L’exposition Enfers et fantômes d’Asie du musée des Arts asiatiques de Nice

Deux ans après sa première édition au musée du Quai Branly à Paris, l’exposition temporaire Enfers et fantômes d’Asie revient cette année mais cette-fois ci dans le sud de la France. C’est au musée des Arts asiatiques de Nice qu’elle prend place du 1er août au 30 novembre 2020. Bien que Journal du Japon vous l’ait déjà présenté pendant son passage à la capitale, Enfers et fantômes d’Asie s’inscrit comme une exposition marquante que nous avions envie de vous (re)faire découvrir !

Rencontre avec les Enfers et fantômes d’Asie

Le rapport à la mort tient une place très importante dans la culture asiatique. Parmi les différentes religions dominantes de l’Asie orientale et de l’Asie du Sud-Est, on trouve notamment le bouddhisme qui voit en l’existence quelque chose d’éphémère et ce autant pour les êtres supérieurs, que sont les dieux, que pour les êtres vivants sur Terre, les humains, les animaux, et même les damnés. Les enfers sont donc vus comme un passage obligatoires pour ceux qui doivent être punis de leurs péchés, mais ne sont pas pour autant un purgatoire éternel puisque vient ensuite le cycle de la réincarnation. On voit d’ailleurs de nombreuses représentations des enfers dans les temples et peintures bouddhiques : il y a un espace temps d’attente entre la mort et la réincarnation, et tout ce cycle est influencé par les actes du pêcheur. C’est surement ce délai qui a amené la culture populaire à développer les revenants : malheur à ceux pour qui les rituels funéraires n’ont pas été respectés, ou ceux qui s’acharnent à vouloir accomplir leur destin brisé après la mort. Ceux-ci reviennent parmi les vivants en tant que fantômes, remplis de haine et d’amertume, afin de demander réparation en hantant ceux qui sont restés.

Enfers et fantômes d’Asie retrace l’histoire de l’épouvante dans la culture populaire depuis l’influence de la religion bouddhiste dans l’imaginaire collectif jusqu’aux nombreuses productions culturelles que nous connaissons aujourd’hui, qui trouvent racine pendant la période Edo.

De nombreux thèmes sont ici présentés : la part de la religion ; les adaptations théâtrales des histoires populaires ; l’apparition des estampes de yūrei de Maruyama Ôkyo qui auraient été inspirées par les visions de sa femme ; les différentes formes d’esprits comme les yōkai ou les femmes-chats vengeresses et bien plus encore… Et tout cela simplement pour la partie japonaise de l’exposition qui emmène le visiteur aussi en Chine et en Thaïlande. Le musée des Arts asiatiques de Nice propose aux visiteurs un voyage complet qui montre la richesse culturelle de l’Asie : tellement riche et varié qu’il serait trop long de traiter dans ce billet de tous les sujets abordés ! Nous avons toutefois choisi de parler de l’un d’entre eux en particulier : Oiwa, pour son influence sur l’imaginaire populaire et sur les artistes.

Affiche du film Kaidan zankoku monogatari de Hazuo Hase en 1968 ©Rokusan pour Journal du Japon

D’abord véhiculée par l’oral, l’histoire d’Oiwa fut sans doute le commencement d’une interminable série de revenants propres à la culture japonaise qui lui rendent hommage. Si les histoires diffèrent d’une adaptation à une autre, c’est celle présentée par Enfers et fantômes d’Asie, qui n’est autre que la pièce de kabuki Yotsuya Kaidan, que nous développerons ici. Oiwa est la malheureuse victime du désir charnel et de la cupidité de son mari, Lemon, qui va bientôt devenir père. Souhaitant épouser la séduisante Oume, il met en place différentes trahisons qui vont amener Oiwa à devenir complètement défigurée, et elle finira par être jetée dans une rivière après avoir été empoisonnée. Cette mort douloureuse et brutale transforme Oiwa en un onryō (esprit vengeur) particulièrement déterminé à accomplir sa vengeance. Grâce à ses apparitions et aux tourments qu’elle fera vivre à son mari, celui-ci sombrera dans la folie et finira par assassiner Oume, sa nouvelle femme, avant de mourir.

Oiwa est surement l’esprit vengeur le plus représenté dans l’art japonais. On le retrouve même chez le célèbre Hokusai avec son œuvre Le fantôme d’Oiwa. Oiwa est un fantôme qui a marqué l’imaginaire collectif japonais : son visage hideux recouvert par ses longs cheveux de jais est l’expression d’un esprit tourmenté qui n’a d’autres buts que de se venger, ce qui rappellera sans mal les célèbres Sadako de Ring et Kayako de Ju-on.

Comme son nom l’indique, Enfers et fantômes d’Asie ne se limite pas qu’au Japon, bien que ce soit le pays le plus représenté. On y trouve également et notamment des éléments de la culture chinoises et thaïlandaises. Côté culturel, on découvre les vampires sauteurs des films chinois ou les différentes adaptations de Mademoiselle Nak (Nang Nak), le plus célèbre fantôme de Thaïlande, pour ne citer qu’eux. Côté religieux, on s’instruit sur les différentes pratiques et objets pour se protéger des esprits.

L’exposition ne s’adresse donc pas uniquement aux amoureux du Japon, mais à un public bien plus large. Que ce soit pour la Chine ou la Thaïlande, c’est une fois de plus un vaste tour d’horizon de la représentation de la mort et des esprits dans la culture asiatique que nous découvrons ici.

Informations pratiques :

Pour découvrir Enfers et fantômes d’Asie, rendez-vous au musée des Arts asiatiques de Nice du 1er août au 30 novembre 2020. L’entrée est gratuite. Vous pouvez participer à une chasse aux fantômes en réalité virtuelle pour 5 euros.

Pour ceux qui n’auraient pas l’occasion de découvrir Enfers et fantômes d’Asie, vous pouvez vous procurer le livre qui a découlé de la première édition au Quai Branly.

Le musée des Arts asiatiques de Nice

L’exposition temporaire Enfers et fantômes d’Asie est également le bon moment pour découvrir le musée des Arts asiatiques de Nice. Situé au parc Phœnix, le long de la promenade des Anglais, il a été inauguré en 1998 et se distingue par une architecture particulièrement originale signée par le célèbre architecte japonais Kenzo Tange. Disposant de collections permanentes et temporaires, puisqu’elles sont souvent l’objet de prêts de la part des artistes, le musée des Arts asiatiques de Nice propose une sélection d’œuvres qui traverse les époques de l’Inde au Japon en passant par la Chine et l’Asie du Sud-Est.

Marquant par son esthétisme, le musée des Arts asiatiques de Nice est particulièrement agréable à visiter et se veut être au-delà d’un musée classique : véritable lieu d’échanges entre les cultures asiatiques et occidentales, on y trouve donc tout un tas d’activités proposées. Vous pourrez découvrir la cérémonie du thé dans une pièce qui vous enverra tout droit au Japon, ou participer à différents ateliers pour adultes d’ikebana (art floral), de calligraphie japonaise ou d’origami. Les enfants peuvent aussi fabriqués des masques de yōkai ou des tampons. Le programme change chaque week-end et la réservation sur le site officiel est obligatoire pour chacune de ces activités.

C’est d’ailleurs dans cet esprit de proposer des activités intéressantes et originales pour les visiteurs que le musée des Arts asiatiques de Nice profite de l’exposition temporaire Enfers et fantômes d’Asie pour embarquer les visiteurs dans une chasse aux fantômes en réalité virtuelle. Pour cela, après avoir demandé à l’accueil un ticket pour l’activité au prix de 5 euros, rendez-vous au premier étage du musée. L’expérience dure une dizaine de minutes et est très originale. Il est toujours plaisant de soutenir de telles initiatives ainsi que le travail de l’équipe qui a programmé le jeu.

Ramen Kumano : la bonne adresse pour manger japonais à Nice !

Il n’a pas toujours été facile de trouver de véritables ramen au bouillon savoureux dans le sud de la France. Et même si on observe l’ouverture de nouveaux restaurants japonais chaque année, il ne sont pas forcément tous à la hauteur de nos espérances. Il y a donc toujours ce petit moment de doute lorsqu’on teste un nouveau restaurant à ramen : va-t-il être assez goûteux ?

Si vous êtes dans le coin de Nice ou que vous venez découvrir l’exposition Enfers et fantômes d’Asie, n’hésitez pas à vous arrêter au Ramen Kumano : adresse testée et approuvée par l’équipe de Journal du Japon !

Avec son menu au large choix et ses prix attractifs, le Ramen Kumano cherche à répondre à la demande française avec des recettes inspirées par le climat niçois. Sur les photos ci-dessous vous pouvez voir le menu A : un Buta Syôyu accompagné de 4 gyoza, le tout pour seulement 14 euros ! Bien que le repas soit déjà très copieux, on se régale aussi avec le daifuku au sésame noir pour le dessert.

Vous l’aurez compris à ce second billet qui vient compléter le premier, écrit en 2018 : l’exposition temporaire Enfers et fantômes d’Asie est une réelle réussite et mérite amplement le déplacement. Pour l’occasion, Journal du Japon vous a déniché une bonne adresse où aller déguster des ramen. Il n’y a donc plus d’excuses pour rater cet événement et revenir ici nous donner votre avis !

Rokusan

Rokusan, 26 ans, passionnée depuis l'enfance par le Japon, je suis UX Designer freelance et grande collectionneuse de produits et de souvenirs du Japon ! @_rokusan

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