Lafcadio Hearn : un conteur irlandais transcende le Japon et ses fantômes…

Lacfadio HearnLafcadio Hearn (1850-1904) est l’un des premiers étrangers à avoir obtenu la nationalité japonaise. Il a collecté et traduit de nombreuses histoires issues du folklore japonais. Journal du Japon vous emmène à la découverte de ce conteur fabuleux.

Né en 1850 d’une mère grecque et d’un père irlandais, Lafcadio Hearn est un écrivain connu et reconnu au Japon, tout particulièrement pour ses écrits sur les légendes et fantômes japonais, et des artistes illustres du manga (J. TANIGUCHI, S. MIZUKI) ou du cinéma (H. SUZUKI) lui ont souvent rendu hommage. Élevé par sa tante à la mort de ses parents, il doit très vite gagner sa vie par ses propres moyens et travaille comme journaliste dans de nombreuses villes : New York, La Nouvelle-Orléans, et même en Martinique. En 1890, il arrive au Japon. Tout de suite, il est fasciné. Il épouse la fille d’un samouraï et consacre sa vie au folklore japonais. Ce conteur a un talent rare pour décrire les créatures fantastiques qui hantent le Japon depuis des siècles.

 

Les premières impressions de Lafcadio Hearn sur le Japon

premierejourneeDans ce premier petit livre, le lecteur accompagne l’écrivain dans ses premières déambulations au sein de Yokohama, de ses ruelles, temples et sanctuaires. Ma première journée en Orient est le récit de cette longue journée de découverte.

Le premier charme du Japon est intangible et volatil comme un parfum“.

Bien installé dans son kuruma (sorte de pousse-pousse), l’auteur découvre un paysage où tout est “petit, bizarre et mystérieux“. Partout le bleu est présent (ciel, tentures des boutiques, tenues des Japonais). Mais ce qui fascine le plus cet occidental est l’omniprésence des caractères dessinés sur tous les tissus. Il admire leur beauté, leur vitalité. Le regard curieux mais bienveillant des habitants lui fait penser au “pays des fées“. Il admire ces passants si semblables aux personnages des estampes d’Hokusai et se délecte du bruit de leurs socques sur le sol. Dans ce Japon de la fin du XIXe siècle, ancien et moderne se combinent harmonieusement. L’auteur trouve que tout ce qui est japonais est délicat, exquis, admirable (de la ficelle à la serviette, sans parler de l’artisanat qu’il admire).

Puis Cha, son kurumaya, l’emmène visiter des temples. Le premier temple, en hauteur avec vue sur le Fuji, l’impressionne par ses dragons qui lui évoquent les rêves de son enfance, mais aussi par le naturel des gens qui prient. Il y rencontre Akira, un étudiant qui parle très bien anglais, et boit un thé avec les moines. Le monument suivant est un sanctuaire, et l’auteur s’émerveille devant son premier torii et les magnifiques cerisiers (il arrive au Japon au moment de la floraison !). Et il s’exclame : “Pourquoi les arbres sont-ils si beaux au Japon ?

Une première journée très dense, une narration où l’exotisme se mêle à une vraie soif de connaissance qui se développe davantage dans le deuxième récit du livre : Kizuki le sanctuaire le plus ancien du Japon. Dans ce récit, l’auteur raconte son voyage vers le plus vieux sanctuaire shintô (voyage en bateau, beauté des paysages et discussions avec l’étudiant Akira qui l’accompagne à propos des dieux shintô). Lafcadion Hearn rencontre le gûji du sanctuaire, descendant direct des dieux. Il est le seul européen admis dans la demeure du dieu. Il peut longuement s’entretenir avec ce haut personnage de la construction du sanctuaire (reconstruit tous les 61 ans), de la lignée des dieux. Il a également le privilège de voir le foret à feu qui permet d’allumer le feu sacré et d’admirer la danse de la Miko (la devineresse). Un texte qui montre le profond intérêt de l’auteur pour la culture japonaise et en particulier le shintô.

 Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Des histoires de fantômes par dizaines !

kwaidanKwaidan (ou Histoires et études de choses étranges) est un recueil de petits contes que l’auteur a recueillis oralement ou dans de vieux ouvrages. Ce petit livre publié au Mercure de France regorge de fantômes. Chaque court récit met en scène des morts qui viennent se rappeler sous différentes formes au bon souvenir des vivants. Il y a les Rokuro-Kubi, fantômes dont la tête se détache du corps pour aller manger de la chair humaine, des fantômes sans visage (on pense alors au Voyage de Chihiro de Miyazaki), des fantômes déguisés en prêtres ermites. Il y a aussi beaucoup d’esprit de belles jeunes femmes emportées trop tôt par la maladie et qui reviennent pour diverses raisons : femme-saule, femme qui se réincarne dans une autre jeune femme pour pouvoir continuer à partager la vie de l’homme qu’elle aime, femme fantôme qui cherche désespérément dans un des tiroirs du meuble de sa chambre une lettre d’amour qu’elle avait cachée.

Malgré les fantômes qui errent dans toutes les pages, il se dégage de ces histoires une atmosphère plus mystérieuse qu’horrible. Les femmes fantômes ont une voix douce qui envoûte ceux qui l’entendent, la plupart des phénomènes se passent la nuit, lorsque tout est sombre et silencieux. L’amour est présent dans la plupart des histoires, et il impressionne par sa force, sa vitalité au-delà de la mort. Les vivants visités par des fantômes font souvent appel à des prêtres pour trouver une solution, et les prêtres la trouvent quasiment toujours car ils ont le pouvoir de sentir, voire de communiquer avec les esprits souvent tourmentés des défunts. 

Ces histoires sont donc très différentes de nos contes fantastiques occidentaux, le rapport à la mort y est beaucoup plus apaisé et franc. Le lecteur peut donc être dérouté, mais au final  totalement séduit.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

fantomesEt pour encore plus d’histoires étranges, Fantômes du Japon aux éditions du Serpent à Plumes en contient des dizaines (dont celles présentes dans le recueil Kwaidan), regroupées par grands thèmes :
– songes et mensonges
– amours et retours
– horreurs et malheurs
– vertiges et prodiges
– enchantements et désagréments
– du fini à l’infini.

 

  

 

Un récit inachevé et trois suites possibles : une approche intéressante pour les adolescents

fantome_tasse_theLe fantôme de la tasse de thé est un récit consigné par Lafcadio Hearn dans son recueil de contes Kwaidan, publié l’année de sa mort. Les éditions Issekinicho ont donc proposé à trois auteurs, Jean-Philippe Depotte, Naïma Murail Zimmermann et Jérôme Noirez, d’écrire une suite à ce texte.

L’histoire retranscrite par Lafcadio Hearn se passe dans un Japon de seigneurs et de samouraïs. Un seigneur est en voyage pour une visite de nouvel an. Sekinaï, un des hommes d’armes à son service, voit un autre visage que le sien dans sa tasse de thé. C’est un jeune samouraï très beau du nom de Shikibu Heinaï. Ce samouraï vient ensuite rendre visite à Sekinaï qui lui donne un coup de sabre. Mais le jeune homme disparaît en traversant un mur. Trois hommes viennent ensuite prévenir Sekinaï que leur jeune maître viendra au 16ème jour du mois suivant lui faire payer son affront.

Les trois écrivains contemporains sollicités par les éditions Issekinicho offrent ensuite au lecteur trois suites très différentes.

Jean-Philippe Depotte, dans Le reflet du samouraï place son histoire vingt ans avant cet événement. Shikubu Heinaï est un jeune samouraï chargé de protéger la princesse Yasuko, fille du seigneur Tadamasa. Mais lorsqu’un brigand surgit pour enlever la princesse, le samouraï s’avère incapable d’agir alors que la princesse tente en vain de se défendre avec une paire de ciseaux. Mais Shikubu Heinaï mentira sur ce qui s’est passé dans cette clairière. Il sera adopté par le seigneur qui le croit héroïque. Mais quelqu’un a-t-il été témoin de sa lâcheté ? La paranoïa prendra vite possession de son esprit et les crimes glaçants s’enchaîneront. Narcissique et sûr de sa beauté, il ne voit dans le miroir que sa beauté qui pourtant n’est plus. Une cicatrice, une tache noire … Vingt ans plus tard, il ne se souvient plus qu’il a été samouraï, il a fui les miroirs, mais pas les tasses de thé …
Un récit avec un personnage glaçant qui finira par être rattrapé par son passé.

Naïma Murail Zimmermann, dans Le thé hanté, emmène le lecteur au pays des rêves. Sekinaï cherche Shikubu Heinaï partout en vain, et ne dort plus, angoissé par la menace des trois hommes. Il finit par s’endormir et fait des rêves beaucoup plus agréables que la réalité : une maison de thé, une belle femme amoureuse de lui. Mais bien vite le visage de la tasse de thé apparaît d’une façon inattendue dans le rêve. Qui est qui ? Qui fait partie du rêve, qui fait partie de la réalité ? Lorsque le jour fatidique arrive, Sekinaï s’entoure d’amulettes et de talismans. Mais seront-ils efficaces contre le spectre qui arrive ?
Un récit plein de mystère et un dédoublement du monde fascinant !

Jérôme Noirez, avec Obaké Café, revient dans le monde moderne avec Satoshi, lycéen de 17 ans dont l’ami d’enfance Masao est mort noyé dans la rivière en bas de chez lui. La famille de Masao est une vieille famille de samouraïs et son grand-père avait appris aux deux garçons à faire le thé. Ils rêvaient d’ailleurs d’ouvrir ensemble une maison de thé. Alors que Satoshi s’adonne à une cérémonie du thé dans un coin de sa chambre spécialement réservé, une sensation de froid l’envahit et un visage apparaît dans le thé qui prend un goût âcre. La nuit suivante, un intrus s’agite comme une marionnette dans sa chambre. Au lycée, le tableau a des cheveux qui poussent, en rentrant il se perd et se retrouve dans le poste de police face à un homme en kimono armé de sabres qui lui conseille d’aller dans un café qui n’ouvre qu’à minuit. Car Satoshi est “habité” par un fantôme dont il peut (s’il le souhaite) se débarrasser avec l’aide d’un homme dans ce café.
Un récit sur les morts qui se manifestent et hantent les vivants, qu’ils le veuillent ou non.

Un livre très original où samouraïs et fantômes se mêlent et créent des univers fantastiques très réussis, que Lafcadio Hearn aurait sans doute apprécié !

Plus d’informations et un extrait à feuilleter sur le site de l’éditeur.

 

Lafcadio Hearn adapté pour les enfants chez nobi nobi !

Hoichi_couverture_petiteHôichi, la légende des samouraïs disparus est un conte (basé sur des faits historiques) qui fait partie lui aussi du recueil Kwaidan. Il est ici adapté pour les enfants par Hiroshi Funaki et magnifiquement illustré par Yoshimi Saitô.

Il y a sept siècles eu lieu une grande bataille entre le clan des Heike et celui des Genji à Dan-no-ura dans le détroit de Shimonoseki. Le clan des Heike fut décimé et même le jeune empereur Antoku périt. Depuis, les âmes des Heike hantent les plages de Dan-no-ura sous forme de crabes ou de boules de feu. Le temple Amidaji et un cimetière ont été construits sur la plage pour calmer ces âmes, mais elles errent encore.

Il y a quelques centaines d’années, le prêtre du temple a accueilli Hôichi, un jeune garçon aveugle qui chante la bataille des Heike, accompagné de son biwa.Hoichi-interieur-2

Un soir, un samouraï vient le chercher pour qu’il chante pour son seigneur. Hôichi s’exécute et toutes les personnes présentes dans le grand palais pleurent et crient. Hôichi est invité à revenir les autres nuits. Mais qui est ce samouraï, qui est ce seigneur ? Le prêtre viendra en aide au jeune garçon pour lui révéler la vérité …Hoichi-interieur-1

Un très beau Kaidan (histoire de fantôme) porté par des illustrations alternant scènes de la bataille très riches et paysages nocturnes fantastiques sur lesquels planent un voile mystérieux. L’ambiance étrange enveloppe le lecteur qui marche à pas de loup derrière le jeune Hôichi. Les lumières scintillent, le temple en bois se fond dans la nuit. Une prouesse de l’illustrateur pour que le lecteur se sente entouré des âmes des défunts, pouvant presque entendre leurs lamentations dans la nuit !

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

Vous voilà désormais prêt pour profiter des écrits fantomatiques et japonisants de celui qu’on appelait, là-bas, Yakumo Koizumi !

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4 réponses

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