Banana Fish : l’adaptation anniversaire de Akimi YOSHIDA

Alors que juillet 2020 signe les deux ans de sa sortie en série d’animation, la version manga de Banana Fish fêtait en mai dernier les 35 ans de son premier chapitre publié initialement en 1985 dans le Bessatsu Shôjo comic. Durant ses 9 ans de publication, son auteur Akimi YOSHIDA bouscule les codes de l’époque avec un personnage principal subissant de manière récurrente des rapports sexuels non consentis avec d’autres hommes. Mais grâce à des personnages attachants et un scénario exaltant, ce thriller sur fond de romance sait trouver son public aussi bien en 1985 qu’en 2018.

Alors que les volumes du manga publié par Panini en 2002 sont désormais quasiment introuvable en France, Journal du Japon revient sur le succès du phénomène Banana Fish et son histoire trépidante à travers son adaptation animée disponible sur Amazon Prime Video.

Banana Fish

 

New-York, mystères et guerres des gangs

Pris en charge dans son enfance par Dino Golzine, un puissant chef mafieux surnommé « Papa », Ash Linx cherche de plus en plus à échapper à son contrôle. Un jour, alors qu’il errait dans les rues de New-York, il tombe sur un inconnu en proie à une mort certaine. Dans ses derniers instants et pris d’un désespoir certain, celui-ci lui donne une balle de revolver attaché à une chaîne, tout en murmurant un nom mystérieux : « Banana Fish ». S’agit-il d’un homme ou encore d’une légende ? Y’a-t-il un lien avec la série de suicides douteux qui prolifèrent dans la ville ces derniers jours ?

Dans sa quête de réponses, Ash se rendra compte que la vérité est encore bien plus sombre que ce qu’il avait imaginé, et qu’elle est en lien direct avec la perte de raison de son frère, ancien combattant de la guerre en Irak (ou Vietnam dans la version manga). Son chemin croisera également celui de Eiji Okumura, jeune apprenti journaliste/photographe et ancien perchiste, venu aux États-Unis pour assister son collègue Ibe Shunichi dans son reportage sur les gangs de rues, et qui sera lui-même entraîné malgré lui dans la bataille autour de ce mystérieux Banana Fish…

Le chef d’oeuvre de Akimi YOSHIDA ?

Révélée grâce aux grands prix qu’elle remporte à travers les concours de Shôgakukan, Akimi YOSHIDA est principalement connue en France pour Kamakura Diary publié aux éditions Kana en 2013. Après des études à l’université d’art Musashino, elle publie son premier manga Chotto Fushigi na Geshukunin en 1977 dans le magazine de prépublication Bessatsu Shôjo comics, à partir de quoi elle commence à travailler avec Shôgakukan. Elle est aujourd’hui l’autrice d’une quarantaine de mangas, quasiment tous publiés à travers Shôgakukan, même si seulement deux de ses œuvres ont été publiées à ce jour en France.

Évolution du style de Akimi YOSHIDA / ©Shogakukan - Akimi YOSHIDA

Évolution du style de Akimi YOSHIDA ©Shogakukan – Akimi YOSHIDA

D’une manière générale, son trait est assez fin et épuré. On remarque, notamment à travers Banana Fish, qu’elle utilise majoritairement des gros plans de personnages plutôt que de réelles scènes avec des décors dessinés en détails. Mais les moyens de l’époque étant ce qu’ils étaient, les personnages n’en restent pas moins expressifs et le scénario accrocheur. Cependant, entre le début et la fin du manga, le style de l’autrice aura beaucoup évolué. Fortement inspiré par Adam River, les lecteurs ont ainsi pu remarquer un changement du design de Ash en plein milieu de la série.

Terminer son œuvre aura été très douloureux pour Akimi YOSHIDA, et quoi de plus normal quand on passe 9 ans à travailler sur la même histoire ? Mais comme elle l’avait déjà fait dans plusieurs de ses histoires, elle ne se privera pas de placer quelques uns de ses personnages dans ses mangas suivants. Aussi, vous pourrez apercevoir Ash et Eiji en arrière-plan dans une cantine de Lovers’ Kiss, ou encore Sing Soo Ling dans le volume 9 de Yasha.

 

Un lifting animé aux goûts du jour

L’adaptation animée de Banana Fish ayant pris plus d’une trentaine d’année avant de voir le jour, celle-ci a procédé à plusieurs changements spatio-temporels, sous la supervision de Hiroshi SEKO (L’attaque des Titans, Mob Psycho…) en charge de la scénarisation. En effet, comme suggéré dans le résumé, l’époque où se déroule l’histoire dans l’anime n’est pas la même que dans le manga. La guerre du Vietnam est ainsi remplacée par la guerre en Irak et les années 85-87 deviennent les années 2010. Bien entendu, qui dit changement d’époque, dit également introduction des nouvelles technologies. En introduisant smartphones, ordinateurs ou encore GPS, le staff a visiblement cherché à rendre l’histoire plus parlante pour une génération de spectateurs plus jeunes.

Outre ces ajustements de fond, de toute évidence le studio a mis le paquet sur la forme pour offrir à Akimi YOSHIDA le meilleur hommage à ses 40 ans de carrière.

Une cure de jouvence aussi agréable à l’œil…

Banana Fish - ©Studio MAPPA - Akimi YOSHIDA

Banana Fish ©Studio MAPPA – Akimi YOSHIDA

À la réalisation de ce de ce petit succès d’animation, on retrouve Hiroko UTSUMI, déjà connue pour son travail avec Free!, K-On ou encore My Hero Academia, ici à l’oeuvre au sein du studio MAPPA (Yuri ! On Ice, Hajime no Ippo… et très prochainement Jujutsu Kaisen). Celui-ci nous régale une fois de plus avec ses séquences dynamiques et d’une grande qualité graphique, le tout avec une utilisation très limitée de plans en 3D. Les scènes d’actions rendent hommage aux lignes de vitesses qui ont contribué au succès du manga original. On peut aussi noter le travail qui a été effectué autour des expressions des personnages. Avec une histoire qui contient autant d’action, de douleur et qui cherche à transmettre des émotions fortes, ce point était forcément essentiel à l’adaptation. La deuxième partie de la série semble toutefois légèrement moins soigneuse dans certains dessins, ce qui est compréhensible au vu du nombre de scènes de combats qui augmente au fil des épisodes.

Quand on lit le manga, on devine automatiquement vers quelle époque il a été dessiné. À ses débuts, l’autrice était très inspirée par le style de Katsuhiro Otomo, auteur d’Akira, c’est pourquoi un lectorat qui débutera cet anime avant de se mettre au manga pourrait se sentir troublé par son graphisme initial. Pourtant, quelques touches de sa plume peuvent être observées par moments dans certains profils des personnages. Ce remaniement du character design a été confié à Akemi HAYASHI, animatrice expérimentée qui avait déjà travaillé sur des projets comme la première adaptation de Fruits Basket en 2003, les derniers films Evangelion, ou encore Ouran Koukou High School, le tout sous la supervision de l’autrice.

Si le manga est assez épuré, avec une utilisation très limitée des trames et des ombres majoritairement dessinées à la plume, l’anime ne lésine pas sur les détails. Les paysages, de ville comme de campagne, ont été méticuleusement travaillés, on retrouve de la texture dans le dessin des tapis d’intérieurs, et la nourriture qui apparaît quelque fois rivalise avec ceux des films Ghibli, comme cela avait déjà pu être remarqué avec Yuri ! On Ice quelques années plus tôt. Les décors de New York qui ont inspiré la série ont même donné lieu au Banana Fish Tour, permettant aux fans japonais de se rendre sur les lieux bien connus de la série.

Enfin à l’occasion de sa sortie en Blu-Ray/DVD, l’anime s’est même offert le luxe d’un petit relooking : changement de couleurs, retouche des expressions ou encore plans de personnages, de nombreux changements et améliorations ont pu être observés par les fans.

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD / ©Studio MAPPA - Akimi YOSHIDA

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD ©Studio MAPPA – Akimi YOSHIDA

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD / ©Studio MAPPA - Akimi YOSHIDA

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD ©Studio MAPPA – Akimi YOSHIDA

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD / ©Studio MAPPA - Akimi YOSHIDA

En haut : Version TV / En bas : Version Blu-Ray DVD ©Studio MAPPA – Akimi YOSHIDA

 …que plaisante à l’oreille

Parler d’anime sans parler de bande son ? Impossible. Et il est encore moins envisageable de passer à côté de ses génériques. « Found and Lost », utilisé pour l’opening de la première partie est interprété par Survive Said The Prophet. Entraînant et rythmé, il donne tout de suite le ton de la série et le refrain peut vous donner l’incontrôlable envie de cracher vos poumons devant votre télé (mais pensez quand même un peu aux voisins). Le second opening est quant à lui un peu moins rythmé, mais pas dénué d’émotion pour autant. Si le premier morceau partait plus sur un sentiment de rage, la détresse et la mélancolie sera ainsi nettement plus présente avec « Freedom » de Blue Encount.

Comme pour beaucoup d’autres animes, les endings de Banana Fish restent très doux avec un rythme plus lent. On y trouve même une touche de mélancolie, ce qui accompagne très bien la frustration ressentie à la fin de chaque épisode. Celui de la première partie, « Prayer X », est interprété par King Gnu, avec un sympathique mélange de pop et de rap, pourtant décrit comme étant du rock. Et finalement, puisqu’ils avaient déjà ouvert la danse avec le premier opening, Survive Said The Prophet revient pour conclure la série avec « RED », ending de la deuxième partie.

La bande son quant à elle est signée Shinichi OSAWA, plutôt connu pour faire de l’Electro house. Vous pourrez la retrouver sur Apple Music ou encore sur Spotify.

Enfin en ce qui concerne les doubleurs, on retrouve Yûma UCHIDA dans le rôle de Ash. Les fans de Given le reconnaîtront pour avoir interprété Ritsuka Uenoyama, ou encore Kyo Sôma dans la deuxième saison de Fruits Basket. Le personnage de Eiji Okumura emprunte quant à lui la voix de Kenji NOJIMA, qui a un peu moins de cordes à son arc, mais peut se vanter d’avoir interprété Mamoru Chiba (Tuxedo masqué) de Sailor Moon Crystal ou Setsuna Mudo de Angel Sanctuary.

 

Une série qui n’a pas pris une ride ?

Pour tous les genres mais pas pour tous les âges

Staying alive / ©Shogakukan - Akimi YOSHIDA

Staying alive ©Shogakukan – Akimi YOSHIDA

Bien qu’étant classé dans la catégorie Shôjô de par son magasine de prépublication, Banana Fish n’a rien d’un manga niais à l’eau de rose et aux trames à paillettes en arrière-plan. Plus qu’un manga pour jeune fille, il s’agit par-dessus tout d’un thriller qui aborde des thèmes sérieux voire parfois limite anxiogènes. Par conséquent, Banana Fish peut être lu et vu autant par un public féminin que masculin… mais n’est clairement pas pour les enfants. En plus de l’aspect sexuel qui met en scènes des cas de viols, de pédophilie et de trafic d’enfant, le scénario déborde de personnages vicieux qui font usage de manipulation physique et mentale pour arriver à leurs fins. Et comme si cela n’était pas suffisant, s’y ajoutent une guerre des gangs perpétuelle et une drogue utilisée comme arme de la guerre en Irak, qui a elle-même donné lieu à des expérimentations humaines.

En résumé, pour visionner cet anime, mieux vaut avoir l’estomac bien accroché. Même si les scènes les plus explicites sont seulement suggérées, les plus sensibles pourraient frissonner à la vue des plans de piqûres ou de cerveaux plongés dans le formol.

Cet article ne parlera bien sûr pas de la fin de l’histoire en détail, le but étant de la faire découvrir aux amateurs de thriller qui seraient passés à côté. Il est cependant recommandé de remplir son placard de mouchoir et, pour les filles, d’éviter le maquillage lors du visionnage des derniers épisodes.

Les personnages, le nerf de la guerre (des gangs)

Un bon character developpment est souvent la clé d’une série réussie. Dans le cas de Banana Fish, ce point est à la fois une force et peut être parfois aussi une faiblesse.

Ash : Ange ou démon ? / ©Shogakukan - Akimi YOSHIDA

Ash : ange ou démon ? ©Shogakukan – Akimi YOSHIDA

Ash Linx, que son autrice a pris un malin plaisir à torturer du début à la fin, en est le parfait exemple. Tout au long de l’histoire, le jeune homme est comparé à une multitude d’entités : « ange », « outil du démon », « guépard », « lynx »… un véritable métamorphe ! Ce physique avantageux est l’objet de convoitise de tous les plus gros pervers de la mafia de New York qui croisent sa route depuis son plus jeune âge. En plus de cette beauté divine, il est aussi incroyablement intelligent (180 de QI), et quasiment imperméable aux balles. Comment rêver d’un personnage plus parfait ? Le problème est peut-être justement là avec Ash : il est un peu trop parfait. Malgré ça, il reste très attachant, autant pour son courage et sa loyauté que sa tendresse vis-à-vis de Eiji, à qui il s’attache très vite.

Un attachement qui sera partagé par Eiji, personnage très intéressant quand bien même il ne rassemble pas toutes les qualités possédées par le lynx. Doux dans son caractère et dans les mots qu’il choisit, il offre à son ami une sensation de paix qu’il n’avait jamais connue. Il est aussi courageux, voire un peu inconscient parfois, mais a le mérite de lui avoir sauvé plusieurs fois la vie, alors que les personnages les plus doux et sensibles ne sont pas forcément ceux qui sauvent habituellement. Ce goût pour le risque et l’aventure semble lui être rentré dans la peau car il fonce de plus en plus tête baissée dans les situations dangereuses, le tout sans pression.

Ash et Eiji / ©Shogakukan - Akimi YOSHIDA

Ash et Eiji ©Shogakukan – Akimi YOSHIDA

Les sentiments qui lient ces deux personnages sont sujets à plusieurs débats : couple, pas couple, amis, amants ? Rien n’est très clair, seulement suggéré. Akimi YOSHIDA aurait insinué que s’ils avaient été un couple leur relation aurait été asexuelle car Ash, totalement brisé par les viols, ne pourrait plus envisager de rapports physiques. Elle aurait également partagé le fait que Eiji était au départ une femme, mais après discussion avec ses éditeurs, il était plus intéressant d’en faire un homme pour pouvoir explorer des sentiments plus complexes. Mais malgré les insinuations et spéculations, Banana Fish n’est pas considéré comme un Boy’s Love, et ce que certains peuvent interpréter comme de la romance sera vu comme une très forte amitié par d’autres.

En ce qui concerne les personnages secondaires, ils sont dans l’ensemble assez bien réfléchis et intégrés dans l’histoire. Le meilleur ami de Ash, Shorter, chef d’un gang de China Town, est aussi un personnage auquel il est facile de s’attacher. Lors de ses apparitions, il apporte une touche d’humour et d’extravagance, même s’il a lui aussi son lot de problèmes.

Banana Fish rassemble une quantité assez impressionnante de personnages différents et il serait difficile de revenir sur chacun d’eux. Mais globalement chacun apporte sa petite pierre à l’édifice et enrichi davantage l’histoire, à quelques exceptions près. Par exemple, Max sera très présent dans la première partie, mais sera plus cantonné à un rôle de papa inquiet dans la seconde, tandis que Ibe Shunichi n’aura pas fait grand-chose mis à part présenter Ash à Eiji au début de l’histoire. Côté vilains, difficile de choisir qui on aime le moins. Le big boss reste Golzine du début à la fin, mais il faut avouer qu’il incarne le cliché du gros mafieux pervers qui reste majoritairement assis sur son fauteuil à attendre que ses sous-fifres lui ramènent ce qu’il demande.

 

Pour une dernière part de fish & (banana) chips ?

Pour ceux qui seraient curieux et souhaiteraient approfondir l’expérience Banana Fish, sachez qu’il existe un petit recueil publié en 1997 par Shôgakukan : Banana Fish Another Story.

Another Story rassemble 5 histoires courtes :

Private opinion / ©Shogakukan - Akimi YOSHIDA

Private Opinion ©Shogakukan – Akimi YOSHIDA

  • Angel Eyes, déjà présent dans le tome 19, qui raconte l’histoire de la rencontre entre Ash et Shorter en prison.
  • The Garden with Holy Light, aussi présent dans le tome 19, petit sequel sur la vie de Eiji et Shin plusieurs années après la fin de l’histoire principale.
  • Ura Banana, qui ne sont que quelques pages humoristiques des réactions de l’auteur aux lettres des fans.
  • Private Opinion, sur l’histoire de la rencontre entre Ash et Blanca son mentor.
  • Fly boy in the Sky, sur le passé de perchiste de Eiji et sa rencontre avec Ibe Shunichi.

Si les deux premières histoires sont déjà présentes dans le dernier volume de la série, les deux dernières ont été publiées dans un recueil et traduites également en anglais et en français. Il s’agissait d’un tirage inédit et aujourd’hui difficilement trouvable, même en occasion. Vous pourrez cependant l’acheter en version originale sur internet ou, si vous pensez seulement regarder l’anime et que vous êtes curieux de ces mini-histoires, vous procurer le recueil de ces 5 « side stories », Antoher Story (uniquement en japonais).

 

Vous l’aurez sans doute compris en lisant cet article, Banana Fish est une histoire très riche, que son adaptation animée condense en concentrant 19 tomes d’informations en 24 épisodes. Mais grâce à cela, on obtient une série grâce à laquelle on ne s’ennuie jamais : à chaque épisode, on rencontre un nouveau rebondissement. Difficile de s’arrêter une fois que le premier épisode est lancé.

Cette adaptation est donc une réussite, et aura permis à cette histoire vieille de 35 ans de renaître et de séduire un nouveau public. Et vous, avez-vous été séduit ?

 

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