétante du manque d’eau, semble occuper la première place côté scénario avec l’engagement ou l’affirmation de soi porté par le personnage d’Akane. Un récit qui semble donc posséder deux niveaux de lecture, universel et individuel, et quand le mariage des 2 est une réussite au cinéma, cela donne toujours des pépites.

Tenzô de Katsuya  TOMITA, sortie prochaine

Katsuya TOMITA est un réalisateur très apprécié au sein de l’équipe JDJ et ça n’est que légitime puisque chacun de ses films est une expérience de cinéma. Tenzô, sa dernière œuvre présentée cette année en compétition à la semaine de la critique à Cannes ne fait que confirmer le talent de ce réalisateur.

Bouddhisme et modernité font-ils bon ménage? Tenzô, ©Art House films

Bouddhisme et modernité font-ils bon ménage? Tenzô, ©Art House films

Fiction qui aurait pu être réelle ou réalité transformée en fiction, Tenzô, le dernier film de Katsuya TOMITA fait à peine une heure ce qui représente le tiers de la durée de son précédent film, Bangkok Nites, qui lui affichait plus de trois heures au compteur. Pourtant, on y retrouve la même énergie et la même capacité du réalisateur à donner à chaque scène une dimension aussi onirique qu’inoubliable.

En suivant la trajectoire de deux moines, l’un qui s’est fait un devoir de lutter contre le suicide, l’autre d’aider à la reconstruction de la région de Fukushima, TOMITA donne à voir, en miroir, deux mondes en déclin, celui d’un bouddhisme qui semble s’être égaré et celui d’un Japon qui n’arrive pas à se relever du tsunami de mars 2011. Surtout, il donne à voir ceux qui, malgré tout, refusent d’abandonner et voient dans les images, la musique ou les mots, la possibilité de faire advenir un jour nouveau.

L’homme qui venait de la mer de Kôji FUKADA, sortie prochaine

Sur les rivages d’Indonésie, un jeune homme vient d’être rejeté par la mer. Il semble japonais mais ne dit pas un mot. Tout le village est fasciné par celui qu’ils prénomment Laut, et qui démontre bientôt d’étranges pouvoirs. Sa présence va avoir une grande influence sur les petites histoires de chacun.

Dans Au revoir l’été, le premier film de Kôji FUKADA diffusé en France en 2014, l’un des personnages se réfugiait à la campagne pour traduire un roman indonésien. Cinq ans plus tard, le réalisateur d’Harmonium et de Sayonara est de retour, et, cette fois, l’Indonésie n’est plus le prétexte mais le décor de son nouveau film, L’homme qui venait de la mer. Un choix qui, chez un réalisateur comme Fukada, maître des ambiances qui ne brille jamais plus que lorsqu’il s’écarte de sa narration et donne à voir et sentir des sensations et des émotions sans les dire, a le mérite d’intriguer. Simple exotisme ou véritable opportunité de renouveler son cinéma et d’explorer un nouveau monde ? Pour avoir la réponse, il faudra attendre la sortie, pas encore datée, du film dans les salles françaises, ou alors profiter de cette diffusion en avant-première proposée par Les saisons Hanabi.

Anticipation japon, œuvre collective de Akiyo Fujimura, Chie Hayakawa, Kei Ishikawa, Yusuke Kinoshita et Megumi Tsuno

5 histoires portées par 5 réalisateurs japonais qui imaginent le Japon de demain. Une œuvre chorale d’anticipation orchestrée par Hirokazu KORE-EDA, réalisateur palmé à Cannes en 2018 avec Une affaire de famille. Il sera intéressant de voir les différentes visions offertes par des artistes qui nous sont encore inconnus mais aussi d’observer le travail de mentor qu’aura réalisé Kore-Eda auprès de ces 5 artistes. L’anticipation est un sous-genre qui porte en lui les angoisses ou les espoirs du présent avec une force qui peut être très troublante et son exploitation cinématographique est toujours une expérience excitante pour le spectateur. Ce film est probablement le risque à prendre, le pas dans l’inconnu à faire dans cette programmation.

Ne coupez pas! de Shin’ichirô UEDA, sortie le 24 avril 2019

Le tournage d’un nanard zombiesque fauché se voit parasité par l’irruption de véritables mort-vivants. Le réalisateur, excédé par ses acteurs et son équipe, va saisir la balle au bond pour enfin tourner un film à la hauteur de ses exigences. Hors de question d’arrêter la caméra !! Mais est-ce bien tout ?

Autant prévenir, pour toute personne allergique à la série z carton-pâte ou au film de zombie en found footage, Ne coupez pas! commence mal ! Aucun des clichés inhérents au fantastique-gore fauché ne manque et on redoute le pire jusqu’à l’arrivée finalement assez rapide d’un générique de fin qui marque en fait le véritable début du film ; faux film de zombie, mais vraie comédie sur le cinéma et les affres de la création. Le réalisateur fait siennes les limitations de son budget pour coller au projet et on sent, avec une jubilation certaine, le vécu et les anecdotes de tournages galères, la frustration face aux égos des uns et des autres, bref, toute l’expérience d’un tournage ! On s’amuse donc beaucoup avec cette version japonaise de Ça tourne à Manhattan/Living in Oblivion au pays des morts-vivants.

Plus d’informations sur la programmation, les cinémas partenaires  et les séances, ici

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