Japon secret : Les villages du Japon de Jordy Meow

Passionné du Japon depuis de nombreuses années, Jordy Meow en est même devenu un habitant, qui continue de parcourir l’archipel à chaque fois qu’il le peut. Photographe de talent et véritable explorateur, on le connaît surtout pour ses nombreuses escapades en urbex, l’exploration des bâtiments et lieux abandonnés, très nombreux dans le pays. Cet aventurier des temps modernes n’en reste pas moins fasciné par la campagne et ses nombreux villages, un intérêt qui lui a fait écrire un livre : Japon secret : Les villages du Japon aux éditions Meow. Photographies, anecdotes et brides de vies ponctuent cet ouvrage, hors des sentiers battus. Jordy Meow vous invite à un voyage au cœur du Japon rural.

Japon secret : Les villages du Japon

Ce livre, alliant photographies et textes, a été entièrement conçu par l’auteur, jusqu’à son édition. Au fil des 172 pages, l’ouvrage devient un voyage presque intime et mystérieux.

©Éditions Meow

Le lecteur plonge ici à la découverte du Japon secret, dans des villages parfois complètement isolés et accessibles uniquement en voiture. Les lieux semblent paisibles, calmes et remplis d’histoire de vies simples et appartenant au passé. Jordy y raconte son parcours, comment il est arrivé dans ces endroits peu connus des touristes. Il décrit aussi ses rencontres parfois et les légendes qui habitent encore ces lieux.

©Éditions Meow

Les images parlent d’elles-mêmes : le Japon se désertifie en dehors des grandes villes. L’exemple le plus frappant est le village abandonné de Nichitsu, où plus aucune âme n’y vit.

Mais ce livre relate aussi des histoires pleines d’espoir, comme à Nagoro, où une habitante a décidé de redonner vie aux habitants partis en créant des poupées. Cette idée, un peu loufoque, a permis de ramener de la vie sur place, en attirant les curieux et les touristes venus admirer ces habitants d’un autre genre.

©Éditions Meow

Le lecteur entre ici dans une partie de l’histoire du pays, avec ses années fastes où chaque village a connu son heure de gloire. C’est un voyage dans un univers presque relayé au rang de musée, grâce à la préservation exceptionnelle de certain lieux, figés dans le temps.

Ce livre est une ode à la flânerie, au baroudage et à l’aventure. Une véritable découverte des petites perles que compte le Japon au fil d’un chemin prit au hasard.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

 

Auteur, photographe et même éditeur de ce livre, Jordy Meow nous explique dans notre entretien avec lui comment il a eu l’idée de ce livre et quels sont ses futurs projets.

Le village de Omori ©Jordy Meow

Journal du Japon : Cette année, tu as publié un nouvel ouvrage alliant textes et photographies : Villages au Japon. Peux-tu nous présenter ce livre ?

Jordy Meow : Ce livre est une balade à travers différents villages du Japon. Mais je le vois aussi comme un voyage  multi-dimensionnel : ce sont des villages qui ont été affectés très différemment par le passage du temps et ils donnent parfois l’impression de se retrouver dans différentes versions du Japon ! Un autre but, un peu plus maléfique celui-ci, était d’opposer des villages extrêmement médiatisés à d’autres sans aucun intérêt à priori, mais pourtant… bien plus charmants ! Le livre est très opiniâtre, ce n’est pas un guide et je souhaite absolument transmettre mes émotions.

Comment est venue l’idée de te focaliser sur les villages ?

J’ai toujours adoré les villages, partout dans le monde. Au-delà de leur histoire, il y a aussi celles de tous ses habitants et c’est cette ambiance spécifique à chaque village qui est intéressante à chercher et à vivre. Je pense aussi que c’est un sujet qui est trop souvent survolé et simplifié à coups de faits historiques prodigieux, mais qui ne représentent en rien l’état actuel des lieux. J’avais envie de faire découvrir aux lecteurs les villages tels qu’ils sont aujourd’hui.

Dans les Alpes japonaises, le village de Magome-juku était une station de la route du Nakasendō qui rejoignait Edo, l’actuelle Tokyo ©Jordy Meow

Tu donnes beaucoup de détails historiques dans tes descriptions. Comment organises-tu tes visites ?

Je ne pensais pas en donner autant 🙂 Mais en effet, l’idée était de distiller l’histoire du lieu au gré de son exploration. En vérité, je ne fais pas tellement de recherche à l’avance, j’aime m’imbiber d’abord de l’ambiance du lieu et y découvrir par moi-même son activité et deviner ce qu’il a été. Ensuite, je découvre son histoire et souvent, je retourne le visiter.

Comment as-tu fait la sélection ? Sur quels critères ?

Ah, la sélection ! Elle a été très difficile et douloureuse. J’ai même enlevé toute une région que j’adore, Hokkaido ! Bien sûr, il y a une raison : je souhaitais avant tout emmener le lecteur dans une variété de villages très différents les uns des autres, tout en évitant les répétitions, mais en allant au fond de certains sujets importants, comme celui de la Nakasendō, par exemple ! Avec ces conditions, il me fallait ensuite étaler cette sélection sur deux, voire trois livres pour qu’elle soit à la fois naturelle et optimisée. Je suis content du résultat et il me tarde de proposer un second livre sur le sujet !

Quelle est l’ambiance qui prédomine dans ces lieux ?

Le silence. Je l’imagine souvent comme un spectre avec une tête d’animal qui se promène dans les rues, cherchant de nouvelles activités bruyantes à faire taire. J’ai eu l’idée d’écrire quelques paragraphes sur l’histoire de cette entité étrange qui a disséminé le silence partout au Japon à travers les dernières décennies. Le Japon était un pays bruyant, actif, avec des villages fourmillant de monde et d’activité. Tokyo, à l’époque d’Edo, était également bien plus survoltée ! Mais aujourd’hui, si on enlève le ramdam des publicités, il ne reste plus grand-chose dans le paysage sonore, à part la mélodie des passages cloutés. Fermez les yeux et vous verrez peut-être mon très cher spectre avec la tête de votre animal préféré se balader 😉

La paisible île de Omishima regorge de villages typiquement japonais ©Jordy Meow

As-tu ressenti fortement la déclinaison démographique dans ces villages ?

Malheureusement, oui ! La plupart des villages sont très dépeuplés, les jeunes se dirigeant vers les grandes villes pour y étudier et y trouver du travail. Mais il ne faut pas perdre espoir : ces villages ne sont pas oubliés et de plus en plus de jeunes veulent s’y installer ! Les maisons sont très peu chères (voire gratuites) et le potentiel est immense. De nombreuses compagnies sont également sur le sujet, et tentent de relancer une dynamique.

Comment es-tu accueilli par les habitants ?

Je suis un grand blond, en short et en tongs, bref, le parfait étranger ici ! J’en suis tellement conscient que j’ai toujours envie de me cacher, de rester silencieux, de marcher à l’ombre… afin de ne pas dégrader l’atmosphère du lieu ! Je suis toujours inquiet de la manière dont les locaux vont percevoir ma présence. Mais en vérité, je n’ai eu que de bonnes expériences : les habitants de ces villages sont extrêmement sympathiques, toujours très étonnés par notre présence mais d’autant plus ravis de savoir que ces coins de campagne chers à leur cœur intéressent encore.

Restée figée dans le temps, la toute petite île de Shishijima possède de nombreuses tombes, ressemblant à des petites maisons tournées vers la mer ©Jordy Meow

Les lieux sont-ils faciles d’accès ?

Mis à part deux ou trois lieux, tous les villages du livre sont facilement accessibles, même s’il vaut généralement mieux avoir une voiture pour s’y rendre.

Parmi les villages de ce livre, quel est celui que tu affectionnes particulièrement ou qui t’a le plus surpris ? Et pourquoi ?

Le village de Tomonoura, dans la préfecture d’Hiroshima. Il a une véritable vie locale ; il est très accessible, des surprises dans toutes les ruelles et même s’il est assez touristique, ça ne se ressent pas. Une balance parfaite et naturelle, ce qui est en vérité plutôt rare.

Ton cœur balance pour la ville ou pour les villages au Japon ?

Il est difficile de s’attacher à la ville. Mais étant à Tokyo, je pense qu’il vaut mieux penser en petits quartiers, car ceux-ci rappellent parfois les villages (et là, je fais référence au dernier village de mon livre, qui se trouve en plein Tokyo). Mais pour répondre simplement, mon cœur penche bien sûr pour les petits villages ! Bien accompagné (d’une famille et d’amis, par exemple), vivre dans un village au Japon, c’est l’idéal : la qualité de la vie est à des lieux de celle de Tokyo. Je vous y retrouve bientôt ?

Connu pour ses geishas, le quartier de Higashi Chaya à Higashiyama accueille aujourd’hui les touristes ©Jordy Meow

Lequel de ces villages conseilles-tu à nos lecteurs ?

Lors d’une première visite au Japon, je conseille de faire un petit road trip de deux jours sur la section de la Nakasendō qui passe par les Alpes japonaises et de vous arrêter par les villages qui s’y trouvent. Plaisir garanti.

Tu as un projet d’un nouveau livre en fin d’année, peux-tu nous en dire plus ?

Avec plaisir ! Avec les éditions Issekinicho, j’ai publié un livre sur les lieux abandonnés du Japon : Nippon no Haikyo. C’était en 2013 et donc, mon expérience et mes photos datent au maximum de cette année-là. Mais c’est un livre encore très intéressant aujourd’hui : il contient de nombreuses histoires, des sentiments très neufs et exaltés de mon expérience de l’urbex au Japon, avec en bonus ce côté livre de collection apporté par les talents de mes amis de chez Issekinicho. Néanmoins, depuis, des centaines de ruines ont coulé sur mes rétines, ma photographie a évolué et je suis devenu un expert du sujet. Je me dois donc de délivrer un dernier livre pour conclure le sujet merveilleux de l’urbex au Japon… et je compte bien vous en mettre plein les mirettes !

Journal du Japon remercie Jordy Meow pour son temps accordé à cette interview.

Vous souhaitez en savoir plus sur Jordy ? Découvrez cet autre portrait sur Journal du Japon !

Portrait de passionné : le Japon secret de Jordy Meow

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Madeline Chollet

@mad_ctravel

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