[Interview] Les Esprits & Créatures du Japon vus par Benjamin Lacombe

Après le succès du premier ouvrage Histoire de fantômes du Japon, Benjamin Lacombe revient une nouvelle fois sublimer les textes de Lafcadio Hearn dans Esprits & Créatures du Japon. Pour l’occasion de cette nouvelle sortie marquante, Journal du Japon revient sur ce nouvel ouvrage que nous offre les Éditions Soleil et vous propose une interview passionnante avec son célèbre illustrateur.

De l’effroi à la bienveillance

Impossible de parler de Esprits & Créatures du Japon sans revenir sur Histoire de fantômes du Japon. Chez Journal du Japon, l’œuvre avait été une sublime redécouverte des contes de Lafcadio Hearn aux côtés des illustrations de Benjamin Lacombe. L’esthétisme choisi était au service du thème : des histoires de fantômes ou de yōkai lugubres voire terrifiantes, où la mort est omniprésente. Mais comme nous en parlions dans notre papier dédié à Histoire de fantômes du Japon, la perception de la mort dans la culture japonaise est bien différente de la nôtre, notamment par la réincarnation. Et ces contes viennent chambouler nos croyances et notre esprit occidentaux. Les illustrations de Benjamin Lacombe nous ont particulièrement touché tant par ses références aux estampes des grands maîtres japonais que par l’extrême finesse des portraits féminins aux beautés angoissantes.

Esprits & Créatures du Japon parait seulement 1 an après son prédécesseur. La simple annonce du livre avait suffi pour nous donner envie de replonger dans l’univers de Lafcadio Hearn et de Benjamin Lacombe. Après l’effroi qu’avait pu nous procurer Histoire de fantômes du Japon, cette fois-ci, les contes de Esprits & Créatures du Japon et les choix artistiques viennent envelopper le lecteur dans de tous nouveaux sentiments. Si le premier volet mettait en avant des yōkai terrifiants ou des fantômes aux motivations funestes, ce deuxième titre présente un plus large panel d’esprits et de créatures japonais qui, malgré leur diversité, se rejoignent dans un thème : celui de la nature. Qu’ils soient sous la forme animale ou végétale, les créatures que nous rencontrons ici peuvent entretenir un rapport extrêmement bienveillant avec les humains, voire même se présenter fidèles et loyales. Certains viennent encore une fois semer la pagaille, comme le fameux kappa qui se retrouvera malgré lui obligé de mettre fin à ses méfaits. Tout n’est pas aussi lugubre que dans Histoire de fantômes du Japon, loin de là ! Une chose est sûre : les deux volets ont en commun l’irrésistible envie de lire la suite à la fin de chaque conte n’a pas disparu !

©Éditions Soleil (2020) – Benjamin Lacombe

Un monde fabuleux où se mêlent les âmes

Vivantes, mortes, présentes ici ou là-bas, maintenant ou avant… Humaines ou non, les âmes se rencontrent et se mélangent. De nombreuses histoires japonaise recueillies par Lafcadio Hearn, dont nous vous avons déjà longuement parlé ici, qui ont marqué et qui marquent encore la culture du Japon. Si vous vous demandez encore ce qu’est un kitsune, n’ayez aucune crainte : vous le rencontrerez de la plus belle des manières dans Esprits & Créatures du JaponD’ailleurs, une surprise vous attend dans ce chapitre mais nous n’en dirons pas plus, afin que vous ressentiez les mêmes émotions de surprises et d’émerveillements que nous.

Des incontournables de la mythologie japonaise aux esprits moins connus, le livre vous transporte dans un monde fabuleux et onirique à travers ses textes et ses illustrations dont on ne cessera de vanter les mérites. Un coup de cœur de la rédaction que nous sommes heureux de vous faire découvrir. Et comme nous n’aimons pas faire les choses à moitié, nous avons le plaisir de vous proposer une passionnante interview de Benjamin Lacombe que nous avons réalisé pour l’occasion.

 

Une passion sans limite pour le folklore japonais

Benjamin Lacombe ©Photo de Chloé Vollmer-Lo

Journal du Japon : Bonjour Benjamin, merci pour le temps que vous nous accordé ! Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Benjamin Lacombe : je suis auteur et illustrateur depuis maintenant 20 ans. J’ai publié mon premier livre en 2003 qui s’intitulait L’esprit du temps et qui racontait l’histoire d’un petit fantôme japonais qui traversait le temps. Cette passion pour le Japon, pour les fantômes et les esprits ne date pas d’hier : mon premier livre parlait de ça, et voilà que 20 ans plus tard je me retrouve encore à traiter de ce sujet. Je trouve ça amusant car cela démontre la constance de cette passion pour ce sujet. Et bien qu’en 20 ans j’ai touché à d’autres sujets très variés avec une quarantaine de livres, cela reste un thème qui m’interroge depuis très longtemps.

Quelle est votre relation avec le Japon ?

J’ai une relation qui correspond, je pense, à celle de toutes les personnes de ma génération. Je suis né dans les années 80 et je me rappelle de l’arrivée des tous premiers mangas : Akira, Dragon Ball… Ils ont été d’énormes chocs. Puis il y a eu les animés à la télévision. C’est une culture dans laquelle j’ai baigné depuis ma plus tendre enfance et qui m’a toujours intéressé. Au travers de ces animés, et en particulier aux travers des films de Miyazaki, je voyais des petits êtres du folklore japonais que je ne connaissais pas et très vite je m’y suis intéressé. Je voulais essayer de comprendre : qui étaient ces personnages qui manifestement avaient un background qui semblait commun aux autres personnages, puisqu’ils étaient nommés et reconnus, alors que nous, occidentaux, nous ne les connaissions pas ?

Comment avez-vous rencontré les œuvres de Lafcadio Hearn ?

En cherchant à me documenter sur ce qu’étaient ces petits êtres, je suis vite tombé sur le terme yōkai qui, à l’époque, était très peu connu, puis sur Shigeru Mizuki [NDLR : le papa de GeGeGe no Kitaro]. J’ai dénoué les fils et petit à petit, j’ai découvert les textes de Hearn. C’est souvent comme ça : il y a quelque chose qui suscite notre intérêt, on sent qu’on a une sorte de connexion… et c’est ce que j’ai ressenti avec les yōkai. Il y a quelque chose qui m’intéressait là-dedans, alors j’ai commencé à fouiner afin d’essayer de les connaître et de les comprendre.

Comment vous est venue l’idée d’illustrer ces contes ? 

Cela a mis du temps à venir. J’ai fait ce tout premier livre où j’ai essayé d’inclure des yōkai (L’esprit du temps) mais je n’en étais pas très fier, alors j’ai exploré d’autres univers, et j’ai laissé de côté ce folklore. Puis, j’ai fait Les Amants Papillons en 2007 qui se déroule autour du Japon. Le livre a très bien marché, et là tout le monde me demandait d’écrire à nouveau autour du Japon. Alors forcément quand on me demande quelque chose, je fais l’opposé… J’ai donc mis 6 ans pour faire Madame Butterfly et, là, pareil : le livre a très bien marché. Je pense que si ces livres ont si bien fonctionné, c’est parce qu’on doit ressentir cet amour que j’ai pour le Japon à travers mes œuvres. Et là, rebelote, je ne voulais plus faire de livre sur le Japon pour ne pas m’enfermer là-dedans bien que l’envie était présente. Donc, encore une fois, ce n’est que 6 ans plus tard que j’ai fait Histoires de fantômes du Japon. Cette fois, je voulais vraiment retourner aux sources et faire un peu mon livre ultime. Ce livre a été l’une des premières fois de ma carrière où j’ai pris autant de temps : je me suis consacré uniquement à cet ouvrage pendant toute une année ! C’est un livre qui m’a fait beaucoup de bien. Quand on travaille depuis longtemps, on traverse beaucoup de moments dans sa carrière et dans sa vie personnelle, j’ai perdu quelqu’un à qui je tenais beaucoup peu de temps avant, et ce livre m’a fait énormément de bien. Tellement de bien que le quitter a été difficile. C’est pour cela que j’ai voulu faire Esprits & Créatures du Japon, pour me replonger dans cet univers. De plus, Histoires de fantômes du Japon est l’un des seuls livres dont je suis vraiment content.

Il vous arrive de ne pas être satisfait de vos ouvrages ?

En général, on voit beaucoup les défauts. Ce n’est pas que je ne voyais pas les défauts dans Histoires de fantômes du Japon, j’en voyais plein, mais je savais que dans l’ensemble j’avais fait un bon travail. On le sent ce genre de chose. Et non, malheureusement, ce n’est pas tout le temps le cas, c’est même plutôt le contraire. À chaque fois que je sors un livre, je suis rempli de doute, j’ai l’impression d’avoir fait beaucoup d’erreurs, de ne pas avoir été à la hauteur. Il y a une remise en question qui est constante et c’est ça qui fait avancer. Si on avait l’impression d’avoir bien réussi, comment on continuerait d’évoluer ? D’ailleurs, comme je suis assez perfectionniste, il m’arrive de retravailler des livres qui sont déjà parus. C’est un work in progress continuel.

Comment avez-vous accueilli la réussite de Histoires de fantômes du Japon

Il a très bien marché alors j’étais super content, mais du coup cela m’a mis la pression pour le second. Tout cela m’a donné une énergie créative très forte. En 2019, je suis passé d’un livre et d’une réédition dans l’année, à 5 livres en 2020 dont Bambi qui comptait énormément pour moi. Les envies ont commencé à se multiplier en réouvrant les vannes de la créativité. Esprits & Créatures du Japon était la cerise sur le gâteau. J’avais la pression sachant que le premier j’avais mis un an pour le faire… Et en fait, je n’ai jamais été aussi créatif. Le coronavirus m’a, au tout début, complètement liquéfié. Je n’arrivais à rien, c’était extrêmement angoissant alors je n’arrivais pas à créer. Puis au bout d’un moment, j’ai dit stop et j’ai bossé comme un fou. Pour penser à autre chose, je me suis mis à fond dans le travail. C’était le moment pour moi de créer des univers dans lesquels les lecteurs pourraient voyager et s’évader.

Si je comprends bien, il n’y a donc pas de règles dans la création d’un tel ouvrage. Elle est plutôt soumise aux inspirations du moment ? 

Oui, et ce n’est pas parce qu’on va mettre un an dans un livre qu’il sera meilleur que dans un autre qui ne nous aura pris que 4 mois. Personnellement, je préfère vraiment Esprits & Créatures du Japon à Histoires de fantômes du Japon. Je le trouve plus varié et singulier. J’aime ce rapport à la nature qu’il y a dans les personnages. Il y a des images que je trouve plus fortes. Les histoires sont émouvantes, tandis que dans le premier les personnages sont un peu plus froids. Il y a des images dont je suis content comme celle de la fille du roi dragon. D’ailleurs, il y a beaucoup plus de références aux estampes japonaises dans Histoires de fantômes du Japon que dans le second. J’ai pris plus de liberté dans Esprits & Créatures du Japon, c’est d’ailleurs peut-être pour cette raison que je le préfère.

©Éditions Soleil (2020) – Benjamin Lacombe

En effet les illustrations sont plus variées, et notamment sur le choix des couleurs…

Oui et je pense que cela résonne avec le choix du sujet. Les fantômes sont des êtres plus ténébreux et froids tandis que les esprits sont plus facétieux. Il y a une logique graphique. Je réagis beaucoup aux textes : il y a une part d’instinct mais aussi d’analyse. Le fantôme apparaît toujours dans des lieux de passage et à la tombée de la nuit, au seuil d’une porte, sur un pont… Je voulais donc qu’il y ait cette idée de passage dans la couleur. On passe du rouge la journée, au bleu la nuit. La tombée de la nuit est donc le violet. C’est pour cela que ce sont ces teintes qui animent Histoires de fantômes du Japon, même dans les petits dessins en bas des pages. C’est, pour moi, la couleur logique selon la culture du fantôme. Quant à Esprits & Créatures du Japon, j’ai souhaité partir sur les couleurs de la mousse et de la rouille qui sont des couleurs naturelles et qui mélangent les deux éléments que sont le minéral et la terre.

Parmi toutes les illustrations de ces deux ouvrages, y en-a-t-il une qui vous a procuré plus de plaisir à réaliser ?

J’ai des moments de plaisir dans pratiquement toutes les illustrations, mais j’ai aussi de grands moments de difficulté ! Les images qui vont procurer un certain plaisir à la fin sont d’ailleurs celles qui nous ont résisté et qui ont été difficiles. C’est le plaisir d’une semi-victoire. Le plaisir ne va donc pas avec la facilité. Au contraire : si c’est trop facile, c’est louche !

Combien de temps peut vous prendre la réalisation d’une illustration ?

J’utilise une technique manuelle, à la gouache et à l’huile : c’est assez long. Ce sont des peintures qui prennent 2, 3 voire même 6 jours ! Les petits dessins à l’aquarelle, je peux en faire deux dans une journée si je suis vraiment bien. Mais le temps est une donnée un peu compliquée. Il y a le temps qu’on met, le temps qu’il faut, le temps qu’on a au début du livre, puis celui qu’on a à la fin… Ce n’est plus le même espace-temps. Souvent, je me mets dans une situation difficile et je ne sais pas comment je fais pour finir certaines images !

Y-a-t-il une illustration qui vous tient particulièrement à cœur ? 

J’aime beaucoup cette image d’Aoyagi avec les petits kodama parce que le personnage me touche. C’est un arbre incarné en être humain qui montre que, finalement, l’apparence n’est pas la seule chose qui nous décrit. L’idée que j’ai eu de placer les kodama permet de montrer sa vraie nature, puisque les kodama n’apparaissent que sur les arbres, et ça j’aime bien. C’est pas la plus technique, mais c’est elle qui me touche le plus.

Comment avez-vous sélectionné les contes des différents ouvrages ?

Comme tout recueil, je trouve que c’est bien d’avoir une ligne directrice. Hearn a travaillé sur de nombreux contes, mais ils étaient publiés de manière dispersée. Très vite, au début, j’ai choisi le thème des fantômes. J’ai donc sélectionné les textes autour des revenants. Dans le second volume, mon lien était la nature : les êtres hybrides liés de près ou de loin à la nature et à notre rapport à celle-ci. Je suis entièrement libre dans le choix des contes.

Parmi ces contes, lesquels vous ont personnellement le plus touché ? 

Le sol vert, celui-ci, particulièrement. La joueuse de Koto que j’ai beaucoup aimé. Urashima Taro bien évidemment, qui est un merveilleux conte. Il est très intéressant par cette idée de ne pas se rendre compte de ce qu’on a et du fait qu’on peut tout perdre. Je trouve que cela rentre beaucoup en résonance avec la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui.

Dans Esprits & Créatures du Japon, Hearn parle beaucoup de kitsune en tant que mâle. Vous, vous avez fait le choix de le représenter majoritairement en tant que femelle. Pourquoi ? 

Son sexe est finalement assez indéterminé. Il ne dit pas explicitement que c’est un mâle. Par contre, quand il le précise, là, je le dessine en tant que mâle. Mais, pour moi, le kitsune est beaucoup lié à la séduction et on le retrouve dans énormément d’estampes en tant que femelle. Il m’a paru donc plus logique, au vu de l’aspect séducteur que devait avoir les personnages, de travailler autour du kistune femelle. C’est aussi ça la liberté de l’illustration. Je trouve qu’une illustration ne doit jamais paraphraser le texte. Elle est une interprétation du texte, une mise en lumière selon la sensibilité de la personne qui la réalise. Si on devait représenter exactement le texte, ça s’appellerait bégayer. Il ne faut pas qu’une illustration soit hors sujet évidemment, mais il ne faut pas qu’elle soit une simple mise en image du texte. C’est un jeu, deux voix qui chantent une même chanson. Si elles sont exactement sur la même ligne, il n’y a pas d’échanges. Au contraire, il faut qu’elles se répondent et qu’un jeu se crée entre les deux.

Chez Journal du Japon, nous aimons particulièrement votre illustration du protagoniste suivant la servante dans La légende du village des joueurs de Koto, dans Histoires de fantômes du Japon ; et le paysage de Le cerisier du seizième jour dans Esprits & Créatures du Japon. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de ces illustrations ? Comment ont-elles été construites ?

L’image de La légende du village des joueurs de Koto fait écho à l’estampe L’étang de Benten à Shiba de Hasui Kawase. J’ai repris sa composition pour le décor car je la trouvais très intéressante et j’ai remanié le pont qui, pour moi, était très important car il représente cette idée de la traversée entre les deux mondes. J’ai voulu la réaliser en double page pour appuyer sur cet effet où l’on passe d’une page à l’autre comme le personnage passe d’un monde à l’autre. On y suit le tracé de la servante qui guide le personnage masculin. Celui-ci la regarde fasciné par cette rencontre, tandis que la jeune fille, elle, ferme les yeux, parce qu’elle sait où elle va.

L’image du Cerisier du seizième jour a mis beaucoup de temps à venir. C’est la dernière que j’ai réalisé du livre. C’est compliqué d’avoir un cerisier en fleur en plein milieu d’une étendue de neige. Il fallait que j’arrive à retranscrire cette étrangeté, mais il fallait aussi qu’il y ait cette beauté puisque c’est l’image unique de ce conte. Je voulais quelque chose de spectaculaire. Je suis parti sur une vue panoramique avec le cerisier qui se déploie et le rose très vif qui contrebalance tout le blanc et le bleu que l’on voit un peu partout. Les personnages, eux, se fondent totalement dans le décor, et c’était important pour avoir un rapport d’échelle. Cela permet de se rendre compte de la taille du personnage. Je me suis amusé à dessiner chaque fleur du cerisier car je trouvais ça joli de travailler autour de l’infiniment petit, comme dans les estampes.

Vous parlez beaucoup des estampes japonaises, avez-vous d’autres sources d’inspirations ? 

Bien sûr, j’en ai des tonnes ! Mais il est difficile de représenter des yōkai sans s’inspirer des estampes japonaises. Dans l’Histoire de l’Art, c’est quelque chose d’assez hallucinants, les estampes. La modernité de la composition, le travail sur les pleins et les vides … ça a révolutionné toute l’Histoire de l’Art et de la peinture puisque tous les impressionnistes, à partir de là, ont complètement changé la façon de dessiner. Dans mes images, il y a aussi beaucoup d’influences de la photographie car je joue beaucoup sur les focales, les flous, les effets de direction, d’obturation, de lumière…

Les yōkai sont des êtres sans représentation fixe que chaque artiste compose à sa manière. Comment créez-vous vos yōkai ?

Le yōkai fonctionne beaucoup comme un cadavre exquis, c’est-à-dire que chaque artiste va reprendre un élément de l’artiste précédent et va apporter autre chose. Il est indispensable que les gens reconnaissent que ce sont des yōkai, donc il y a forcément des traceurs, auxquels on rajoute notre propre vision. Il y a un superbe exemple de ceci dans le gashadokuro: la première fois qu’on entend parler de ce yōkai, il est en réalité décrit dans le texte originel comme une armée de squelettes envoyée par une sorcière qui souhaite se venger. Cependant, Utagawa Kuniyoshi, lui, au lieu de le représenter comme une armée de squelette comme tous les autres illustrateurs avant lui, décide de le représenter comme un seul et unique squelette géant. Il prend cette liberté car il le trouvait plus impressionnant. On retrouve ici ce dont on parlait précédemment : l’illustration est une interprétation du texte, un nouveau regard. Son illustration devient tellement iconique qu’à partir de là est né ce nouveau yōkai appelé le gashadokuro et qui a été repris par de nombreux autres artistes pour parler non plus seulement de vengeance mais également de la mort, de la peur, etc.

Pouvons-nous espérer un troisième volet dédié aux contes et légendes japonais dans cette collection Métamorphose ?

J’y réfléchis, et j’ai vraiment envie de le faire. Je ne sais pas quand, mais j’ai une super idée. Vous savez comment fonctionne un yōkai : plus il est ancien, plus il devient important, et il peut passer au stade de kami… Alors ça m’inspire. Je lis beaucoup de textes, mais je ne sais pas quand ce potentiel troisième volume verra le jour. En tout cas, s’il y en a un troisième, ce sera le dernier. Je souhaite explorer d’autres choses, bien que cela soit un univers dans lequel je me sens bien, et ça c’est précieux.

©Éditions Soleil (2020) – Benjamin Lacombe

Encore une belle réussite pour Benjamin Lacombe. Esprits & Créatures du Japon est indéniablement un ouvrage de toute beauté à mettre entre les mains des amoureux du Japon et de sa culture. A Journal du Japon, nous attendons déjà avec impatience le prochain volet de cette collection qui, nous espérons, verra le jour. Nul doute que nous serons au rendez-vous !

Rokusan

Roxane, 26 ans, passionnée depuis l'enfance par le Japon, j'aime voyager sur l'archipel et en apprendre toujours plus sur sa culture. @_rokusan

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