Souvenirs (jap)animés #6 : FLCL

FLCL, Furi Kuri, Fuli Culi, Fooly Cooly… Quatre syllabes qui ont fait date et qui continuent de surprendre dans le monde de l’animation japonaise. Après Nadia, le secret de l’eau bleue, notre rubrique de Souvenirs (jap)animés se penche une nouvelle fois sur un anime du studio Gainax : FLCL, série de 6 OAV atypiques sortie en 2000, créée et réalisée par Kazuya TSURUMAKI.

©FLCL

Une équipe de rêve

Parler de FLCL comme d’une production Gainax uniquement serait toutefois mentir, car derrière ce programme se trouve également Production IG, les deux studios s’étant déjà rapprochés pour la création du film culte The End of Evangelion en 1997. C’est dans cette même volonté de créer du nouveau dans l’animation japonaise que FLCL voit le jour.

Aux commandes de ce projet se trouve Kazuya TSURUMAKI, membre clef du studio Gainax, co-réalisateur sur The End of Evangelion au côté de Hideaki ANNO. Même si il est moins connu que ce dernier, TSURUMAKI est tout de même à l’origine de quelques séries marquantes comme Diebuster, préfigurant sur de nombreux points Gurren Lagann, et le récent et très bon The Dragon Dentist, un court métrage du Nihon Animator Expo s’étant offert par la suite une adaptation en 2 OAV plus conséquents.

Mais le prestige de FLCL ne s’arrête pas à son réalisateur, des grands noms de l’animation ont également travaillé dessus. On peut citer pèle-mêle Yoshiyuki SADAMOTO (Nadia et le secret de l’eau bleue, Evangelion) au chara-design, Yoh YOSHINARI (Little Witch Academia, BNA) et Hiroyuki IMAISHI (Gurren Lagann, Promare) à divers postes de l’animation ou bien encore Shinji HIGUCHI (Shin Godzilla, Dragon Pilot) au mecha-design. Que du beau monde donc pour ces OAV qui bénéficient par conséquent d’une animation d’une qualité irréprochable, toujours considérée aujourd’hui comme un des sommets de ce qui a été fait en japanimation.

Un récit en deux teintes

La ville de Mabase avec en son centre la centrale de Medical Mechanica ©FLCL

Naota Nandaba, surnommé Takkun, est en dernière année de primaire et coule des jours paisibles dans sa petite ville ordinaire de province. Enfin ordinaire si on considère la présence d’une usine en forme de fer à repasser géant qui émet un épais brouillard chaque jour comme banale. Et paisible si sortir avec Mamimi Samejima, ex-copine lycéenne de son grand frère parti aux Etats-Unis ne vous dérange pas. C’est dans ce quotidien sans vague que Naota fait la rencontre subite – impliquant accident de moto et coup de guitare en pleine tête ! – de Haruko Haruhara, jeune motarde aux cheveux roses. Situations absurdes, excroissances crâniennes aux allures de cornes, extra-terrestres et créatures mécanisées seront ensuite de la partie. La vie de Naota se retrouvera chamboulée par cette rencontre fatidique qui mettra en jeu les destins de sa ville, voire de la terre.

FLCL ne place pas toutes ses billes dans son récit. Bien qu’intéressant lors d’un revisionnage, la première expérience avec le scénario de ces OAV se révèle très souvent confuse pour un spectateur habitué aux canons de narration de la japanimation. La trame narrative, au final assez simple, est noyée par des événements loufoques détournant l’attention du spectateur. Pourquoi se concentrer sur une histoire pompeuse quand on peut s’amuser à regarder une partie de airsoft endiablée ou des combats contre des créatures robotiques superbement animés ? D’autant plus que jamais rien n’est expliqué au spectateur, et les organisations aux noms alambiqués tels Medical Mechanica n’aident pas à saisir les enjeux du récit.

Rencontre musclée entre Naota et Haruko ©FLCL

La mise en scène participe aussi à cette folie par de nombreuses ruptures de style. En effet, une dispute peut se voir soudainement illustrée dans des cases de manga animées et on peut se retrouver sans raison avec une séquence animée comme un épisode de South Park. Les références ne s’arrêtent d’ailleurs pas à South Park : Lupin the IIIrd, Evangelion et autres seront parodiés dans de nombreuses scènes comiques. FLCL est ainsi une oeuvre volontairement décalée, avec un accent mis sur l’action et l’humour plutôt que son récit qui, bien que travaillé et complexe, se trouve noyé dans le trop plein d’événements.

Cependant, FLCL ne se résume pas à une succession d’événements absurdes. Au fil des épisodes, de nombreux passages dévoilent l’autre quotidien des personnages, le quotidien ordinaire que l’on connait tous. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, la relation compliquée qu’entretient Naota avec Mamimi évolue petit à petit à l’aide de longues discussions servies par une mise en scène plus posée qu’a l’accoutumée. Les personnages se disputent, se réconcilient, s’éloignent, se rapprochent. Malgré ses airs de comédie loufoque, l’anime traite en filigrane des thématiques intimes comme le manque de figure parentale. Plutôt que de mettre l’accent sur une toile narrative complexe et détaillée, FLCL s’écarte donc des canons de narration pour se concentrer sur deux aspects qui sembleraient au premier abord incompatibles : une action survoltée dynamitant une histoire loufoque d’alien et un développement intime des personnages sur fond de passage à l’âge adulte.

Personnages barrés et musique unique

L’autre force de FLCL est sa galerie de personnages excentriques servie par le chara-design singulier de Yoshiyuki SADAMOTO. Autour de Naota gravitent par exemple un inspecteur aux sourcils littéralement en konbu (ces algues beaucoup utilisées dans la cuisine japonaise), un chat obèse doublé par Hideaki ANNO himself ou bien un robot humanoïde avec une télé cathodique à la place du visage !

La délurée Haruko Haruhara ©FLCL

Mais la star de la série, c’est l’iconique, inoubliable et insaisissable Haruko Haruhara. Parfois infirmière, l’autre fois joueuse de l’équipe de baseball locale ou alors extra-terrestre, nous ne sommes sûrs que d’une chose : c’est l’élément perturbateur de la vie de Naota. Elle est doublée par Mayumi SHINTANI, que l’on retrouvera dans beaucoup de productions du studio Trigger comme Kill la Kill ou Promare. Seiyû à la voix aiguë et nasillarde, elle donne au personnage une énergie folle et une personnalité unique. Son animation participe aussi à son énergie : on a parfois l’impression de regarder un dessin animé de Tex AVERY tant le personnage bouge, rebondit, s’étire… bien loin des standards d’une animation japonaise habituellement bien moins mouvementée. Haruko incarne alors pleinement la folie de FLCL, et les autres personnages, variant de l’absurde total au réel, ne laissent personne indifférent.

Parfois, la bande originale d’un anime joue un rôle particulièrement important dans son identité. Par exemple, Samurai Champloo ne serait pas aussi marquant sans les morceaux hip hop de Nujabes. FLCL fait lui aussi parti de ce club très fermé que l’on pourrait qualifier d’« anime à bande originale ». Et pour cause, la quasi-entièreté de ses pistes est composée par The Pillows, groupe de rock alternatif japonais actif depuis 1989 (dont nous avions pu interviewer le guitariste Yoshiaki MANABE en 2014).

Chaque épisode est ainsi rythmé par plusieurs de leurs morceaux aux sonorités rock garage et, fait plutôt rare dans un animé, très souvent chantés. Des scènes pouvant paraître banales au premier abord prennent alors de la grandeur accompagnées par ces chansons. Un sentiment de nostalgie s’en dégage, l’impression de se remémorer des instants cruciaux d’une vie que l’on a pourtant jamais vécue. Mais cette impression est parfois très vite remplacée, avec la cadence rapide de FLCL, par des morceaux plus pêchus, toujours composés par le même groupe, qui prennent place lors des combats. Seule bizarrerie dans la bande originale, un morceau extrait de la suite orchestrale « Les comédiens » du compositeur russe Kabalevsky fait irruption lors d’une course poursuite endiablée dans l’école de Naota.

Du nouveau dans la franchise

©FLCL Progressive

En 2018, FLCL a eu droit à deux suites : FLCL Progressive et FLCL Alternative. Toutefois le studio Gainax, aujourd’hui vidé de sa grandeur passée, n’y participa pas. C’est le studio Production IG, déjà présent pour les OAV de 2000, qui prend le relais pour l’animation tandis que la chaîne de télévision américaine Adult Swim se charge de la production. FLCL a en effet été marquant lors de sa diffusion aux Etats-Unis au début des années 2000. Il est donc naturel de voir la chaîne de télé l’ayant diffusé à l’époque s’occuper de la production de nouveaux épisodes.

©FLCL Alternative

Ces deux nouvelles séries s’inscrivent dans la continuité chronologique de FLCL, tout en ne faisant pas directement référence aux éléments scénaristiques antérieurs. Dans FLCL Progressive on assiste au tournant à 180°C que prend la vie de la lycéenne Hidomi Hibajiri suite à sa rencontre avec Julia Jinuy, lors d’un accident de voiture qui n’est pas sans rappeler l’accrochage en moto de Naota et Haruko. FLCL Progressive a pour intention de raconter une histoire similaire à l’originale, avec un déroulement, des péripéties, des combats survoltés et une dose de loufoquerie similaire. C’est tout le contraire de FLCL Alternative qui, en se concentrant sur les trajectoires intimes d’un groupe de 4 lycéennes, s’écarte de la formule de base pour proposer du nouveau, tout en conservant des éléments des premiers OAV comme les usines en forme de fer à repasser ou bien Haruko Haruhara, de retour encore une fois.

Bien que ces deux nouvelles séries n’égalent pas en qualité les OAV originaux, certaines séquences restent marquantes (les rêveries d’Hidomi dans Progressive particulièrement) avec une animation plus que correcte. Cependant, les plus grandes qualités de ces deux nouvelles séries sont indéniablement le retour de The Pillows pour la bande originale et celui de Yoshiyuki SADAMOTO au chara-design original. À voir donc pour les fans du FLCL d’origine qui n’ont pas peur du changement, ou pour un nouveau public en quête de séries excentriques.

©FLCL

FLCL c’est donc 4 lettres pour 4 syllabes pouvant être résumées en 4 points : une animation d’une qualité rarement atteinte servant des combats stylés, une loufoquerie ambiante, des personnages que l’on ne verra jamais nulle part ailleurs tant ils sont décalés et une bande son mélancolique accompagnant et sublimant le quotidien de Naota. L’entrée dans FLCL peut s’avérer compliquée pour un nouveau venu mais ces 6 OAV font partie de ces séries qui grandissent à chaque visionnage, montrant à chaque fois une nouvelle facette, un nouveau propos. Mais c’est son originalité qui marque avant tout : rien aujourd’hui n’a été fait comme FLCL et même ses récentes suites n’arrivent pas à parvenir au même résultat. Bref, FLCL est à voir pour tous ceux en quête d’expériences uniques en japanime, et à revoir pour ceux l’ayant déjà vu, car on en a jamais assez.

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