Teru teru bôzu, la poupée qui fait cesser la pluie

En cas de fortes pluies, on est souvent désemparés, espérant de tout cœur le retour du soleil au plus vite. Mais les Japonais ont la solution avec le teru teru bōzu ! Cette petite poupée à la tête ronde et au corps de chiffon serait capable de ramener le beau temps, pour peu qu’on lui chante une petite comptine… On vous en dit plus sur les origines de cette tradition et sur cette petite poupée que vous pourrez fabriquer chez vous.

Teru Teru Bozu - Praying for good weather @Roger Walch via Flickr

Teru teru bōzu accrochés pour le retour du beau temps – Photo de Roger Walch (Flickr)

Une poupée magique contre le mauvais temps

Teru Teru Bōzu,

Fais que demain il fasse beau,

Car si les nuages pleurent,

Je devrai te couper la tête

C’est par ces prédictions sordides que s’achève la comptine que l’on chante à cette petite poupée, pour la motiver à ramener le beau temps. Mais pourquoi tant de haine contre ces poupées pendues aux fenêtres des Japonais par temps de pluie ? Tout simplement car cette poupée artisanale posséderait la faculté de faire cesser la pluie : cette ritournelle l’inciterait à mettre en action ses pouvoirs pour que le lendemain soit ensoleillé !

てるてる坊主 _ teru-teru-bōzu _@Keng Susumpow via Flickr

Teru teru bōzu au rebord d’un toit – Photo de Keng Susumpow (Flickr)

Il est possible que vous connaissez déjà le teru teru bōzu qui ressemble à un petit fantôme, car on en voit souvent apparaître dans les mangas et les animés, suspendus à une fenêtre ou au rebord du toit d’un bâtiment. Au départ, on les confectionnait en papier origami mais cette pratique a peu à peu laissé place à une fabrication avec du tissu ou des mouchoirs. Les enfants s’amusent à les fabriquer avant de les suspendre, en famille en vue d’un pique-nique ou à l’école à la veille d’un voyage scolaire. Ainsi, ils s’assurent que le beau temps sera au rendez-vous ! Pour cela, il est nécessaire de placer le teru teru bōzu la tête vers le haut (car l’inverse ferait venir la pluie), soit en l’attachant par le cou tel un pendu, soit en le suspendant par le haut de sa petite tête chauve. En ondulant, sous les bourrasques de vent et la pluie, il chasse le mauvais temps.

Si le teru teru bōzu accomplit sa tâche avec brio, il est récompensé, par un sourire qu’on lui dessine sur le visage, ou par des offrandes qui peuvent prendre la forme de wagashi (pâtisseries traditionnelles) ou de saké. Par le passé, on le libérait ensuite dans une rivière qui l’emportait vers d’autres horizons. Si en revanche, il n’a pas réussi à chasser la pluie, il risque la décapitation… comme dans la légende qui a inspiré cette tradition.

Les origines du teru teru bōzu

Homemade teru teru Bozu

teru teru bōzu maison réalisé par @mikalesage pour Journal du Japon

Le terme est l’association du verbe teru (照る : briller) et bōzu (坊主 : moine bouddhiste) que l’on pourrait traduire par « bonze brillant ». L’origine de ce nom proviendrait de la légende d’un moine de l’époque Edo, qui avait promis de ramener le beau temps à un village victime de pluies incessantes. Il n’était pas rare à l’époque de faire appel à des bonzes et à leurs prières pour exaucer un vœu ou pour apporter la prospérité et la santé à une ville. De là découlent de nombreuses célébrations actuelles. Le moine ne parvient pas à faire cesser la pluie et en guise de punition, il est alors décapité !

On trouve d’autres origines à cette tradition. L’une d’elles fait notamment référence à une légende chinoise qui raconte que des villageois avaient été prévenus par une voix céleste que les pluies diluviennes qui tombaient ne tarderaient pas à engloutir totalement le village. La seule solution était qu’une jolie jeune fille se présente à l’extérieur. On lui a alors donné un balai qui pouvait chasser les nuages. Un sacrifice, qui aurait donné naissance à cette tradition chinoise de poupée en papier (So-Chin-Nyan en chinois) avec un balai à la main que les jeunes filles créent pour rendre hommage à la bravoure de leurs aînées. Ce type de poupée serait parvenu au Japon durant l’ère Heian (794-1185). Puis elle aurait pris l’allure qu’on lui connaît suite à la malheureuse aventure du moine bouddhiste.

Pour d’autres, le teru teru bōzu pourrait être un yōkai qui n’apparaît que quand il fait soleil, hiyoribo. On l’aurait alors associé au retour du beau temps. Les enfants, en priant le teru teru bōzu, invoqueraient en réalité les faveurs de cet esprit. Dans l’ouest du Japon, certains se réfèrent toujours à ces poupées comme au hiyoribo, mais bon nombre de Japonais semblent avoir oublié son existence. Il n’est pas rare de croiser des teru teru bōzu sous forme de porte-clefs ou de talismans dans les temples. Et on les considère parfois tout simplement comme un porte-bonheur, capable d’amener des jours meilleurs.

La comptine folklorique qui accompagne la tradition

Pour inciter le teru teru bōzu à réaliser notre souhait, on lui chante cette comptine qui a été mise en musique en 1921 par Shinpei NAKAYAMA. C’est ce qu’on appelle warabe uta, une chanson pour enfants dont le sens réel leur échappe bien souvent, mais dont le rythme lui permet d’être reprise en cœur par les plus jeunes. Celle-ci s’achève sur une menace qui rappelle l’histoire du pauvre moine, mais de nombreux enfants l’ignorent !

Teru-teru-bōzu, teru bōzu  (Teru teru bōzu, teru bōzu )
Ashita tenki ni shite o-kure (fais qu’il fasse beau demain)
Itsuka no yume no sora no yo ni (comme le ciel dans un rêve parfois)
Haretara gin no suzu ageyo (s’il fait soleil, je te donnerai un grelot d’or)

Teru-teru-bōzu, teru bōzu (Teru teru bōzu, teru bōzu)
Ashita tenki ni shite o-kure (fais qu’il fasse beau demain)
Watashi no negai wo kiita nara (si tu réalises mon souhait)
Amai o-sake wo tanto nomasho (on boira beaucoup de saké doux)

Teru-teru-bōzu, teru bōzu (Teru teru bōzu, teru bōzu )
Ashita tenki ni shite o-kure (fais qu’il fasse beau demain)
Sore de mo kumotte naitetara (car si les nuages pleurent)
Sonata no kubi wo chon to kiru zo (je devrais te couper la tête)

Il existe de nombreuses versions chantées de cette comptine dont une reprise italienne étonnante qui élude la partie décapitation (à écouter Ici). Je vous laisse avec la version d’Hatsune Miku !

Tutoriel pour réaliser sa propre poupée teru teru bōzu !

Il est très facile de réaliser un teru teru bōzu, si vous voulez tenter l’aventure et voir si la pluie cesse quand il est accroché chez vous. Pour cela, il vous faut :

  • 3 ou 4 pièces de tissu ou de papier blanc ou coloré (vieux t-shirt, mouchoir, chiffon…) qui serviront à faire la tête et le corps de votre poupée. Le noir est interdit car il amènerait la pluie !
  • Deux cordelettes, élastiques ou de jolis rubans, à nouer autour du cou du teru teru bōzu pour le suspendre
  • Un feutre pour dessiner les yeux
TeruTerubozu Tuto etape 1@mikalesage

Le matériel pour fabriquer son teru teru bōzu – Photo de @mikalesage pour Journal du Japon

Avec deux ou trois morceaux de tissu que vous roulerez en boule, vous formerez la tête de votre poupée. Faites-la bien ronde et bien compacte, puis recouvrez avec le tissu restant, qui devrait pendre comme une robe de moine bouddhiste. Si vous avez choisi de le fabriquer avec des mouchoirs, soyez soigneux !

Teru Teru Bozu tuto etape 2 @mikalesage

La tête et la robe de notre teru teru bōzu – Photo de @mikalesage pour Journal du Japon

Teru Teru Bozu tuto Etape 3@mikalesage

Il est presque prêt ! – Photo de @mikalesage pour Journal du Japon

Il ne vous reste qu’à nouer l’attache autour de son cou pour solidifier l’ensemble et à faire une attache assortie au collier, fixée au premier nœud ou cousue à a tête, pour suspendre votre teru teru bōzu. Donnez-lui l’allure que vous désirez avec le feutre (des yeux, un sourire… il n’y a pas de règles !) et installez-le un jour de pluie pour qu’il réalise son miracle. Si le lendemain le soleil est radieux, vous pourrez récompenser votre poupée comme il se doit, sinon libre à vous de la décapiter ou de simplement la jeter à la poubelle !

Teru Teru Bozu tuto Etape 4

Le voila terminé ! – Photo de @mikalesage pour Journal du Japon

Quand vous croiserez un teru teru bōzu accroché à une fenêtre au Japon, ou dans un animé ou un manga, vous ne vous demanderez plus quelle est cette étrange petite créature flottante. Il ne vous reste plus qu’à tenter l’expérience chez vous en fabriquant votre propre poupée, en lui chantant la comptine, avant d’attendre avec impatience le lendemain pour savoir si le beau temps est au rendez-vous.

Sources :

  • Noboru MIYATA, Weather Watching and Emperorship, Current Anthropology, Vol. 28, No. 4, Supplement: An Anthropological Profile of Japan (Aug. – Oct., 1987)
  • http://yokai.com/hiyoribou/

Photo de Une tirée du film Les Enfants du Temps ©CoMix Wave Film

Mickael Lesage

J’ai découvert le Japon par le biais d’un tome de Dragon Ball il y a fort longtemps et depuis, ce pays n’a jamais quitté mon cœur…ni mon estomac ! Aussi changeant qu’un Tanuki, je m’intéresse au passé, au présent et au futur du Japon et j’essaie, à travers mes articles, de distiller un peu de cette culture admirable.

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