LGBT+ : Des œuvres au-delà des genres (2/2)

Le travestissement masculin dans l’art, plus particulièrement au théâtre, était légion et pas seulement pour jouer du Shakespeare.

Au Japon, c’est en 1603 que le théâtre Kabuki fit son apparition. D’abord joué par des femmes puis par des prostituées, les troupes de femmes furent ensuite interdites pour laisser le Kabuki aux hommes en 1653. C’est donc les hommes, spécialement ceux aux traits fins appelés Onnagata, qui jouaient des rôles féminins afin d’à leur tour être bannis pour privilégier les hommes d’âge mur…

De nos jours, le travestissement est encré dans les mœurs japonaises, plus particulièrement auprès des salary men. Ces derniers pensent les femmes japonaises trop choyées, et trouve dans le travestissement un moyen d’échapper à la pression sociale et de pouvoir parler chiffons et ménage sans que leur virilité n’en soit bouleversée.

D’un point de vue culturel, par le biais d’émissions télévisées par exemple, ce qui est différent est considéré comme ridicule au Japon : ces sujets tabous sont tournés en dérision dans le but d’éviter la confrontation…

Pour cette deuxième partie sur des œuvres LGBT+ (Lesbiennes, Gaies, Bi, Transsexuelles et assimilées), il sera question de travestissement mais aussi de transidentité ou encore du seul fait de se sentir mal à l’aise dans sa peau sans aller jusqu’à un «problème de genre».

Akata est toujours au programme, rejoint par Komikku.

 

Petit tour des auteurs

NAGABE

Né le 1er août 1993, NAGABE s’est d’abord fait connaître par chez nous grâce au manga L’enfant et le maudit (2016) qu’il est venu représenter en France en 2018. Pourtant, son premier titre en tant que mangaka professionnel au Japon est Le Patron est une copine, sorti en fin d’année dernière en France (et marque par la même occasion le retour de l’éditeur Komikku sur nos étagères).

 

BINGO Morihashi

De son côté, BINGO Morihashi est connu pour son travail aux studios de jeux vidéos Capcom. Il a notamment travaillé sur Devil May Cry 3 et est à l’origine de l’ambiguïté sexuelle de Dante, héros de la saga, qui a fait couler beaucoup d’encre.

 

En 2006, il quitte Capcom pour monter sa propre boîte de scénarios de jeux vidéo mais aussi pour devenir écrivain. Il est l’auteur de Ce qu’il n’est pas mais aussi du scénario du manga Celle que je suis, dessiné par SUWARU Koko, spécialisée dans le Boy’s Love et tout deux édités chez Akata en France.

 

 

Qui suis-je ?

Le patron est une copine

Couverture Le Patron est une copine chez Komikku

Vincent Falnail est un chef d’entreprise respecté par tous ses pairs. Seulement, il a un secret : la nuit, il se travestit et est une serveuse du nom de Fal dans un bar à hôtesses.

Le patron est une copineLe patron est une copine est un one-shot à sketchs qui nous présente le sujet de la transidentité de manière humoristique sans pour autant oublier la gravité des sentiments qu’une personne dans cette situation peut ressentir.

Bien que le format laisse un effet de déjà vu (Stop! Hibari Kun, par exemple, est assez semblable), son originalité réside dans le traitement des dessins qui montre des animaux anthropomorphes (ndlr: à l’allure humaine). Vincent Falnail est donc une sorte d’énorme lézard et se retrouve au sein d’une société où lapins, loups et oiseaux cohabitent.

Les dessins sont très détaillés, les personnages attachants, plus particulièrement Vincent qui, bien que dans l’obligation de garder son secret, ne peut s’empêcher de pousser des cris devant des choses mignonnes, et Danto, son exubérant collègue de boulot.

Le patron est une copine est rafraîchissant, un rien excentrique, et fera sourire comme il pourra aussi vous émouvoir.

 

 

Celle que je suis.

Dans un Tokyo des années 80, nous suivons le combat interne et quotidien de Yuji Manase, cet étudiant qui se sent coincé dans son corps masculin. Mais Celle que je suis raconte aussi la vie de ces autres étudiants de son entourage qui essaient d’évoluer malgré leurs problèmes personnels, qu’ils soient financiers, relationnels ou tout autre…

Il s’agit encore dans Celle que je suis, comme dans Le patron est une copine, d’une question de mal être et de montrer une facette extérieure différente de ce que l’on ressent vraiment à l’intérieur.

Yuji est quelqu’un de très secret et discret, pourtant entouré de deux de ses « amis » dont il n’a de cesse de penser qu’une fois la faculté passée, ils s’éloigneront indéniablement. Effrayé par sa sœur, la première personne a avoir un regard de dégoût sur lui le jour où elle l’a surprit dans sa chambre, simplement en train d’essayer son sac à dos, Yuji n’est pas non plus proche de ses parents… Et donc, il n’a personne à qui parler de tous ce qu’il ressent.

Masaki Matsunaga, son ami de longue date et premier amour, a l’air de l’archétype du dragueur qui enchaîne les conquêtes. Mais il cache une souffrance beaucoup plus profonde qui lui fait faire les mauvais choix…

Ayumi, qui vient compléter leur trio, est une jeune femme très garçon manqué, exubérante, constamment chahutée par Matsunaga pour son physique.

Pourtant, parce qu’elle se termine en deux tomes sans doute, la conclusion de certains personnages est quelque peu précipitée, laissant une impression d’inachevée.

Peut-être est-ce pour cela que le scénariste a décidé de faire de Matsunaga un des personnages de ses Light Novel ?

Les dessins de SUWARU Koko sont en tout cas sublimes et insufflent du romantisme et ce côté dramatique à l’histoire écrite par Morihashi.

 

Ce qu’il n’est pas.

Couverture Ce qu’il n’est pas T1, chez Akata

Shiro est le seul garçon d’une famille nombreuse. Entouré de femmes depuis toujours et agacée de subir le courroux de ses soeurs et l’indifférence de sa mère, il réussi à convaincre cette dernière de le laisser étudier dans un pensionnat pour garçons à Hiroshima.

Seulement voilà, son compagnon de chambre, Mirai, est un homme transgenre et Shiro – ainsi que le directeur de sa nouvelle école – sont les seuls au courant. Ayant des problèmes relationnels autant avec sa famille qu’avec ses autres camarades de classe, Shiro devra donc vivre sa nouvelle vie à Hiroshima avec ce secret sur les épaules.

Comme dis précédemment, Shiro n’est autre que le fils de Matsunaga (que nous rencontrons donc dans le manga Celle que je suis du même auteur). Et le garçon a hérité des problèmes relationnels de son père : non seulement il ne supporte plus la compagnie de sa famille mais aussi, il ne sait pas comment se comporter avec les autres de son âge. Persuadé qu’il est comme immunisé par la gente féminine grâce à l’influence de ses soeurs, il se retrouve étonné par les réactions qu’il peut avoir face aux filles mais aussi de comment la relation qu’il va entretenir avec son colocataire va l’impacter…

Il est intéressant de se trouver du point de vue de Shiro et non pas de la personne transgenre car le lycéen va sans doute faire des erreurs vis à vis de son camarade mais aussi se poser plusieurs questions quant à son colocataire, comme par exemple des questions de savoir être, de comportement ou de ce que l’on peut ou ne pas dire à des personnes qui traversent ce genre d’épreuves…

Ce qu’il n’est pas est un voyage à travers Hiroshima, mais aussi à travers l’adolescence.

Cette saga se termine en 6 tomes, dont 3 sont déjà sortis chez nous.

 

Malgré le dégoût, le rejet ou d’autres réactions négatives, ces trois nouvelles œuvres ne nous font pas oublier la dure réalité que sont l’acceptation par les autres lorsque l’on se sent différent mais surtout l’acceptation de soi, sans pour autant entrer dans les clichés ou le pathos. 

Danshoku, Kabuki, Yaoi, Yuri, cosplay… On pourrait croire que tant de moyens d’expressions venant du pays du soleil levant en ferait un pays tolérant, mais la discrimination est pourtant belle et bien présente. Par exemple, encore aujourd’hui, une personne transgenre au Japon est dans l’obligation de se faire stériliser avant le changement de sexe- bien que des pourparlers soient en cours…

Encore une fois, les éditions Akata et Komikku nous livrent ici des histoires prenantes ou bouleversantes, traitées avec ou sans humour, et qui nous dépeignent des réalités plus que jamais d’actualité.

Journal du Japon ne peut, encore une fois, que vous conseiller d’y jeter un œil !

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2 réponses

  1. Jean Marin dit :

    STOP avec cette propagande !

    • Paul OZOUF dit :

      Ah rebonjour monsieur le lecteur homo et/ou transphobe, comment allez-vous depuis la dernière fois ? Un dossier, et ce quelque soit sa thématique, quand il est marqué 1/2 au départ, implique forcément un 2/2 vous savez, désolé de vous surprendre. En espérant que notre futur «  » » » »propagande » » » » » pour les mangas de SF ou sur les livres dédiés aux jardins ne vous choqueront pas trop.

      Et, si besoin, pour vous répondre dans vos propres termes une fois de plus : « STOP avec votre propagande ! »

      Au plaisir ! 🙂

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