Portrait de passionné : le Japon secret de Jordy Meow

Journal du Japon vous invite aujourd’hui à découvrir un passionné qui parcourt le Japon dans les moindres recoins. Il a exploré de nombreux sites abandonnés (et publié des livres sur le sujet) et vient de lancer Jipangu, un site pour que les voyageurs puissent découvrir le Japon en dehors des sentiers battus.

Journal du Japon : Peux-tu te présenter rapidement à nos lecteurs ?

Jordy Meow

Jordy Meow

Jordy Meow : Je suis Jordy Meow, félin à deux pattes affamé de voyages et d’explorations insolites. Je suis né à Arcachon mais ça fait maintenant dix ans que je vis à Tokyo. Je suis développeur de métier mais c’est aussi une passion. Un jour de très beau temps, dans une des tours de Tokyo, mon travail était terminé et j’attendais avec impatience l’heure de la débauche. Vous ne le savez peut-être pas, mais le soleil se couche tôt au Japon… et pour moi, c’était encore une journée de gâchée ! Ce jour là, j’ai décidé de tout quitter afin de retrouver ma liberté. Je suis parti vivre à Nara, j’ai monté ma structure et tenté de vivre le rêve : travailler d’où je veux, quand je veux, et avec qui je veux… tout en ayant la possibilité de profiter du soleil quand il n’est pas ronchon !-

Comment es-tu « tombé » dans le Haikyo ? Quel a été le premier site que tu as visité au Japon ? Comment l’as-tu vécu (précautions, peur, émotions) ?

En 2008, certains de mes collègues du bureau passaient des heures sur les sites Internet japonais afin de découvrir des sujets insolites. L’un d’entre-eux a trouvé un site sur ces fameux haikyo, et pas n’importe lequel : Haikyo Spiral, à l’époque le site le plus important (mais aujourd’hui inexistant). Quelques mois plus tard, des amis français me forcent à acheter un DSLR, à trouver un premier sujet… et ces images de ruines me sont revenues en tête pronto. J’ai visité une première ruine, Sports World (https://japonsecret.fr/sports-world-izunagaoka-haikyo/), c’était en 2010. Ce jour là, aucune précaution. Short, sandales, le DSLR autour du cou et mal configuré. Je ne connaissais pas les dangers. Aucune peur donc, mais de l’excitation et l’envie de savoir ce qui se cache derrière chaque porte ! J’ai été piqué par ce haikyo, et je ne me suis jamais arrêté.

Et le Japon ? Un pays qui te fait rêver depuis l’enfance ? Un coup de foudre plus tardif ?

Je ne regardais pas du tout la TV étant petit. Je suis passé à côté de tous les animés et donc de ce qui est souvent cette première accroche à la culture Japonaise. C’est la Chine qui me faisait rêver, avec sa vie de la rue, ses paysages dingues, ses plats aux sauces lourdes et épicées. J’y suis donc parti une année, pour étudier le chinois et y finir mon master. J’étais comme dans un rêve ! Cette année là, des amis à moi qui étaient eux aussi en Chine sont allés au Japon, moi j’ai préféré visiter la Chine et aller au Vietnam. Je suis ensuite aller travailler à Paris, et même si tout allait très bien, la Chine me manquait terriblement. À l’époque, j’étais un minimum carriériste et je voulais garder une bonne position, et la meilleure que j’ai trouvée pour repartir se trouvait à… Tokyo. Je ne connaissais rien du Japon, mais j’y suis parti sans hésiter, avec un contrat de deux ans. Et à votre avis, j’ai aimé ? 🙂 Le coup de foudre, il a commencé avec mes premières visites de haikyo et les lieux insolites disséminés partout autour.

Mifuneyama Park

Mifuneyama Park sprawls out on the western foot of the Mifuneyama mountain.

Lorsqu’on lit ton livre Nippon no Haikyo, on est surpris par la « vie » encore présente dans les bâtiments, comme si les personnes venaient juste de partir, laissant vraiment tous les objets du quotidien derrière elles, c’est assez troublant. Est-ce une spécificité japonaise en urbex, cette présence aussi vivace ?

Je ne visite pas (ou peu) des ruines ailleurs dans le monde. La raison pour laquelle les haikyo m’intéressent c’est qu’ils sont vivants, à leur manière. Ils vibrent de par les artefacts et les informations qu’ils contiennent, il y a une sorte d’ambiance, d’aura. À partir du moment où l’on passe le pas de la porte, c’est une autre dimension dans laquelle on se déplace. Plus qu’un voyage dans le temps, c’est un voyage dans des scènes vu dans des rêves, des films, des images, à la fois dans le passé et hors du temps. Je n’ai jamais eu cette impression en visitant des spots urbex à l’étranger. Les friches ailleurs me semblent simplement mortes et glauques, ce qui n’est pas forcément inintéressant non plus.

Parmi tous les sites que tu as visités, en as-tu un qui te tient particulièrement à cœur ?

Vous vous en doutez sûrement mais c’est l’île abandonnée de Gunkanjima (https://japonsecret.fr/gunkanjima/) ! Son architecture, son histoire, ses scènes post-apocalyptiques, l’ambiance sonore, ses points d’intérêts sont très nombreux. Je ne m’en lasse pas, et mes projets sur l’île ne sont pas encore terminés (affaire à suivre). Sinon, une autre ruine avec qui j’ai eu une relation très particulière c’est le parc d’attraction abandonné de Nara Dreamland (https://japonsecret.fr/nara-dreamland-fin/).

Gunkanjima: The Chair

Gunkanjima, une île abandonnée dans la préfecture de Nagasaki.

As-tu découvert de nouveaux sites récemment ?

J’ai visité à peu près tous les haikyo dont je rêvais tout au long de ces 8 dernières années. Ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est de découvrir des ruines où aucun visiteur n’a encore posé le pied. Je veux retrouver un lieu exactement dans l’état où ses occupants l’ont laissé, sans objets volés, ni même déplacés, et avec une épaisseur de poussière constante sur tout ce qui s’y trouve. J’en ai trouvés, mais j’évite d’en parler sur les réseaux sociaux. Ce sont de belles images et des histoires que je conterais dans le futur. Mais je ne vous cacherai pas qu’il y a un niveau de perfection en matière de haikyo que je cherche toujours 🙂 Je sais qu’il existe et c’est ce qui anime mes visites.

Parlons maintenant de ton nouveau « bébé », Jipangu. Peux-tu nous le présenter et expliquer comment est née cette belle idée ?

JipanguJe travaille sur plusieurs projets touristiques. En discutant avec mon ami Thomas, également développeur, nous nous sommes rendus compte que nous pouvions réaliser une première version de ce projet « rêve » assez rapidement. Et nous l’avons fait ! Les meilleurs blogueurs et vlogueurs du Japon ont suivi avec enthousiasme. Jipangu réunit donc les créateurs de contenu sur le Japon autour d’une carte. Nous y plaçons nos articles, et ceux qui souhaitent visiter le Japon des sentiers battus et surtout en dehors peuvent explorer la carte et découvrir de jolies pépites. Jipangu réunit les articles mais le contenu se trouve sur les blogs et vlogs. C’est donc le point de synergie entre tout ceux qui créent ce contenu incroyable sur le Japon, et ceux qui souhaitent le découvrir.

Avant, il y avait Google, les mêmes sites qui apparaissent toujours en tête avec un contenu assez creux et peu personnel. Maintenant, il y a Jipangu 🙂 Jipangu n’est plus vraiment un bébé, c’est un vrai ado, et avec du caractère ! 🙂

Il y a 1 000 articles disponibles sur tout le Japon, le projet est un véritable succès, mais c’est surtout grâce aux blogueurs et vlogueurs qui ont participé. J’ai décidé de passer à la vitesse supérieure. J’ai recodé récemment l’intégralité du projet, rajouté des fonctionnalités, nettoyé le système. Je prépare maintenant de nouvelles surprises et Jipangu devrait devenir un incontournable. Nous sommes en train de créer une dynamique en matière de tourisme au Japon, j’espère que Jipangu pourra refaire revivre tous ces coins qui méritent tellement d’être visités.

La carte permet vraiment de découvrir des sites hors des sentiers battus. As-tu un lieu que tu aimes vraiment beaucoup et que tu conseillerais à nos lecteurs ?

Allez sur Jipangu.fr. Partez de Tokyo, suivez l’autoroute au nord-ouest en direction de Maebashi. De Maebashi, prenez vers l’ouest, tentez d’aller vers Nagano à travers les montagnes. Vous verrez la ville de Kusatsu apparaître. Et un point, particulièrement perdu au milieu de rien. Une sorte de marécage. J’adore cet endroit, et vous ne le trouverez nulle part ailleurs. Mon site est relativement bien visité, mais cet article n’a aucune visibilité. Peu de visiteurs s’aventurent aussi loin sur mon site Japon Secret et par Google personne ne le trouve, bien-sûr. Mais grâce à Jipangu, ceux qui s’aventurent sur ces routes découvriront ainsi ce lieu unique, et beaucoup d’autres.

As-tu d’autres projets pour les mois qui viennent ? (livres photo, guides de voyage, envie d’organiser des sorties Haikyo comme il existe déjà des safaris photo sur les grandes villes du Japon ?)

Je travaille avec d’autres acteurs sur le marché du tourisme pour la promotion du Japon en dehors des sentiers battus et j’ai 3-4 projets en parallèle que vous découvrirez probablement un jour, par chance. Mais au niveau personnel, et ce sur quoi je communique, je serai toujours sur mes projets avec Meow Apps, Jipangu, et le contenu de mes sites. Je n’ai aucun projet de livre malheureusement, mais je continue à travailler dur mon contenu sur Japon Secret et je ne m’arrête jamais, bien sûr, de voyager.

Journal du Japon remercie Jordy pour sa disponibilité et ses réponses passionnantes. Voici des ouvrages pour découvrir son travail d’haikyoïste.

 

Nippon no Haikyo : partez à l’aventure dans des sites abandonnés

Les éditions Issekinicho ont publié un livre qui retrace site après site, bâtiment après bâtiment, les découvertes de Jordy dans le Japon abandonné. 

nippon_no_haikyo_vestiges_d_un_japon_oublie_1335

Vous pouvez découvrir ce livre sur le blog Lire le Japon et sur le site de l’éditeur.

 

Abandoned Japan : des photos qui impressionnent, des lieux qui semblent hantés

Abandoned Japan de Jordy Meow : couvertureDans cet autre ouvrage dont les textes sont en anglais, le lecteur découvre de nombreux sites photographiés sous des angles originaux. Des perspectives qui créent une ambiance étrange, presque fantastique. Ajoutez à cela une amie qui l’accompagne, qui est experte en détection de fantômes et vous plongerez dans un monde à la fois déserté et habité. La vie est palpable, on peut presque la toucher du doigt. Comme si la vie était restée là telle une présence nébuleuse. Les objets intacts, le quotidien figé. Des photographies, des lettres. Des personnes dont l’auteur cherche parfois à recoller les morceaux de vie, à leur donner un espace mémoriel dans les pages de son livre.

C’est à la fois troublant, touchant, et au final très émouvant.

Un livre-mémoire, un livre comme une cloche en verre dans laquelle on aurait placé des morceaux de Japon abandonné pour les préserver, les montrer, que chacun puisse les admirer, les sentir.

Plus d’informations sur le site de l’éditeur.

N’hésitez pas à vous plonger dans le Japon abandonné de Jordy, mais également à organiser votre prochain voyage au Japon hors des sentiers battus grâce à Jipangu !

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *