Hanagatami, Un rêve de cinéaste mis en chantier

Papillon, prend ton envol

Voici donc, un film très personnel, qui illustre les craintes du réalisateur par rapport à la guerre, qui l’a traumatisé étant enfant.

Les protagonistes, pris dans la tourmente en pleine ère Shōwa, et plus précisément en 1941, lors de l’invasion de la Manchourie et la bataille de Pearl Harbour. Il y narre en 168 minutes l’histoire du jeune Toshihiko, un jeune homme de 16 ans qui emménagé avec sa tante dans la ville de Karatsu dont les camarades de classes devront, tour à tour, s’enrôler ou disparaître. Il y rejoindra sa
cousine Mina EMA, recluse dans le manoir de la ville, en proie à la tuberculose.

Pour la petite histoire, la grande véracité du monde médical dépeinte au cours du film tient du fait que le père du cinéaste était médecin et que lui-même se destinait à le devenir. De plus, sa nouvelle condition de vie en sursis transparait dans le métrage. Notamment au travers de péripéties, dont nous vous laissons l’entière découverte.

Le tout est servi dans une candeur poétique incroyable, comme autant de rêveries surréalistes en surimpressions, par une association de techniques anciennes de superpositions de pellicule, et de numérique sur fonds verts.

C’est une succession de tableaux, qui donnent l’impression de collages de scrapbooking prenant vie. Cette poésie, est appuyée par des textures évoquant des peintures de VAN GOGH ajoutées de ci, de là, ou encore de l’expressionnisme du cinéma allemand des années 1920.

Techniquement ce film est aussi intéressant de par ses changements de formats d’images avec du 4/3 et du cinémascope et,
de savoir passer de la couleur, au noir et blancs, ou l’animation. La direction photo, quant à elle transpire de couleurs chaudes et chatoyant es, à la manière d’un animé sorti des studios Ghibli. Par contre, il y a aussi, des prises de vues un peu plus granuleuses, mêlant encore une fois l’ancien et le moderne dans un tout.

Cet objet cinématographique est tout autant expérimental que son aîné Hausu, ainsi qu’un vibrant hommage très Nouvelle Vague française au film Et mourir de plaisir (1960) de Roger VADIM.
De nombreux éléments de ce film y sont incorporés : la scénographie d’un acte charnel entre Mina et Ukai, où elle vient à mordre son partenaire, rappelant le vampirisme dans l’œuvre de VADIM.
Ou encore, le spectateur peut témoigner de la solitude grandissante de Mina, qui est autant attachée émotionnellement, que recluse forcée comme Carmilla au domaine VON KARSTEIN dans Et mourir de plaisir.

La passion des moments partagés, malgré la mort omniprésente dans le métrage prend son plein essor dans le climax.
C’est à ce moment que la parade intervient, imposante et difficile à manœuvrer, mais débordante de vie. Les images, et textures se mélangent, comme des souvenirs doux amers, pour mieux s’en enrichir, et continuer d’avancer.

C’est le motif, qui jalonne notre aventure humaine depuis sa genèse : un projet, une vision, des embuches colossales, et la vie qui trace son chemin vaille que vaille, envers et contre tout.

Passée inaperçue lors de sa sortie le 16 décembre 2017, cette pénultième production de Nobuhiko ŌBAYASHI prouve que naît parfois du malheur de bien jolies choses : pour une production faite de bouts de ficelles Hanagatami est un exploit, à voir absolument. 

Guillaume PAUCHANT

Il faut avoir des films en soi, pour faire rêver le monde.

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