Thriller : des lectures manga sur le fil, pour frissonner en plein été !

Le thriller est un genre qui fonctionne toujours très bien, surtout en vacances : la lecture est souvent aisée et le lecteur, happé par la tension du récit , tournera les pages plus vite que son rythme cardiaque. Nous avons déjà publié un article avec quelques recommandations, mais il date de 2017 et il était temps de vous faire découvrir les nouveaux titres de ce genre si passionnant et addictif.

À l’occasion de la fin de l’un d’entre-eux, Route end, nous avons sauté le pas : voici une sélection à dévorer d’urgence !

 

Route endROUTE END : au milieu des cadavres…

De Kaiji NAKAGAWA chez Ki-oon

Résumé : Taji travaille pour une entreprise de nettoyage spécialisée dans les cadavres en décomposition. Les macchabées découverts sur le tard laissent des traces insupportables pour le commun des mortels, mais lui a le cœur bien accroché. La mort, il la connaît depuis l’enfance. Il a vu le corps de sa mère se balancer au bout d’une corde. Le traumatisme lié à ce suicide est ancré en lui, et chaque nettoyage est une catharsis.
Son quotidien est bouleversé quand son quartier devient le théâtre de meurtres en série. Les victimes sont découpées en morceaux, puis alignées pour former un mot, le même à chaque fois : “END”. Taji est chargé du nettoyage de la dernière scène de crime en date. L’affaire prend une tournure personnelle pour lui lorsqu’il découvre que son patron, véritable figure paternelle, est peut-être impliqué dans ces morbides mises en scène…

Avis : Premier manga de Kaiji NAKAGAWA a être traduit en français, le trait particulier du dessin ne doit pas vous empêcher de rentrer dans cette histoire qui nous fait découvrir un métier un peu particulier que celui de nettoyeur de cadavres en décomposition. Le paysage est planté, le héros va devoir trouver qui est le serial killer le fameux ‘end’ car la police semble totalement dépassée par les événements. Au fil des tomes Taji semble de plus en plus proche du tueur, un peu trop proche à son goût. L’auteur joue avec nos nerfs et nous fait douter de nos propres déductions.

Le trait de NAKAGAWA est brut, clair et précis, il laisse le lecteur se concentrer sur le récit palpitant. La narration est addictive, les personnages sont complexes, mais aussi attachants et les meurtres mystérieux. Cette série contient tous les ingrédients pour une enquête palpitante. L’auteur nous tient par le bout du nez et un lecteur baladé de cette façon est un lecteur heureux.
Seulement huit tomes et la résolution est intéressante et pas celle que l’on aurait pu penser. Cependant cette dernière révélation laisse perplexe, ne fallait-il pas s’arrêter avant pour éviter un final à la limite du hors-sujet ? Sans vous spoiler, et pour vous laisser juge de cette fin qui divise ses lecteurs, sachez que cette série est très efficace dans son ensemble et mérite largement un essai.

 

The killer insideThe Killer Inside : Schizophrène et fils de tueur !

De Hajime INORYUU (scénario) & Shôta ITÔ (dessin) chez Ki-oon

Résumé : À première vue, Eiji, discret et maladroit, ne se démarque pas de la foule des étudiants de sa fac… Pourtant, il tente depuis longtemps de faire oublier au monde que son défunt père n’était autre que le tueur en série LL, tristement célèbre pour les horribles tortures infligées aux jeunes femmes qu’il a assassinées.
Après des années passées à fuir la presse, Eiji a enfin réussi à trouver sa place. Mieux, il se réveille un matin avec une des plus belles filles du campus à ses côtés ! Elle lui avoue être tombée amoureuse de lui lorsqu’il l’a sauvée des griffes d’une brute épaisse. Un vrai conte de fées… dont le jeune homme n’a aucun souvenir ! Les trois derniers jours sont un trou noir dans sa mémoire, comme si quelqu’un d’autre avait vécu dans son corps à son insu… Et, pendant son amnésie, un cadavre de femme mutilé a été retrouvé dans le quartier. Pour la police, ça ne fait aucun doute : c’est du LL tout craché.

Avis : L’ambiance est oppressante. Comme le héros, le lecteur découvre petit à petit qu’il aurait une double personnalité, c’est d’autant plus angoissant qu’il n’en a pas conscience. Que ferions-nous si on découvrait qu’on avait une face caché… de tueur de surcroît ?!
Est-ce réellement une malédiction ou bien quelqu’un se joue-t-il de lui ? Une chose est certaines ce « LL » est organisé et il aime les représentations macabres et élaborées. Son truc : faire souffrir ses victimes jusqu’à leur dernier souffle. Eiji a sa part d’ombre et un lourd secret qu’il porte comme un fardeau depuis de longue année. Le fils d’un tueur en série est-il obligatoirement un tueur né ? Il ne semble pas le penser, mais est-ce si évident ? Lui se pense normal mais son cerveau ne veut-il pas se protéger en occultant sa partie sombre ?

Histoire fantastique ou bien double personnalité bien ancré dans le réel ? Pour le moment nous ne sommes pas assez avancés dans le récit pour avoir une réponse. Le moins que l’on puisse dire c’est que c’est très intrigant. Le scénario a l’air tellement de couler de source qu’on attend le moment où il va nous retourner le cerveau. Le second tome vient de sortir en France alors que la série toujours en cours de publication au Japon entame son 10ème opus.

Une belle surprise dessinée de façon magistrale par Shôta ITÔ et scénarisé Hajime INORYUU que l’on connait pour une tout autre série avec un univers totalement différent : Swimming Ace (Pika Editions).

my home heroMy home hero : mon papa à moi a tué un gangster ♫

De Naoki YAMAKAWA (scénario) et Masashi ASAKI (dessin) chez Kurokawa

Résumé : « Je ne suis qu’un pauvre type qui aimerait pouvoir se dégonfler au point de disparaître… »
Tetsuo est un modeste père de famille qui se passionne pour les romans policiers. Il découvre un jour des traces de coups sur le visage de sa fille qui vient à peine de quitter le foyer familial, pour vivre seule. Tetsuo retrouve rapidement le coupable et le suit. Sans savoir que cela le mènera à commettre un crime qui changera pour toujours la destinée de sa famille. Mais pour le bien de sa fille, ce papa fait le choix de la lutte…

Avis : Pour une fois, les rôles sont inversés. Pas besoin de chercher qui est le tueur car ce dernier n’est autre que notre héros avec la complicité de sa femme. On sait donc qui il est et ce qui a motivé son geste. Pour autant on prend vite son parti : il n’a fait que défendre sa famille et sa propre vie… On tremble donc pour eux quand les yakuza s’approchent trop près du poteau rose. Écrivain de polar à ses heures perdues Tetsuo cogite assez vite pour savoir comment échapper à la police ou aux criminels. Peureux, certes, mais aussi très rusé. Des années à écrire des romans policiers l’ont entraîné à ne pas faire d’erreur et à élaborer des plans pour se sortir de l’impasse dans laquelle lui et sa femme se trouvent.

Mais cela sera-t-il suffisant ? Le manga compte 11 tomes et la série est toujours en cours de publication. Alors qu’on pourrait craindre une certaine lassitude et une possible répétition après le premier arc, le scénariste arrive à nous surprendre. Alors que le 8ème tome vient de sortir en France, le récit ne faiblit pas, l’intérêt du lecteur est préservé rebondissement après rebondissement.

 

Echoes

Echoes : visions of hell

De SANBE Kei chez Ki-oon

Résumé : Senri est l’unique rescapé d’un massacre qui a emporté toute sa famille. À cinq ans, il a été retrouvé seul au milieu des cadavres de ses deux parents assassinés. Kazuto, son jumeau, a quant à lui été kidnappé puis tué. Depuis, le meurtrier reste introuvable…
13 ans plus tard, la colère de Senri ne s’est toujours pas apaisée. Et pour cause : Kazuto et lui étaient plus que des frères. Douleur, peur… les émotions de l’un étaient ressenties par l’autre, parfois accompagnées de visions pendant les pics d’angoisse. Senri a donc vécu le calvaire de son jumeau comme si c’était le sien. Son seul indice pour retrouver l’assassin, des cicatrices sur le bras du coupable, entraperçues à travers les yeux de Kazuto… Alors le jour où il voit par miracle à la télé un homme avec les mêmes stigmates, son sang ne fait qu’un tour : il tient sa vengeance !

Avis : Le titre original Yume de mita anoko no tame ni (Pour l’enfant que j’ai vu dans mes rêves) est sans doute plus poétique que Echoes, cependant il est bien trouvé aussi au vu de ce que l’on peut déjà découvrir dans ce premier tome.
Senri est un personnage torturé, jeune mais totalement désabusé. Sa seule raison de vivre est de venger son frère qui a été tué 13 ans plus tôt. Il connaît un détail sur le tueur qui pourrait l’aider à le reconnaître. Mais ce dernier ne va pas se laisser attraper si facilement. Plus on avance dans le récit plus on découvre d’autres mystères, d’autres personnages tout aussi intéressants que Senri, je pense notamment à Enan son amie qui n’a pas froid aux yeux. SANBE Kei aime utiliser des éléments fantastiques dans ses récits ce qui lui avait réussi avec ERASED. Pas de retour dans le passé cette fois, mais une connexion improbable entre deux frères jumeaux.

Le style de SANBE Kei est, certes, particulier cependant il sert parfaitement ses récits. Au Japon vient d’être dévoilée l’arrivée du climax de l’histoire, ce qui laisse présager que le manga ne sera pas étiré en longueur et que nous approchons du but !

 

Anonyme !

Anonyme ! : sauver une vie et détruire la sienne

KIMIZUKA Chikara (scénario) & HIOKA Yen (dessin) chez Soleil manga

Résumé : Takashi vit la meilleure période de sa jeunesse. Il va intégrer l’équipe de base-ball de son collège et la fille qu’il aime, Sasaki, a accepté d’être sa copine. Mais lorsqu’il surprend son professeur abusant d’elle, il intervient à coups de batte. Obligé d’adopter une nouvelle vie ailleurs, la vie reprend son cours. Mais le passé revient le hanter. Un mystérieux informateur décide de mettre tout le monde au courant…

Avis : Le titre original d’Anonyme ! est Boku no namae wa 「Shōnen A」. (Je m’appelle « Garçon A »). C’est intraduisible sans vous expliquer le contexte. En 1997, une affaire de meurtre perpétré par un mineur éclate au Japon . Comme la loi japonaise interdit de mentionner le nom d’un criminel mineur, le tueur, Sakakibara, est appelé « garçon A » dans les médias. Il a commencé par tuer des animaux avant de tuer des enfants, arrêté et condamné à quinze ans, il passera plus de sept ans en détention dans un centre surveillé d’éducation juvénile. A l’époque, beaucoup de gens se sont demandés pourquoi il n’avait pas ensuite continué à purger sa peine en prison. L’enquête montre qu’il y a des contradictions, cependant Sakakibara a sorti un livre en 2015 où il exprime ses regrets, mais raconte aussi les meurtres en détail. Son nom et son adresse ont été révélés par un tabloïd le Shūkan Post.

Si le scénario de  KIMIZUKA Chikara s’inspire de ce fait réel, ce ne sont que quelques détails qu’il repend et en aucun cas l’histoire vraie de Shonen A qu’il décrit. Ce thriller est vraiment dur, mais très intéressant sur comment la société japonaise traite les proches des meurtriers, qui eux n’y sont pour rien, on le rappelle !, mais aussi comment la société vous perçoit, même une fois votre peine purgée. Et même si Takashi avait une bonne raison d’en arriver là, il a malheureusement agit sur le coup de la colère. Peut-on pardonner ? Peut-on vivre normalement lorsque l’on a commis l’irréparable à 13 ans ? Comment supporter le poids de la culpabilité quand on est victime et que tout le monde est contre vous ? Comment ne pas basculer à nouveau dans la colère quand tout le monde est contre vous et s’en prend à vos proches ?

Plus sociologique qu’un vrai thriller, Anonyme ! se lit pourtant comme tel. La lecture en est frénétique, on s’indigne des quiproquos et des non-dits, mais au final Takashi a tout de même tué. Quelque soit les choix qu’il fait seront-ils toujours mauvais ? Un thriller qui fait réfléchir sur des actes qui bouleversent la vie de tous les protagonistes.

 

In These WordsIn These Words : SM Killer

De Guilt│Pleasure chez Taifu comics

Résumé : Katsuya Asano, un jeune profiler formé aux Etats-Unis, est amené à travailler pour la police de Tokyo. Il a pour mission de fournir le profil d’un tueur en série qui sévit depuis plusieurs années dans la capitale.
Grâce à son aide, l’opération est une réussite et Shinohara Keiji est enfin arrêté.
Obnubilé par la personne qui est à l’origine de son arrestation, ce dernier accepte de faire des aveux complets, mais à la condition que Katsuya soit celui qui les recueille.
À peine le jeune homme vient-il d’accepter qu’il est tourmenté nuit après nuit par le même cauchemar : un homme dont il ne voit pas le visage le retient prisonnier et le torture tout en lui murmurant à l’oreille qu’il l’aime. La frontière entre rêve et réalité s’effondre alors brutalement pour lui…

Avis : Vous aimez les séries américaines comme Esprits criminels ? Vous savez, celle où ils rencontrent des psychopathes meurtriers ? Alors vous devriez aimer In These Words. Narcissus, la scénariste met à profit son expérience au sein de la police pour nous dépeindre un univers sombre à la poursuite d’un serial killer particulièrement sadique. Devenue romancière, elle forme un duo parfait avec l’illustratrice et mangaka Jun TOGAI. Les rebondissements à la fin de chaque tome vous retourneront la tête tellement l’impression de vous être fait balader tout le temps est grande. C’est un sentiment délicieux. Nous avions interviewé le duo lors de sa venue en France en 2015 (Lire l’interview).

Les scènes de torture ou de sexe sont difficiles, mais elles servent le récit, rien de gratuit ou d’inutile. Quant aux dessins ils sont tout bonnement magnifiques, Jun TOGAI étant une dessinatrice de talent. Le quatrième tome de In These Words est enfin sorti cette année au Japon, une parution très lente comme une torture de serial killer sadique.

 

TransparenteTransparente : le pouvoir de la culpabilité

De OGINO Jun chez Kurokawa

Résumé : Aya Kinomiya, 9 ans, grandit entre un père violent, un frère apathique et une mère qui tente de protéger ses enfants. Un quotidien insupportable qui donne à Aya l’envie de disparaître. L’envie se mue en réalité quand la jeune fille se découvre le pouvoir de devenir transparente aux yeux des autres. Pourtant, au sein de sa famille, rien ne change.
Jusqu’à ce que son don d’invisibilité la pousse à commettre un geste au-delà de l’imaginable. Sa vie va s’en trouver transformée, mais de quelle façon ?

Avis : On termine avec l’un des meilleurs titres de la sélection et, surtout, une excellente surprise pour ce manga qui sort clairement de nulle part mais aussi des sentiers battus, tout en conservant une qualité de narration et de mise en scène dans le haut du panier. Mais le premier tome marque d’abord le lecteur par son chara-design et son identité graphique : les planches sont sobres mais les contrastes très tranchés – tout est d’ailleurs histoire de contraste dans ce titre –  les compositions et les cadrages millimétrés avec, toujours, une intention : celle de nous focaliser sur le personnage et la couleur que prend sa vie à un instant t.

Dans ce récit qui s’écoule le long des introspections de son héroïne et de ses rares amitiés lycéennes, les silences et les colères sont toujours saisissants : ce père qui pète un plomb, une famille au bord du gouffre, une violence sourde, le chara-design qui se déforme et caractérise le monstre, puis l’apathie devant le quotidien qui paraît insipide, des moments père-fille plus doux qui viendront hanter notre héroïne et alimenter son envie de disparaître. Plein d’éléments qui témoignent d’un talent du mangaka, qui intrigue énormément et qui pousse à la lecture du second tome où le lien entre le pouvoir d’invisibilité de Aya et sa culpabilité – étrange corrélation du pitch de départ – prend tout son sens : la lecture est alors un pur régal de tension, de tempo, de découverte du bonheur pour l’héroïne, de la peur qu’elle a de le perdre – et qui devient une certitude, au fil des pages – pour le lecteur. La boule au ventre, on dévore le tome comme rarement on a dévoré un manga et nous vous tairons, pour ne rien gâcher, dans quel état nous sommes en refermant le livre, courant chercher notre portable pour aller voir la date de sortie du tome 3… Le temps va être long jusqu’au 10 septembre mais, d’ici là, allez vous procurer ce thriller d’une intelligence redoutable !

Se faire peur, être mal à l’aise, chercher le coupable, se sortir de situations impossible, il y a bien des manières de vivre un thriller. Un genre bien plus inventif que l’on pourrait croire au premier abord. Nous espérons que vous trouverez ces lectures palpitantes. 

 

 

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Thriller : au fil du manga, quand la tension monte…

Tatiana Chedebois

Je suis tombée dans les animes et les mangas depuis toute petite. Mais depuis 1997 je me suis spécialisée dans la Jmusic sur divers média. Avant toute chose j'aime le rock sous toutes ses formes et je m'éclate en concert. Depuis peu j'ai acquis un doctorat en manga avec des chats.

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