[Interview] Tokyo, le Petit Atlas Hédoniste de Johann Fleuri

Johann Fleuri, l’autrice du fabuleux Portraits de Tokyo paru en 2017, est revenue en cette fin d’année 2020 dans nos librairies avec un nouvel ouvrage, Tokyo, Petits Atlas Hédoniste. Paru aux Éditions du Chêne, ce beau livre de plus d’un kilo s’inscrit dans la collection Petit Atlas Hédoniste qui souhaite proposer un autre regard sur de grandes destinations comme le sont Tokyo, l’Islande et Venise, ainsi que sur notre manière de voyager. Loin des guides de voyage classiques, cette collection nous transporte dans un univers épuré où le plaisir de découvrir et d’apprendre sont au rendez-vous. Johann Fleuri, nous amène à la rencontre d’une Tokyo intimiste et réservée que nous avons adoré (re)découvrir. Pour l’occasion de cette sortie littéraire, Journal du Japon a rencontré l’autrice.

Tokyo loin des clichés

Nouveau must-have pour les futurs voyageurs et les passionnés du Japon, Tokyo, Petit Atlas Hédoniste transporte le lecteur au cœur de 8 des différents arrondissements de la capitale japonaise. Chacun leur tour, ce sont Shibuya, Shinjuku, Meguro, Setagaya, Taitō, Bunkyō, Chūō et Chiyoda qui sont présentés à travers leur histoire, leur architecture, leurs commerces et leur fréquentation. Ces ensembles forment la singularité de chacun d’entre eux, qui se dévoilent petit à petit sous un nouvel angle, loin des clichés de la Tokyo ultra-connectée.

Tokyo, l’une des agglomérations les plus peuplées du monde, est une ville aux mille visages. Difficile de croire que l’on peut facilement se promener dans une immense verdure luxuriante en pleine cœur de la capitale nippone lorsque l’on traverse pour la première fois le fameux carrefour de Shibuya. Tokyo, ce sont les loisirs et la technologie. Pour le traditionnel, on lui préfère Kyoto. Pourtant, cette image qui lui colle à la peau, bien trop réductrice, génère de nombreuses idées reçues.  Johann Fleuri, l’autrice de cet ouvrage incontournable, est une française installée au Japon depuis 2015. Après toutes ces années à Tokyo, elle nous livre entre bonnes adresses, lieux insolites et jardins secrets, un nouveau regard sur la ville accompagné par les superbes clichés de Pierre Javelle. Tokyo, Petit Atlas Hédoniste est un merveilleux condensé de tous les visages de Tokyo.

Slow travel

Le sommaire de Tokyo, Petit Atlas Hédoniste est simple : un chapitre, un arrondissement. Au commencement, une contextualisation historique et culturelle. S’ensuit un tour d’horizon des essentiels, puis des bonnes adresses, une rencontre et un parcours. L’attrait touristique ne se limite pas qu’à une liste de lieux, il est enveloppé dans des chroniques, des instants de vies et des portraits.

Chaque double-page est composée soit d’un texte accompagné par un ou plusieurs clichés, soit d’une photo qui prend l’intégralité de l’espace. 256 pages au graphisme épuré pour traverser la capitale japonaise « slowly ».

Un amour inexplicable

Johann Fleuri ©Tanja Houwerzijl

Journal du Japon : Bonjour Johann et merci pour le temps que vous nous accordez. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Johann Fleuri : Bonjour, merci à vous ! Je suis Johann, autrice des Portraits de Tokyo aux éditions Hikari et Tokyo, Petit Atlas Hédoniste aux éditions du Chêne. Je suis journaliste indépendante au Japon et je vis à Tokyo depuis 5 ans. Mon premier voyage dans l’archipel remonte à 2009, à l’époque j’étais déjà journaliste. Les années ont passé, les voyages entre la France et le Japon se sont multipliés et ce sentiment de vouloir vivre à Tokyo n’est jamais passé alors je m’y suis installée en 2015. Je traite l’actualité pour le quotidien Ouest-France et j’écris des sujets de société long-format pour la presse magazine francophone.

3 ans se sont écoulés depuis votre premier livre Portraits de Tokyo. Qu’est-ce qui vous a amené à proposer un nouveau regard sur la capitale nippone dans Tokyo, Petit Atlas Hédoniste ?

Les deux projets me semblaient assez différents l’un de l’autre en ce sens où l’ouvrage des Portraits proposait une perspective de Tokyo à travers les yeux de ses habitants et donnait la parole à une poignée de personnes qui vivent à Tokyo et qui racontent la ville à travers leurs histoires de vie personnelles. Tokyo, Petit Atlas Hédoniste entre davantage dans l’histoire de la ville, le détail de ses quartiers. J’ai été amenée à choisir chacun des lieux donc pour moi, il est également un peu plus personnel.

Dans Portraits de Tokyo, vous dîtes redouter une certaine question. Nous sommes donc curieux de vous la poser ; peut-être y a-t-il une évolution de votre réponse par rapport à celle que vous donniez en 2017… Pourquoi avoir choisi Tokyo ?

Pas vraiment ! (Rires) Toujours ce même sentiment d’évidence qui ne s’explique pas. Ce petit frisson que l’on ressent dans la rencontre amoureuse, je l’ai ressenti très fort en découvrant Tokyo la première fois et cela ne m’a jamais quitté.

N’avez-vous jamais été attirée par une autre ville japonaise pour y vivre ?

Palais impérial ©Maud Simon

Si, bien sûr ! Les régions japonaises sont pleines de charme et j’aime beaucoup les explorer lorsque j’ai du temps libre ou lorsque je suis en reportage. Mais Tokyo reste un hub incontournable pour mon métier ainsi que la ville où vivent mes amis proches ; je suis également convaincue que sa frénésie et son dynamisme me manqueraient à la longue.

Comment avez-vous pensé l’articulation de Tokyo, Petit Atlas Hédoniste ?

L’idée centrale était son histoire. Contrairement à Kyoto, il est moins évident de lire l’histoire de Tokyo lorsque l’on s’y promène. La ville a été détruite plusieurs fois par des incendies, la guerre, les tremblements de terre. Que reste-t-il d’Edo, l’ancienne capitale dont on sent encore tellement les influences dans des quartiers comme Asakusa ? Comment le petit village de pêcheurs est-il devenu l’une des plus grandes mégalopoles au monde ? C’est de ce fil conducteur que nous sommes partis.

De nombreux visiteurs, lors de leur premier voyage au Japon, ne consacrent que quelques jours à Tokyo. Ils enchainent les « grands incontournables » avant de partir pour Kyoto. Ce choix se justifie pour certains par la peur de s’ennuyer au même endroit trop longtemps ; pour d’autres, Tokyo n’est « qu’une ville ultra moderne » et ne répond pas à leur quête d’un Japon traditionnel. Qu’auriez-vous envie de leur dire pour les convaincre que Tokyo ne se résume pas qu’à ses buildings ?

J’aime dire que Tokyo n’est pas une ville qui se visite, mais davantage une ville qui se vit. Dans ses déambulations, dans la rencontre humaine, dans les expériences culinaires. Il me semble que si l’on se contente de visiter les incontournables, on passe à côté de ses charmes. Tokyo, c’est accepter de se heurter à l’inconnu, de prendre le train pour un quartier et d’accepter de s’y perdre, de se laisser surprendre.

Johann Fleuri ©Tanja Houwerzijl

Dans Tokyo, Petit Atlas Hédoniste, vous présentez pour chaque arrondissement une balade intimiste, hors des sentiers battus. Si vous ne deviez choisir qu’une d’entre elles, laquelle cela serait et pourquoi ?

Je dirai Shinjuku parce qu’il m’est très familier, j’ai vécu plusieurs années dans deux quartiers différents de Shinjuku et c’est un arrondissement où je continue à me rendre régulièrement, je m’y sens bien.

Vous partagez plusieurs bonnes adresses dans Tokyo, Petit Atlas Hédoniste, que cela soit dans la restauration ou dans le tourisme. Avec tous les choix qu’offre Tokyo, comment les avez-vous sélectionnées ?

Encore une fois, ce sont des choix personnels, des lieux et des saveurs qui me touchent. Pour les portraitisés, la plupart des personnes choisies sont des personnes que j’avais rencontrées dans le passé et dont la rencontre m’avait particulièrement marquée comme Kohei Fukuzawa pour la passion qu’il investit dans la préservation de la maison de sa grand-mère ou le moine Matsumoto pour sa gentillesse et l’empathie qu’il prodigue au quotidien.

En dehors de Tokyo, quelle est votre destination japonaise de prédilection pour prendre un peu de vacances ?

Oh c’est difficile de n’en choisir qu’une seule ! J’ai un faible pour Kyushu : son climat, sa mer et ses montagnes, ses rizières en terrasse et ses onsen. J’aime aussi beaucoup la préfecture de Mie pour son côté sauvage et la région de la mer intérieure pour son ambiance méditerranéenne. Sans oublier Hokkaido, l’incontournable !

Avez-vous déjà en tête un futur livre ?

Oui, il y en a bien un autre sur les rails mais il est encore trop tôt pour en parler!

 

En attendant de découvrir le prochain livre de Johann Fleuri, que nous suivrons bien évidemment avec attention, profitons du Tokyo, Petit Atlas Hédoniste. Nouvel indispensable, ce livre est à mettre entre toutes les mains, passionnés comme simples curieux ou les futurs voyageurs, notamment les plus septiques quant à la question de l’intérêt de consacrer du temps à Tokyo lorsque l’on part en quête du Japon traditionnel. A la rédaction de Journal du Japon, c’est un coup de cœur !

Rokusan

Roxane, 26 ans, passionnée depuis l'enfance par le Japon, j'aime voyager sur l'archipel et en apprendre toujours plus sur sa culture. @_rokusan

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