Trois animes de l’automne pour se réconcilier avec les isekai

Ah les isekai… On en voit partout ces dernières années, que ce soit en anime, en mangas et surtout en light novel. Il faut dire que depuis le succès de Re:Zero au printemps 2016, les séries de ce genre n’ont cessé de se multiplier. Au point que, et c’est peut-être votre cas, certains finissent par en avoir fortement ras le bol. Le fait est que le genre n’en fini plus de se décliner à toutes les sauces : des ultra sérieux (‌The Rising of the Shield Hero) aux bien plus parodiques (Konosuba), en passant par ceux aux héros surpuissants (‌Death March to the Parallel World Rhapsody) ou encore ceux avec des concepts toujours plus… originaux (‌In Another World With My Smartphone)1.

Pourtant, alors qu’on pourrait penser en avoir fait le tour, de nouveaux titres parviennent encore à sortir du lot. Ce sera d’ailleurs le sujet de cette chronique avec trois séries isekai de l’automne dernier !

 

Kemono Michi – Un humour fou furryeux

12 épisodes | Wakanim | Studio ENGI

Kemono Michi : Rise Up nous promet trois choses : de la fantasy, du catch et des animaux. Derrière ce mélange improbable se cache en réalité un homme : Natsume AKATSUKI. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais vous avez peut être déjà rigolé devant une autre de ses oeuvres, à savoir Konosuba. On retrouve donc son humour potache et sa manie d’imaginer des personnages ridicules malgré le sérieux qu’ils peuvent afficher. Un ton affirmé dès le début avec son protagoniste, Genzô Shibata, un catcheur professionnel dont le rêve est d’ouvrir une animalerie une fois sa carrière terminée ! Seulement voilà, il se retrouve invoqué dans un autre monde de type fantasy (car c’est un isekai, n’oublions pas) par une élégante princesse. Mais face à cette situation assez inattendue, notre héros va directement offrir à son invocatrice un splendide German Suplex (ce qui ne manquera pas d’exposer le postérieur de sa victime).

Bref, nous voilà partis pour une histoire des plus singulières. Et n’imaginez pas que Genzô va abandonner son rêve d’animalerie à cause de ce voyage inattendu. Bien au contraire, il est d’autant plus heureux qu’il peut caliner découvrir une multitudes de créatures qui n’existent pas dans notre monde. Entre les griffons, les cerbères ou même les hybrides mi-humains mi-animaux, il aura de quoi faire. Il sera rejoint plus tard par d’autres personnages tout aussi singuliers, à commencer par l’espiègle Shigure, mi-louve mi-humaine qui adore “trouver” des épées légendaires oubliées par terre. La bande comptera aussi Hanako, jeune princesse dragon à la force démesurée qui ne cherche qu’à s’empiffrer, ainsi que sa servante vampire Carmilla dont l’inexistence de ses talents n’est plus à prouver. Sans oublier l’incroyable Jiiku, une fourmi géante humanoïde dont la simple présence rend la série meilleure.

Une bande de fiers guignols © Wakanim/KADOKAWA

Et quelles aventures va vivre cette joyeuse troupe ? Tout simplement travailler à réaliser le rêve de notre protagoniste, en ouvrant donc une animalerie (de créatures fantastiques) ! C’est simple, Genzô n’a que faire d’être l’élu d’une prophétie ou de la quelconque nécessité de vaincre un roi démon. Il va donc s’en aller vivre paisiblement, tout en remplissant des quêtes d’exterminations de captures de monstres pour ensuite s’approvisionner dans le but de les vendre. Le tout entrecoupé de prises de catch, de bagarre et surtout de situations absurdes. La seule faiblesse de la série résidant dans le fait que passé la moitié, l’humour peut peiner à se renouveler par moments. Cela ne l’empêche toutefois pas d’être très drôle, surtout si vous avez aimé l’humour burlesque de Konosuba.

Voici donc un anime bien délirant, qui a au final très peu à voir avec la majorité des isekai. À voir avant tout pour la comédie déjantée qu’il offre, et ce en douze épisodes sur Wakanim !

 

Cautious Hero: The Hero Is Overpowered but Overly Cautious – Prudence cartoonesque

12 épisodes | Wakanim | Studio White Fox

Si Kemono Michi attire par son écriture absurde, Cautious Hero séduit grâce à son animation pleine d’énergie. Il faut dire qu’ici en terme d’histoire, on est sur des bases beaucoup plus classiques. Son univers institutionnalise presque les codes de l’isekai, où des dieux doivent faire appel à des héros pour sauver des mondes d’un Roi Démon. C’est donc le cas de Rista, déesse qui devra sauver un monde classé en difficulté S (soit très difficile). Heureusement le héros qu’elle appellera, Seiya Ryûgûin, a des stats particulièrement élevées. Seulement il y a un léger problème : il est extrêmement prudent. Au point d’utiliser un sort surpuissant pour tuer un simple slime… et de le répéter une centaine de fois histoire d’être vraiment certain qu’il soit mort. En plus de ça, notre protagoniste est un véritable paranoïaque qui se méfiera de quiconque se présentera à lui (même de cette pauvre Rista), tout en étant assez désagréable le reste du temps. Un comportement qui pourra en agacer certains, que ce soit dans la série elle-même ou au sein des spectateurs. Cela peut en effet être par moments compliqué de supporter ce héros aussi prudent que désagréable, même si l’humour et les personnages secondaires bien plus amicaux font tout pour rattraper le coup. On appréciera d’ailleurs la grande expressivité de Rista qui devient rapidement attachante. En résulte un isekai assez particulier, puisque évoluant entre une action très sérieuse et des moments beaucoup plus burlesques.

Petit aperçu des nombreuses expressions de Rista (source) © Wakanim/KADOKAWA

Cependant, la grande force de Cautious Hero réside dans son animation aux allures cartoonesques. La série, réalisée par le fameux studio White Fox (Re:Zero, Gochiusa, Steins;Gate), doit notamment cette réussite au travail de Mai TODA, grandement impliquée dans le soin apporté aux qualités visuelles du titre de par ses postes au design des personnages ainsi qu’à la direction de l’animation dans son ensemble. Une place qu’elle avait déjà occupé sur l’excellent Girls Last Tour, du même studio.

Beaucoup de gags sont intensifiés par ces visuels cartoons © Wakanim/KADOKAWA

Ici elle nous offre donc un titre avec une animation particulièrement vivace. Plus que les combats épiques, c’est l’expressivité des personnages qui ressort le plus. Tout particulièrement concernant Rista, qui nous fait des têtes complètement délirantes. En plus d’être ainsi très agréable à l’œil, l’anime n’en devient que plus fun. Une aubaine quand ton protagoniste est connu pour être ennuyeux comme la mort. De nombreuses scènes comiques fonctionnent notamment grâce à cet aspect visuel, voire se basent complètement dessus. Rista adoptant des expressions complètement cartoons, de même que d’autres personnages secondaires, les peaux deviennent aussi très élastiques pour leurs donner encore plus d’expressivité. Le tout contraste assez drôlement avec le stoïcisme rigide du protagoniste, qui dénote d’autant plus dans cet univers souvent fantaisiste. Le décalage est ainsi efficace et exploite au mieux les possibilités offertes par une adaptation animée.

Cautious Hero propose ainsi une expérience fun et agréable à regarder. Si son histoire est classique, ce n’est que pour laisser plus de place à son protagoniste très consciencieux. Véritable régal pour les yeux, la qualité de son animation en fait sa plus grande force donnant au titre un style qui lui est propre. La cerise sur le gâteau est un final aussi surprenant que satisfaisant, évitant les travers frustrants habituels destinés à faire acheter le light novel au spectateur. Une aventure à découvrir prudemment sur Wakanim !

 

Didn’t I say to make my abilities average in the next life?! – La isekai life des moe girls

12 épisodes | Crunchyroll | Studio project No.9

Après une série sur un catcheur furry et une autre sur un paranoïaque insensible, ajoutons une touche de douceur. Dans Didn’t I Say to Make My Abilities Average in the Next Life?! (ou ‌Noukin pour les intimes), on suit un chouette quatuor d’apprenties chasseuses, ou plus précisément de mercenaires. La bande est menée par l’extravagante Misato Kurihara Adele Von Ascham Mile, qui a un passif pour le moins… complexe. C’est elle notre protagoniste réincarnée qui, lors de sa réincarnation, fit un souhait inattendu : être absolument moyenne, afin de se fondre au maximum dans la masse. Un désir qui fut exaucé, un peu trop littéralement même. La jeune fille possède ainsi une puissance moyenne… entre la plus faible et la plus puissante créature du monde où elle a atterri ! Ce qui la rend beaucoup plus forte que des humains normaux.

Une sacrée troupe de formée © Crunchyroll/Avex

Mais le plus important dans ‌Noukin, c’est le reste de la troupe qui va l’accompagner. Elle est composée de Reina la mage de feu “pimbêche” (chouette traduction trouvée au terme Tsundere par Crunchyroll), Pauline la mage soigneuse avec un esprit marchand parfaitement aiguisé et enfin Mavis, une chevalière en herbe candide. Avec Mile, elles formeront le groupe du Serment Rouge et la jeune fille verra peu à peu son rêve d’un bonheur simple et paisible s’éloigner. Une désillusion qui sera vite comblée par la relation naissante entre les quatre chasseuses, qui vont apprendre à se connaitre au fil des épisodes. Cette confiance va se construire au fur et à mesure, notamment en racontant chacune leur passé (spoiler : celui de Mavis est « bouleversant »). Chacune a son propre vécu, leur donnant de l’épaisseur et surtout suscitant l’empathie chez le spectateur.

L’amitié entre ses quatre héroïnes est au centre de Noukin © Crunchyroll/Avex

Mais la force de ce groupe, c’est aussi la légèreté de leur vie commune. L’alchimie fonctionne très bien entre les personnages et leurs interactions sont souvent un régal. Et avec le character design très moe de nos héroïnes, l’anime s’apparente beaucoup à un “cute girl doing isekai things”. On les suit davantage dans leur vie quotidienne, ponctuée par les quêtes et autres aventures induites par un monde de fantasy. Et il est amusant de les voir faire leur petite vie entre deux quêtes en s’octroyant quelques jours de repos. Même dans leur travail, la bonne humeur est très souvent présente, comme durant cette chasse à la vouivre qui se déroule de manière assez peu conventionnelle. Noukin appose donc une ambiance charmante à cette histoire d’isekai relativement classique, la fantasy s’accordant avec un aspect tranche de vie comique pour un mélange des plus agréables. Le tout sans délaisser des perspectives dramatiques efficaces.

Les personnalités si singulières du Serment Rouge rendent leurs aventures d’autant plus savoureuses. Elles portent leurs marques et deviennent uniques même pour des missions des plus banales. Cela rattrape ainsi largement une technique assez faiblarde en terme d’animation. De même pour le character design assez limité en dehors des protagonistes. Ce qui n’est pas nécessairement un mal, certains méchants ayant des designs particulièrement grossiers qui s’accordent à la comédie. Enfin, il est vital d’évoquer son génial opening “Smile Skill = Suki Skill!” et sa super danse. Un assez bon condensé de la série d’ailleurs, où nos héroïnes s’amusent gaiement, à l’image de la bande d’amies qu’elles forment.

 

Chacune des trois séries présentées dans cette chronique se démarque donc pour des qualités différentes. Pour Kemono Michi, c’est l’absurdité de son humour. Dans Cautious Hero, c’est son animation cartoonesque. Et pour Noukin, c’est le développement de la relation entre ses protagonistes qui constitue son essence. L’étiquette d’isekai a beau les réunir, chacune se développe de manière totalement différente. Et si les isekais ne sont pas votre tasse de thé, que ce soit par lassitude ou autre, laissez-vous tenter par l’un de ces titres qui s’éloignent des standards d’un genre qui est loin de se limiter à des histoires de héros surpuissants.

Dans la même veine, on aurait pu évoquer l’excellent ‌Ascendance of a Bookworm, où une passionnée de livres se réincarne en une enfant malade dans un monde où sa passion est quasi inexistante. Elle cherchera alors à refaire ce monde avec des livres, offrant un autre isekai très orienté tranche de vie. Une vision de l’isekai qui devrait se perpétuer prochainement avec l’anime de I’ve Been Killing Slimes for 300 Years and Maxed Out My Level.

Noukin Danse

 


  1. À titre purement personnel je me suis beaucoup amusé devant ce titre-là une fois que j’ai compris qu’il assumait à 1000% son délire en le poussant dans les extrêmes. Un visionnage particulier donc mais potentiellement très fun ! ↩︎

Léonard Fougère

Étudiant passionné par l'animation japonaise et la culture manga, et particulièrement amateur de séries "tranche de vie" (encore plus ceux à tendance moe !). J'espère pouvoir vous partager quelques uns de mes coups de coeur avec mes articles !

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