Les concerts symphoniques de jeux vidéo et d’animés

Une œuvre culte, c’est un scénario accrocheur, un univers immersif, des personnages attachants, mais aussi une ambiance musicale qui reste en tête ou qui soutire des larmes. Loin d’être l’exclusivité du cinéma, les musiques de jeux vidéo ont depuis toujours marqué les esprits. Quoi de plus normal, alors, de leur dédier des concerts, au même titre que les grandes sagas du 7ème art tel qu’Harry Potter, Retour vers le futur, ou Star Wars. Journal du Japon vous propose un petit passage en revue de concerts de cet acabit, ayant eu lieu sur notre territoire, pour que vous sachiez à quoi vous attendre si l’envie vous prend d’obtenir un billet.

Orchestre

© La fée Sauvage

Un orchestre au service d’une œuvre

Le principe est simple : proposer des concerts de musique classique, joué par un orchestre plus ou moins grand (du petit ensemble de musique de chambre, à l’orchestre symphonique d’une centaine d’instruments), dont les morceaux sont issus du catalogue vidéoludique pour rendre hommage aux compositeurs d’origine. Généralement, un écran géant placé au-dessus des musiciens projette des vidéos issues de l’œuvre, souvent synchronisées avec le morceau joué au même instant. Les concerts mis en chantier sont bien-sûr ceux des licences les plus populaires, à même de réunir suffisamment de public. La première série de concerts de jeux vidéo est l’Orchestral Game Music Concerts, jouée au Japon entre 1991 et 1996. S’en sont suivis plusieurs autres initiatives, dont le Symphonische Spielemusikkonzerte allemand, premier événement du genre en dehors du Japon, en 2003. Ce n’est que bien plus tard que la France a connu ce genre d’événement, à titre d’exemple: le premier Distant World français remonte à 2013.

Concernant les principaux tourneurs, nous avons en France La Fée Sauvage (Ochestral Memories, concerts de Nobuo UEMATSU, FF XIV Orchestra Concert Eorzean Symphony, One Piece Music Symphony, Sailor Moon Symphony, Pegasus Symphony : music from Saint Seiya), Wayô Records (Melodiosa de Yoko Shimomura, A New World: intimate music from FINAL FANTASY ou encore Vagrantes Melodies), et Overlook Events (Joe Hisaishi Symphonic Concert, Distant Worlds, Saint Seiya Symphonic Adventure, Dragon Ball Symphonic Adventure).

Les prix des concerts vont de 40€ à 130€ en moyenne, les prix les plus élevés étant des places VIP ou Carré Or donnant souvent accès, en plus d’une bonne place, à un bonus du type rencontre/dédicace avec le compositeur, et quelques goodies.

Pour le spectateur soucieux de profiter pleinement du show, il est toujours difficile de savoir s’il doit suivre les images ou les musiciens sur scène. En effet, regarder les projections à l’écran peut donner l’impression d’être simplement en train de jouer à son jeu favori, mais dans une salle de cinéma avec un son d’exception. Et il est bien dommage de se contenter de regarder des extraits que l’on connaît déjà par cœur, quand un parterre de musiciens a répété de nombreuses heures pour livrer une performance impeccable. L’ambiance parmi les spectateurs est généralement assez bonne et studieuse, comme l’exige implicitement un concert symphonique. Or, ce n’est pas forcément toujours le cas, et certaines communautés de fans peuvent se révéler être une plaie lorsque l’orchestre joue.

 

Une bonne ambiance, à quelques exception près…

Nous vous proposons maintenant de revenir sur certains concerts auxquels nous avons pu assister. La France accueille (et parfois initie) de plus en plus ce type de représentation, et nous pensons que ces quelques exemples sont suffisamment représentatifs, même s’il se sont déroulés plus ou moins récemment.

 

KINGDOM HEARTS Orchestra -World of Tres- 2019

Kingdom Hearts Orchestra world of tres

La saga de Tetsuya NOMURA a déjà connu plusieurs tournées. Tout d’abord KINGDOM HEARTS -First Breath- en 2016 qui se cantonnait au Japon, puis KINGDOM HEARTS Orchestra -World Tour- pour deux sessions en 2017 et 2018, et enfin ce KINGDOM HEARTS Orchestra -World of Tres- qui célèbre la sortie du troisième épisode numéroté. La France n’ayant accueilli que le Wolrd Tour de 2017, c’était la deuxième chance pour les Français d’assister à ce concert. C’est de nouveau La fée Sauvage qui s’est occupé de ce concert en France, et le lieu choisi pour l’occasion était le Palais des Congrès de Paris.

Première partie

Dearly Beloved from KINGDOM HEARTS III
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Kaoru WADA

Music from KINGDOM HEARTS
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Kaoru WADA

Music from Re: Chain of Memories
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Kaoru WADA

Music from KINGDOM HEARTS II
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Natsumi KAMEOKA

Music from 358/2 Days
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Sachiko MIYANO

Pretty Pretty Abilities from coded
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Natsumi KAMEOKA

Music from Birth by Sleep
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Mariam ABOUNNASR

Music from Dream Drop Distance
Composé par Yoko SHIMOMURA, Tsuyoshi SEKITO
Arrangé par Tomomichi TAKEOKA

Music of Another Time
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Natsumi KAMEOKA

Diabolic Bash
Composé par Yoko SHIMOMURA
Arrangé par Kousuke YAMASHITA

 

À l’instar des jeux Kingdom Hearts, la chronologie est ici le maître mot. On peut d’ailleurs s’inquiéter de la durée de l’événement lors de la première partie. Alors que Kingdom Hearts 1 et Re:Cahin of Memories sont vite passés en revue, nous avons l’impression que le concert sera très court mais c’est sans compter sur les innombrables épisodes sortis en dehors des Kingdom Hearts numérotés. À cela, il faut ajouter le thème des boss Diabolic Bash (un segment de près de 10 minutes !) qui vient rallonger la durée de vie de cette première partie, qui se termine au bout d’une heure. Ce thème revient dans sa vidéo sur la plupart des boss de la saga, de façon chronologique, ce qui permet de faire un petit récapitulatif juste avant l’entracte, et la reprise avec Kingdom Harts 3. Car toute la seconde moitié du concert est dédiée au troisième volet.

 

Deuxième partie

Face My Fears -KINGDOM Orchestra Instrumental Version-
Composé par Hikaru UTADA & Skrillex
Arrangé par Kaoru WADA

Symphonic Suite: The Worlds of Tres I
Composé par Yoko SHIMOMURA, Tsuyoshi SEKITO,
Randy NEWMAN, Takeharu ISHIMOTO
Arrangé par Natsumi KAMEOKA

Symphonic Suite: The Worlds of Tres II
Composé par Yoko SHIMOMURA, Tsuyoshi SEKITO
Arrangé par Natsumi KAMEOKA

Symphonic Suite: The Worlds of Tres III
Composé par Yoko SHIMOMURA, Takeharu ISHIMOTO
Arrangé par Sachiko MIYANO

Symphonic Suite: The Worlds of Tres IV
Composé par Yoko SHIMOMURA, Takeharu ISHIMOTO
Arrangé par Tomomichi TAKEOKA

Symphonic Suite: The Worlds of Tres V
Composé par Yoko SHIMOMURA, Takeharu ISHIMOTO, Tsuyoshi SEKITO
Arrangé par Kousuke YAMASHITA

Overture to the Decisive Battle
Composé par Yoko SHIMOMURA, Takeharu ISHIMOTO
Arrangé par Yasunori NISHIKI

Hikari -KINGDOM Tres Orchestra Instrumental Version-
Composé par Hikaru UTADA
Arrangé par Kaoru WADA

Rhapsody in Tres for Piano, Chorus and Orchestra
Composé par Yoko SHIMOMURA, Takeharu ISHIMOTO
Arrangé par Kaoru WADA

Rappel:
Don’t Think Twice -KINGDOM Tres Orchestra Instrumental Version-
Composé par Hikaru UTADA
Arrangé par Kaoru WADA

 

La seconde moitié du concert reprend l’ensemble de Kingdom Hearts 3. Le spoil est donc très présent, du fait de l’accompagnement vidéo, pour les joueurs ne l’ayant pas fait. C’est là une spécificité de ce concert : contrairement à ce qui se fait habituellement, nous nous attardons ici très longuement sur un seul jeu, alors que ce sont plutôt des moments cultes et medley qui sont proposés la majeure partie du temps. Loin d’être un défaut pour celui voulant se replonger dans le jeu, c’est simplement un aspect à prendre en compte. Les chansons d’Utada Hikaru prennent une dimension folle en étant jouées par un orchestre, et soulèvent à chaque fois la liesse de la salle en début et fin de cette seconde partie. La salle était parfaitement adaptée pour recevoir un tel événement et l’orchestre a pu jouer sans encombre.

 

Distant Worlds V : music from FINAL FANTASY 2019

Distant worlds 2019

Comme pour montrer à quel point ces concerts ont la cote, c’est tout juste une semaine après ce spectacle que Distant Worlds V : music from FINAL FANTASY posait de nouveau ses valises à l’Amphithéâtre de Lyon, puis pour la première fois au Zenith de Toulouse. Cette tournée mettait à l’honneur dans son programme Final Fantasy VII (l’approche du remake se fait sentir à tous les nivaux chez Square Enix) et Final Fantasy X. Pour ce dernier, cela s’est également traduit par l’invitation de Masashi HAMAUZU (compositeur de FF X et FF XIII) et de la chanteuse RIKKI, qui, pour la première fois en France, a interprété Suteki Da Ne.

Historiquement, les musiques de Final Fantasy ont donné lieu à des concerts dès 1989, avec Symphonic Suite Final Fantasy qui célébrait les deux premiers épisodes numérotés. Puis, en 2002 20020220 Music from Final Fantasy s’attarde sur les dix jeux de la franchise. Suivront Dear Friends, More Friends et Voices que nous connaissons en France seulement par leurs albums éponymes. C’est en 2007 que la tournée Distant Worlds commence, et continue encore à ce jour avec une cinquième itération.

C’est donc un spectacle très bien rodé, sur une saga savamment entretenue par Square Enix, qui est accompagné du chef d’orchestre Arnie Roth, travaillant depuis longtemps sur ce projet. Pour avoir assisté à une représentation en 2017 à l’Amphithéâtre de Lyon, le show était impeccable. Cependant, la version 2019 à laquelle nous avons pu assister était au Zénith de Toulouse. Si une salle de ce calibre est convenable pour un one man show, c’est une autre histoire avec un concert philharmonique. Siège en plastique inconfortable, salle non climatisée, et placement aléatoire n’étaient qu’une mise en situation pour le gros point noir du concert : les problèmes techniques. C’est en effet le micro d’une violoniste qui s’est mis à sauter (un bruit assourdissant type « effet Lasren ») en plein morceau. Faisant preuve d’un stoïcisme total, les musiciens ont continué, imperturbables, leurs partitions. S’ensuivent les excuses d’Arnie Roth, et quelques minutes d’attente pour qu’un technicien règle le problème. Morceau suivant, rebelote. Le chef d’orchestre demande expressément que le souci soit réglé. Au final, c’est à cinq reprises que ces interférences assourdissantes sont venues vriller les tympans des spectateurs.

Il convient donc de vérifier la salle dans laquelle va être joué le concert de votre choix. Pour une expérience à la hauteur du talent des musiciens, une salle ayant l’habitude de recevoir des concerts symphoniques est recommandée.

 

Dragon Ball – Symphonic Adventure

Dragon Ball Symphonic Adventure 2018

Ce concert Dragon Ball est un autre exemple, même si un peu à part, de ce qui peut arriver une fois face à la scène, et où la représentation peut vite tourner au cauchemar.

Si vous êtes du genre à préférer qu’une salle de cinéma soit calme et silencieuse pour vous immerger dans un film, et que vous faites la distinction entre un concert de Metallica, dans la fosse, et un récital de piano à l’ambiance feutré, bravo : vous êtes une personne normalement constituée. En revanche, vous risquerez de passer un sale moment lorsque vous vous retrouverez entouré de gagaballiens-wesh-wesh qui se croient au stade entre potes (souvenez-vous de votre pire séance de cinéma, et multipliez-la par 10)… La communauté Dragon Ball en France a la grande particularité d’avoir un public différent de celui des autres manga/anime. Si, bien entendu, il y a un noyau dur de fans de culture japonaise et de manga, à ceux-ci viennent s’ajouter des fans de Booba et hooligans des stades de foot (oui, le descriptif est assez appuyé, mais l’expérience du concert encore présente). Si ce cas de figure mériterait un article à lui tout seul, sachez simplement que le public présent pour un événement Dragon Ball est un drôle de melting pot.

Certains moments du concert invitent bien entendu le spectateur à réagir, comme lors du passage en super saiyan 2 de Gohan face à Cell. Durant cette séquence, l’orchestre s’arrête de jouer, laissant place à la bande son originale, voix et bruitage, et reprend la partition avec l’arrivée du chanteur Hiroki Takahashi qui entonne Unmei no Hi. Il est par contre proprement inacceptable que durant tout le long du concert, toute une partie de la salle commente les images, crie, siffle… C’est là où la diffusion des images sur grand écran peut être à double tranchant.

Excepté (si l’on peut) cet inconvénient, Dragon Ball – Symphonic Adventure était un concert parfaitement nostalgique, sans accros, et la présence de Hiroki Takahashi (le chanteur de Makafushigi Adventure), à défaut d’Hironobu Kageyama, était un bonus appréciable. Overlook Events a initié avec ce concert une tournée mondiale, et réitérera d’ailleurs avec Saint Seiya en 2020.

Finalement, un concert de jeux vidéo peut s’adresser à n’importe quel public, tant qu’il est admis que les musiques en question sont qualitatives. Un fan aura bien-sûr un lien affectif beaucoup plus fort, mais le simple amateur de musique classique pourra également passer un bon moment, et surtout sortira des compositions habituelles que l’on rencontre dans le circuit des représentations de la Grande musique. Pour l’avenir, vous pouvez d’ores et déjà notez la première mondiale de Saint Seiya Symphonic Adventure (par la même équipe de Dragon Ball Symphonic Adventure donc) le 18 avril 2020. Le 6 juin 2020, Memories of Alexendria proposera des musiques des Final Fantasy IX et de No Straight Roads, un jeu indépendant de Wan Hazmer, lead Game Designer de Final Fantasy XV.

Olivier Benoit

Présent sur Journal du Japon depuis 2013, je suis un trentenaire depuis longtemps passionné par l'animation traditionnelle, les mangas et les J-RPG. J'écris dans ces différentes catégories, entretiens également la rubrique hentai, et co-gère le pôle gastronomie. J'essaie de faire découvrir au plus grand nombre les choses qui me passionnent. @oly_taka

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